Du nom de Gaj, le promoteur de Vilbjvisine
plainte de Jean Frangipani ou Frankopan, seigneur de Veglia, traîtreusement pris par ies Vénitiens) ; la langue est si mélangée d'italianisme qu'il a fallu dresser un lexique spécial. Ce sont là des caractéristiques de la population croate d'Istrie.
Les écrivains de cette nation se préoccupent surtout de l'éducation de leur peuple, et sacrifient palriotiquement Fart pour l'art. Leur efïort n'est pas Tain. La nationalité croate s'est imposée ; elle a, en Istrie, gagné sur l'italien et sur le slovène, à Capo d'istria, Parenzo, Pisino. En ces dix dernières années, son contingent est monté de 42 à 45 p. 100 et s'est accru de 25.000 unités, et propoi tionnellement de 17,56 p. 100 environ, alors que l'augmentation du Slovène n'accuse que 15,54 et que celle de l'Italien n'arrive qu'à 8,24. La race est endurante, quoique d'aspect misérable à cause de sa pauvreté, travailleuse et digne d'une meilleure fortune ^
La section du karst istriote qui se soude au plateau de Carniole est en partie habitée par une population dont l'état civil est encore incertain, ou plutôt dont la diversité ethnique est certaine. Le pays des Tchitches [Tchitscherei), d'une surface de 500 kilomètres carrés, est borné au Sud par l'arête oii saillit le Monte Maggiore et s'étend au Sud-Est jusqu'à la chaîne côtière qui surplombe le golfe de Quarnero; il embrasse un des plus tristes cantons du karst, un désert pierreux, à peine animé par les taches vertes de quelques bois ou pâturages ; des huttes basses, dont les parois sont des morceaux de roche et dont le toit est de chaume, y sont éparpillées, elles abritent gens et bêtes, qui ménagent l'eau, fort rare en ces parages, au point de ne la gaspiller jamais pour leur toilette.
Ces Tchitches n'ont pris gîte que depuis le x^ siècle ; auparavant on les connaît comme nomades et comme pillards ; la ville de Trieste leur interdit à plusieurs reprises le séjour sur son territoire ; on leur avait au
1. Cependant les Croates comptent encore le plus grand nombre d'illettrés : dans le district de Pisino, qu'ils peuplent presque entièrement. 22 p. 100 des hommes, 12 p. 100 seulement des femmes savent lire et écrire (Krebs, p. 129i.
LES TCHITCHES 303
XI* siècle assigné une paroisse, Lanisce (arrondissement de Pingiiente). On leur a laissé une sorte d'indépendance, quoiqu'ils soient administrativement incorporés dans les districts de Volosca, Pinguente, Castelnuovo. On les évalue de 15 à 20.000 âmes ^
Ils n'ont nulle tradition; ils parlent le croate, comprennent l'italien; dans une commune, Zejane, le dialecte est roumain. C'est pourquoi leurs origines sont fort embrouillées. Leur nom n'est, à ce titre, pas suggestif: ce serait le mot cica-, cousin, en croate, l'appellation dont ils se saluent. Bidermann'' voit en eux un mélange de Croates, Yalaques, Roumains, greffés peut-être sur la couche celto -ligure primitive. Urbas de même '' discerne des Rumunes, parents ou descendants des Roumains, des Berkines et Savarines qui sont Slovènes, des Castuans qui sont croisés. Ch. Yriarte les soupçonne d'avoir été contaminés par les Uskoks et les Albanais, d'après leur structure osseuse, leur naturel brutal, vindicatiFet fourbe, et aussi leur vocabulaire. C'est la solution la plus plausible de ce problème que déjà Kandler déclarait insoluble
On ne peut tracer un portrait physique qui s'applique à tous les Tchitches : la taille svelte, la physionomie expressive, l'œil vif, le profil régulier témoignent, semble-t-il, de la provenance roumaine; la face large, le nez épaté, les pelils yeux ternes et mélancoliques sont des indices slaves. « Ils ont le front bas et plat », écrit Charles Yriarte tandis que l'anthropologue de l'O. U. M. leur attribue un front très bombé, vorgeuwlbt^, les yeux noirs et jBxlrô-
1. Ils sont comptés, soit comme Slovènes, soit comme Serbo-Croates.
2. Pron. Tchitcha. Ce sobriquet, donné aux Rumeri istriotos, s'identifierait avec tsintsar, dont la signification est également inconnue (Jorga, I, p. lo4).
3. Biderraann, Die Rumunen und ihre Vevbreilung in Oesterreich-Ungarn. Graz, 1877, p. 79 suiv.
4. L'rbas, Die Tchitscherei und die Tc/dtscken (Zeitschr. D. 0. Alpenver. i884). — Ch. Yriarte, L'istrie (Tour du iMonde, 1875 <).
0. Kandler, l Cici, cité par l'rbas (p. 114) et Tomasin (p. ol). Sur vingtdcuï noms de laniille, les plus communs parmi les Tchitches (d'après Tomasin) sont authcntiiiuemcnt roumains. G. Vassilich. SiiW origine dei Cici. Contribulo aW ehiogra/ia deli Istria. (Archeogral'o Triestino, l'JOO, t. XXlll, p. lo'J; 1U03, t. XXix, p. 55-80, 351-395: l'JU5, t. XXX, p. 2ll-:*47.)