‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 236 sur 375 · Prononcer tcha, schto. Voir Jagic, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

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GROUPES DIALRCTOMA 311

çon de la côte, de Noma jusqu'à Spalato, dans une partie de l'ancienne Pogli/za et sur la moitié occidentale de la presqu'île de Sabhioncello (Peljesac. Tout le reste du pays est dévolu au stokave, plus souple, plus harmonieux: un des sous-dialectes, celui de l'Herzégovine, a eu l'honneur d'être élevé par les rénovateurs et inventeurs de l'il lyrisme, Vuk Karadzic et Gaj, à la dignité de langue poétique et littéraire; un autre, le ragusain, a servi à des lins moins nobles, mais s'est laissé imprégner par l'italien au point de devenir Un précieux truchement. C'est aux xv'' et xvi" siècles que l'idiome tokave a pris la prépondérance ; mais s'il a exproprié l'ancien parler de sa possession d'état, cette modilication linguistique ne coïncide pas avec une modification ethnique, avec 1 expansion d'une autre tribu.

D'ailleurs, l'anthropologie ignore toute différence entre Serbes et Croates'. Elle constate que les Slaves de Dalmatie ligurent parmi les plus beaux hommes de l'Europe : leur taille, de l'",690 eu moyenne, est supérieure à celle de tous leurs voisins (Albanais ["".ôGi, Grecs l",6ol, Turcs i'",622, Italiens du littoral l'",667, Slovènes 1™.66H) ; du nord au sud, la stature s'accioit : les hommes des îles du groupe septentrional mesurent l"',t)71 ; ceux du groupe méridional, 1"\7()2 ; à R:tguse, r,69l : à Catlaro, 1"\698. Ceux de la Dalmatie continentale surpassent les insulaires : 1"","08.

Les Dal mates sont osseux, maigres, mais très résistants ; aussi bien leur climat aux écarts extrêmes les endurcit au point que. chez les Anciens déjà, on leur attribuait une longévité de cinq cents ans, et qu'ils sont rebelles à la tuberculose.

Ils sont bracbycépbales, et en m;ijoiilé, appartiennent au type foncé; le type blond est plus fréquent sur.la côte: sans doute est ce un vestige des populations qui ont devancé

1. Weisbach, Die Serbo-Kvoalen der adriatischen Kiislenldiider. Anthvopoloijische étudie (Ztschr. der i.,thnolo^ie. Berlin, 1684, It)" année. Supplément, 77 paycS; 1 piaiiclie et (> tableau»; de mensurations).

L auteur a observé surtout des aiariiis, à l hôpital de Constantinopie : :2.11.i individus dont JOJ Istriotes, :JJ7 Croates du littoral, l.GO'J Ualuiates.

Cl. \ ipauz, U. U. M., Dalmatien, p. Hy.

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les Slaves, et cerlainenient l'indice d'un croisement. Chez les insulaires du groupe nord, le type clair est plus prononcé que vers le sud et sur la terre ferme ^

Impossible d'ailleurs de discerner des traits ethniques d'une incontestable authenticité. Ce qui fait l'originalité de la Dalmatie, c'est son caractère hétérogène. « Le fourmillementdc ces marchés dalmates, écrit M. René iVIillet', ferait la joie d'un peintre et le désespoir d'un ethnographe. Il perdrait son latin, cet honnête homme, à noter sur son carnet les particularités et physionomies d'une centaine de commères, piaillant sur une place dans trois ou quatre patois différents »

Par son esprit, par sa littérature, par son art la Dalmatie est une province de transition entre le monde latin et le monde slave. Elle cède tantôt à l'un, tantôt à l'autie courant intellectuel ou plutôt linguistique. Dans ses monuments, les styles byzantin et italien se marient^ ; la pensée, même lorsqu'elle trouve en slave son expression, s est inspirée longtemps, du xv" au xvii^ siècle, de la pensée italienne'. Ce qu'il y a de national dans la production intellectuelle de la Dalmatie, c'est d'abord l'écriture glagolitique au service de la langue populaire (cakave), alors que le slavon est l'idiome ecclésiastique*^; c'est l'éclosion à Raguse d'un foyer de culture slave, foyer d'autant plus vif, que partout ailleurs l'activité intellectuelle était étouffée sous l'oppression turque. Grâce à son indépendance, Raguse fut au xvi° siècle

1. Sur 1.400 individus examinés, Weisbach a compté les proportions suivantes : blonds, 9,37 p. 100; châtains clair, 14,83: bruns, 31,14: bruns foncé, 33,85; noirs, 10,oO. Point do répartition géographi(jue nette : cependant, le blond diminue du nord au sud. Les noirs sont les plus grands (l",?!?), puis les bruns (1"',6'J2) qui dépassent les blonds (l'",67a).

2. De Salonique à Belgrade : la Dalmalie. Revue des Deux-Mondes, Ib avril 1890, p. 845.

3. J. Strzygowski, Ovientalische Kunst in Ualmalien (Dalmatien, p. 153 suiv.)

4. Y. rexcellent chapitre sur la littérature italienne en Dalmatie de A. Mussafia. 0. U. M, Dalmatien, p. 217 suiv.

5. L'écriture cyiillique fut surtout employée à Raguse pour les relations avec la Bosnie et la Serbie; un cyrillique CMViiUbukvica ou encore besancica, fut en usage le long de la frontière de Bosnie et d'Herzégovine; le statut de la Poljica ou Poglizza est rédigé eu ce dernier caractère. (Kusar, ibiiL. p. i37).

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l'Athènes des Slaves méridionaux ; elle prétendait se soustraire de la sorte à l'emprise vénitienne : aussi les humanistes latinisants s'irritent contra stribiliginem illuricani ; ce fut le mérite des humanistes et poètes ragusains de la Renaissance d'initier leur peuple aux idées classiques de l'Occident ; au xvii" siècle, un patricien de Raguse, Jean Gudulic, écrivit l'épopée intitulée : Osmcui, 011 il glorifie la lutte de la croix contre le croissant; c'est déjà une épopée slave bien qu'imitée de la Jérusalem du Tasse. Le tremblement de terre de 1G(37, qui ruina Raguse, porta un coup funeste à la littérature nationale qui s'élaborait ; sur les autres villes en effet s'appesantissait la griire du lion de Saint-Marc ; l'italien seul y était toléré, et les Jésuites, maîtres de linstruction, tenaient le slave en mépris et en disgrâce.

L'esprit provincial se manifesta encore dans quelques œuvres de caractère populaire; mais la conscience nationale des Dalmates ne se réveilla que lors de l'explosion du mouvement illyrien '. Alors, entre 1830 et 1840, se fondèrent quelques organes de revendications serbocroates, à Zara, le Magasin serbo-dalniate, \ Aurore dal^ mate ; à Raguse la revue appelée du nom slave de la ville, Dubrovnik (1849); et enfin en 1861, la Matica dalmatinska, qui paraît dans la capitale, Zara, et dont la tâche est d'affirmer et d'exalter la nationalité dalmate.

Celle-ci semble maîtresse désormais de ses destinées, mais travaillée aussi d'ambitions qui débordent peut-être le cadre étroit de la province. M. R. Millet a écrit avec quelque optimisme : « En terre dalmate, les races se sont de tout temps rapprochées sans se confondre, et même aujourd'hui les efforts méritoires des journaux pour attiser les passions ne peuvent leur apprendre à se haïr. Slaves,

1. l'ai'iiii li!.s liUcialcurs du iiioiivumciil illyrien. il ne rauilrait, pas oublier un Fianrais, iMare liruéie Desrivaux', un jeune Lyonnais ijui lut élevé à Hafjuse dans le collège des l'iarisles. iJruèie UesrivauK lut consul de France à Ti'avnik en Bosnie, en lSi)0; puis consul yénéial à Sculaii d'Albanie cl en 1814 à. Ha;5'use; il mourut dans celle même ronction à Triixjli de Syi'ie en 18io. 11 a laissé îles poésies italiennes et « illyriinines » (J. iNagv, Marko Bfuère Desrivau.v als ragasunischer Dichler Arcliiv lùr slav. IMiiloloyie, X'XVIU. l'JOii, p. b:2-76).

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Italiens, Morlaqiies, morne les farouches Monténe'grins s'apprivoisent dès qu'ils descentlcnt sur cette côte aimée du soleil. » Mais le soleil échaulTe ces tôtes : témoin la sanglante insurrection des Bocchesi en 1869, et en 1881- 1882 celle de la Krivoscie (Dalmatie çnéridionale) contre le service militaire à rautrichienne ; ce dernier mouvement ne fut pas simplement local : outre qu'il coïncida avec celui de l'Herzégovine, il fui fomenté par les Serbes et les Panslavistes russes. Mais si les orthodoxes toui'nent leurs regards vers leurs coreligionnaires, les Dal mates catholiques cherchent des yeux leurs frères de la Grande Croatie, et se réclament d'un autre panslavisme \

■J . Nous platjons ici quelques observations générales, sur le mode de peuplement de la région adriatique. Les localités italiennes et Irioulanes ont volontiers un aspect citadin : le Roman ne s isole pas de ses congénères, sauf au bord de la lagune dans la liassa (Gorizi où sont éparpillées des exploitations rurales. Sur le l'arst, les maiso'ns se pressent le plus souvent autour d'un chùteau-lort, sur les lianes d un monticule; les incursions tur(iues ou vénitiennes ont commandé le-i'esser enient. Toute bis, commele teiToir est inicrtile, que les lambeaux arables ou les p'iturages sont dispersés, des huttes s égrènent autour des hameaux, huttes de pierres au toit de chaume. Chez les Croates d Istrie, dont beaucoup immigrèrent aux \vi« et .x\ii° siècles, pour repeupler la région dévastée, la vie lamiliale é'tait très développée, très centralisée : là lleurit, comme en Grande- Croatie, le sy.'^tème de la zadruga, qui entraîne l'agglonii'ration au moins des individus d'un clan, et le rapprochement des maisons. L architecture est des plus rudimentaires : rarement dans les villages de la montagne émerge une demeure à un étage. L aménagement est primitif: une grande chambre, sorte de salle commune, <iu une cloison de planches s -pare dune petite pièce ordinairement habitée, où Ion mange, où dorment les propriétaires: une baraque qui, sert en m'uie te;nps de cuisine est aife.-tée au personnel domesti jue, qui a pour couche un banc reposant sur deux pierres, pour literie de la. paille. Les communs ne sont pas attenants au logis. Les maisons ne se tou ■hent'pas dans les village». -lUi le littora', on a biti d abord, à (juclque distance de la plage, par crainte des pirates, et Sur des émiiiences: dans les tem|is plus tranquilles, on s'est rapproché du bord: aussi la même commune est-eile souvent partagée en deux se.'tions, une haute et une basse*.

Les villes aussi se sont perchées à liane de montagne et corsetées de remparts; dans ces petites places repliées sur elles-mêmes, s est épanoui l'esprit municipal, avec ses étroitesses et ses vertus.

* Dans les Bocche, O. U. M., Dalmatien, p. lyo.

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