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CHAPITRE X LA HONGRIE

L'habitat et les colonisations.

Les Magyars se plaisent à célébrer la belle ordonnance et les sobres linéaments de leur domaine, dépression plane et spacieuse que ceinturent des monts de haut relief; Alpes et (^arpathes-se raccordent et fraternisent en quelque sorte pour faire à la Hongrie un rempart.

L'arc des Carpatlies qui so développe sur 1.500 kilomètres, de Presbourgaux Portes de Fer, tantôt se branche et s'épanouit, tantôt se contracte, étalant vers le dehors, vers la Silésie et la Galicie, ses croupes gréseuses, tandis que sur le rebord interne se hérissent des îlots, des récifs (klippen) d'un plissement plus ancien, submergé ou ruiné : des épanchements volcaniques atte?>tent les bouleversements subis. Mais les lie>kides, la sauvage Tatra, mas-ir allongé sur oO kilomètres et large de Jo, les Monts Métalliques de Hongrie, et les parois rocheuses qui s'y épaulent barrent de leur rideau sombre l'horizon de la plaine, divisée elle-même en deux com[)artimenls. Le plus septentrional, que commande Presbourg. se dislingue par son paysage plus riant et anime de la steppe dont l'expression la plus caractérisliqne entre Danube et ïisza est la piiszla. La capitale s'est placée à la suture de ces deux provinces naturelles, oli le Danube s'abandonne en un délia intérieur, A vrai dire, c'est un réseau hydrograpliique indépendant qui se déploie dans ce bassin : car le Danube, qui en dessine la maîtresse ligne, semble ici

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avoir rompu avec son passé, revêtir une individualité nouvelle et s'adapter, si l'on peut dire, au dualisme. Tout conspire donc à prédisposer ce territoire au rôle d'habitat d'un groupe homogène, d'une nationalité, d'un Etat.

Ce plan de la nature — si tant est qu'elle l'ait combiné — n'a été réalisé que tard et mal. L'histoire l'a perpétuellement déjoué. L'unité, dont la Hongrie peut se prévaloir, et dont elle proclame la consommation, est, en dépit des circonstances physiques qui semblent la dicter, pure fiction constitutionnelle; ou, si l'on veut, elle est toute formelle et administrative; c'est de l'unité peut-être, de l'union point : les disparates et rivalités ethniques dissipent chaque jour un peu plus le rêve d'une patrie hongroise. La carte ethnographique montre l'image d'un champ de bataille : concentrés dans la plaine, les Magyars, obligés de faire front de toutes parts, cernés qu'ils sont par un immense cordon d'investissement, au nord, par les Slovaques et les Ruthènes, campés sur les Carpathes ; à l'est, par les Roumains, appuyés sur leur citadelle transilvaine et le pàîé monlagneux du Banat ; au sud, par les Serbes et les Croates, retranchés derrière la Drave ; à l'ouest, par les Wendes ou Slovènes et des essaims allemands, qui occupent les derniers éperons alpestres. Les Magyars, il est vrai, ont l'inappréciable avantage de la cohésion, et celui du nombre : ils forment un bloc de 7 millions et demi d'hommes contre des adversaires agissant en ordre dispersé, sans solidarité matérielle ni morale, et dont aucun ne peut numériquement se mesurer avec eux. Voilà les meilleurs éléments de leur primauté. Mais ils prétendent la légitimer aussi par l'histoire. Le nom qu'ils se donnent, iiiagor, mogar (magyar) et qui signifierait « indigène w \ est au moins contestable. Ils n'y ont pas plus de titre que les nations qui partagent

1. Hunfalvy, Die Maçjyaren dans la collection Die Vôlker, vol. V, p. 43. — Vambéry [Der Lrsprung der Magyaven : Eine etknoLogische Studie. Leipzig, 1882, p. i8'2. Cf. Mittheil. Geogr. Ges. Wicn., IS'JT, lasc. 3-4, p. 167-86) repousse cette étyuiologie comme « sans base ni fondement ». Après une discussion aussi subtile que confuse, ce savant propose Ihypotlièse étymologique suivante : magyar ou majar serait léquivalent du turc bajav, qui signilie : puissant, dominateur (p. 188).

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