LES INVASIONS
avec eux le sol de la Hongrie, Ce pays a été pendant des siècles le théâtre des mouvements de peuples les plus désordonnés ; sur ce fond plat de la cuvette danubienne, les couches humaines, dévalées des hauteurs, se sont empilées et parfois écrasées.
Pour ne pas remonter au delà de l'époque historique, un siècle avant Tore chrétienne, les Daces maîtrisent les deux versants des Garpathes, jusqu'à la Tisza ; entre ce dernier fleuve et le Danube, les Yaziges sont établis ; à l'ouest du Danube, les Boiens, qui débordèrent ensuite sur la Bohême; et le long de la Drave et de la Save, rôdent des Celtes, des Illyriens, des Scordisques, etc. Les campagnes des Romains en Pannonie sont provoquées par des déclenchements de peuplades et en provoquent à leur tour : les Quades qui sont des Germains envahissent d'un côté, les Sarmates d'un autre. Successivement déferlent des Goths, des Vandales, des Gépides, et enfin les Huns, dont la vague paraît tout balayer.
C'est dans la lisière alluviale de la Tisza, proche de l'emplacement de Szegedin, sur les espaces découverts, herbus, propres aux ébats des chevaux, qu'Attila dressa une ville de lentes et de baraquements, dont s'émerveilla le Byzantin Priscus: c'est là encore qu'il revint se consoler et se refaire après sa formidable randonnée jusqu'au cœur de la Gaule; c'est là qu'il mourut brusquement.
Rien d'étonnant que, parmi cette agitation, les Romains si habiles manieurs de nations, n'aient pu implanter ni leur civilisation ni leur langue et que des pierres seules, une épigraphie officielles témoignent de leur présence. Un seul peuple fonda sur toutes ces ruines un établissement stable, et ce fut un peuple de nomades et de fourrageurs, les Avars, apparentés aux Huns, dont une de leurs tribus porta ou reprit le nom. C'est que les peuplades .^germaines s'étaient ébranlées vers l'Occident, l'Italie, la Gaule, l'Espagne, abandonnant leur steppe aux hordes
1. Cependant .\i[uinLUin, à peu près .sur l'emplacement de la eapiialo ailucUe, a été un munlcipe, pui^ une colonie, sous Septime Sévère, et un camp il'où étalent surveill.s Yazi;;os et Marcomans. Des restes assez pauvres de monuments romains y ont été retrouvés.
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des cavaliers et pasteurs mongols. Les Avars dominèrent de la fin du vi" siècle jusqu'au ix", depuis l'Enns jusqu'au Don, et absorbèrent les Gi'pides, Bulgares, Slaves, fixés dans ces limiles. Leurs chagans se firent habilement les auxiliaires des empereurs de Byzance contre les Sclavini du bas Danube, puis entrèrent en conflit avec les Romains. Leur empire fut détruit par les Francs en 803, et la tranche occidentale ou pannoiiienne divisée entre deux marches, celles d'Orient et de Frioul ; eux-mêmes se convertirent en chrétiens et en cultivateurs, et la ler/'a Hunnorum ou Avarontm s'ouvrit à des colons bavarois et Slovènes. Pendant ce temps, le royaume morave de Svatopluk (Zwenlibold) englobait la Haule-Hongrie et la lisière au pied des monts jusqu'à la Tisza^.
Tout le bassin du Danube hongrois était plongé dans l'anarchie — anarchie politique, anarchie ethnique — quand, audébutdux'' siècle, apparut un nouveau tourbillon de migrateurs, les Magyars.
C'étaient encore des hommes de cheval, amoureux des steppes aux larges horizons. Ils cheminent par étapes, de l'Oural vers le Dnjepr et le Don, oiî ils voisinent avec les Khazars, dont l'Eaipiie, bien organisé, contournait les rives de la mer Noire et de la mer d'Azow. Quand cet Etat se disloque sous l'assaut des Turcs musulmans sans doute ", c'est la bousculade vers le couchant, et l'on reprend haleine sur le palier qui descend des Carpathes orientales, dans l'aire qui embrasse Galicie, Podolie, Boukovine : c'est l'Elelkôz. C'est là que ces escadrons jusque-là sans cohésion sentirent le besoin d'un cadre plus rigide, et élurent un chef, Arpad. Lers Magyars n'avaient pas encore trouvé le repos : sous la poussée des Pelchenègues, il fallut s'engouffrer par les défilés des Carpathes; on campa d'abord à Munkâcs, et de là on rayonna par la plaine.
1. Cette hypothèse de l'extension de l'Empire slave du Nord, chère aux historiens slavisants, est très contestée par les Magyars (Hunl'alvy, Ethnographie von Ungarn, trad. Schwicker, 'i 35, p. di:<). De mi'me est niée 1 eïistence d'une principauté bulgare sur la Tisza (§ iJl). Cf. E. Haumant, Quid detrimenti ex invusione Hungarorum Hlavi ceperinl, Paris, 18y4, p. 68.
t. Yambéry, p. 403.