L ARRIVÉE DES MAGYARS
Le pays était à peu près vide : il y restait de pauvres Slaves terrorisés. La prise de possession eut lieu aux dernières années du ix® siècle, enlre 889 el 806. Pour les nouveaux venus ce n'élait pas le domicile déleclion définitif : ils se lancèrent en randonnées par les dépressions de la Save et de la Drave jusque dans les Alpes et le bassin du Pô ; ils galopèrent à travers l'Allemagne jusqu'au Rhin, jusqu'au jour où les Allemands, d'abord afîolés, se ressaisirent, tinrent tète à Mersebourg en 933, et enfin brisèrent l'élan des charges maygares près d'Augsbourg (955). Ce dé'^astre fut salutaire aux Maygars qui jusqu'alors n'avaient fait œuvre que de razzia. Ils avaient joué à l'extrémité orientale de l'Europe organisée le même rôle que les Normands à l'extrémité occidentale, et simultanément; ils délirent l'Empire morave comme lesautres l'Empire franc.
Dès lors ils se ramassèrent dans la contrée qui fut dénommée Hongrie.
Ils avaient apporté de leur contact avec les nations occidentales des conceptions nouvelles : en moins d'un demi-siècle, le christianisme — le christianisme romain — les pénéira, et leur prince Etienne, marié avec une fille du duc de Bavière, ceignit le jour de l'Assomption de l'an 1000 la couronne royale, qui le consacra souverain dans la communion chrétienne; il fut le créateur de la monarchie hongroise, l'apôtre de son peuple.
Origines et formation de la nationalité magyare.
S'il est vrai qu'ils méritaient le nom de peuplade ougrienne, parce qu'ils avaient fait étape dans cette mystérieuse Ougrie, lougrie, qui de la Volga moyenne et de la Kama s'étendait en enjambant l'Oural jusque vers l'Ob et lirtisch, et peul-ètre en plein ïurkestan ', leur filiation.
1. llunl'alvy, ;5 41, p. 173 et suiv. — Vambéi'v, p. 39a. Les lecteurs français ont ctfj mis au courant par Kdouarri Sayous, Histoire générale des Hongrois, dont luvposé tome l, livre 1". ehap. '2i a le mérite de la clarté : l'aulinir ailopli.' la llièsc de l'oriyine linuoise, tant pour la grammaire que pour le vocabulaire essentiel.
ethnique n'est point pour cela authentiquée. La question de leurs origines a défrayé une controverse des plus érudites, dont les arguments ont été développés, avec un appareil scientifique qui ne fait point tort à leur passion, par deux champions également autorisée, Hunfalvy et Vambéry\
De vieille date l'opinion fut accréditée par les écrivains ou chroniqueurs tant hyzantins qu'orientaux que les Magyars étaient des Turcs. L'écrivain arabe Ibn Dasta, qui vécut vers la fin du ix" siècle, l'empereur grec Léon VI le Philosophe, son conlcjîiporain, plus tard un autre historiographe impérial, Constantin Porphyrogéncte, identifient les Magyars avec les Turcs. S'emparant de ces textes formels, les corroborant par des preuves multiples, Vambéry professe que les Magyars sont des Turco-Tatars, c'est-à-dire une branche méridionale de la famille ouraloaltaïquo, tandis que l'école des Budenz et Hunfalvy répudie cette affinité et range les Magyars parmi les Finno-Ougriens (Permiens, Wogoules, Ostiaks, Tchérémisses, Mbrdvines, etc.) aujourd'hui encore disséminés dans la Russie du nord-est, entre la Volga, la Kama et l'Oural".
Les tenants de cette dernière opinion — dont l'amourpropre hongrois n'est pas autrement flatté — s'appuient sur les données linguistiques, voulant que la langue soit le signe déterminant de la race^ La langue est aggluti-
1. Ni l'un ni l'autre de ces savants n'est l'initiateur de ce débat, qui a été à plusieuis reprises soulevé. On trouveia dans leurs études le résumé des discussions antéiieurcs. Hunfalvy doit beaucoup aux; recherclies de lîudenz, et Vambéry lui-même a eu des devanciers (p. o92).JMais Hunfalvy et Vambéry ont repris, pour 1 éililication du lecteur non magyar, la discussion. Au lendemain de l'apparilibn du livre de Vambéry, Hunfalvy en a publié à ïeschen un ctamen critique dune soixantaine de payes. D'autres auteurs se sont encore mêlés à la quc7elle.
2. Kntrc ces deux thèses seientiliqucs, une autre plus populaire fait honneur aux ^Magyars d'une descendance qui llatte leur amour-propre national. On leur donne pour ancêtres les Huns. Certaine similitude de nom, la iloraison d'un royaume hunçique en Hongiie, sous Attila, ont accrédité cette légende que les Nibelungen ont, comme le montre ingénieusement Hunfalvy, pour ainsi dire consacrée (V. Die Vôlker, vol. V, le chapitre intitulé Dus Nibelunyenlied und die ungavischeyi Clironiken. Cf. Vambéry, p. 175 et 400).
3. Vambéry, p. 308, donne une liste de 32 mots indicatifs des parties du corps, dont 16 oifrent une analogie avec le linno-ougrien, 16 avec le turco-tatar. Hunfalvy, p. 147, ne compare les termes magyars qu'avec le wogoulc, l'ostiak et le finnois et point avec le turc.