‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 246 sur 375 · Sasous, II, p. Siti · texte numérisé non relu

Sasous, II, p. Siti

2. A plusieurs reprises, depuis la réai-lion (jui suivit le retrait des mesures de Joseph II, des velléités se nianilestèrent d'accorder à ia langue magyare une situation prépondérante. A la Diète de ITiJO, il fut décidé que

LA MAGYARISATION 331

Il fut décrété que le texte hongrois des lois serait seul authentique et non plus le latin ; que nul ne pourrait accéder aux fonctions publiques, s'il ne possédait la langue hongroise ; que nul ne pourrait pratiquer la profession d'avocat sans la connaissance de cette langue; que nul ne pourrait, sans celle condition, exercer le saint ministère, dans quelque confession que ce fût. Successivement le magyar devait prendre possession du gouvernement, du Parlement, des tribunaux, de l'école, de l'église \ L'empiétement alla si loin, qu'il fut intimé de procéder en hongrois devant les juridictions urbaines, pour la plupart allemandes, et de rédiger en hongrois les registres paroissiaux, même là oii la prédication n'était pas faite dans cet idiome, c'est-à-dire oii la population l'ignorait totalement.

Ce qu'aiïectaient les Magyars, assuraient-ils, c'était-»^ l'unité politique. Mais cette unité ne pouvait être consommée que par leur suprématie. Elle apparut aux non- Magyars comme un bienfait aussi problématique que coûteux. Aussi s'agitèrent-ils; les Slaves du sud menèrent le branle, sous le vocable de l'illyrisme : eux seuls, après une bataille dont nous raconterons les péripéties, couchèrent victorieux sur leurs positions et restèrent maîtres de la Croatie. Les autres furent moins heureux: ce fut une mauvaise chance pour leur cause que l'affaiblissement, en 1^48, du gouvernement autrichien qui sanctionna les revendications magyares, en sacrifiant les autres groupes ethniques. Outre qu'elles impliquaient l'incor- -• poration de la Croatie et de la Transilvanie, les lois de

les procôs verbaux seraient rédij'L'S, non seulement en latin, mais aussi en ma.i^yar; ce ({ui provoqua l'entliousiasme. En 1791, la Diète obtint ([ue dans tous les f^ymnases ou lycées serait fondé un enseignement de la langue et de la litti'raturc hongroises; ([ue le hongrois serait e.vclusivement la langue; di;s atl'aires : en ISiJii, <(ue certaines administrations pussent employer le hongrois au même litre que le latin, etc. Cl'. Gzoernig, Ul, p. "2ii. Mellernirh lut particulièrement favorable au privilège llnguisti(juc. Eisenmann (p. G7) estime qu'il n'y vit (juam! « marotte nationale w.

1. 11 imi)orte dr; rapprlrr ipir les prélats et les magnats s'ojjposèrent energi(iuement à ces mesures : la réhabilitation de la langue populaire coïncindait avec l'agitation pour l'émancipation des paysans, à quoi travaillaient les plus éclairés des libi'raux, des ])atriotes, comme Uéak.

1848 donnaient à la Hongrie Tantonomie et le régime par- — lementaire. cest-à-dire la responsahiiilé du gouvernement devant la Diète; le palatin devenait un véritable monarque constitutionnel. La langue hongroise était déclaiée la seule langue « diplomatique » et législative; aussi ne pouvait être député quiconque ne la possédait pas ; elle seule devait être employée dans Tadministralion des comitats, etc. \

Celte Constitution, arrachée par Louis Kossuth à la peur de la cour et des ministres atToléS; créait Ihégémonie magyare et annulait de fait, pour les autres nationalités, la belle formule de la Charte du 2o avril 1848, déclarant inviolables leur nationalité et leur langue, en déjdt des réclanuitions qu'elles avaient élevées au lendemain de la Révolution". La revanche ne tarda pas pour elles.

Une Hongrie parlementaire, démocratique, effraya les gouvernants réactionnaires de Vienne comme un fâcheux exemple et un dangereux voisinage. On avisa; d'opportuns soulèvements éclatèrent chez les Slovaques, les Roumains, les Serbes du Banal. Enfin l'ai-mée impériale elle-même enlra en campagne, appelant à la rescousse un-* corps ru.5se; et les révolutionnaires hongrois durent capi- • tuler à Yilagos (août 1849;. Les peuples sujets des Magyars assistèrent sans douleur à l'écrasement de leurs maîtres : les Croates, sous le ban Jelacic, avaient allègrement coopéré à celte répression sanglante qui leur valut l'autonomie, ou du moins les sépara de TElat hongrois ; et de même en furent démembrées, de par la Constitution octroyée d'Olmutz, la voïvodie serbe el la Transilvanie. Chose paradoxale : la défaite des Hongrois de Kossulh,*" martyrs de la libeiié aux yeux de TEurope, fut saluée par ces peuples sujets comme la fin d'une tyrannie détestée ; ces derniers subirent sans impatience le régime cenlralisle et gei-manisateur qui fut inauguré par Haynau et auquel Bach a laissé son nom ; la Transilvanie, la Croatie,

1. Marczali, Ungarische Verfassungsgeschichte, Tûbingen, lUdO, p. 145.

2. 28 mars, programme de la « nation " slovaque du comitat de Lipto : adresse des savons Transilvains à l'Empereur demandant le maintien de leur organisation politique et de leur nationalité; 'à mai, résolution des Serbes au Congrès de Karlovitz; 17 mai, résolutions des Roumains au Congrès de lilasendorf (Blaj).

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