LEGISLATION SCOLAIRE
— et c'est le cas des gens du peuple et des ouvriers — de les envoyer dans des crèches et asiles : on semble sacrifier à la préoccupation de l'hygiène surtout, mais l'article 8 de celte loi insinue que ces pupilles seront familiarisés avec la langue de l'Etat '.
On s'est attaque aussi aux fils de la classe bourgeoise : depuis 1883 (loi du 27 mai), le magyar figure comme matière obligatoire dans les gymnases et écoles réaies — à cette date une quinzaine d'établissements, 1 serbe, 5 roumains, 9 allemands, jouissaient encore du privilège de n'enseigner que dans leur idiome naturel exclusivement — et nul ne peut être dispensé des matières obligatoires : les communes, particuliers ou associations ne sont autorisés à fonder que des gymnases où le magyar tiendrait la place d'honneur. Quant aux gymnases confessionnels, l'enseignement y peut être donné dans une autre langue, mais celle de l'Etat doit être cultivée intensivement. Car le ministère se réserve de contrôler le plan d'études et la liste des livres scolaires.
Enfin l'Etat s'est ménagé, par unehabile manœuvre, l'ingérence dans l'enseignement privé (loi 26 décembre 1893). Il a pris à sa charge le complément du traitement des instituteurs confessionnels et communaux, au-dessous d'un chiffre minimum. Or les communes magyares de la plaine sont assez riches pour parfaire ces émoluments. Seules les communes montagnardes, pour la plupart non magyares, bénéficicrontet pâtiront de cette générosité bien entendue. El depuis, l'inspection scolaire a été renforcée pour promouvoir une culture encore plus poussée de la langue d'Etat.
Devant ces abus de pouvoir et ces usurpations, les nationalités menacées se sont coalisées- : le 10 août 1895,
1. En 1907-8, il existait sur un total de 2.(i?)2 écoles maternelles 2.489 (près (le 9a p. 100) où le magyar élait la langue d'enseignement exclusive, 69 allemandes, 29 serbes, 21 roumaines ; les établissements d'enseignement mixte ont disparu (Ibicl., p. 145*).
2. Les défiaiices sont excitées au point que le projet de loi vraiment libéral sur le mariage civil obligatoire a été considéré par les Serbes et les Roumains entre autres comme une atteinte à la nationalité : ils ont manifesté leur répugnance ù, comparaître devant rofiicier d'état-civil magyar (V. A. Ilorn, La question du mariafje civil en Hongrie. Rev. de Paris, lo avril 1894).
AOERBACH. :22
elles ont ouvert un premier congrès à Pest. où se sont renconlfés les délégués roumains, serbes et croales ; en juin 1897, une nouvelle veillée dai'mes s'est tenue, oii^ Roumains, Serbes, Slovaques. Saxons ont fraternisé : un programme d'action commune a été arrêté ; un mémorandum ou caJîier de doléances rédigé à l'adresse de l'Empereur Roi et d'un arbitre plus insigne encore, l'opinion européenne.
Les groupes nationaux se sont organisés en partis dont la statistique officielle même a daigné graduellement authentiquer l'existence ^ Aux élections de 1896, seuls les Roumains ont les honneurs d'une mention ; en 1901, Slovaques et Serbes obtiennent une rubrique ; en 1906, apparaissent les Saxons qui ont disparu depuis, et les paysans alleaiands ; en 1910, les Allemands ligurent encore avec un chiffre de voix d'ailleurs misérable.
Ce sont là, pour les Hongrois pur sang, convulsions de nationalités agonisantes. El l'on poursuit l'assimilation de tous les sujets de la Couronne de Saint-Etienne. Après l'enfant, l'adulte; après l'école, l'armée.
Mais l'armée est soustraite à la mainmise de l'Etat hongrois; elle est sous l'obédience immé/diate de son chef suprême, l'Empereur Roi, et toutes ses unités sont commandées et exercées en allemand : véritable viol de l'âme magyare, s'écrient les chauvins. Aussi, à la conception de l'armée austro-hongroise, instrument de défense commun aux deux parties de la monarchie, le parti de l'Indépen--^ dance, mené par Louis Kossuth, opposa celle d'une armée spécifiquement hongroise qui aurait le magyar , comme langue de commandement et de service, quitte à violer l'âme des recrues roumaines, slaves, allemandes, et pour que le régiment achevât l'œuvre de l'école.
Cette revendication, qui fut saluée dès 1902 par des^mutineries militaires, des sifflets à l'hymne impérial, embarrassa les hommes d'Etat responsables, el provoqua.
1. Résultat des élections générales de ^896 à 1910. {Annuait^e statistique hongrois, rédigé et publié par l'Office Central de statistique du Royaume
de Hongrie Imprimerie de la >Soc. Anonyme Atheneeum. Nouveau
Cours XIX, 1911, p. 440-3.)