‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 249 sur 375 · CRISE INTERIEURE HONGROISE · texte numérisé non relu

CRISE INTERIEURE HONGROISE

de la part de François-Joseph, une réplique décisive. Tordre du jour de Chlopy (septembre 19()3) oii le vieux monarque affirma la communauté et Tunilé de son armée.

Ni le verbe du monarque, ni les concessions accordées sur les emblèmes, sur l'emploi de la « langue régimentaire », sur renseignement du magyar dans les instituts militaires n'ont apaisé les nationalistes hongrois. Chaque demande d'augmentation du contingent, d'appel des réserves, dégénère en un conflit dont le Compromis même est l'enjeu : austrophiles et austrophobes s'énervent en crises gouvernementales et parlementaires ^

Mais les peuples sont-ils touchés de ces passions de légistes et de politiciens ? Il semble bien que ceux-ci réussissent à persuader aux petits fermiers et aux prolétaires ruraux que les maux dont la patrie hongroise pâtit sont déchaînés par l'Aulriche exploiteuse, et que l'essor économique est entravé par la jalousie et les complots des nationalités ennemies, au cœur même de la Hongrie-. Et pourtant le bilan numérique du Recensement offre de quoi rassurer les iMagyars.

Les forces comparées des nationalités et la politique de magyarisation '.

La vie et la lutte des nationalités se traduisent dans la statistique. Traduction incomplète et suspecte — on l'a montré par ailleurs — parce que la nationalité est une réalité insaisissable, immatérielle comme l'électricité, et dont les phénomènes dérivés ne révèlent qu'imparfaitementlanatureintimeetcomplexe*. Lalangueaété reconnue

1. On ne peut ici suivre tous ces épisodes, l'état barbarement appelé ex-lex ; le pacte entre le luonaniue et la Coalition qui aboutit au sulti-age universel. Ue pénétrants publicistes français ont discerné et signale la part de l'évolutioa sociale dans ces agitations politiques. R. Gonnard, La Honfjrie au X.Y» siècle (l'aris, Colin, 11)08). Gabriel Louis Jarav, La question sociale et le socialisme en Hongrie (Alcan, 1909).

±. G.-L. Jaray, p. 185.

3. Nous signalons ici le volume du sagace et caustique observateur qu'est Scotus \ iator (Seton Watson) Racial problems in Hungary (l^onili-es, 1909).

4. 11 ue laut pas oublier que parmi ceux qui ont avec le plus de sûreté

comme le signe — non pas le plas authentique — mais le plus apparent de la nationalité, le seul aussi quisoitmatière à dénombrement. En Hongrie, comme en Autriche, ons'est inspiré de ce principe très élevé et très juste que chaque homme appartient à la nationalité qu'il confesse. Que la passion politique n'ait pas toujours respecté cette liberté d'option, que la précision des chiffres masque toutes sortes de manipulations, cela est certain. Toutefois, les partis contraires se surveillent si jalousement que les fraudes et les pressions sont dénoncées avec fracas. On peut donc accorder aux documents statistiques une confiance relative.

Le recensement de 1850 entreprit de classer les populations de la Hongrie par nationalités. Mais à cette date, le magyarisme n'était pas en bonne odeur, et l'on s'ingénia par conséquent à le reduire à la portion la plus congrue possible, en enflant le contingentdes nationalités hostiles. C'est sur ces données, corrigées par des informations personnelles, que travaillèrent Czoernig et Ficker. Le Magyar Alexiiis Fényes prit à cœur de rétablir la vérité, c'est-à-dire qu'il exagéra la prépondérance de ses congénères. Les publications de Keleti, de Schwicker, d'autres encore, sans doute plus sincères, ne présentent que des résultats partiels ^

En 1880, le recensement porta sur la langue : non pas la langue usuelle ou parlée [Umgangsspraclie) comme en Autriche, mais sur la maternelle", différence à laquelle

fixé le concept de la nationalité figurent Eôtvôs et Cli. Keleti, qui l'ut directeur du iJureau de statistique <le Hongrie.

Eoivos, Ueber den Eiiifluss der herrscheiiden Ideen. Vienne, 1857. Die Naiionalitâtenfrage, (ausdem ung. Manuscripte ubersetztvon D^ Max Falk. Pest, 187'J).

Keleti, Qu'esl-ce que la nat'wnalilé^. Mémoire rédigé en vue du IX» congrès international de statistique. Pest, 1874.

Préface du recensement de 1880, p. xvii.

1. Fényes, Vngarns Slatislik, Besifzverhdllnisse iind Topographie. Pest, 1860. — Schwicker, Stat. des Konigreicfis Ihigarn. Stuttgart, 1877.

Voir Les Recensements dans les Pays de la Sainte Couronne Hongroise (Activité et travail de rOffice central de statistique. Publications statistiques hongroises. Nouv. Cours, 36« volume, 1911. p. 468 suiv.).

2. Sur le bulletin de recensement de 1890, la rubrique « langue maternelle » est complétée et définie ain.*;i : « ou en d'autres termes celle que l'on reconnaît pour telle, (lue l'on parle le mieux et le plus volontiers » [Les Recensements, p. 473).

L'instruction pour le recensement de 1910 (art. 17, p. ol2) s'exprime ' ainsi : « Il faut remarquer que bien que la langue maternelle soit dans la

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