‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 307 sur 375 · TRANSILS^ANIE. — LES ROUMAINS · texte numérisé non relu

TRANSILS^ANIE. — LES ROUMAINS

flots barbares, qui déferlèrent les uns sur les autres à travers la Dacie et la Mésie, les vestiges de la domination romaine, villes et monuments, c'est dans des coins perdus, parmi des hordes assauvagies, que purent se perpétuer et le parler et les souvenirs de la culture romaine. C'est là, prononce Xenopol, « que s'est forgée la nationalité roumaine. La vie politique ne put s'y développer, parce qu'à ses débuts elle a été étouffée par la conquête magyare^ ». Si la nationalité roumaine s'est forgée au fond des sombres fourrés des Carpathes, l'opération n'a guère fait de bruit et s'est évenlée. Ce qui sest forgé bien plutôt, assure l'école hongroise, c'est la légende de la filiation et de lindigénat des Roumains de Transilvanie. Ce serait un roman historique imaginé par Petru Maïor de Ditzo Saint-Martin et Georges Schinkay, deux écrivains sortis au début de ce siècle de cette école de Blaj (Blasendorf) qui a tant fait pour la renaissance de l'esprit national roumain '-. Ce qui suscite des doutes sur la persistance de l'élément roumain en Transilvanie, après l'exode, c'est le silence des historiens et chroniqueurs, jusqu'au xiif siècle ^ ; à

1. L'Empire valacho-bulgave. Rev. hislor., 1891, vol. xlvii, p. 308. Hist. des Roumains. I, p. 100. Xénopol a tenté débranler la véracité du texte « clair et positif » de Vopiscus, (jui est catégorique sur l'évacuation Isublalo exercitu ac provincialibus). Il reconnaît toutefois « l'anéantissement des formes civilisées de la vie romaine en Dacie. Mais en 164 ans, la domination romaine avait pu « effacer complètement de l'esprit de la popu. lation indigène, l'idiome national... » transformer le type même de la race a.ssorvie, de sorte tiu'aujourd'hui les types les plus caractéristiiiues de la race roumaine ne penchent point vers le prototype dace, mais bien plutôt vers celui des Romains » (p. 109-10). 11 faudrait donc admettre que les colons implantés par Rome furent de purs Romains, argument qui dépasse la thèse même de Xénopol.

lorga {Uist. des Roumains, I, p. 13 et suiv.), avec plus de vraisemblance, veut que les cultivateurs et bergers, que ces changements laissaient indifférents, n'aient pas bougé ; c'est par eux que le romanisme se serait conservé et transmis.

2. Hunfalvy, Ethnographie, p. 340 : réfutation par l'écrivain magyar de l'historien roumain Kogalniceanu.

Dans plusieurs articles de la Ungarische Revue, Hunfalvy est revenu avec une sorte d acharnement sur la méthode et l'esprit historique des Roumains, et a pris à partie Schinkay, l'eter Maior et des écrivains plus modernes {Wie die Rumùnen lieschichte schreiben, ^ , 1885, p. iuu-:2l, :J41- 59), Cf. Xénopol, Hist., II, p. 375 et 475, où sont mentionnés les travaux sur ces historiographes roumains.

3. Par exemple, — argument invoqué par les adversaires de la thèse roumaine — Saint Bruno qui, dans son voyage à travers les Carpathes

CONTROVERSE SUR LES ORIfilNES ROUMAINES 399

partir de cette date seulement, des Valaqiies sont signalés par des témoignages sûrs : en 1224, un diplôme d'André II mentionne des forêts leur appartenant ainsi quaux Bissènes. Beaucoup de ces Valaques immigrèrent sur l'invitation des propriétaires, désireux de repeupler leurs domaines dévastés par les Mongols : ils furent casés dans les villœ olachales par groupes, sous l'autorité de leurs knez ou voïvodes dans la terra Blacorwn^. Ils se livrèrent à la vie agricole ; d'autres, les plus deshérités, menèrent l'existence errante de pasteurs transhumants ; c'est à ceux-ci que s'appliquait le nom générique de Valaques", ne désignant pas une race : car il est vraisemblable que ces bandes de rôdeurs étaient recrutées aussi de Bulgares, Serbes, Albanais et autres. A la longue, ces Valaques firent tache d'huile ; ils se superposèrent à la couche slave. qui avait fécondé le sol transilvain, et, sans que la toponymie slave s'effaçât, par une sorte de métamorphisme, cette population sédentaire s'assimila l'idiome, les mœurs, le type de ces nouveaux venus".

orientales recueillit en lOOG ou 1007 des informations sur la Hongrie Noire (c'est-à-dire la Transilvanie), ne fait aucune allusion à un peuple descendant des Romains ou parlant leur langue. Jorga, p. iM, s'ingénie à expliquer le silence des chroniques byzantines, bulgares et serbes sur ce peuple; (Cf. Hist. des Roumains, I, p. 32 et suiv.).

1. Jorga s'efforce d'établir que les Roumains ne furent pas des nomades, mais des sédentaires, du moins en Transilvanie : il n'en est pas de mémo des Valaques du Balkan (p. 148 suiv., 210).

2. Le nom, chez les Magyars, est olah : quant au terme de valaque, il est identique — d'après les témoignages autorisés — à celui de welche. D'autres admettent une étymologie slave : vlack ou vloch signifiant : noir, allusion au type foncé des \ alaques.

3. Joan Slavici (Die Vôlker, VI, p. 54). Jorga, 1, p. 113-4, montre la nécessité d'une discrimination toponymique. Les suffixes ep^ijC/ri, roumains, se rencontrent suitout dans la zone transilvaine, contiguë à la Roumanie actuelle et dans les couloirs du Maros, Szamos, Kôrôs, jusque dans la vallée de la Tisza : mais ici comme dans la région montueuse. les noms slaves dominent Jorga admet que les établissements slaves ont été pris, restaurés, dénationalisés par les Roumains, survenus plus tard ; le nom original a été conservé. Xénopol afiirmc que les Uaco-Roumains furent les premiers propriétaires du sol dont ils furent dépouillés dans la suite par la fraude et la violence ; sans cela on ne comprend pas, selon lui, comment ils se seraientadonnés à la culture. « Comment expliquer que les Roumains, venus plus tard dans le pays (dans l'hypothèse des contradicteurs de Xénopol), s'adonnent à l'agriculture, lorsqu'ils ne pouvaient pas avoir de terres en propre, celles-ci étant déjà occupées'? » (i6î'(/.,p.307). L'argument n'a rien de péremptoire. Karl Fuchs (art. cité) signale les maisons de bois, de style classique romain, avec une cour dallée intérieure carrée, entourée d'une galerie.

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Ceux-ci s'étaient-ils répandus hors de leurs repaires des Carpathes, d'où ils débordèrent aussi sur les terrasses inclinées vers le Bas Danube, futurs emplacements de principautés roumaines^? On a professé qu'au contraire ils vinrent du midi, d'entre Danube et Balkans, et qu'ils franchirent le fleuve. Pendant les luttes de l'Empire valacho-bulgare contre les Byzantins, des hordes, pour échapper aux armées ennemies, auraient cherché asile sur la rive septentrionale, chez les Koumanes ; plus tard ils auraient fui devant les Turcs. Par conséquent — c'est la thèse de Rœsler, à laquelle se sont ralliés les adversaires de l'idée daco-roumaine — leur berceau ne doit et ne peut être cherché au nord du Danube, ni en Transilvanie, ni en Moldavie ou Valachie, mais dans l'ancienne Mésie, jusque sur les rampes du Balkan,

Les champions du daco-roumanisme n'admettent pas ce reflux vers le nord. Selon eux, l'invasion slavo-bulgare, au vif siècle, coupa les Roumains nord danubiens de leurs congénères méridionaux, et dès lors ces deux branches de la race roumaine perdirent le contact et se développèrent séparément; la preuve la plus sensible de cette rupture serait la différence des conditions économiques de leur vie : les Daco-Roumains sont agriculteurs, les Macédo-Roumains se livrent à l'industrie et au commerce'''. Sans attacher trop de portée à la diversité des milieux historiques et géographiques, la philologie fournit ici un argument plus troublant encore : s'il est vrai que le latin serve de fonds commun aux idiomes daco-roumain et macédoroumain, les deux dialectes dans ces. foyers séparés ont évolué de telle sorte qu'ils « apparaissent comme deux langues différentes ». Au vif siècle, époque où l'on place la rupture, le roumain n'avait pas encore été formé, et plus tard, l'on n'aperçoit pas sous quelle nouvelle bousculade barbare les deux tronçons auraient été coupés. L'énigme n'est pas résolue, mais il demeure acquis que Daco-Roumains et Macédo-Roumains ne sont point les

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