‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 310 sur 375 · VALAQUES TRANSILVAINS ET DANUBIENS · texte numérisé non relu

VALAQUES TRANSILVAINS ET DANUBIENS

pilleries, qu'à cause de leur tare schismatique. Les souverains hongrois, avec rencouragement de TEglise, ne ménagèrent pas les avanies à celte gent maudite; de sorte que des fractions ou des tribus valaques prirent le parti de descendre vers les phiines avoisinantes, surTautre revers des Carpathes ; et c'est ainsi qu'à la fin du xiii" siècle et au milieu du xiv", s'ébauchèrent les futures principautés de Valachie et Moldavie. Cet exode ne rompit pas la solidarité avec les congénères transilvains.

Ceux qui restaient tombèrent dans l'avilissement du servage, dont ils se vengèrent par d'effroyables jacqueries. En 1437, ils défirent leurs maîtres; mais aussitôt la noblesse magyare, les Szekler et les Saxons se liguèrent par le pacte de Kapolna dans l'union des Trois Nations, qui pendant des siècles pesa de toute sa brutalité sur le paria valaque.

Celui-ci fui abandonné de ceux qui auraient dû prendre sa cause en mains ; l'aristocratie roumaine embrassa le catholicisnVe et participa à la vie de l'Etat hongrois. Le iohage, comme ses frères en misère, gagna, sous la dynastie^ des Hunyades, famille d'origine valaque, quelques adoucissements à son sort '. -

Le réconfort lui vint des princes et surtout des Églises moldaves et valaques, qui préservèrent de leur mieux le peuple frère d'outre-monts contre la propagande calviniste, favorisée par les princes de Transilvanie, les Bethlen, les Rakoczy. Bien que les ennemis des Roumains les dépeignent comme vivant au plus bas degré de la sauvagerie, leur sort, même celui des serfs, n'était point trop douloureux ; petite noblesse patriarcale, bourgeoisie commerçante qui s'enrichissait, paysans propriétaires de leur fonds, telle est leur condition, au moment où la Transilvanie échoit à l'Autriche, dans les quinze dernières années duxviT siècle.

. C'est alors que la nationalité roumaine fut soumise à la

1. lorya (1 p. 1-1) fait bien ressortir que les Hunyades notaient point (■onsirttTi'S par la masse des congt'nères comme des représentants de leur nationalité. M. Mircea Sirianu (cliap. vi) s'elTorce de démoutrei- (|ue les Hunyades, parce que Roumains, ont eu à (-u'ur damrlùirer la condition di.'S serfs.

404 TRANSILVANIÉ. — LES ROUMAINS

plus périlleuse épreuve : elle connut Tamertume de sa foi religieuse trahie par ceux-là mêmes qui avaient pour mission de la soutenir.

La Cour de Vienne, à l'instigation des Jésuites, travailla quelques clercs roumains pour une rentrée dans l'Eglise catholique : l'Union fut proclamée, en 1701, grâce à la faiblesse de l'évêque Atanase' ; mais ni le clergé ni les ouailles converties malgré elles n'en ressentirent le bienfait matériel ou moral. « L'Eglise unie » ne conquit pas les âmes ; pour réprimer les rébellions roumaines, la Cour de Vienne eut, pour instruments, les Saxons, qui prirent conscience, avec la conquête des Impériaux de leur supériorité de race. Les Roumains furent dépouillés, opprimés ; beaucoup émigrèrent en Moldavie et en Turquie, préférant le régime des boyars et des pachas-. Les revendications nationales trouvèrent dans Tévêque — grec uni cependant — Jean Innocent Klein (Micu), un généreux défenseur; mais l'orthodoxie eut pour soldats les paysans qui prirent les armes, sans doute avec l'argent de la Russie^. Marie-Thérèse dans les embarras de la Guerre de Sept Ans, dut rendre un édit de tolérance en faveur du culte grec non uni.

Joseph II se servit des Roumains plus insidieusement: il autorisa la jacquerie de 1784, dirigée par Nicolas Ursu Horea, contre les hobereaux magyars, que l'Empereur voulait mater.

La plèbe roumaine salua en Joseph II un émancipateur : le servage fut aboli, en 178o; les privilèges et jusqu'au nom de la « nation » saxonne, abolis.

S'il est vrai que pour l'aristocratie féodale les réformes du monarque restèrent non avenues, néanmoins le sentiment national était né : en 1791, la Diète de Transilvanie eut à examiner une supplique [supplex libellus) des Valaques revendiquant l'égalité [concivilitas), le libre exercice de leur culte, l'entretien de leur clergé uni et non

Page 1