‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 312 sur 375 · TRA.NSILVANIE. — LES ROUMAINS · texte numérisé non relu

TRA.NSILVANIE. — LES ROUMAINS

à Blaj ^ d'une quarantaine de mille Roumains. C'était la rencontre de toutes les classes sociales, prêtres, étudiants, paysans sur « le champ de la liberté, » où parurent côte à côte les deux évoques, le catholique uni et le grec orthodoxe, symbolisant ainsi Tunité du peuple roumain. Ce dernier prélat, André Schaguna, était l'âme du mouvement que voulaient élargir dans un esprit plus laïque des intellectuels, comme Barnuts, i'évocateur mystique de la tradition romaine. L'assemblée proclama d'abord la formule du serment au souverain — formalité qui avait sa signification au moment où Kossuth affichait ses desseins séparatistes, — puis vota les termes dune pétition où au nom de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, elle réclamait l'indépendance de la nation, avec représentation à la Diète ; la nomination de fonctionnaires roumains, l'emploi de la langue roumaine, l'institution d'écoles populaires roumaines, l'autonomie de ses Eglises, la suppression de la corvée et des charges féodales. G'était-une provocation, aux yeux des Magyars : car la Diète de Presbourg venait de décréter (11 avril) — sans consulter les intéressés — l'annexion de la Transilvanie. La réponse ne se fil pas attendre : le 29 mai, une Diète convoquée à Koloszvâr (Klausenburg) par le gouvernement hongrois, vota, sous la terreur et dans les formes les plus illégales, ce qu'on appela dérisoirement l'union. Ce coup de force ne réussit pas : les régiments roumains se rebellèrent, les hommes de la réserve, des volontaires prirent les armes. Comme récompense de ces sacrifices et de ce dévouement, auquel les hommes d'Etat autrichiens préférèrent l'humiliant appui des Russes, les Roumains émirent le vœu de constituer en un corps de nation tous leurs congénères des Etats autrichiens, avec députation au Parlement impérial : l'Empereur était supplié de prendre le titre de grand-duc des Roumains -. Ce plan trop vaste n'était pas

1. En roumain, Blaj ou Blache (comme écrit Xcnopol), en magyar, Balaszfalva, en allemand, Blasendorf.

2. Pétition du 25 lévrier 1849. Brote, Die rumcïnische Frage in Siebenbin-gen und Ungarn, Berlin, 189.5, p. 174. Dans ce document était indiquée l'idée que cette Roumanie autrichienne serait comme le noyau de toute la nation roumaine en Orient.

LA MAGYARISATION 407

pour séduire la Cour de Vienne, qu'effrayaient les grandes fédérations et les tendances révolutionnaires ' ; mais llattant les nationalités hostiles aux Magyars, le gouvernement central, qui avait autorisé la tenue d'un Congrès national roumain, fit mine d'ériger en 1863 les Roumains en quatrième nation reconnue et dirigeante de la Transilvanie, et leur langue à la dignité de landessprache au même titre que le magyar et l'allemand; en 1864. un de leurs désirs les plus cliers fut exaucé : une métropolie roumaine fut créée à Sibiu-; c'était la consommation de l'Eglise nationale, désormais séparée de l'Eglise serbe \ Mais tous les beaux rêves d'avenir des Roumains Curent brutalement dissipés par l'incorporation de la Transilvanie, comme « partie intégrante » au royaume hongrois, en 1867 \

Dès lors les déboires et humiliations ne sont pas épargnés aux annexés malgré eux. Il semblait que « l'union » eût pour conséquence l'unification des droits civiques. Or la loi électorale de 1874 scindait en deux catégories les électeurs de la Hongrie propre et de la Transilvanie, par une majoration énorme du cens électoral au désavantage de ces derniers, de sorte que sur 1.000 habitants on comptait en Hongrie 58 électeurs, et seulement 33 en Transilvanie; encore faut-il distinguer : dans les 4 comitats transit vains où les Magyars dominaient, 60 personnes sur 1.000 habitants exerçaient le droit de vote, et 24 seulement dans ceux où la prépondérance numérique était acquise aux Roumains : caries Magyars jouissaient encore du privilège nobiliaire qui les dispensait des conditions de cens et de capacité. Les circonscriptions étaient combinées de façon que sur les 73 députés de Transilvanie, les 4 comitats

1. liisenmann. p. 339-60, signale la sublilité xle la politique de Schmcrling en ces conjonctures.

Page 1