Mag. : Ujvidek; serbe : Novi-Sad
4. L'ouvrage capital sur les Serbes de Hongrie est celui que M. K. l'icot a publié sous ce titre à Prague, en 1873. C'est un plaidoyer aussi documenté que clialeurcux en laveur des Serbes. On y trouve une abondante bibliographie. 11 en a paru une traduction serbe par Sk. l'awlowilcb à .\ovi-Sad en 1883. I.a i)lupart des auteurs (jui ont postérieurement traité la question ont sim|»lement résumé ce travail capital, par evenq)le M. Gaiiloz, lier, des beux-Mondes. lo août 1876. On lira encore avec intéièt le chapitreconsacré aux Serbes dam l' Et linographie de llunl'alvy, parSchwicker,
que par accident. Des plaines de Galicie et de Pologne, ayant franchi les Carpathes, les Serbes, avec la tribu sœur des Croates, cheminèrent à travers la Pannonie; les Croates poussèrent de l'avant jusque sur les chaînes côtières de l'Adriatique, et s'engagèrent même dans les Alpes. Les Serbes s'arrêtèrent plus à Test, ne dépassant pas le Vrbas et dominant, sur leur front oriental, la coupée de la Morava; au sud, ils s'avancèrent jusqu'aux alentours de Raza (aujourd'hui Novi-Bazar), d'où le nom de Rasciens, Raïczes, qui les suivit loin de là. Cette situation géographique influa sur leur sort — tout au moins au spirituel : c'est de l'Eglise grecque qu'ils reçurent leur foi chrétienne % tandis que la fraction de'leur peuple détachée à l'Occident, ainsi que les Croates, furent captés par l'Eglise romaine; quant à leurs afl'aires temporelles, ils y pourvurent en toute indépendance : ils repoussèrent, souvent coalisés avec les Hongrois, les usurpations byzantines. En eff'et, un Empire serbe s'éleva, dont le premier souverain, le grand zupan Nemanja (1163-96), dénia tout hommage à l'Empereur de Constantinople et s'allia contre lui avec l'Empereur Frédéric I", conducteur de la troisième croisade : ce fut d'ailleurs une habileté des Slaves balkaniques de profiter du conflit des Latins et des Byzantins. Le rapprochement des Serbes avec les gens d'Occident alla si loin que leur premier roi couronné, Etienne Uros, fils de Nemanja, reçut l'investiture de Rome (1217). Mais après le déclin de l'Empire latin, il reprit contact avec les Grecs : il obtint de l'Empereur Théodor P' Lascaris la fondation d'un archevêché indépendant, dont le premier titulaire fut son frère même, le moine Sava, qui
auteur cruno Histoire politique des Serbes en Hongrie (Builapest, 1880), plutôt l'avorablc nus. Magyars, et d'une Histoire des Confins inilitaires autrichiens (Vienne et Teschen 1883), toutes deu.î en allemand. Quant à lœuvre de Constantin Jirecek Geschiclite der Serben (Gotha F. A. Pcitlies^ 1911) elle raconte l'histoire du peuple serbe entier. Le premier tome seul paru s'arrête en 1371. Voir aussi la monographie de Stel'anovic de Vilovo I>Je rô/A-er, vol. XI, 1884.
1. En dépit de leur aversion pour Byzance, les Serbes furent catéchisés par les clercs venus des pays grecs et slaves, de Macédoine, de Bulgarie, de l'Athos. L'évèché de Ras lut le germe de l'église autocépliale serbe (Jirecek, p. l'i'l).
niMIGRATIONS SERBES EN HONGRIE 42l>
résidait au M'ont Athos, et qui est devenu le saint le phis vénéré et le patron des Serbes ^
La puissance de l'Empire serbe s'affirma dans tout son éclat, au milieu du xiv"' siècle, quand Etienne Douchan se proclama Empereur (tsar) de Serbie et de Roumanie — par ce dernier nom il désignait l'Empire romain de Byzance — et revendiqua la gloire de capitaine de la Chrétienté contré le Turc. Mais après la fin tragique de la Grande Serbie, sur le Champ des Merles (Kossovo) (1389), suivie d'une seconde catastrophe à Nicopoli (1396), les Serbes s'enfuirent au nord du Danube ; ils rencontrèrent là des colonies de leurs congénères déjà florissantes ; ils s'épandirent vers le nord; en 1404, on les signale dans l'île Czepel, en aval de Pest. L'immigration fut organisée quand, en échange de Belgrade, que le despote de Serbie, Georges Brankovic, impuissant à la défendre, avait cédée au roi de Hongrie, des terres lui furent assignées où il transplanta ses sujets. Ceux-ci acquittèrent brillamment la dette de l'hospitalité, en soldats valeureux du monde chrétien et de la royauté hongroise; aussi Mathias Corvin les exempta de la dîaie qu'ils payaient à l'Eglise catholique et les gratifia d'autres privilèges non moins précieux. Ce sort enviable provoqua un aftlux d'immigrants : en 1481, .'iO.OOO furent amenés par l'illustre capitaine Paul Kinis, et cantonnés autour de Temesvar, au grand scandale du clergé catholique qui protesta contre l'invasion de ces schismatiques, dispensés pour comble de la dime. Ces nouveaux venus, en échange de leurs immunités, reçurent mission de défendre la frontière contre l'Infidèle : c'est l'embryon des futurs Confins militaires.
A la lin du xvii" siècle, en 1090, l'élément serbe fut renforcé par un nouvel et plus ample contingent. En 1689, les armées impériales avaient recouvré sur les Turcs la Serbie, la Bosnie et l'Herzégovine. Un appel pressant de lEmpereur Léopold aux chrétiens délivrés comme à ceux qui gémissaient encore sous le joug ottoman, leur promit, s'ils se levaient pour la guerre sainte, la reconnaissance de
1. Les orif^iiios de r^ylisc sorbe sont Jaiileuis i\{;A plus obscures [lOid, p. i".i6 suiv.).
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leurs privilèges religieux et politiques. Les Serbes se présentèrent en foulée Mais la campagne de 1690 fut désastreuse : les Serbes offrirent de reconnaître l'Empereur pour souverain et de combattre pour lui, à certaines conditions auxquelles Léopold souscrivit. Par des diplômes d'août 1691, Léopold 1" leur octroya, outre des établissements, le droit d'exercer leur culte, d'employer leur calendrier vieux style, l'intronisation dun archevêque de leur nationalité élu par la communauté, l'exemption des dîmes. Tant d'alléchantes perspectives décidèrent le patriarche serbe d'Ipek (Péc;, Arsène Crnojesic, à se transporter lui-même en Hongrie ; et à la suite de leur pasteur, trente à quarante mille familles, c'est-à-dire deux ou trois cent mille personnes,, inondèrent cette terre promise où elles campèrent sous la tente, dans l'espoir de regagner bientôt leur patrie; quelques groupes cependant furent dirigés sur le nord, vers Ofen, Gran, Komorn, Piaab.
En recueillant tout ce peuple, la Cour de Vienne ou plutôt la Gamarilla, sous l'inspiration des Jésuites, se flattait de conquérir des ouailles à l'Eglise: on comptait y faire rentrer, par la porte basse de l'Union, cette masse de schismatiques que leur hérésie infestait de tous les vices. « Pojju/us adeo rudis in rébus fidei^ ut re vera syl' vestres quasi homines et fauni possint nunciijmri. Intérim est îiimium perfidus, perjurus, crudelis, furtis, latrociîiiis, rapinis, homicidiis, omnibusque flagitiis et facinoribus jaryi ab antiquo deditus^. » Pourquoi donc alors avait-on sollicité des hôtes si incommodes"?
En réalité, ces « Raïczes » furent les sentinelles de la chrétienté placées aux extrêmes avant-postes; car les
d. Us furent recrutés parGeorges Brankovic.. qui, en 1663, avait été consacré comme « despote » des Serbes. Schwicker dit (Ethnographie, p. 315) qu'il prit le titre de despote héréditaire de Serbie, Bosnie, Mésie, Thrace, Bulgarie et Sirmie, et qu'il éveilla par là la déliance de l'Autriche ; aussi fut-il emprisonné pendant ±'1 ans. l'icot (p. 64i est moins explicite sur les motifs de cette arrestation. Cependant, il semble bien que la raison d'Etat, invoquée par l'Autriche, était la crainte de voir se reconstituer une Grande Serbie indépendante et schismatique. M. Louis Léger a consacré au personnage, d'après les plus récents travaux, un chapitre biographique (Serbes, Croates et Bulgares (Paris, Maisonncuve 1913, p. l"J-ol : in prétendant serbe au XVII' siècle. Le Comte Georges Brankovitch).
2. Kajjport d'une commission d'enqurte en lO'J'J (l'icot, p. 8T|.