‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 328 sur 375 · REVENDICATIONS SERBES · texte numérisé non relu

REVENDICATIONS SERBES

Turcs occupaient Temesvar, Pelerwardein el Belgrade, et la paix de Carlo vitz (1699) leur abandonna tout le pays au sud du Danube et de la Save. Cette paix enleva aux Serbes tout espoir de retour dans leurs foyers. Elle ne leur enleva rien de leurs prétentions à vivre en nation libre, sur le même pied que les Magyars et les Allemands. En 1707, lors du Congrès d'élection du patriarche à Krusedol, ils demandèrent que l'on organisât leur territoire, et qu'on leur accordât d'être représentés et à la Cour impériale et à la Chancellerie hongroise. Ni les Magyars ni les Allemands ne l'entendaient ainsi : ils s'efforcèrent au contraire de restreindre les privilèges de ces intrus hérétiques, qui réclamaient des écoles; en 1723, la Diète hongroise les abrogea sans autre forme de procès, si bien que les Serbes furent du coup réduits au servage. Tandis que les uns s'insurgeaient ou rentraient en terre turque, les autres s'enrôlaient dans les régiments des Confins, préférant la discipline militaire à la domination des magnats ; mais en 1741, la noblesse magyare, exploitant la détresse de Marie- Thérèse, lui arracha la suppression des Confins ; en même temps, le métropolite serbe, jusqu'ici chef de la nation, était dépouillé de la direction des affaires politiques. Alors de nombreuses colonnes serbes, plus de lOU mille individus, émigrèrent en territoire russe oii elles fondèrent la Nouvelle Serbie (autour de Novgorod '). A Vienne on vit d'un œil inquiet cet exode qui menaçait de vider une province au profit de l'hégémonie magyare. Aussi Marie- Thérèse les rassura par une patente du 23 octobre 17yl. créa une commission serbe, puis une députation aulique [hofausschuss], où d'ailleurs aucun Serbe ne fut appelé". Mais sous la pression des Magyars, la mesure fut rapportée :

\. La (^uui' lie N'iuiine refusait aux Sciljes rautoriïialion d'iiiipriiuer eu leur larif^uo des livres d'enseignement. Aussi l'arciievèque des Serbes .[ui, aprùs la paix de Passar^owitz (1718) s"était transporté de Karlovci à lielyrade, recourut à la Russie (jui envoya livres, j^ranunaires, et des maîtres, qui l'ondèiont une sorte d'éeoie nojinale à Karlovci. Le russe évinça le serbe et devint vers la lin du xviu" siècle la langue littéraire.

2. La présidence en fut donné au baron de Barlenstein, qui a laissé le récit de ces épiso<les : Kurzer Berichf von di'r liescha/fenheil dev zerstreuten zuldieichen Illyriscken Sut ion in den K.K. Erblanden (Francfort et Leipzig 1802) et qui se montre syinpatliiiiue aux Serbes.

en 1770, le Regulamenlum Constitutionis Nationis ilhjricœ de'cida que le peuple serbe relèverait désormais et en première instance des magistrats locaux et des seigneurs terriens : c'en était fait de Ja charte de 1694, d'après laquelle « la nation rascienne devait être soumise seulement à S, M. Impériale et Royale et être exempte de toute dépendance, aussi bien des comitats que des seigneurs terriens », La « Dépulation illyrienne », sorte d'organe des intérêts de la nation, fut abolie en 1777, et ses attributions déférées à la Chancellerie hongroise ; le pays serbe fut dépecé en comitats.

On se repentit à Vienne d'avoir ainsi sacrifié à l'ambition magyare un peuple qui ne marchandait pas son sang pour les Habsbourg, sur les champs de bataille, contre Prussiens et Turcs. Léopold II établit une Chancellerie auliqiie illyrienne, égale et rivale de la Chancellerie hongroise, et destinée à représenter auprès de lui la nation illyrienne qui venait d'être restaurée : car la loi de 1790- 1791 investit les adhérents du rite non uni des droits de citoyen.

Les Serbes prisèrent fort peu leur érection à la dignité de citoyen. L'égalité en effet signifiait pour eux « la ruine de lindividualité historique de leur nation ^ ». Quant aux Magyars, ils en prirent texte pour réclamer l'abrogation de la Chancellerie illyrienne, rouage désormais superflu. L'Empereur François V% pour qui toute agitation, même nationale, avait quelque chose de révolutionnaire, exauça le vœu de l'aristocratie hongroise non moins hostile à la Révolution. Il est vrai que le clergé serbe fit le jeu de la Cour de la Vienne en s'opposant aux nouveautés dangereuses et aux idées émancipatrices.

De 1830 à 1840, l'omnipotence magyare s'appesantit de plus en plus lourdement sur les peuples sujets. Les Serbes manquèrent dans leur résistance, non de fermeté, mais de largeur de vues : loin de s'associer au mouvement illyrien qui donnait d'ailleurs à leur langue un prestige nouveau comme verbe commun des Slaves du

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