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DIFFICULTES D UNE RENAISSANCE SERBE

Sud, loin de se rallier à leurs frères pour former un grand peuple, ils obéirent à une inintelligente préoccupation sectaire : leur clergé rejeta la substitution de l'idiome vulgaire à la langue liturgique ; il flairait là-dessous quelque machination papiste; le mot d'illjrisme apparut comme un symbole éclipsant le nom ethnique des Serbes. C'est avec défiance encore que ces âmes, passivement dociles au régime théocratique, accueillirent les tentatives de renaissance intellectuelle.

C'est que le réveil liltéraire condamnait la langue sacrée, le slavon, qui jouait le même rôle que le latin chez les catholiques, et avec la langue des clercs semblait condamner la puissance ecclésiastique. El cependant s'augurait le triomphe de l'esprit laïque et libéral. C'est de la Serbie hongroise que partit la réforme : Dosithée Obradovic, né dans le banat de Temesvar (1739-1811), osa le premier écrire dans la langue vulgaire, et non plus pour les seuls lettrés, mais pour tous'. Il suscita un imitateur plus hardi et plus génial, son élève Vuk Karadzic, qui non seulement donna à l'idiome national son code, sa grammaire et son lexique, et surtout une orthographe plus souple, mais rajeunit le vieux fonds des légendes et des traditions serbes : grâce à lui son peuple commença à revivre son histoire et à ressaisir" son âme. En dépit de l'opposition cléricale, la réforme eut gain de cause (de 1825 à 1850), consacrée par la foi agissante des jeunes générations de philologues et de poètes, tant en Hongrie que dans la Serbie revivifiée. L'organe de la littérature nationale fut la Matica, l'Abeille serbe (la première en date des Matice), fondée à Pest en 1826, en défi à l'Académie hongroise, et transportée en 1865, à Novi-Sad (Neusatz), ceiitre littéraire des Serbes de Hongrie et qui rivalisa avec Belgrade et Zara. La Matica, par ses publications telles que les Annales serbes, travaillait à la conservation et à l'accroissement du patrimoine intellectuel de la nation.

Cette floraison du génie serbe coïncidait avec l'épanouissement des idées de progrès et de liberté. Les événements

1. Voii' la biographio do ce personnage dans Louis Léger, Serbes. Croates et Bulgares, p. 9i-i0o.

de 1848 trouvèrent les esprits prêts à en tirer les conséquences naturelles. Les Serbes, un mois après la Révolution, revendiquèrent l'institution d'une voïvodine embrassant le territoire qu'ils occupaient, et présentèrent naïvement leur pétition à la Diète hongroise ; ils s'imaginaieTit que les Magyars, champions du droit des peuples et qui déclamaient de belles phrases sur le principe des nationalités, accueilleraient leur juste requête. C'est Kossuth en personne qui se chargea de dissiper brutalement leurs illusions. Aussitôt les Serbes réunirent un Congrès à Karlovci (13 mai), élurent un patriarche, Rajacic, et un voïvode, Etienne Suplikac, ancien officier qui avait servi sous Marniont; ils votèrent Tunion avec le royaume croate, ç'est-à-dirc la fédération illyrienne. L'armée insurrectionnelle, commandée par Stratimirovic, remporta une série de succès, tandis que le ban de Croatie, Jelacic, entrait en action : l'Autriche lançait les opprimés contre les Magyars, et, pour stimuler les Serbes, l'Empereur investit leur patriarche et leur voïvode (Rescrit de François-Joseph, daté d'Olmiitz, 15 décembre 1848). Puis furent créés la Voïvodine et le Banat de la Temes, dont l'administration, indépendante de celle de la Hongrie, devait relever directement du ministère impérial : l'Empereur ajoutait à ses titres celui de Grand Voïvode (18 nov. 1849).

Etait-ce enfin la réalisation de cet idéal si longtemps caressé et si chèrement payé ? L'Autriche eut peur de son œuvre, parcequ'elle rehaussait le monde slave et du même coup l'Église orientale, et risquait ainsi d'attirer l'attention trop bienveillante et intéressée de la Russie, protectrice universelle des Slaves et des Orthodoxes. Aussi la voïvodine, d'abord organisée à l'allemande avec des fonctionnaires allemands sous le régime germanisateur, eut la vie courte ^ : à partir de 1861, elle fut réincorporée à la Hongrie. Erreur de Schmerling qui renforçait TEtat

1. Avec sa rouerie coutumière, le gouvernement autrichien avait englob, dans cette formation politique des comitats peuplés en grande partie de Magyars, Roumains et Allemands, de manière à provoquer d'emblée des dissidences.

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