RAPPORT DE LA CROATIE AVEC LA HONGRIE
rogatives souveraines, commandement de l'armée, frappe de la monnaie, levée des impôts, etc'. Dès lors le centre degravilé politique se déplaça en faveur des Croates; la Dalmatie fut quasi abandonnée aux entreprises vénitiennes.
L'union personnelle fut un ménage passable. Les souverains hongrois se montrèrent respectueux du pacte constitutionnel jusqu'au règne de Sigismond qui refusa de se laisser couronner en terre croate (1403). Dès lors les empiétements sur les libertés croates se multiplièrent : Sigismond aliéna, contre écus sonnants, au comte de Cilli un morceau du pays et la dignité de ban. Si les rois de Hongrie exploitaient les Croates, en revanche ils ne les protégeaient pas; ils portèrent la peine de leur dédain et de leur détection : les Turcs se ruèrent sur les Hongrois après Moliacs. Les Croates, que le désastre des Magyars ne contrista pas, invoquèrent le secours de la Maison d'Autriche, dont la mission était de refouler l'Infidèle. Et leur Diète unanime acclama sans tarder comme roi héréditaire, et non plus électif, Ferdinand P', déjà roi de Bohême et de Hongrie (1327). La Croatie s'intégrait par là dans le complexe des Etats de la monarchie des Habsbourg, elle ne relevait plus immédiatement de la Hongrie ; elle était régie par un souverain qui ne subordonnait pas les intérêts croates à ceux de la Hongrie ; de sorte qu'à l'égard de ce royaume l'union personnelle étant périmée, la Croatie n'eut plus ni obligations ni dépendance. Cette thèse, chère aux Croates, semble juridiquement et historiquement confirmée ".
La Croatie cependant resta liée ou plutôt alliée à l'Etat hongrois : les deux nations résistaient et aux assauts de riulidèlc et aux usurpations autrichiennes, qui avaient amoindri la Croalie de la zone des Contins militaires, divisés en capilanats, et considérés comme territoire
i. Une preuve do rindépendaiice de la Ciualie l'ut le couronnement à, Zagreb en 1301 du prince Charles Kobert d'.-Vnjou, alors que les Hongrois avaleul à la même époque élu un autre roi.
2. La question des rapports entre la Croatie et la Hongrie est à peine ellli'urée avec une timidité presque comiiiuc dans le v(duiiii' de l'n'.lî.M. Croalieii und SUivonieii.
d'Empire. En vue d'une action concertée la Croatie envoyait à la Diète hongroise des dépiilés de sa propre-^ Diète pour y expédier les atTaires communes; mais les décisions de la Diète hongroise n'avaient force de loi en Croatie qu'après le vote de la Diète croate*. Nulle sujétion; cela est si vrai que la Diète de Croatie accepta la pragmatique sanction de Charles VI plusieurs années avant celle de Hongrie et dans un tout autre esprit : elle n'entendit en effet obéir qu'au souverain qui régnerait sur les provinces de Styrie, Carinthie, Carniole, en partie peuplées de Slaves , témoignage saisissant de solidarité ethnique et du sentiment de la nationalité. Cependant les Magyars tendirent à s'arroger la suprématie, à réduire la Croatie au rang dune simple annexe, partes annexdPe\ non plus régna socia : ce que leur concéda imprudemment en-^ 1779 la Cour de Vienne, qui, consciente de son erreur, ressuscita la Diète croate en 1790.
A ce moment, chez les Slaves du Sud comme chez les autres sujets opprimés, fermenlaient les idées d'indépen^ dance nalionale et de libertés publiques. Les a^piralions du monde sud-slave purent, sinon se salisfaiie, du moins se déployer, grâce à la conquête française et à la création d'une Ulyrie, d'une pairie naturelle ^ Il se forma, parmi les jeunes gens surtout, des sociétés pour la culture des idiomes sud-slaves (même en dehors du pays, à Vienne et à Graz) ; et, quoique le peuple croate fût numériquement faible, puisqu'une bonne partie de ses forces vives était parquée dans les Confins, c'est lui qui assuma l'honneur de tenter la restauration de la communion slave; c'est de lui que sorlireût les initiateurs, ceux qui ressuscitèrent, pour une lin plus désintéressée, la conception napoléonienne de l'illyrisme. En etfet, s'il importait à la phalange intellectuelle de la Croatie de recouvrer les franchises politiques, les ambitions dépassaient le cadre étroit de la province : aussi fut substitué au nom croate un symbole plus large, qui embrassait tous les hommes de