Horn, ehap. vri
2. L'illyrie comprenait les pays Slovènes alpestres, l'istrie, la Dahnatie, la Croatie maritime.
L ILLYRISME 441
même langue et de même race : celui de l'illyrisme. Ce vocable éclipsait et fondait ensemble les vieilles divisions et désignalions des membres séparés d une même famille: Serbes, Esclavons, Dalmales, Slovènes \
L'illyrisme trouva son apôtre à la fois entraînant et adroit dans Louis Gaj, né à Krapina en 1809, docteur de Leipzig". Guj sentit sourdre sa vocation sous l'intluence du poêle Kollar qu'il connut à Pest, et qui venait de lancer à la fois le cri de guerre contre les Magyars et l'hymne d'espérance des Slaves.
Gaj débuta discrètement, pour ne point effaroucher les détiances autrichiennes qui suspectaient partout et en tout la' Révolution ; il publia un traité d'orthographe croalo-slavonne ; c'est par la même méthode en apparence inoffensive que Vuk Karadsic entreprit l'œuvre de régénération des Serbes. En 1833, il composa une chanson patriotique : « la Croatie n'est pas encore perdue », qui vola bientôt sur toutes les lèvres. En 1835, il fonda un journal à Zagreb (Agi-am) : les Nouvelles Croates avec un supplément : VÉloile du Matin. Ce titre ne figura qu'un an : en 1835, il fut transformé en Nouvelles nationales illyriennes, et le dialecte croate remplacé par une langue sonore, élaborée déjà par les poètes illyriens, moins rébarbative non seulement à l'oreille, mais à l'œil : car elle revêtait une forme extérieure, une transcription simple et aisée ^ .
Gaj eut la bonne fortune non seulement de susciter la collaboration enthousiaste d'une génération de jeunes
\. Les promoteurs de rillyrisuie crurent que les antiques Illyriens étaient des Slaves.
2. \oir la biographie de Gaj dans Louis Léger Serbes, Croates et Bulgares (p. T4-8H). Une analyse de la eorrespondance de Gaj révèle l'intérêt des autres groupes slaves pour l'illyrisme .
3. W. Wachsmuth, Gesckickte des lllyrismus oder des sildslavischen Anlagonismus gefjen die Magyaren.Xebsl einein Vorworte. Leipzig- 1849.
Cyprien Robert, Les deux l'anslavismes (liev.des Deux Mondes. 1°' novembre lS4h, et une série d'artieles du même écrivain dans cette Revue).
Hip. iJesprez, Iai (irande Ittyrie et te mouvement iltyrien (Rev. des Deux Mondes, lo mars 1847). J.a Guerre des Magyars et des Croates (ibid., 15 août l84>->). Les Illyriens, te pan Jeltacldc/i et i Autriche (lo novembre 1848).
Cl. 8tarè, Die Kroaten im Konigreiche Kroatien und Stauonien (Die Vôlker, X-).
écrivains et poètes^, mais encore de rallier le clergé d'abord inquiet du lustre jeté sur l'idiome serbe, un idiome schismatique ; car les scbismatiques — on l'a vu
— faisaient froide mine aux avances des Slaves papistes. Or le clergé croate tremblait pour la religion d'Etat, qui était comme le palladium de l'autonomie nationale : les Hongrois réclamaient les droits civiques en Croatie pour les protestants. — Par une chance suprême enfin, Gaj eut d'abord la neutralité bienveillante du gouvernement autrichien, qui méditait de jouer de Tillyrisme contre l'insolence magyare'.
Bientôt en effet des hautes sphères de la littérature la lutte se transporta sur le terrain parlementaire. A la Diète mixte 011 les députés Croates siégeaient avec les Hongrois
— car leur Diète nationale avait été supprimée de nouveau — ils réclamèrent, sous la pression du mouvement illyrien, l'emploi de leur langue : proposition qui déchaîna les colères magyares jusqu'aux voies de fait. La faiblesse du gouvernement de Vienne sacrifia encore les fidèles et dévots Croates aux ambitions magyares. Dans la séance du 20 juin 1843 de la Diète hongroise, un député croate déclara qu'il avait reçu mandat de ses commettants de ne parler qu'en latin, et se refusa à s'exprimer dans la langue officielle des débats ; l'émotion fut si vive, qu'à la Table des magnats, le palatin archiduc Joseph, lieutenant du Roi, prononça ces mots qui voulaient être décisifs : « Il n'y a pas ici de nation illyrienne, il n'y a qu'une nation hongroise ». Un magnat croate, plus tard ban de Croatie, le baron Rauch, dénonça la conjuration révolutionnaire, c'est-à-dire libérale, etla haute trahison. « Jediraiquels sentiments effrénés M. Gaj inspire à lajeunesse et au clergé des séminaires, à qui il assure que dans un avenir prochain les Russes dicteront des lois à Presbourg et donneront une constitution à chaque nation slave qui s'alliera à eux. Je dirai encore que le vivat des Hlyriens est pour le czar. Je montrerai
1. En 1838, est eivéc la Sociéti' do lecture de Zagreb: en 18 42, l'ilirska mutica [V Abeille iUyrienne,) autre Société littéraire; vers la niènio- époque se développe le théâtre croate; en 1846, représentation du premier opéra.
2. L'imprimerie où Gaj éditait son journal s'apiiela imprimerie il'ijv'unne Imp. et Roy. privilégiée, titre assez signilicatit.