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EXODES DES MUSULMANS

nir : toutefois les Musulmans se jugèrent désormais livrés à une administration qui ii^s ménageait jusqu'alors, mais attendait l'occasion de les diminuer à leur tour.

Dès la fin de 1909, plusieurs milliers quittèrent le pays natal : ils étaient sollicités par la Turquie désireuse de renforcer Télément islamique en Macédoine, et qui avait préparé l'installation de ces colons \

Le gouvernement austro-hongrois encouragea 'ces expatriations, qui allaient mobiliser des terres, provoquer de belles spéculations et faciliter la pénétration d'éléments chrétiens.

Aussi le kmète fut-il débouté de ces biens fonds devenus disponibles et sur lesquels il aurait exercé son droit d'achat", si une hausse soigneusement poussée et des

1. M. Gaston Gi'avier, (L émigrallo^t des Musulmans de Bosnie-Herzégovine. Revue de Paris, 1" janvier 1901, p. 213 suiv.) a raconté le sort de ces mouhadjirs.

2. L'administration avait en quelque sorte confirmé l'état de servage du kmète, car, lors du recensement de 1879, le mot fut traduit par Hôrige. On considéra ainsi comme kmôtes tous les paysans. Le recensement de 18'.)5 distingua les catégories de kmètes, de cultivateurs libres, et de tenanciers qui possèdent simultanément des terres à eux. (Voir Jovau Gvijic. L'annexion de la Bosnie el la question serbe Paris, Hachette 1909, p. 36).

Le recensement agraire montre la prépondérance des musulmans comme propriétaires (agas, begs, spahijas) ; ils sont 12.:^80 sur 14.749 (ces chilïres désignent les chefs de famille , tant possesseurs que non possesseurs de terres kmètes. De même les musulmans dominent dans la catégorie des cultivateurs libres : 77.500 sur 137. OOU environ, soit plus de o6p. luO.On ne compte encore que moins de 60.000 paysans chrétiens émancipés et maîtres de leurs fonds. La proportion se renverse avec les kmètes : 3.6o3 musulmans, moins de 5 p. 100 de cette classe de la population, alors que 76.000 chrétiens, la plupart serbes orthodoxes, sont encore astreints au servage. Les kmètes partiels, qui disposent en même temps d'un bien dégagé de toute redevance, se rencontrent presque exclusivement parmi les chrétiens ; près de 29.000 contre environ 2.700 musulmans.

De 189o à 1910, le nombre des kmètes a décru de 9.200 ; (Schmidp. 314 énonce le chiri're de 15 354) ; celui des propriétainis et des cultivateurs libres (que la statistique englobe dans une même rubrique) a sauté de 92.700 à 151.600, moins par l'accession des tenanciers chrétiens, que par suite du morcellement entre héritiers musulmans des tchifluk {Die Ergebnisse. p. 76, A. Feifalik, conseiller du gouvernement de Bosnie-Herzégovine, avance les chiffres ronds de 105.000 familles kmètes contre 150.000 de paysans libres, au l»! janvier I'.il2. Ein neuer Vorschlag zuv Lôsung der bosni^chen Kmetenfrage Oesterr. Rundschau XL 111, fasc. 4, 15 août 1916, p. Iu7). Cet état sofiai se modihera : les ('hrétiens réclament le rachat obligatoire des terres seigneuriales, et un parti serbe a conquis des sièges au sabor ou Diète, sur ce programme.

Une loi du 13 juin i911 a prétendu régler le problème agraire. L'Etat l'acîilite au kmète les achats en lui avançant la totalité de la somme néces-

formalités décourageantes ne l'en avaient écarté. De même l'Etat s'était adjugé les espaces incultes, les forêts qu'il réservait à des étrangers après en avoir imposé le défrichement aux indigènes. En effet, voici que des agglomérations à nom tudesque se sont implantées : Franzjosefsfeld, Rudolfstal, Windhorst etc., avec tons les avantages, tout le confort de la colonisation officielle; dispense de la dîme qui retombe sur les kmètes, écoles libéralement dotées alors que les orthodoxes puisent dans leur pauvre bourse de quoi instruire leurs enfants ^ ; pour contrebalancer les Germains, les Magyars s'infiltrent non moins âpres à la curée : de puissants établissements financiers de Vienne et de Budapest, avec leurs filiales bosniaques, soutiennent de leur crédit cette invasion"".

Jusqu'à la fin de 1905, 22.000 hectares ont été distribués entre 1.817 familles (9.660 individus) qui ont apporté un capital. Il faut ajouter que les indigènes sollicitent à leur tour des terres, pour débouter le schivab et le Polonais. Le gouvernement a donné satisfaction à ce vœu dans une mesure très limitée jusqu'ici.

Et quand rentrent au pays les nwii/iadjirs, dégoûtés de leur essai d'acclimatation, soit parmi les coreligionnaires turcs, dont ils ne comprennent pas la langue, soit parmi

saire, tandis que les banques locales et surtout la Banque Commerciale de Pest, qui a failli monopoliser lopOralion, à la grande colère des Autrichiens, nauraient lait que des avances partielK/s, opération qui eût endetté le kmètc pour longtemps. 11 est vrai que Flitat exige un intérêt de son avance et prend hypothèque sur le fonds libéré (Schmid p. 336 suiv.). Les agas voient de bon (r'il CL'tte combinaison qui leur assure le paiement du bien racheté.

1. S'il faut en croire lleiralelsen (Die deutschen in Bosnien. Vienne Gerold, 1911, avec 7 planches et 2 cartes, Cf. Deutsche Ercle, X, l'Jll, p. 81-4.) Les colons allemands en Bosnie et en Herzégovine ont eu la vie dure ; l'administration autrichienne attira sans scrupule des paysans allemands de Hongrie, de Galicic, de Russie, de Silésie, qui aspiraient à quelque bien être, dans les fourrés et les marécages des pays d'occupation, les laissa en proie aux hèvres pernicieuses, de sorte que nombre de ces dupes s'enfuirent. Ceux qui peinèrent pour défricher ce sol sauvage n'eurent même pas la récompense de leur elfort : le gouvernement se réservait de ne leur octroyer la propriété de leur fonds que sous conditions; il ne les a dotés ni de routes, ni d'écoles, les a privés de droits politiques, jusqu'à ce qu'ils soient slavisés. La matière allemande doit servir d'engrais civilisateur. Ce tableau, brossé en noir, est destiné à émouvoir les frères allemands.

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