INVASIONS BARBARES DANS LES PAYS ALPESTRES
Les Romains tracèrent des routes, semèrent des posles fortifiés et dressèrent des camps aussi bien dans la région montueuse que sur ]es rives du Danube ^ Sous la protection de leurs armes, des villes tleurirent, qui lurent autre chose que des quartiers militaires, qui devinrent des centres de civilisation avec une vie municipale : la plus illustre est Vindobona. On sait avec quelle énergie les Romains défendirent la ligne du Danube contre les hordes barbares qu'attirait comme par fascination le pays aux fruits d'or. Marc-Aurèle s'épuisa dans cette lutte sans espoir. La frontière fut forcée; les aigles romaines firent retraite, les habitants cherchèrent refuge au fond des vallées écartées ou sur des hauteurs inaccessibles ; à plusieurs reprises, les flots successifs des barbares- allèrent déferler et s'éparpiller en montagne, oii se bâtirent près des alpages les marcaireries. Vers la fin du vi'' siècle, se produisit du sud-est une poussée. Par les couloirs qui s'ouvrent sur le bas Danube déboucha une peuplade slave, les Slovènes ou Wendes, talonnés par les Avars dont ils étaient les sujets ; ils envahirent par la Drave, la Mur, l'Enns, toute la contrée jusqu'au Tirol\ Ces Slovènes, une fois retranchés dans les Alpes, souvent dans les anciennes places romaines, s'émancipèrent du joug avar, et au début du vif siècle (623) s'allièrent avec leurs congénères transdanubiens. Les Slaves avaient fondé une confédération puissante, un empire, dont le chef fut le mystérieux Samo. Le monde germain se sentit menace : il s'ébranla '.
1. Li.ste (les castcUa et oppicla chez Grund Die Vei'amleniiifjen der Topographie im Wiener Walde und Wiener Becken (Gco^r. Abh. lirs,«'. von A. l'cnck, ^.'JII, iyoi, p. 56). IKs sont situés surtout dans le bas pays et généniienicnt au conlluont des tiibulaiies du Danube. En monlagno étaient dispersés quelques postes (juc l'on croit retrouver dans les walchenorle : Walclien près de Grobming, Walchesbach près dAdmont, AN'alhesdorl'près de Judenburg. (Krebs, Die nurdlichen Alpen zwiscken Enns, Traisen und Miirz {ibid. VMi, p. 30i').
"1. llérules, Ostroyoths, Rugiens, Lombards, Suèvos, etc.
3. Krones, Die Deulsche Besiedluny der ôstlichen Alpenlàiider (Forseh. Dcutsch. Lande.s-und \ olkskunde 111, p. 'il'ô).
4. K. Schober. Die Deutschen in \ieder-und Obero'slerreich. Salzùurg, elc. (Die Volker, Vol. 1°') Prinzinger. Zur \unien-und VoUiskunde der Alpen, zuyleich ein Beilrag zur Gesch. Baiern-Oesterreic/is (Municii, IS'JO).
Les Slovènes s'étaient avancés jusqu'aux confins des Bavarois. Ceux-ci déblayèrent leurs abords Par étapes, ils s'insinuèrentjusquedans lePustertal, mais s'établirent sur les avcint-monts dans les parages assauvagis depuis la fin de l'ère romaine. Les bourgs fortifiés avaient été rasés, Ovilava (Wels), Lauriacum (Lorch ou Enns); Juvavum n'était plus que ruines. C'est laque vers la fin du vii^ siècle (d'autres disent duvi") arriva Tévêque de \Yorms, Rupert, qui avait converti et baptisé le duc bavarois Theodo. Juvavum ressuscita. C'est Salzbourg, qui devint le premier quartier générai de la germanisation, de la christianisation, de la colonisation des pays alpestres : car les trois opérations marchent de front. Ce fut une éclosioti d'ermitages, de monastères oii de pieux défricheurs frayèrent l'accès aux colons. 11 ne s'agissait pas seulement pour eux de gagner des terres, ils visaient encore à gagner des âmes; aussi l'effort fut-il dirigé contre les Slovènes païens. Les missionnaires n'eussent pas suffi, le bras séculier intervint. Charlemagne dut refouler les Avars, et incorporer à son Empire, pourempôcher ces retours offensifs, toute laCarantanie (ainsi s'appelait le territoire habité par les Slovènes) : il l'organisa en deuxmaiches, l'Ostmaiket le Frioul.
Alois commença pour la colonisation allemande une période plus active. Le premier essai avait été surtout ecclésiastique: désormais l'Eglise travailla de concert avec les seigneurs féodaux. Ordres religieux et propriétaires laïques appellent des paysans germains.
Ils les distribuèrent dans des métairies par le plat pays, les annexèrent aussi aux agglomérations slaves, de sorte que la germanisation fut moins brusque et moins radicale: l'occupation se fit sans plan Elle fut bouleversée par l'irruption magyare de Tan 900, mais la civilisation allemande fut sauvée au Lechfeld en 9.')5. Et dès lors les marches se constituent : Carantanie, Styrie, Carniole, et plus loin, Istrie. L'Oslmarck carolingienne s'agrandit jusqu'à la Thaya et la-Leilha; l'écho de cette épopéeemplitlesNibelungenV Des châteaux-forts jalonnent les étapes de la recon-
1. Otto Kœmmel Die Besiedeluiuj des deulschen Siidostens vom Anfang des 10 bis gegendas Ende des 11 Jahrhunderls. (Leipzig Dûrr 1909, p. ~\,