Voir le subtil commentaire d'Eisenmann, p. 515 suiv
2. Ce fut si bien compris que, même avant la promulgation, le 3 juin 1867, un député serbe parla dans sa langue à la tribune du Reichsrat. La Chambre consultée autorisa cette pratique ; il est vrai que les discours en
POLITIQUE FEDERALISTE 67
autre instrument d'émancipation encore : la compétence des Diètes provinciales fut élargie en ce sens que celle du Parlement central fut limitée; prime au principe fédéraliste.
Celui-ci allait connaître une ère triomphante, où l'Autriche unitaire parut sombrer : en mars 1870, Polonais, Slovènes, Roumains, Italiens désertèrent en masse le Parlement central, où les Tchèques ne se montraient plus; dans les Diètes des Pays de la Couronne, les groupes ethniques à l'envi faisaient défection. Loin Je réagir, le gouvernement confirma, sanctionna l'idée fédéraliste : le cabinet Hohenwart, constitué en février 1871, proposa de diminuer la compétence du Reichsrat, au profit des Diètes, fit un sort particulier à la Galicie etc. Hohenwart encourageait et flattait les aspirations autonomistes.
Les Allemands d'Autriche en effet, après la restauration d'un Empire allemand, tournaient leurs regards éblouis vers la grande Allemagne et peu à peu gravitaient vers cet astre éclatant. Pour contrebalancer et retenir cet élément qui menaçait d'entraîner l'Autriche dans une orbite où elle risquait de déchoir au rôle de satellite, il fallait user comme d'un contrepoids des autres nationalités. C'est pourquoi l'on ne recula pas devant nne nouvelle scission de l'Empire, par l'érection de la Bohême en un État, sur la base des Articles fondamentaux.
La dynastie, effrayée du déchaînement des passions presque séparatistes, se ressaisit : sous l'influence des Hongrois, d'Andrassy notamment, qui remplaça Beust en novembre 1874, on revint au vieil errement centraliste (ministère Auersperg).
Cette période particulièrement anarchique met à nu la faiblesse du germanisme autrichien : libéral ou clérical, il est l'ennemi commun. A t-il été oppresseur ou malfaisant ? Le reproche serait injuste. Ce que ses adversaires ne lui. pardonnent pas, c'est une sorte d'orgueil mystique de sa supériorité de race, de sa mission de peuple élu — sen-
d'autrcs idiomes que l'allemand ne lurent pas sténographiés. Aujourd'hui, pour le principe, les députés ont l'habitude de commencer dans leur lanyur et de continuer en allemand.
liment qu'il a moins que jamais abdiqué ; c'est sa prétention aussi d'identifier ses intérêts avec ceux de l'Autriche. Or l'Auti-iche ne peut plus porter létiquette allemande : elle est devenue de plus en plus polymorphe et polyglotte. Et ses hommes d'État ont la conscience de cette fatalité: l'Autriche ne régit plus le germanisme et elle ne saurait — parce qu'à demi allemande, et parce que catholique — régir le slavisme.
L'art du gouvernement en Autriche se réduit désormais à un jeu de bascule, mais où il semble bien que la cause àlleman<le pèse de moins en moins lourd.
Elle pàtit même sous le ministère Auersperg, qui fut un essai de réaction centraliste, de contretemps fâcheux : le krach de 1873 discrédita les gros capitalistes allemands; l'occupation de la Bosnie-Herzégovine enslavisa davantage l'Autriche ; les incartades pangermanistes de Schônerer etTarouchèrent le vieux loyalisme monarchique et catholique de la population des Pays héréditaires.
« L'ère Taafe », qui s'ouvrit en 1879, ménageait aux Allemands d'autres déboires : dans le cabinet même figurèrent des représentants des Tchèques et des Polonais ; et, coup plus formidable, les Tchèques, après une longue bouderie, rentrèrent au Parlement, ramenés par le gouvernement, salués par le discours de la Couronne.
Pressentant l'attaque qui allait les assaillir,Mes Allemands se groupèrent à l'exemple des autres clubs nationaux : club allemand-autrichien, club allemand (sans plus), et plus tard, club national allemand, pépinière de l'antisémitisme et du socialisme chrétien.
Aux revendications tchèques, qui réclamaient, en vertu du droit historique, l'égalité des idiomes dans le royaume de Bohême, devant l'administration et les tribunaux, à l'Université de Prague, qui devait être « utraquisée », dans les écoles secondaires et professionnelles, le ministère complaisant répondit par les ordonnances linguistiques qui introduisaient l'obligation de l'emploi du tchèque ^ même dans les districts allemands.
Dès lors, la lancinante question linguistique prit posses-