RÉSISTANCE DU GERMANISME AUTRICHIEN
cabrèrent. Ils songèrent à recourir pour leur défense à d'autres manœuvres que celles du Parlement et de la presse ; ils virent avec raison que la crise était plus ethnographique encore que politique. Aussi l'Association alle mande de Vienne {Dentscher Verein) institua une commission pour explorer l'état des limites de lalangue allemande; un de ses membres, Pernerslorfer, député au Reichsrat, conçut l'idée d'une société protectrice... des Allemands \ Le 13 mai 1880, fut fondée l'Association scolaire allemande [Dentscher Schulverein). Le mouvement fut mené sinon par les Universités, du moins par l'esprit universitaire, par les associations d'anciens étudiants {Burschenschaften) qui prirent une énergie et une vie nouvelles. C'est à l'école et par l'école qu'on voulut sauver le germanisme. L'Allemagne entière entendit le cri d'alarme. Aussitôt s'organisa à Berlin un Allgemeiner dentscher Schidvereiiii dont les Autrichiens de la stricte observance appréhendèrent l'ingérence, et auquel ils abandonnent volontiers le Z)e?//5c/i/2/m du monde entier, à la condition de rester maîtres chez eux. Leur zèle fut récompensé. En 1890, le 5cA«/t'e/Tm autrichien avait créé 1.029 groupes locaux, possédait 6u établissements à lui, subventionnait les écoles menacées en encourageant les instituteurs, en envoyant des prêtres catholiques allemands pour enseigner le catéchisme, en fournissant des livres qui exaltent le sentiment national, en dépêchant des missionnaires qui entretiennent, chez les isolés, la solidarité et la confiance.
Après le Parlement et les Diètes, l'école ainsi fut transformée en champ clos, oii la lutte est plus sourde, mais plus âpre et plus décisive".
C'étaient là des palliatifs, plutôt que des révulsifs. Le germanisme en avait dans Taile, parce qu'il s'était désagrégé. Les élections de 1885 amenèrent au jour un parti alle-
1. Engolbert Perneistorfor, Zinu zehnjàhrifjen lieislande des deulscheri Schulvereins in Oesterreich (Unsorc Zcit. 1890*).
D' N'uumann, Zeft,n Jakre deutscher ArOeit (Verlag des deutschen Schulvcreins). Vienne, 1890.
2. Sur la politinue yénérale de celte période, lire le vivant récit de René Henry, Des Monts de Bohême au Golfe Pevsiqiic (Pion, 1908), l''" partie : Le su //'raye iinicersel en Autriche.
mand, sans autre épithète, c'esl-à-dire inféodé en esprit à la Grande Allemagne, et de tendance sépaialisle. Les loyalistes firent sécession, et en lace du Deu sc/te Kluh se groupèrent en un club (fraction) allemand-aulricliien. Depuis, ces tronçons se tronçonnèrent encore, obéissant à des divergences politiques et religieuses : d'une part, des libéraux, de l'autre, des cléricaux antisémites, euxniêmes divisés en allemands nationaux (Schônerer) et en chrétiens sociaux (Lueger).
Le seul parti constitué sur la base de la nationalité, le parti populaire {Vo/ksjjf/rtei), ne rallia qu'un petit nombre d'adeptes. De sorte que les gouvernants, aussi bien le cabinet Taafe que le ministère réactionnaire qui lui succéda, purent dédaigner le germanisme, sans même le combattre.
Les élections du début de 1897 peuplèrent le Parlement d'une majorité fédéraliste dont les éléments hétérogènes et hostiles cherchaient la satisfaction d'ambitions soit nationales, soit sectaires : à cette coalition le comte Badeni donna comme o:ao;e les ordonnances du o avril 1897 sur la parité des langues en Bohême et Moravie, premier gâteau jelé dans la gueule de ce Cerbère à plusieurs têtes. Ces ordonnances édictaient l'obligation, pour l'ensemble des deux provinces, même dans les districts allemands par voie de conséquence, d'entamer et poursuivre les procédures, devant les administrations et tribunaux, dans la langue oii les affaires étaient engagées ; elles prescrivaient à tous les fonctionnaires la connaissance des deux langues. Ainsi l'on condamnait les Allemands de Bohême à l'apprentissage de l'idiome slave, inutile dans la zone purement allemande, sous peine d'être exclus des emplois publics dans leur propre pays. Les docteurs du germanisme autrichien, selon l'ancien style, les vieux libéraux et les prophètes du germanisme intégral crièrent à la fin du monde, réclamèrent la mise en accusation du cabinet pour avoir, par une autre modalité que par une loi, tranché une question de cette importance, comme si une loi, à la merci d'une majorité de circonstance, possédait une vertu souveraine, et forçait le respect des peuples qu'elle lésait. Ils jouèrent de l'obstruction avec une telle maestria qu'il