ALLEMAND SLOVÈNE
La dernière décade n'accuse qu'un insignifiant recul de l'allemand, i6:2 unités, soit 0,93 p. 100; le progrès du slovène est faible, 3,30 p. 100, l'eprésentant 13 à Iti.OOO personnes.
5. Jusque dans ces dernières années fen 1875 encore) les gens de Zarz envoyaient à l'église d'innichen dans le l'ustertal, berceau de leur colonie, une olfrande pour une messe qui devait préserver leurs champs des insectes nuisibles. Aujourd'hui ^arz est tout slovène (Wutte, loc. cit., p. 13 et Primus Lessiak, Die deutsche Sprachinsel Zarz-Deutschrid D. Erde, IV, 1905, p. 176).
Sr.OVKNES ET ALLEMANDS EN CARNIOLE 91
dont la dynastie la plus illustre est celle des Auersper^j la noblesse slovène s'éteignit. Dans les villes prospéièi-ent des bourgeoisies allemandes; Laibach compte an début du xvii'' siècle 247 ramilles allemandes, 154 slaves, 41 italiennes; ces bourgeoisies correspondent et commercent avec les cités d'Allemagne. C'est l'Allemagne aussi qui alimente la vie intellectuelle : l'Université de Tubingen est dotée de bourses pour des étudiants carniolais ; dans les écoles élémentaires, Tallemandest enseigné. Trubar, l'initiateur du mouvement slovène, reconnaît lui-même que toute l'élite du pays sait et parle l'allemand, que le bas peuple seul se sert du winde; l'allemand est l'idiome admiuistratif, juridique, quasi officiel.
Les campagnes mêmes ont gardé longtemps l'empreinte allemande, ce dont témoigne la toponymie : on relève 7 Deuischdorf, 8 Neudorf, des Gereuth, aujourd'hui semés en tei're slovène.
De cette déchéance on se console par la conscience de la supériorité économique; l'industrie minièreet métallurgique, celle du bois, celle des textiles sont presque exclusivement entre des mains allemandes*. Et malgré cette prépondérance matéiielle, le germanisme est tenu en échec.
C'est surtout en Carniole que méritent d'être examinés lesîlols linguistiques. Les Allemands surveillent d'un œil jaloux et tendre ces fragments détachés de la masse nationale qu'ils s'elForcentde ne laisser ni entamer ni dégénérer.
Un des plus remarquables de ces postes avancés et perdus est le pays de Gottschee ^, sis à quelques Lieues au sud-
1. Wutto, sur sa carte, a montn' la rôpartilion do.s eliàtoaux et des fabriijues. Sur 8G étiiblissomi-nts industiicls de toutes catégories, 14 seulement sont situés en territoire purement slovène; les autres dans des localités où 1 allemand est plus ou moins représenté. Cf. Dos Deutsc/Uum ini WirtschaflskausIuiUe 1, p. 418 suiv.
•1. La bibliographie sur Gottschee est abondante.. On trouvera de nombreuses indications dans Krones, Vie deutsche Besiedlung, larticle de Schroer dans le vol. Krain (0. U. M.) renferme les détails les plus topiques; nous y avons puisé.
Sur d autres enclaves allemandes p. as.. Zarz en Carniole, on consultera diverses noti.-es de Czoernig parues dans les Mittheil. du Club alpin allem. -autrichien entre 187.) et lsT8.
V. emxue (jehre. Die dealschen Sprachinscln im Sudcn des geschlossenen deii/sc/ien Spniclif/cbietes. Klagenfurt, 188'J.
est de Ljiibljana, sur un des canlons les plus désolés du karst de la Garniole, qu'effleure au sud la Kulpa dans son cours tourmenté, là où elle dessine la démarcation entre Slovènes et Croates'.
C'est un paysage triste, aux maigres pâtis saupoudrés de pierraille, oii croit une fougère rabougrie et où les quelques plaques de terroir cultivable sont jalousement enfermées par des murs, tant elles sont précieuses : on y sème du chanvre et des légumes. Tout ce coin n'est habité que depuis le xiv*" siècle, où les comtes d'Ortenburg reçurent du patriarche d'Aquilée le patronat sur les friches et les bois de ce désert et y transplantèrent des colons, qui exploitèrent ce sol vierge — car on n'y a trouvé aucun vestige de peuplement antérieur. Les nouveaux venus ne furent troublés que parles Turcs en 1469, qui détruisirent leurs établissements; mars leurs voisins Slovènes et croates se tinrent à distance. L'abord du pays est peu alléchant : à peine si des routes carrossables y donnent accès aujourd'hui. La ligne ferrée y aboutit. La vie n'y est pas douce ; l'hiver y est long et rude, et ne souffre aucun semis; l'eau y est si rare à fleur de sol, qu'il faut conserver dans des réservoirs la pluie et la neige. On comprend que les gens de Gottschee aient pu se garder intacts de toute contamination pendant des siècles. Ils se sont, sur une superficie de plus de 700 kilomètres, répartis en 171 localités. D'où viennent ces Allemands ? L'anthropologie ne fournit guère d'éclaircissements sur leurs origines ethniques. Les crânes n'ont guère été étudiés; le recensement scolaire dénonce une plus forte proportion de type blond que [)armi les Allemands de la Carinthie, mais avec une accentuation, au regard de ces derniers et même des Slovènes, du type foncé (type foncé 7,6 p. 100, Allemands deCarinthie2,8, Slovènes 4,0). Le dialecte contient des formes et un vocabulaire de provenances diverses : expressions austro-bavaroises [ertagdienstag ; dankh-links)^ d«^s noms souabes, franconiens, bas-allemands; une phonétique qui rappelle celle des Sette Communi et des communautés teutonnes du Mont Rose :
1. L"ilot allemand dijbordc J'arrondissoniont {Bezirks/uu/phiiannschafl) do Goltschcc.
ENCLAVE DE GOTTSCHEE 93
le changement de r'."» en y (français) : [jeale-seele] ; de Vf en V [wuter-vater] ; du v en b [bain-ioein). Ce patois inintelligible aux élrange4's, même allemands, est riche en contes et poésies d'une certaine originalité'.
C'est grâce aux femmes que se perpétuent les traditions et les mœurs. Car elles seules restent au pays, portant encore le vieux costume monastique : coiffe blanche, tunique blanche sans manches ouverte sur le devant, sur une chemise plissée, bas rouges et chaussures noires. Les hommes s'en vont : à Vienne ils sont les marchands d'oranges attitrés; ils rentrent à la Saint-Jean rapportant le gain de l'année ; le ménage et les travaux de culture sont menés par la femme. Ce sont gens pacifiques et craignant les coups. Valvasor déjà les qualifiait « d'innocents moutons. . » Ceux qui étudient deviennent intelligents et même savants, « bien qu'ils aient moins de cœur aux armes qu'aux livres w".
L'indigène de Gottschee a l'amour passionné du clocher; il ne veut pas être confondu avec le Garniolais ; il e&t fier de sa petite capitale de l.oOO âmes, à l'ombre du château des Auersperg, seigneurs de Gottschee depuis 1604, ducs depuis 1791. 11 semble que les intrus s'éliminent d'eux-mêmes de cette terre ingrate et inhospitalière. En 1880 le dénombrement accusait 14.323 Allemands et 5.622 Slovènes, dans le seul gerichtsbezirk de Gottschee. En 1890 le chiffre des Slovènes est tombé à 4.895; en 1900 encore une petite diminution : 4.718; en 1910, 4.689. Celui des Allemands a baissé lui aussi, de 14.301 à 13.955 ; cet amoindrissement est dû à l'exode, provoqué par la misère : pas une seule fabrique dans la contrée. Les Associations allemandes travaillent avec d'autant plus de ferveur au sauvetage de ces enfants perdus : 30 écoles, un gymnase, une école technique pour l'industrie du bois y soutiennent le sentiment du deutschtum, de plus en plus menacé; le recensement de 1910 n'est guère rassurant, le germanisme s'effrite.
\. Tli. Klzo. Die Abstanu/unifj der (ioischeirer (Mill. Mus. -Ver., Krain, l'JOO, p. 93).