Citô par Tetzccr, Globus, l'JO", I, p. iCG
La nationalité Slovène.
La nationalité siovène eut un enfantement laborieux et lent. Un moment ce peuple avait vu luire comme l'aube de son réveil ; c'est quand au ix"" siècle les apôtres Cyrille et Méthode prêchèrent l'évangile et céléhièrent la liturgie en langue slavone ; les fidèles allèrent à leurs pasteurs naturels, d'autant que les papes Adrien II et Jean VIII avaient autorisé la liturgie slave (879-80). Le clergé allemand trembla de voir ses ouailles lui échapper ; il ne les maintint dans l'obéissance que grâce au complaisant appui du bras séculier, de la noblesse terrienne qui multiplia les colonies allemandes; il réduisit à la portion congrue les clans souvent somi nomades sous leurs ziipan. Une seconde chance.de relèvement s'offrit aux Slovènes quand, au cours du xiii" siècle, le roi de Bohême, Pemysl Otlokar II, par suite de Textinction de la dynastie ducale, devint maître de la Carinthie et d'une partie de la Carniole. Mais cette domination dura quelques ans à peine (1268-7o) ; Rodolphe de Habsbourg déploya tous ses elTorts contre cette ébauche d'empire slave qu'il détruisit.
Ce qui contribua d'ailleurs à réprimer chez les Slovènes tout sentiment d'indépendance, ce fut le souci de leur sécurité : ils eurent à se défendre contre les irruptions, les chevauchées des Turcs, et à guérir tous les maux de ces passages dévastateurs comme des trombes. Mais au xvi*" siècle l'agitation religieuse de la Réforme provoqua chez eux un mouvement national dont le foyer fut la cité académique de Tubingen. Là s'était réfugié, après avoir propagé la doctrine de Luther dans l'idiome populaire, un ancien chanoine de Ljubljana, Primus Trubar, né à Rasica (basse Carniole) qui depuis 1550 lança un catéchisme et une « Doctrine chrétienne » ouvrages encore imprimés en lettres gothiques (allemandes). Dès 1560 fonctionna à Tubingen une imprimerie avec caractères cyrilliques et glagolitiques, pour les communautés sud-
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slnves; une autre fut fondée par Trubar même àLjubljana de 1562 à 1564; mais l'apôtre dut s'exiler de nouveau, et de la petite cure du Wurtemberg oiî il avait trouvé asile son action continua de s'exercer jusqu'en 1586, année de sa mort. Il fut au point de vue littéraire aussi le Luther des Slovènes et des Croates, Deux ans auparavant Dalmatin, un Carniolais, avait édité sa traduction de la Bible à Wittenberg ; la même année Bohoric avait publié une grammaire néo-slovène qui avait permis de constituer la langue. L'œuvre de Dalmatin parut sous les auspices des Etats de Styrie, Carinthie et Caruiole\
La contre-réforme, que poursuivit impitoyablement l'évèque deLjubljana, Thomas Chrôn ouHren (1597-1630), servit aussi en quelque mesure la langue et Jiesprit national : hérétiques et orthodoxes s'accablèrent de controverses que tous pouvaient lire ; Tévêque lui-même entreprit une traduction des Livres saints"..
Mais les Jésuites auxquels fut confié l'enseignement se désintéressèrent de l'idiome et de la littérature locale ; à la fin du xviif siècle seulement, devant les tentatives de germanisation de Joseph II, le slovène se réveilla : renaissance j)rovoquée de loin par la Révolution française. L'occupation française fut à ce titre un bienfait pour la nationalité qui reprenait conscience; Bernadotte, en mettant le pied sur le sol de la Carniole, en mars 1797, lança une proclamation aux habitants en trois langues : français, allemand, slovène ; de même fit Bonaparte, qui promettait de respecter religion et coutumes du pays. C'était la reconnaissance officielle du slovène ; quand, en 1809, furent constituées les provinces illyriennes '' dont Marmont fut gouverneur et dont la capitale fut Ljubljana,
1. AVladiniir Milkowicz, Der slowenische und der serbo-kvoatische Stamm (Ilelmolt, Weltyescliichte, V, p. 3H).
2. Fr. llwof, Der Protestantismus in Steiermark, Kurnten uiid Krciin vom 16 Jahrhundert bis in die (iegenwart (Graz, 1900).
3. lin 1811 (1.0 aviili, rillyrie fut divisée on six provinces civiles et une militaire : Carintliie {'.'illacb), Carniole (Ljubljana, Laibach), Jstrie (Trieste), Croatie civile (Carlovac, Karlstadt), Croatie militaire, Dalmatie (Zadar, Zara', blaguse,
Charles Nodier, bibliothécaire à Ljubljana, dirigea un journal francoslave. Le Télégraphe iUtjrien.
rallemand fut banni des écoles normales et remplacé par la langue nationale. Celle période fut singulièrement féconde pour le développement du génie slovène : c'est alors que se déploie Valentin Vodnik, qui avait rédigé le premier journal slovène, la première histoire de sa province, la première grammaire populaire, traduite de la grammaire de Lhomond (1811), et, qui surtout ranima le patriotisme slovène par ses poèmes'. A ce moment se remuent les frères Slovènes de Slyrie, de Carinthie et du Littoral : en Styrie, il se fonde à Graz en 1810 une Societas slovenica; en 1812, une chaire de slovène à TUniversilé de celte ville. Toute une pléiade de disciples et d'imitateurs de Vodnik se met à l'aclion : parmi eux, François Preseren, né en 1800, mort en 1849 à Krainburg, le poète le plus classique des Slovènes. Mais l'ambition de ces écrivains ne se satisfait pas des jeux lilléraires : sous l'adminislralion oppressive et germanisatrice à outrance de Melternich, les nationalités s'arment pour la lutte ; l'agitation est d'abord tout inlellecluelle et lellrée; les classes populaires peu à peu pénétrées s'ébranlent dans la suite'. L'instrument d'émancipation et de relèvement fui une Revue, inaugurée à Ljubljana en 1843, les Novice, les Nouvelles d'économie rurale et industrielles, par le D"" Bleiweis (Plavez), mort en 1881. Malgré son tilre spécial cette Revue est vraiment nationale, parce qu'elle étudie et vivifie toutes les manifestations de la vie publique : lettres, sciences, arts; toute une phalange de savants et d'écrivains y a combattu le bon combat.
En Carinthie, le foyer de propagande fut la Société de Sainl-Hermagor, sous les auspices du prince évoque de
1. Ode a Napoléon, Vlllyrie ressuscilée : « iNapolùon a dit : Réveille-toi, lllyrie. Elle s"éveille, elle soupire. Qui me rappelle à la lumière? 0 grand héros, est-ce toi qui nie réveilles"? Tu me donnes ta main puissante, tu me relèves. Notre race sera gloriliéc, j'ose l'espérer. Un miracle se prépare je le prédis » (V. Louis Léger, La Save, le Danube et le Bulkan. Paris, Pion, 1884, p. 20.)
2. L'étude du slave est autorisée, même obligatoire, pour les étudiants théologiens du lycée de Ljubljana en 1818. Il est prescrit aussi aux juges d'instruction et assesseurs de posséder le wende ; en 1S27, aut commissaires de cercles en lllyrie de connaître à fond le wende ou carniolgis {/,i-ainerisch). Le mot slovène n'apparaît ({u'en 183J (Fischel, Sprachearedit , n°^ 126. 138. 141),