REVENDICATIONS SLOVÈNES
Lavant, Antoine-Martin Slomsek (né en 1800 à Slom en basse Styrie, mort en 1862 à Marburg) qui transfère son siège épiscopal dans cette dernière ville, désormais capitale et centre d'action des Slovènes styriens. La Société compte actuellement près de 50.000 adhérents.
Donc si la nationalité slovène a pu ressusciter, c'est par les œuvres de l'esprit, par les lettres, les sciences et les arts, et avec tant de puissance et de prestige qu'elle a reconquis non-seulement la classe cultivée, mais jusqu'aux paysans en servage tudesque encore au seuil du xix*" siècle, c'est que l'école et l'Église se sont conjurées contre le germanisme.
Dans la monarchie cisleithane, les Slovènes sont les représentants du monde sud-slave et ses soldats. Celte solidarité, l'Illyrie, — dont le gouvernement même reconnaissait la personnalité puisqu'il la désignait sous ce nom dans les documents officiels — l'Illyrie l'affirma solennellement ; dans une pétition à l'Empereur, d'avril 1848, était réclamée la formation d'un « pays slovène » et la concentration des congénères en une nation ^ Cette Slovénie devait entrer en communion avec les frères de Slavonie, Croatie, Dalmatie, par l'établissement d'un foyer de haute culture, d'un centre intellectuel de cette patrie qui serait l'Université slovène, et sise non pas à Ljubljana, petite ville de province trop écartée, mais à Triesle, dans la cité qui s'ouvre sur le dehors.
Ambition d'autant plus impérieuse que l'idiome populaire était proscrit, même des écoles populaires, proscrit des tribunaux et des bureaux. « Le Slovène est resté un paria dans les écoles de son propre pays » porte une pétition adressée au Ministre Schmerling en 18G1 par les Slovènes de Carniole, Styrie. Carinthie, Istrie et Goriz^. Des
i. Klun, loc. cit., attribue ce dessoin au moins aux Slovènes de la Carniole. Cf. Oesterreichs Geyenwari und nudiste Zukiinft von einein Reichsralhsmilfjliede (Leipzig, 1888).
2. Fischel, Materialieii, p. 331. .\u début du mouvement illyricn dont il sera ({ueslion plus bas, nombre de Slovènes liront mine de s"y lancer : Torthograpbc illyrique de Louis Gaj l'ut adoptée, autorisée mémo par décision ministérielle, en juillet 1848 (Fisciiel, Malerialien p. 3i6). Mais les chefs intellectuels des Slovènes, Kopitar, l'roscren, se montrèrent evtraordinaire-
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décisions ministérielles renouvelées ont beau ordonner l'introduction du slovène là où l'usage en est indispensable ; elles ne triomphent pas des résistances des bureaucrates et, chose curieuse, du personnel enseignant ^
Malgré tout, cet idiome, que le ministre Glaser avait en 1871 qualifié de kinderlallen, de balbutiement d'enfant, finit par obtenir la parité, et même par exproprier l'allemand. En 1882, la municipalité de Ljubljana décréta dans les écoles communales Temploi du slovène, en rognant jusqu'à la portion la plus congrue la part de l'allemand' : la mesure provoqua des polémiques qui durèrent des années, qui surexcitèrent si fort les passions qu'en 1887 les Slovènes se livrèrent à une manifestation au moins inconvenante, en souillant la statue de l'illustre poète Anastasius Grûn (Antoine Auersperg) ■.
En Styrie et en Carinthie, la Diète est le théâtre de scènes orageuses, ou, quand les sessions se passent avec calme, c'est qu'un des partis s'est abstenu de paraître, comme ont fait les Slovènes styriens en 1893. Celte même année a surgi un épisode, qui de querelle de clocher s'est amplifié en une crise gouvernementale, dont le Parlement a retenti : c'est la création au gymnase allemand de Cilli (en Carinthie) de classes parallèles Slovènes. Nouveauté insignifiante en elle-même — le crédit demandé était de 1.500 florins — mais qui émut comme un attentat tous les partis allemands avec qui les Italiens firent chorus.
ment hostiles à ridûo sudslave et Tort méprisants pour l'initiatL'ur Gaj (Feivonya, Die Slovenen in ihrer lilterarischen Beziehung zu den Kroaten. Kroatischc Revue, Agram, 18»6, I, p. 20-31).
1. Voir un projet de loi de la Diùlc de Carniole (Sprachenrecht, p. 157).
2. Gross, i.Der deittschen Zun.ge an der Adria Xoi/i und Ho/fnung Aus ailcn Welttlioilen, 1883, p. 32«-3!), se plaint du terrorisme slovène : nomination d'un inspecteur slovène pour les écoles allemandes de Gottschee; noms slaves accolés aux localités allemandes, etc. Mêmes doléances pour les îlots allemands de Zarz-Deutschrulh,, etc.
Voir aussi P. Hol'mann von Wallenhof, Steiennark, Kurnlen, Krain und KUstenland {Der Kampf uni dus Deutschluni 8 Heft, Munich Lchmann 18yy). On trouvera dans ce fascicule tous les griefs des pangermanistes. L"auteur a été président de l'Association Slidmark.
3. Manifestation injuste aussi, car Anastasus Grûn a traduit les poésies populaires Slovènes, YolksLieder aus Krain, et dans la préface de cette œuvre (1819), il avait reconnu la légitimité du mouvement slave (Globus, 1909. I, p. 266 fin).
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La coalition slave et cléricale l'emporta (juillet 1895). Le Congrès slovène qui s'est tenu à Ljubljana dans le courant de septembre 1897 a formulé le programme et en quelque sorte le statut de la Slovénie autonome et intégrale, où se fondraient tous les membres de la famille, y compris ceux de Hongrie et les cinquante mille frères qui vivent en territoire italien ^
1. On ne méconnaît pas du côté allemand, le succès de la campagne Slovène, et tout en accusant l'action ecclésiastique des évèques de Gurk e de Lavant, celle dune presse combative qui se multiplie, on avoue que les Slovènes, maîtres de la langue allemande, s'emparent chez eux des fonctions publiques, évincent les ouvriers allemands de l'industrie et ne ménagent pas les sacrifices à 1 idée nationale (von Bothmer, Die gegetiu'urtige Lage des Deutschtums in den Lûndern zwischen Donau und Adria (Deutschland, l'JOo, p. 118-29, 147-.Ï5, cité D. E. 1909, p. Hh, n" 33.) On a reconnu en Carniole la parité des langues à la Diète en 1901, et même en 1909 la prédominance du slovène (Fischel, Sprachenrecht, p. '620, n»4o2; p. 320, n» 490).
Les premières colonisations.
Les pays alpestres qui forment le flanc occidental de la monarchie échappent moins encore que le cœur des Alpes autrichiennes à la bigarrure ethnique. Si les montagnes rébarbatives se dressent comme des obstacles, ces obstacles se laissent tourner. Au nord se haussent au-dessus du plateau de molasse des chaînes à profil dur et découpé à Temporte-pièce, à la roche nue, à la végétation maigre, à peine animées par quelques plaques forestières ou de verts pâturages ; ce sont les faisceaux calcaires du Vorarlberg, oîi domine, dans le Bregenzerwald, le type du relief suisse, avec sa complexion gréseuse et crétacée et le hérissement de son faîte aigu. Ce rempart se prolonge par les Alpes Algaviennes, que la profonde échancrure du Fern Pass coupe des Alpes Tiroliennes, surplombant au Nord le sillon de Tlnn. Les premières s'allongent rigides, à peine ébréchées par des entailles près des cîmes, et barrent la route du pays souabe ; en Tirol, les chaînons s'écourtent, s'abaissent vers l'Est et s'interrompent de paliers en contre-bas : tels le Wetlerstein, le KarwendeP. Ce qui délimite le Tirol vers les Alpes orientales dans cette zone calcaire, c'est sa structure même; car plus à l'orient, déjà vers l'Achensee, le calcaire, au lieu de se redresser en arêtes, s'étale en socles plats, rappelant les causses. Telle est la frontière naturelle.
1. 0. Maull, Die bayrische Alpengrenze. Dissert, inaug. Marburg 1910.