‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 88 sur 375 · CONFIGURATION PHYSIQUE · texte numérisé non relu

CONFIGURATION PHYSIQUE

Le faisceau central ou cristallin affecte une plus grande indépendance encore, orographique aussi bien que géologique. Là se succèdent les groupes des Alpes Rhétiques, noyau du Vorarlberg, et ceux de TOezlal et du Stubay, puissantes voussures qui s'élancent à 3.000 mètres et sont coiffées de glaciers, piliers éruptifs qui jalonnent la démarcation des Alpes calcaires méridionales. Là encore larchilecture dénonce une frontière; de l'autre côté de la ligne du Brenner s'étiicnt lesTauern, véritables chaînes, tandis que l'Oezlal et le Stubay se rampassent et s'arrondissent en éventail.

Toute cette masse montagneuse est pénétrable. Le Vorarlberg s'entrebâille sur la vallée rhénane, par les couloirs de Monlafon, de la Landquart, le col de TArlberg, le val de la Bregenzer Ache qui débouche sur le lac de Constance. Avec le plateau souabe les relations sont médiocrement faciles. Mais depuis Innsbruck la dépression de Secfeld, qui n'atteint pas 1.200 mètres, estle chevet de la voie d'accès qui mène en Bavière par la Loisach et risar, tandis que l'Inn se fraye le défilé de Kufstein. Et ces allées ne finissent pas en culs-de-sac : des seuils qui se dépriment avec complaisance invitent à circuler autour de ces volumineux pâtés de roches soulevées et dont l'enceinte paraît murée : entre la Basse-Engadine et le Vintschgau (Haut-Adige), la trouée de Reschen Scheideck (1.431 mètres); et sur la façade opposée du massif de rOeztal-Stubay, la profonde coupure qui plonge d'Innsbruck à Bozen, par le col du Brenner (1.362 mètres), grande route d'Allemagne en Italie. Sur ces chemins de ronde s'embranchent des corridors intérieurs, comme entre l'Oezlal et le Stubay, ceux du Passeiertal et du col de Jaufen.

Vers le sud, rarliculalion est plus prononcée encore. Un arc cristallin qui s'évase et se creuse âur son versant méridioTial encercle un golfe de terrains sédimenlaires à soubassement de porphyre, à travers lequel rayonnent les braiiclies du réseau de TAdige. Ce golfe est fermé à l'oucsl par deux groupes, l'Ortler et TAdamello, entre lesquels s'est buriné le val Camonica, dont le bief est

marqué par le Tonale (1.876 m); le pied de ces groupes est souligné par une fracture décisive dans Ihistoire interne des Alpes, celle de Giudicaria (lac d'Idro sur la Chiese à l'ouesl du lac de Gai'de, coudes de la Surca et de la Noce, Ulten Thaï jusqu'à Meran). Celle-ci repère la ligne des plis calcaires et doloinitiques courant vers le N. W., mais tout morcelés par des cassures qui les scindent en hautes croupes larges, comme celle du Nonsberg, îlot topographique et ethnographique à la fois. A Test de l'Adige, le val Sugana (Brenla) divise les Alpes du Trentin, dont les eaux dévalent dans la plaine du Pô, des dolomies si pittoresques de Fassa et du Val Grodena, séjour du peuple Ladin.

Ainsi du nord et du midi des avenues sollicitent Timmigration et livrent le passage de part en part, au prix d'un léger faîte à franchir. Presque toutes ne sont- guère plus que des chemins d'intérêt local ; quelques-unes, le Brennor et l'Arlherg, ont l'importance et la dignité de voies transcontinentales. Mais grâce aux sinuosités de ces coupures dont les tronçons s'orientent tantôt dans le sens longitudinal, tantôt dans le sens transversal, comme des ruelles tortueuses, les établissements humains ne trouvent ici ni place ni sol favorables à l'agglomération; ils se dispersent par petits paquets, chaque val peut héberger sa tribu. Aussi dit-on que les plus anciens habitants connus, les Rhétiens, étaient fractionnés en plus de 49 peuplades au moment de la conquête romaine.

C'est une histoire assez mystérieuse que celle du peuplement de celte contrée. On a imaginé l'Alpin autochtone et authentique, Vhomo alpimts ; type encore indéfini, et indéfinissable*. Le nom de Rhétiens, appliqué par les Grecs et les Romains aux indigènes, n'a pas de valeur ethnographique. Les recherches linguistiques et les

1. Voir C. Toldt, Untersuchungen uber die Brachycephalie der alpenldndischen BevôLIcerung (Mitth. Anthrop. Ges. Wicn 40. Bd, 1910, p. 6'.i-io0, 197-i.iO), avec discussion par G. Kraitscheli (p. 22'J). Ernst Frizzi, [Ein Beitrag ziir Anthropologie des Homo Alpinus Tirolensis (ibid., .KX\1K Band 19u9, p. 1-65 avec ±2 lig. dans le te^te, :i planches, 2 tableaux), termine ainsi le résumé des discussions • « S'il e.\:iste nnhoiro alpinus, il doit e.ïister aussi un hoi/io alpinus tirolensis. »

LES RHÉTIENS i03

découvertes de l'archéologie préhistoi'ique dénoncent l'existence dans ces parages, à la tin de l'âge du bronze et du premieiàgedu ter, d Etru>ques.de Lignres'ou Sigynnes, dltaliotes et de Vénètes illyriens Voilà des nationalités établies sur un état civil des pins précaires ^ Étrusques et Vénèles ne sont pas des autochtones ; ils ont trouvé devant eux une race de l'âge du bronze, qui a survécu parmi eux et s'est mélangée. Enfin, eux-mêmes ont vu arriver les Celtes qui peut-être les ont refoulés de la bordure des montagnes jusqu'au fond des massifs: ces Celtes qui ont laissé des monuments particuliers de leur civilisation^ se sont croisés à leur tour avec leurs prédécesseurs. C'est à ce produit de trois peuples qu'on décerna l'appellation collective de Rhétiens *.

C'est une curieuse enquête que de démêler dans la to-

i. Daprès d'Arbois de Jubainville, l'extrôme avancée des Ligures se repérerait à Malosco, près de Trente [oucv. cité, p. TOj.

2. Fr. von Wieser, Ô. U. M. Tirol, p. 126. L'auteur signale la rencontre de tombeauî à restes incinérés et de tombeaux à squelettes dans les mornes cimetières. Mais les deux modes funéraires peuvent avoir été pratiqués successivement par un seul et même peuple iGf. p. l.^l, à propos des Breones). On veut que la première couche de population, celle de l'époque néolithique, ait été composée de Ligures et de Proto-Italiotes. (Stoltz, Die LrbeoôLIxerunçj Tirais. Ein Beiirag zur Paleo-Et/uiolo(/ie von Tirol. Innsbruck, 1802. \ . particulièiement note 73).

Sur les Illyriens, voir A. Walde, Zur Besiedelung Tirols clurch illyrische Stamme iMitt. geogr. Ges. Wien, 1898, XLl, p. 477-91). L'auteur admet que tout le Nord du Tirol, sauf le Wipptal, a été peuplé d Illyriens, et donne comme traces toponymiques par exemple Scharnilz, rapproché du vénitien alpestre scaranlo, roche nue et aride, et autres vocables : déductions hasardées.

3. On leur attrijaue certains outils et instruments qui se rapportent à la période dite de La Tène, 0. U. M., loc. cit.

4. Steub Zur rhâtisclien Ei/ino^og-fe (Stuttgart, 18o4;. Ueber die L'rbewohner Raeliens und ikren Zusainmenhang mit den Etrus/cern (Munich, 184.).) Dans ces deux écrits, Steub cherche a démontrer l'cctension de lélément étrusque. \ oir A. Dreyer. Luduig Steub und Tirol (Zeitschr. Ferdinandeums t'ùr Tirol und Vorarlberg. ill Folge, Hcft.>6 (191:). (Cf. G. von Czoernig, Die alten Vôlker Oberilatiens. Vienne, Hôlder, 183o. chap. m : Die R;pto-Etruslier iRœler, Elrusker. Euganeer).

Lggor [Die Tiroler und Vorarlberger, Die ôllvcr, IV, p. 26) rappelle que l'hypothèse de Steub sur la prédominance de l'élément rhétien a été combattue par les partisans de la prédominance de lélément celte.

Bidermann, Die Italiener iin tirolisclien Proviiizialverbunde. Innsbruck, 1874, p. 10. La question d après Daum, cité par cet auteur, se pose ainsi : Les Bhétiens sont ils des i.trusques ou des Kaseni ? Sont-ils les descendants ou les auteurs des Ltrusques .' Daum admet ijue la Uhétie lut le séjour primitif du peuple qui de là, chassé par les Geltes, se répandit

ponymie les vestiges des uns et des autres Ces premières couches en effet n'ont pas été masquées par l'occupation romaine très tardive, semble-t-il, et de faible empreinte*. Les Romains eurent d'abord pour objectif la sécurité de la Gaule cisalpine ou de la riche plaine du Pô contre les descentes des sauvages montagnards. Leur quartier général fut au début ïiidentum. Sous Auguste, les campagnes concertées de Tibère et de Drusus furent entreprises pour fermer aux hordes germaines les passages des Alpes. Drusus força le Brenner contre les Isarci (riverains de l'Eisack), les Breones et lesGenauni; il ouvrit ainsi la route du Pô au Danube, tracé de la Via Claudia Augusta. Les Romains étendirent là leur savante organisation des peuples conquis et donnèrent aux vaincus leur langue et leur civilisation, d'autant plus aisément qu'au lieu de rencontrer une nation compacte, ils n'exercèrent de pression que sur de petites tribus : les naïves peuplades de la montagne, agricoles et pastorales, prirent tout de Rome, le bon et le mauvais, et allèrent jusqu'à adopter les cultes orientaux d'Isis et de Mithra, de Serapis, d'Anubis à tète de chien, introduits sans doute par des fonctionnaires exotiques ou éclectiques". La romanisation fut si profonde que dans le Tirol méridional elle s'est à peine c^ltérée à travers les siècles et que, dans le nord, les noms de lieux romains abondent jusque sur le plateau souabe et bavarois". Quand le christianisme devint la religion

jusiiuc dans l'Apennin: c'étaient les Raseni : ceux-ci se mélangèrent avec les tribus tosques et formèrent la nation Etrusque).

■ Pour l'origine étrusque, la comparaison des crânes florentins et ladins n'a donné aucun résultat (Ernst Frizzi, ouvr. cité.

La question, au point de vue archéologique principalement, a été résumée avec sources bibliographiques, par Albert Grenier, Bologne Yillanovienne et Etrusque (Biblioth. Ec. françaises d'Athènes et de Rome, fasc. 106, l'Jli', p. 198-208). Cf. C. JuUian, Histoire de la Gaule, I, p. 370 suiv.

1. Karl von Ettmayer {Die geschichtlichen Grundlagen der Spraclienverteilung in Tirol (Mitteil. Inst. f. Oestcrr. Geschichtsforschung, IX Ergânzungsband, I ilel't, l'Jlo) soutient que la germanisation date en Tirol de la propagation du christianisme et de l'afllux des populations déjà romanisées, fuyant devant les Barbares.

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