LIMITE DES LANGUES
celui d'Enneberg (Gader T.). s'insinuant comme des golfes en territoire allemand entre Enneberg et Eisack; Allemands et Romans respectent le relief, la ligne de partage des eaux. Le val d Ampezzo est tout ladin. A queUpies kilomètres au sud du col de Toblach, la frontière concorde avec celle de lAiilriche et de l'ancienne Vénétie dont le dialecte est frioulan ; puis elle divise Faire d'entre Drave et Gail dune part, Piave et Tagliamento de l'autre, jusqu'à Ponlebba (Pontafel) et Malborghet, où apparaît l'élément slovène : c'est dans ce coin du monde alpestre qu'est le lieu de rencontre des trois idiomes germanique, roman et slave. Sur tout ce parcour-s, la zone mixte est très rétrécie; le plus souvent nulle ti-ansition entre les deux domaines : c'est dans Tétroite bande de Sakirn à Méran, sur les rives de l'Adige, que l'on surprend à défaut du mélange, la mêlée. Allemands et Italiens se disputent pied à pied le défilé.
Au nord de la ligne se concentrent les Allemands.
Ceux-ci ont été favorisés par les circonstances historiques. Car les maîtres politiques et religieux du pays furent allemands. Charlemagne avait respecté la vérité ethnographique en partageant la région entre le duché de Bavière et le royaume d'Italie. Mais les Empereurs, gardiens jaloux de la voie qui leur livrait l'Italie, distribuèrent toute la contrée à leurs fidèles évoques; ceux-ci firent pour le germanisme office de pionniers. Eux-mêmes pour les terres d Eglise, les laïques dans leurs propriétés, appelèrent des paysans allemands. L'évèque de Trente établit sur la rive gauche de l'Etsch des Hessois qui exploitèrent des mines. Dans le Voiarlberg, plus abandonné à lui-même, quoique l'évêque de Coire eût cessé de relever de l'archevêché de Milan pour devenir suffragant de Mayence, l'élément rhéloroman se maintint, giàce au voisinage des congénères du pays des Grisons. Mais le Tii'ol sollicita la vie alletnande : c'était le lieu de transit vers le monde nn-diterranéen, sans cesse animé par le courant commercial ; entre les métropoles, Augsbonrg et Venise ou Milan, s'étaient échelonnées des villes étapes, autant de foyers de germanisme mercantiles et politiques.
Les Allemands du Tirol se divisent entre deux tribus : les Alamans-Souabes, les Bavarois-Autrichiens. Les premiers dominent dans le Vorarlberg et dans les parages occidentaux du ïirol vers Landeck, le Paznaun et le long de rinn jusqu'à peu de distance en amont d'Innsbruck. Le Bavarois occupe la vallée moyenne et basse de l'Inn, le ^Yipptal, le Piistertal où le Toblacher Feld sert de barrière aux deux dialectes, et toute la région orientale ainsi que les îlots avancés dans le Tirol roman.
L'histoire seule des colonisations superposées dénoncerait la variété des types. Outre que les métissages ont brouillé les traits, la nature ambiante a exercé son influence sur ces immigrés de souches diverses. Il est vrai que cette action est indéfinissable. Si Ton observe que les gens de la haute vallée de llnn, les Bergler, sont élancés et sveltes, et ceux de la basse vallée [Tliolderer) trapus et carrés d'épaules, et si l'on remarque le même contraste entre les deux tronçons du Pustertal, faut-il conclure que l'habitat ici plus élevé, là légèrement inférieur, a modelé des anatomies si tranchées? ou bien faut-il voir là une dissemblance ethnique et originelle entre Alamans et Bavarois, Bavarois et Slovènes (dans le Pustertal; ? On note chez TAlaman plus de vivacité que chez le Bavarois qui passe pour lourd. Mais il serait hasardé de fixer les caractères génériques de ces deux tribus, qui se distinguent principalement au point de vue dialectal.
L'alaman, dont le souabe n'est à ce point de vue qu'un développement, conserve plus rigoureusement la pureté des voyelles, qu'il n'aime pas à diphtonguiser (hus-haus, schwizer-schweizer ; hiUe-heute) ; le souabe se rapproche déjà par là du Bavarois : il fait de i-ei, de û-au ; quant au Bavarois, il écrase et empâte les voyelles: a-oa; e-ea ou o; o oa ; i-oi, etc. ; sa phonétique est singulièrement déformatrice. Point de règles générales : chaque vallon a sa prononciation, son accent, ses expressions inintelligibles à quelques kilomètres de distance ; c'est une suite de l'isolement. Par exemple, des Hessois transplantés dans un canton du bassin de l'Etsch parlent encore leur patois originel.