‹ Les races humaines et leur part dans la civilisationChapitre 11 sur 38 · S I". — PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

S I". — PHILOSOPHIE

Lorsque le sentiment, aidé du signe, a rendu l'homme maître de la forme; lorsque celle-ci s'abstrait et se sépare de l'être , la connaissance ne tarde pas à se dédoubler. Une partie reste affective et devient inspiration, art et religion; l'autre partie devient purement intellectuelle et se formule dans la science. Tandis que la révélation et la foi sont les agents de la conviction religieuse, la démonstration et l'évidence sont les agents de la conviction scientifique.

Mais ce mot : évidence^ est gros de disputes et d'erreurs. Certaines choses sont évidentes par le simple témoignage des sens : alors la conviction vient du fait. D'autres choses sont évidentes par l'établissement d'un rapport : le nombre 2 multiplié par lui-même devient 4. Cela est irrécu-

sable et ne peut se démontrer, comme si la mn.!tiplication tenait à la nature même du ehiffre. Et de même existe en notre âme le germe d'une multitude de connaissances 'qui surgissent de deux termes mis en présence. Nommer le tout et la partie, c'est dire que le premier est plus grand que la seconde; définir la ligne droite, c'est affirmer que la ligne courbe est un chemin plus loDg pour aller d'un point à un autre.

Ces notions , que le signe et le verbe font surgir du fond de notre âme , qui sont avivées par la sensation , mais non produites par elle , portent , par excellence, le nom de principes.

Quand la raison rapproche deux ou plusieurs principes , elle en fait surgir, par voie de combinaison ou de dédoublement, d'autres notions moins immédiates et venues seulement par le raisonnement. Enfin, la combinaison des produits de la raison avec les faits résultant du témoignage des sens donne lieu à la science , qui contrôle l'un par l'autre les deux ordres de connaissances. Le lien des sciences est la philosophie.

La raison existe chez tous les hommes , mais elle reste à l'état de lettre morte tant que la forme n'est pas abstraite par le signe , tant que manquent les moyens de généralisation. Or, comme

rabstraction résulte du mythe, qui lui-même est affaire de sentiment ou de religion ; il en résulte que la science n'existe que là où la mythologie lui a préparé Taccès des âmes.

Tel est, en effet, le témoignage de l'histoire. Ce n'est qu'à la suite du mythe qu'apparaissent les premiers rudiments de la science et que surgissent les premières théories de la vérité sous le nom de philosophie.

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