‹ Les races humaines et leur part dans la civilisationChapitre 12 sur 38 · S 2. — PHILOSOPHIE EUROPÉENNE · texte numérisé non relu

S 2. — PHILOSOPHIE EUROPÉENNE

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Des diverses parties de la forme , la mieux accusée et la plus facile à abstraire est le nombre ; aussi Pythagore, qui peut être considéré comme le père de la philosophie de l'Europe (1), prit le nombre pour base de sa doctrine. En constatant les résultats quasi merveilleux de l'arithmétique, il crut avoir trouvé le principe de toutes les con-

(1) Thaïes et Técole dlonie appartiennent à la civilisation asiatique.

naissances. Il divise les nombres en pairs et ii pairs : ceux-ci limités et complets, car ils ont mn commencement, un milieu et une fin; ceux— là illimités et incomplets. L'essence de toute perfection est l'unité et la limitation, pendant que la dualité et l'infini caractérisent l'imperfection.

Dans les dix nombres fondamentaux se trouve caché le système complet de la nature : l'unité est représentée par le soleil , autour duquel se meuvent les dix grands corps (planètes) suivant les lois de l'harmonie numérique. De là le symbole d'Apollon jouant de la lyre. Du soleil émane l'âme, nombre dans un mouvement perpétuel, éther composé de chaud et de froid, de lumière et d'obscurité ; capable de s'unir à toute chose, mais obligée par le Destin de traverser une série de corps. Quand elle arrive à l'unité, elle devient semblable à la Divinité et obtient la vertu ; mais en se divisant elle détruit l'harmonie intérieure, elle devient semblable au génie du mal. La combinaison unitaire de l'égalité et de la réciprocité produit le droit , dont l'application est la justice (1).

(1) Il est curieux de constater que cette définition du droit et de la justice ne cède guère à tout ce qu'ont pu inventer les temps modernes.

Telle est, en abrégé, la philosophie qui imprima son cachet sur toute la civilisation grecque, sans en excepter la religion ; faisant des nombres et des figures de géométrie correspondantes autant de symboles dont la hiérarchie détermina celle des dieux , des arts , des sciences , des cérémonies et de la société entière.

L'abstraction du nombre et de la figure , en y joignant ses conséquences mathématiques, fit croire à certains philosophes que la source d toute vérité se trouvait dans la raison, tandis que les sens et l'expérience trompaient constamment les hommes. De là l'idéalisme de l'école d'Élée , qui, cherchant à rendre l'être identique avec la pensée , un , pur, inépuisable , illimité et inaltérable, arriva ainsi à la conception d'un dieu unique et spirituel. Les conséquences morales furent le détachement des choses de la terre et l'ascétisme.

A cette conception de l'esprit pur Leucippe opposa la conception de la matière , prétendant expliquer le monde par le mouvement des atomes. Démocrite poussa cette théorie à ses dernières conséquences, et arriva, en fait de morale, à l'intérêt bien entendu.

Voilà donc l'esprit humain en possession des

deux termes , matière et esprit , qui domineron* ses conceptions ultérieures : arrivé à leur connais — sance par la parole ou verbe, il croit trouver dans la dialectique le moyen d'arriver à toute vérité. Il ne sera désabusé , à cet égard , qu'au moment où les sophistes auront fait de la philosophie un vaste système de contradictions et auront abusé de la dialectique au point d'introduire le doute parmi les principes posés si laborieusement par leurs devanciers. Quand des esprits éminents se font gloire de soutenir le pour et le contre , la thèse et l'antithèse , le talent peut se maintenir dans les écoles, mais la croyance s'enfuit et ne revient qu'appelée par le génie.

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