S 3. — 2« PÉRIODE PHILOSOPHIQUE
SOGRATE.
Socrate eut l'insigne gloire de raviver les sources de la croyance, d'expulser, sous le fouet de l'ironie , le troupeau des sophistes qui obstruait le temple de la vérité , de montrer enfin que la
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morale et la pratique du bien sont le but final des connaissances humaines.
Les successeurs de Socrate ne comprennent pas la sagesse de la même manière : Antisthène le cynique exige, au nom d'une vertu mal déterminée, le sacrifice des plaisirs, des intérêts, des affections, des soins corporels, et même des bienséances,
Aristippe, chef de l'école cyrénaïque, fait consister la sagesse dans la recherche du bonheur, dont les éléments sont la justice, la vérité, la culture de l'esprit et l'élégance des mœurs. Le rapprochement de pareils éléments de morale dit assez l'incertitude de celle-ci et les contradictions qu'elle renferme.
Pyrrhon conduit au doute par les preuves mises au service de la thèse et de l'antithèse , repousse les connaissances rationnelles et considère le sentiment comme le seul agent de la vérité. Or, les notions qui proviennent de cette source intéressent, avant tout, les mœurs et la pratique du bien. Tout le reste , sans en excepter la science, est superflu s'il n'est pernicieux.
Dans ces trois systèmes, le côté pratique de la philosophie déborde le côté spéculatif. Les questions d'origine, de fin, de cause et de substance.
snétade et de là doncenr un élément capital de IKa vertu ; enfin il admet le communisme, au mépr:5$ des droits de l'individu et des principes fondai mentaux de la propriété.
Partisan des atomes, qu'il considère comnid éléments des forces et des mouvements divers, Épicure affirme qu'un monde où fonrmillent les scènes de misère et de destruction ne peut être l'œuvre d'une cause intelligente et omnipotente, ne peut se concilier avec la condition bienheureuse des dieux. L'âme est de nature corporelle : sa composition résulte de la chaleur , de l'éther, du souffle et d'une substance particulière d'où vient la sensibilité (1).
Les corps envoient dans l'air des émanations qui, recueillies par les sens , produisent les perceptions ou la représentation parfaite des objets eux-mêmes. L'entendement, réagissant sur les perceptions, amène les idées générales, les produits de l'imagination, ce qu'il y a de plus subtil dans l'intelligence.
Pour l'homme, le souverain bien est le plaisir, car il le cherche dés la naissance. Or , le plaisil^ consiste dans l'activité et le repos alternatifs, Aai
(i) On croirait à la prescience de l'électricité ou dufl veux.
La politique est l'application de la loi morale à la vie des nations ; son objet est de mettre Tordre dans la liberté.
La beauté est la représentation de la perfection physique et spirituelle ; elle ne fait qu'un avec le bien; elle fait naître l'amour, agent principal de la vertu.
Dans ce système où tout est coordonné, logique et conséquent , le spiritualisme dogmatique atteint une élévation et une grandeur auxquelles l'avenir n'ajoutera que peu de chose. L'expression de vertu se précise : elle est analysée avec soin, elle se décompose en parties distinctes ; elle s'adjoint la beauté, le bien et l'amour; elle pénètre dans le domaine de la politique, pour diriger la société sous forme de droit.
Déjà la morale religieuse de cette époque est dépassée, et son infériorité devient surtout apparente dans l'utopie de Platon ou l'organisation idéale de sa république. Mais là, également, certaines excentricités , admises comme légitimes dans les mœurs, montrent les côtés faibles de sa morale. Il méconnaît les lois qui constituent la famille ; il est loin de faire un mérite de la continence et de la chasteté ; il fait une large part aux institutions militaires, au lieu de faire de la man-
La première est à Dieu et représente la béatitud- ^ absolue; la seconde , faite par l'homme, conduit à la liberté.
La vertu humaine se produit sous six formes , qui sont : !• le courage, 2** la tempérance, 3** la délicatesse, 4* la générosité, 5** l'amour de la gloire, 6** la mansuétude. La justice participe de toutes les formes de la vertu et les complète. De la justice découle le droit.
L'application de la morale à l'organisation de la famille et de l'État est la politique. Elle doit conduire les hommes au bonheur.
Ce système moral, qui ajoute aux vertus capitales déjà admises par Platon la délicatesse , la générosité, l'amour de la gloire et surtout la mansuétude, principe de fraternité entre les hommes, est un grand progrès. Il définit la justice mieux qu'elle ne l'a été jusqu'à lui ; il en fait un ensemble et la base du droit politique et international. On sent qu'après Aristote la multitude des petites nationalités grecques doit faire place à un grand empire ; que les dieux du mythe n'ont plus de raison d'exister. Les prêtres de cette époque le sentirent bien. Ils firent exiler le chef du Lycée à Chalcis, où il mourut misé-
rablement. Son école subsistait : elle perpétua ses doctrines, qui dominèrent la philosophie jusque dans les âges voisins du nôtre.
Une école rivale , à l'égard de la morale , fut celle du portique institué par le stoïque Zenon. Il admettait comme faisant partie des corps tout ce qui peut agir et souffrir ; il considérait comme incorporels le lieu, l'espace et le temps.
Deux principes éternels se partagent le monde. L'un est passif: c'est la matière; l'autre est actif: c'est Dieu. Dieu est feu ou éther. Il pénètre tout, il est la force générale , il est l'origine de la forme et de l'action, il fait que le monde est un être vivant et divin.
L'âme est un air ardent faisant partie du monde. Éternelle sous ce rapport , elle est périssable en tant qu'individualité.
Rien n'a de valeur que la vertu : elle résulte de Tharmonie entre la raison et les choses de la nature, élevant ainsi l'homme jusqu'à la Divinité. Rien n'est mauvais que le vice : il est un acte inconséquent et anti-naturel résultant d'une raison pervertie.
Si la vertu est le seul bien , elle est seule en mesure de donner la félicité, qui ne saurait s'étendre au delà de ce monde. Il n'y a qu'une vertu ;
aussi les bonnes actions sont-elles équivalentes, et de même des mauvaises actions.
Mais la vertu, restant une, peut avoir des manifestations multiples. Ses formes fondamentales sont la prudence , le courage , la tempérance et la justice. Le vice se manifeste sous les quatre formes opposées.
L'homme vertueux est exempt de passion. Il est libre. Il a le droit de s'ôter la vie quand là liberté et la sagesse ne lui sont plus permises ou excèdent ses forces.
Dans cette grande et courte époque, comprise entre la mort de Socrate et celle de Zenon, on voit les trois dogmes philosophiques qui correspondent aux trois religions principales , et qui concernent la matière , la forme et l'esprit , sortir de la spéculation pure et appliquer la connaissance à la direction de l'humanité. Les spiritualistes donnent de Dieu et de l'âme des définitions que l'époque actuelle n'a pas dépassées. Les matérialistes, obligés d'assigner une cause corporelle à la vie et au mouvement , ont pressenti les fluides , dont la découverte a tant grandi la science moderne. Les partisans de la forme ou sensualistes ont crée l'empirisme, qui devait être repris par Bacon et Galilée, et devait agir puissamment sur
la civilisation. C'était déjà réaliser un grand progrès que de définir nettement et de dégager des nuages de la philosophie les diverses conditions de l'être.
11 est bon de remarquer que les dissidences entre les principaux systèmes portent sur les principes de la connaissance bien plus que sur la morale. Platon , Aristote , Épicure et Zenon parlent de la vertu d'une façon analogue , sinon identique. Ils lui assignent les mêmes conditions , ils en font la source du bonheur. Les deux derniers , tout en limitant l'existence humaine à la vie corporelle , repoussent l'abus des voluptés pour recommander les douleurs nécessaires à la pratique de la sagesse. Il n'est pas jusqu'à la théorie du suicide qui, dans l'école du Portique, ne prenne un caractère de simplicité et de grandeur. Quand l'exercice de la vertu est impossible à l'homme, quand la liberté est morte, la vie est sans objet, il ne reste plus qu'à mourir.
De tels principes admis et controversés avec enthousiasme ont produit ces colosses de savoir et de vertu qui se pressent dans l'histoire de l'antiquité; mais la morale entraînait les sciences, les lois et les doctrines politiques dans des voies autres que celles de la religion. Vainement les
prêtres se vengeaient par la mort de Socrate et par l'exil d'Aristote : le mythe croulait de toutes parts, les idées de justice et de vertu ne pouvaient plus être étouffées. Elles renversèrent les dieux de rOlympe, qui étaient les pères et les protecteurs delà civilisation grecque; elles firent plus d'une ruine dans TArchipel , sans parvenir à féconder Pâme d'un peuple voué au mythe. Dès lors elles durent émigrer chez des races spiritualistes : chez les Sémites, habitués au culte d'un seul dieu; chez les Syriens et les Iraniens, initiés depuis des siècles à la connaissance de l'esprit.