‹ Les races humaines et leur part dans la civilisationChapitre 14 sur 38 · ECOLE D'ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

ECOLE D'ALEXANDRIE

Dans Alexandrie, carrefour de l'ancien monde, la philosophie grecque se trouva en contact avec le brahmanisme hindou, avec le sabéisme chaldéen, avec le mythe égyptien et l'unithéisme juif; elle combina tout cela aux idées de Pythagore, et surtout de Platon ; elle créa une doctrine nouvelle

qui eut la plus grande influence sur les destinées du monde.

Selon le juif Philon, né quelques années avant Jésus-Christ, il existe deux principes : Dieu et la matière ; celle-ci , désorganisée dans l'origine, a reçu l'organisation de l'être immuable, de l'intelligence infinie, d'où sont sorties les intelligences finies. Entre la matière et Dieu, se trouve le fils de celui-ci : le Xoyoc , le Verbe , le type idéal des choses sensibles. Ces notions, où se trouve l'origine de la Trinité, furent agrandies par Numénius, par Ammonius, Longin, Platon et Origène, véritables organisateurs du néoplatonisme.

D'après eux, l'objet de la philosophie est Tidentification avec l'absolu , avecl'être divin ; c'est la connaissance de l'unité par l'intuition. L'unité n'est point une chose, mais le principe de toutes choses, ce qui est simple en soi, ce qui n'a ni quantité , ni qualité , ni raison , ni âme , ce qui n'est ni en mouvement, ni en repos, ni dans l'espace, ni dans le temps. L'unité est l'être sans accident qui se suffit à lui-même, qui est exempt de toute dépendance , de toute pensée , de toute volonté , qui est la cause de tout , qui est le bien, qui est Dieu.

Comme le soleil produit la lumière terrestre ,

sans s'épuiser , Tunité , lumière primitive , pr duit quelque chose d'éternel et de parfait : l'intelligence absolue, le voxjç (Saint-Esprit), qui contemple l'unité et n'a besoin que d'elle pour être. De l'intelligence émane, à son tour, l'âme du monde (le Verbe), le X0706, la pensée produisant les âmes des degrés inférieurs. En s'unissant à la matière, ces âmes lui donnent la faculté végétative et sensitive, éléments capitaux de la vie.

Ainsi se développent par trois cercles concentriques la pluralité , l'âme divisible et la vie ; ainsi se trouvent dans l'unité la forme et la matière, l'âme et le corps.

Telle est, en substance, cette philosophie des Néoplatoniciens qui combine dans une savante unité le matérialisme, le spiritualisme et le forma^ lisme. Sa morale est entièrement conforme à la doctrine chrétienne ; elle est le christianisme luimême.

L'Evangile, en effet, n'est qu'un code de morale, et les Pères de l'Eglise, ses commentateurs, sont plus ou moins pénétrés des doctrines de l'école d'Alexandrie. Comme le néoplatonisme, ils font consister la vertu dans le détachement de ce qui est multiple ou divers, dans la contemplation

de l'Être suprême et dans l'absorption en luL Beaucoup, pour mettre leurs doctrines en pratique, vont dans les déserts voisins de l'Egypte se livrer à Tascétisme et à la méditation.

C'est ainsi que la philosophie se rapprochait peu à peu de l'unithéisme et se confondait avec la religion, en se transportant parmi des populations qui portaient dans leur sang et dans leur race l'adoration d'un seul Dieu. Les doctrines de Pythagore et de Platon tiraient leur germe de l'Orient; elles y retournèrent et se confondirent avec le dogme religieux. Dès lors la raison fut dominée par la révélation, qui entreprit l'immense travail de ramener au christianisme les systèmes de l'antiquité grecque. Ce travail fut la scolastique.

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