‹ Les races humaines et leur part dans la civilisationChapitre 15 sur 38 · SCOLASTIQUE · texte numérisé non relu

SCOLASTIQUE

Après avoir transporté dans le domaine du sentiment et de la foi les doctrines léguées par la philosophie grecque à l'école d'Alexandrie, le

christianisme s'épuisa d'inspiration et de fer- \\k veur. Il fit retour vers la raison , remploya pour son organisation intérieure, et se mit à démon- Ijr trer qu'il renfermait toutes les connaissances m nées hors de son sein. Il voulut combiner la w science à la foi , il voulut embrasser la vie tout entière.

Des docteurs subtils, séraphiques, admirables, etc., se mirent à l'œuvre et employèrent la dialectique d'Aristote à démontrer Tinfaillibilitè de l'Église et de son enseignement : ils recommencèrent une nouvelle sophistique, sans parai— tre se douter qu'ils préparaient la condamnatioi^ de la foi en la traînant au tribunal de la raison «

La parole la plus éloquente ne peut rien ajouter à une croyance qui admet jusqu'à l'absurde 9 mais elle peut lui ôter beaucoup en faisant naltr^ le doute. La raison la plus naïve comprend qu'une doctrine tant justiQée et tant défendu^ pourrait bien n'être pas infaillible; TexpositioO de la thèse fait surgir Tantithèse ; à une affirmartion mal justifiée l'esprit de contradiction opposa raflirmalion contraire, et bientôt la trouve coa— forme à la vérité.

Quand les esprits sont échauffés par la discussion • ils sont ontniinés vers les conceptions les

plus hardies : la foi est impuissante à les retenir, ils cherchent partout des arguments. C'est l'esprit de controverse qui poussa la scolastique à fouiller dans les œuvres du passé et qui fit la renaissance ; c'est le même esprit qui fit la réforme.

Il y eut dès lors deux camps : celui de l'Église, qui, faute de pouvoir ranimer la foi, se vit obligé de prendre pour auxiliaires l'inquisition et les jésuites ; celui de la raison , qui retourna avec enthousiasme aux doctrines de l'antiquité et à toutes leurs conséquences.

L'esprit, émancipé désormais, se crut tout permis. Il ne se contenta pas de dogmatiser, il se mit à observer la nature et à lui demander mille secrets inconnus.

Jusque-là, les penseurs, à l'imitation des prophètes, avaient toujours dogmatisé. De principes posés à priori ils avaient prétendu faire sortir toutes les connaissances avec l'aide de la dialectique : ils avaient procédé par voie de déduction 6t avaient voulu faire rentrer les faits dans leurs différents systèmes.

Mais la réaction contre la scolastique ne tarda pas à découvrir des faits qui ne se conformaient

à aucune des théories connues : elle en conclut

qae Texpérience devait être la base du savoS et rindaction un agent capital de la connais sance.

 la tête de cette révolution, déjà pressentie par Âristote , se mit un homme éminent par son savoir et sa position : le cnaûcelier Bacon , dont les œuvres encyclopédiques entraînèrent les sciences et la philosophie dans une voie inconnue avant lui. Bientôt il y eut une nouvelle astronomie une nouvelle physique , une nouvelle chimie, une nouvelle médecine et de nouvelles mathématiques : tous les anciens cadres furent brisés, comme trop étroits.

Pendant ce temps, les livres de Rabelais, de Montaigne , de Laboëtie , de Pierre Charron et de cent autres, mirent sous les yeux de lecteurs passionnés les splendeurs d'Athènes ou de Rome. Ils employèrent l'arme de l'ironie contre toutes les oppressions créées par le dogme et le culte ; ils balayèrent les vieux préjugés et préparèrent la voie pour une philosophie nouvelle.

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