‹ Les races humaines et leur part dans la civilisationChapitre 16 sur 38 · S 6. — 5« PÉRIODE PHILOSOPHIQUE DE L'EUROPE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

S 6. — 5« PÉRIODE PHILOSOPHIQUE DE L'EUROPE OCCIDENTALE

A partir de Bacon la philosophie se divise eu deux camps. D'un côté on continue à dogmatiser et à chercher dans le verbe les moyens d'arriver à la connaissance , au bonheur et à la vertu ; d'une autre part on analyse et on expérimente avec l'espoir de trouver dans la science les véritables destinées de l'homme.

La science , en effet , prend un immense développement sans tenir toutes ses promesses , sans rien changer à l'ancien idéal divin, ni aux notions sur la matière et sur l'esprit léguées par l'antiquité. Mais les êtres prennent de la précision sous les définitions scientifiques : ils sont à la fois des inerties et des forces dont la combinaison peut produire l'organisation.

Placer l'idéal divin dans les corps, dans ce qui est passif , serait une absurdité. Le principe créateur, conservateur et rénovateur du monde , est

une activité ; il ne peut être compris que cornu un ensemble de forces. Dès lors il n'a de limita ni dans le temps ni dans l'espace , il n'a ni commencement ni fin, il est éternel et immuable, est l'immensité.

Celui qui résume l'absolu comme savoir e comme puissance ne peut ni se tromper ni rencontrer un obstacle. Rien ne l'étonné, rien ne l'irrite, rien ne l'émeut : il ne saurait avoir de passion. Lui attribuer de la pitié, de la vengeance ou même de la tendresse , serait méconnaître Si nature, le rapetisser, en faire un dieu païen.

Sa volonté, une et immuable, se manifest dans l'ordre admirable qui régit les astres et l'eii semble de la nature. La part d'existence faite chaque être , par la volonté divine , est combiné pour que l'ordre général ne soit pas troublé. Il e: résulte dans le monde physique une proportio: que la science caractérise par un rapport néces saire , par la loi ; il en résulte dans le monde mo rai un rapport que la philosophie caractérise pa la justice.

Avant l'unithéisme, l'idée de justice ne peut s formuler. Elle apparaît dans la philosophie grec que à la suite des conceptions unithéistes de So crate et de Platon ; elle passe dans le monde ro

main avec la philosophie ; elle est ensuite obscurcie par la révélation , qui , étant foi et amour, ne peut pratiquer ni connaître l'impartialité.

Lorsque la pensée se détache de la Divinité et s'abaisse vers l'homme, elle remarque vite que des organes, excellents pour entrer en communication avec des êtres corporels, ne peuvent établir aucun rapport avec celui qui est invisible, impalpable et inaccessible aux sens. L'idée de Dieu suppose chez celui qui la possède une âme divine participant de l'immensité et de l'éternité.

Une fois l'àme admise, l'homme devient une activité ; il a son libre arbitre ; il peut concourir, selon ses forces, à maintenir ou à troubler l'ordre établi par la Divinité, s'imposant des douleurs dans le premier cas, cherchant la volupté dans le second. La justice veut qu'il y ait pour lui des récompenses et des peines proportionnées à ses Daérites et à ses démérites : car celui qui peut penser, vouloir et agir dans la plénitude de sa force est évidemment responsable.

Quant à la récompense et à la punition d'une âme immortelle, il est absurde de les placer autre part que dans l'idée et le sentiment : elles doivent être morales.

Telle est , en substance , la doctrine des pen-

seurs idéalistes de la France et de l'Ângleter: qui se sont succédé jusqu'à nos jours.

Descartes, leur maître, en cherchant un principe de certitude, le trouve dans la pensée et dans Tinfini. Il en déduit la réalité d'une substance pensante et infinie. L'âme comprise de la sorte est imparfaite, car elle doute; mais elle a l'idée d'un être parfait ; idée qui ne peut venir que de l'être parfait lui-même , de Dieu auteur de toute vérité.

Les substances corporelles dont l'univers se compose sont finies, passives, contraires en tout à l'âme simple , active et spirituelle. De là une idéologie et une cosmogonie trop compliquées pour trouver place dans une rapide analyse.

Malebranche et Berkeley poussèrent jusqu'à rextrême les vues de leur prédécesseur ; ils arrivèrent à considérer comme chimérique l'idée d'une substance corporelle. Leur morale est trop mystique et trop incomplète pour être applicable à la société ; elle est , à tous égards , inférieure à la morale chrétienne développée par Arnaud, Nicole, Pascal et les autres écrivains de Port- Royal.

Certains penseurs d'Angleterre et d'Ecosse s'occupèrent moins d'idées théoriques sur

VYiomme et sur Dieu que d'établir leurs rapports.

Le point de départ fut l'intuition du bien qualifiée de sens moral. La preuve fut Texpérience. Cooper identifie, comme Platon, le bien et le beau. William Wollaston veut que le vrai soit Torigine de toute vertu. Clarke ramène le bien à la notion de convenance telle que l'entendement la fournit. Hutcheson, fondateur de l'école écossaise, fait découler la morale de la bonté et du désintéressement. Il montre l'incompatibilité qui existé entre Tégoïsme et la moralité, tandis que la bienveillance , indépendante de l'unité , du plaisir, de la vérité, de la raison et de la volonté divine, ne peut appartenir qu'à un sentiment spécial dont les caractères sont la noblesse et l'autorité impérative, dont la destination est dé maintenir dans l'ordre tous les ressorts de la volonté «t de prévenir les conflits qui naissent dés affeo tiens. Il suffit donc d'étudier les lois du sens mor^ pour arriver à la vertu, comme on arrive à la connaissance en étudiant les lois de la raison.

L'école écossaise prétendit explorer toutes les régions du sens moral en prenant la bienveillance pour guide. Elle érigea un système des droits et des devoirs. Les prescriptions et les défenses qui en résultent ont plus d'une lacune, plus

d'une réminiscence des philosophies grecque:^ parfois on constate le manque d'ordre et de logri-^ que, mais partout se retrouve l'idée que la vertc^ est quelque chose d'ahsolu et d'indépendant de^ religions.

Au XVIII* siècle, l'Europe de l'ouest, émerveillée par les progrès des sciences physiques, eut une philosophie moins idéaliste que pendant le XVIP siècle. Hobbes, Gassendi, Locke, Condillac , Voltaire , Diderot , d'Alembert, Helvétius, d'Holbach , Montesquieu , enfin toute la série des sensualisles et des encyclopédistes, s'ils ne furent pas matérialistes, amoindrirent singulièrement la part des choses spirituelles , ou plutôt effacèrent la ligne qui sépare ces dernières des choses corporelles.

Pour eux, chaque être vivant porte en soimême les causes de l'existence, qu'il soit inorganique ou organisé. Le corps et l'âme sont les deux faces d'une même médaille, les deux principes d'une même réalité. L'un ne peut pâtir sans que l'autre souffre , leur agrandissement et leur amoindrissement sont solidaires.

Étudier les forces qui dirigent l'organisme, qui président à sa conservation et établissent ses rapports avec le monde extérieur, c'est acquérir

les moyens d'agrandir l'humanité, de lui donner \e développement physique , intellectuel et affectif que comporte sa structure, de maintenir Fharffionie entre ses actes, d'augmenter sa prépondérance sur le reste des êtres, d'établir sa morale en un mot.

Le bien n'est pas autre chose que ce qui profite à l'humanité; comme le mal est ce qui lui nuit. Le beau est ce qui établit entre les hommes [ la proportion et l'harmonie, sans lesquelles il n'y a pas de stabilité; 1^ laideur est la discordance. De la combinaison du bien et du beau résulte le bonheur ; de la combinaison du mal et du laid résulte la souffrance.

Il y a folie à tourmenter le corps sous prétexte d'agrandir l'âme, à imposer le jeûne, la continence et les macérations de toute espèce , en vue d'obtenir une perfection idéale. Il y a folie à proscrire les soins qui ont pour objet la force, la santé et la beauté de l'organisme , parce que les qualités physiques sont indispensables à l'évolution des qualités morales.

Malgré les précautions destinées à maintenir rintégrité de l'organisme , l'homme varie infiniment. Il change avec l'âge, le sexe, le tempérament et la race : d'où l'impossibilité d'établir une

loi identique pour tous. Dans la limite des variétés et des aptitudes présentées par respèce humaine» chacun est seul juge compétent de ce qui lui convient et doit avoir l'autorisation d'agir selon ses forces et ses besoins. Telle est la libertés C'est le premier de tous les biens. La servitude est l'obligation d'agir contrairement aux facultés naturelles ou acquises.

Cependant la liberté peut devenir le mal quand elle prétend dépasser les forces de l'organismi d'où elle procède. Elle ne peut être illimitée pour l'un sans devenir servitude pour l'autre, sans devenir licence, sans passer dans le camp du mal ou de l'immoralité.

Celui qui abuse de la liberté jusqu'à attenter à sa vie ment aux lois de la nature, qui toutes conspirent pour l'harmonie et la durée ; s'il atè^ tente à une condition quelconque de la vie de son voisin , il se rend coupable d'un crime pro-^ portionné à -la lésion physique ou morale.

En prenant ainsi l'organisme pour base de la morale, on trouve que la liberté n'est un bien qu'en respectant l'intégrité de la vie individuelle et en se faisant équilibre chez tous les hommes i alors elle devient l'égalité. Le rapport entre l'égar* lité et la liberté est une des formes de la justice.

Mais il ne suffit pas à rorganisation sociale que chaque homme se garde d'attenter à sa vie ou à celle de son voisin. De pareilles vertus sont purement négatives et ne peuvent produire autre chose que Tisolement. Il faut un agent capable de rapprocher les existences, de multiplier leurs rapports , de les rendre solidaires : telle est la fraternité.

La liberté, l'égalité et la fraternité, dont le rapport est la justice, sont les principes sociaux par excellence, les fondements de toute morale, les éléments de la grandeur de l'humanité.

Si on en juge par les résultats, le naturisme ou panthéisme du XVIII* siècle est une doctrine supérieure à toutes les autres. En admettant que les hommes naissent libres et égaux, elle admet, pour tous, la même nécessité de vivre. Mais on ne vit qu'en satisfaisant les besoins de l'orgaûisme. Ces besoins, qu'il faut satisfaire sous peine de lésion, deviennent des droits. Les droits nés de l'égalité et de la liberté deviennent, par le fait de la fraternité, les devoirs de tous.

Entre les droits et les devoirs, la justice peut seule tenir la balance et organiser la loi. Quand la justice, née de la liberté et de l'égalité, formula, pendant la grande époque de la Révolution

française , les différents droits de l'homme et c^ ^ citoyen, elle renversa d'un seul coup la féodalité > elle établit un régime égalitaire que nulle réac — tion n'a pu détruire. Mais elle ne montra pas l»» même puissance pour formuler les devoirs , elte ne fut pas complètement juste (1).

Il en résulta un pouvoir suffisant pour réprimer le mal, mais insuffisant pour encourager le bien; des peines sévères contre les crimes, mais pas de récompenses pour la vertu ; de grandes précautions pour assurer à chacun les richesses acquises, mais l'impuissance à faire cesser la misère. Il en résulta un égoïsme général et la haine entre les classes sociales.

Il ne suffit pas, en effet, au règne de la justice que les droits soient respectés; il faut encore qu'ils soient équilibrés par les devoirs. Où la justice n'est pas complète, il ne peut y avoir égalité complète, et, celle-ci manquant, il est impossible d'obtenir la véritable liberté.

Toutes ces choses sont solidaires : l'une ne peut s'amoindrir sans restreindre les autres. Tant qu'elles n'auront pas pris leur essor, on ne verra pas régner la fraternité.

(1) Voyez le beau livre Du Devoir^ de M. Jules Simon.

L'insuffisance des doctrines sensualistes amena contre elles une réaction chrétienne et spiritualiste; puis une sorte de compromis entre la matière et l'esprit qui porta le nom d'éclectisme- Cette nouvelle doctrine se donna pour mission de rapprocher les deux principes inconciliables des anciennes philosophies , de prendre ce qu'il y a de bon et de vrai dans chacun d'eux, de les compléter l'un par l'autre , enfin de combiner la fécondité du siècle de Louis XIV à celle de «la Révolution française.

La suite d'une telle entreprise et du parallélisme établi entre les deux termes qui caractérisent la réalité, depuis les premiers temps de la philosophie jusqu'à nos jours, fut une double négation. Avancer que la matière est l'inertie dans la dimension, dans l'impénétrabilité, dans lape santeur, dans toute autre qualité qu'on voudra lui attribuer, c'est aboutir à l'absurde. Les sciences physiques démontrent de la manière la plus claire que rien n'est inerte dans l'univers ; la logique démontre que l'inertie est impossible avec les propriétés des corps , qui tous représentent une activité. Otons à un être, quel qu'il soit, à un morceau de granit, les propriétés qui le rendent actif et qui caractérisent sa manière d'exister

pour ne lui laisser que Tinertie , nous avons immédiatement une chose incompréhensible, une impossibilité.

Et de même pour ce qui concerne Tesprit.

Admis comme une activité sans dimension , il ne peut avoir ni état ni forme ; il ne peut occuper un point de l'espace, il ne peut être localisé. La conséquence est qu'il se trouve partout et nulle part, ce qui est parfaitement incompréhensible.

En face de ce résultat, la science n'a plus admis parmi les réalités que des corps dont elle a désigné les diverses conditions d'existence sous le nom de forces. Elle a considéré chaque corps comme portant en lui-même la raison de son existence. Elle a démontré directement qu'il ne peut être détruit, et indirectement qu'il ne peut être créé. En niant le créateur et le destructeur, elle a supprimé tout ce qui serait antérieur ou postérieur à l'univers, elle a fait ce dernier identique à Dieu, elle a professé le panthéisme.

Mais le peuple, qui seul a le privilège de féconder les doctrines , ne comprend pas encore des idées renfermées dans le cercle de quelques intelligences cultivées. Vainement Saint-Simon, Fourier, Auguste Comte et d'autres encore ont

• voulu s'ériger en prophètes du panthéisme : leur parole n'a pas rencontré la foi.

Le christianisme existait depuis trois siècles dans les écoles de philosophie , lorsque le sentiment vint le féconder en lui donnant Tamour et la poésie. Platon fut le précurseur de J.-C. Or, le panthéisme n'a trouvé ni son Platon, ni même son Socrate, et déjà les prophètes lui viennent en foule. Que tous ces inspirés modèrent leur impatience et se persuadent que l'idéal de la raison doit précéder l'idéal du sentiment. Quand la philosophie aura démontré que la conception nouvelle de la Divinité est la véritable , qu'elle porte dans son sein toute la fécondité des doctrines antérieures, qu'elle doit donner l'essor complet à la liberté , à l'égalité , à la fraternité et à leur lien commun, la justice (1), alors il sera temps de prophétiser.

(1) Voyez Proudhon, De la Justice dans la Révolution et dans VÈglise.

s 7. — PHILOSOPHIE GERMANIQUE-

A partir de Spinosa et de Leibnitz, la philoso-r phie allemande, noyée jusque-là dans la scolastique, prend un caractère qui lui est propre ; elle arrive tout d'abord, sous l'influence de Descartes, à l'unité de substance.

Le juif Baruch Spinosa dut au sang des sémites qui coulait dans ses veines, autant peut-être qu'à ses études et à ses méditations , de se mettre de deux siècles en avance sur ses contemporains. L'unithéisme , si cher à sa race, lui fit condenser la matière et l'esprit en une seule substance. Dieu existant par lui-même et pour lui-même. Dès lors les individus deviennent des modes de la substance, tirant de l'étendue le mouvement et le repos , tirant de la pensée l'intelligence et la volonté. Il y a unité dans la pensée et l'étendue sans que l'une ait engendré l'autre. Les corps et les âmes ont en Dieu leur cause immanente.

Dieu étant l'unique substance dont les actes ne sont pas limités agit dans la nécessité de son es-

sence; il n*y a donc pas de hasard dans le monde, mais une combinaison de la nécessité et de la liberté (1).

La notion directe d*Qne individualité s'appelle Tesprit, l'âme. Celle-ci, considérée comme objet de la notion, s'appelle le corps. Le corps et l'âme ne sont qu'un même être envisagé, tantôt sous Tattribut pensée, tantôt sous l'attribut étendue. Nos déterminations tenant à une cause engendrée elle-même par une autre cause ne sauraient être complètement libres. Pour éviter qu'elles ne soient vice, erreur ou combat, il faut acquérir la connaissance de Dieu et le désir de suivre sa volonté. Là se trouve la suprême félicité.

Cette conclusion inattendue, en soudant le dogme juif à de grandes idées philosophiques, les a rendues stériles. L'essentiel est de constater que Spinosa voyait dans la matière et dans l'esprit de purs concepts et non des réalités,

Leibnitz, partant des idées innées, admet que les lois de la logique, telles que les emploient les mathématiques, sont le véritable moyen d'arriver à la connaissance. Tout raisonnement repose donc

(i) Manuel de la philosophie ^ de Tennemann, traduit par V, Cousin.

sur les principes d'identité et de contradictttiï; La raison dernière des principes est en Dîen, source de toute vérité.

Dans cette recherche des sources du savoir on reconnaît l'influence des doctrines de Platon, et surtout des doctrines de Descartes. Mais la ma-^ nière de comprendre la réalité est propre au philosophe allemand. Il dit que s'il existe des sub-^ stances composées, ainsi que nous l'apprend l'expérience, leur origine se trouve forcément dans les substances simples portant en ellesmêmes les causes de leur changement. Arrivé ainsi aux atomes , Leibnitz , qui les représente comme toujours à la recherche du mouvement, les désigne sous le nom de monades. Les monades sont le centre des substances composées, l'âme des êtres , le miroir dans lequel se réfléchit l'univers. La monade par excellence est Dieu. Tout rayonne de lui. En lui se trouve l'origine de l'harmonie , de la connexion idéale qui existe entre les substances simples. L'ordre de toutes les existences est l'espace, l'apparence qui en résulte est l'étendue. Le temps est Tordre des changements. Il n'a, comme l'espace, qu'une existence idéale.

Tout être est fait pour atteindre le plus haut

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depé de perfection que comporte sa nature. Ce qoi s'oppose à son ëvolution est le mal , comme ce qui la favorise est le bien. La limitation imposée aux êtres est le mal métaphysique; ses conséquences sont la douleur ou mal physique, et le péché ou mal moral- Ce dernier, comme Terreur, est une privation. Sa raison d'être se tronve dans la liberté, qui est, non le pouvoir de se déterminer sans motif , mais de choisir entre plusieurs manières d'agir. Cette liberté conditionnelle n'est pas en contradiction avec la prévision de Dieu.

A la fiit do XVII* siècle et au commencement du X!VIH% la philosophie allemande semble dévier à» sa voie et se rapprocher des écoles écoss^se et anglaise; mais elle reprend bientôt sa atesion révolutionnaire'^ous la conduite de Kant, le plus grand des critiques , et de Hegel , le dialecticien par excellence. La parole de ces grands boDmies -semble avoir fait table rase de l'antiquité. C'esV ^vainement que Schelling reproduit, sous une forme germanique, les idées spiritualistes du siècle de Louis XIV, que Jacobi, le philosophe de la foi , met un talent incontestable au service de la religion , les monuments de l'ancienne philosophie sont renversés et laissent

apercevoir derrière eux le panthéisme. Mais, sa physionomie germanique diffère de sa physionomie française. A l'ouest du Rhin, il est accusé, distinct, palpable et tel que peut le concevoir, une race amoureuse de la forme; à l'est, il de-* vient tellement subtil qu'il en est presque insaisissable. Il va s'amoindrissant depuis Spinos^ jusqu'à Hegel, qui voit la réalité par excellenc^-^ dans le devenir, expression combinant l'action a mouvement et au progrès , mais leur enlevant 1 forme, sans laquelle il n'y a ni science ni art. Le génie germanique a employé l'acide de pensée comme un dissolvant de la vatière de 1 forme et de l'esprit, qu'il n'a épargnés m dans la religion ni dans la pUlosophie. Il a ilétrult l'idolâtrie, le paganisme et le monothéisme, qui sopt combinés dans le cathoRcisme et en font la religion la plus complète qui ait jamais existé; il a détruit le matérialisme, le formalisme et le spiritualisme, qui se combinaient dans la philosophie telle que l'antiquité grecque l'avait, léguée aux âges modernes, et telle que l'Université française l'enseigne encore à cette heure; il a fait de la philosophie une négation. Il en est résulté que notre époque a perdu la notion de l'être, ainsi que les notions esthétiques, morales et politiques

qui en découlent. L'humanité atteint l'un de ces âges malheureux où elle tourne affolée autour de ses systèmes et de ses dieux renversés, ne se préservant de la dissolution complète que par la ligue des appétits et des intérêts matériels.

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