‹ Les races humaines et leur part dans la civilisationChapitre 2 sur 38 · S P'- — DES RACES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

S P'- — DES RACES EN GÉNÉRAL

Les naturalistes ont donné le nom d'espèce à un type de vie qui se prolonge à travers les âges et résiste à l'influence des lieux comme à celle des temps (1). Le nom de race appartient aux oscillations de l'espèce entre les temps et les lieux.

Espèce et race sont une collection d'individualités procédant les unes des autres , par voie de génération , et trouvant dans la mort le principe d'une succession indéfinie. L'espèce représente la fixité ; la race représente la variabilité ; leurs lois respectives disent, pour l'homme comme pour toutes les autres réalités vivantes, les changements que peut subir l'organisme et la résis-

(1) Voyez le beau livre de M. J. Geoffroy Saint-Hilaire intitulé : Histoire naturelle générale des règnes organiques.

tance invincible qu'il oppose aux modiftcations de son type.

Une espèce comporte donc , virtuellement , autant de races que de modifications compatibles avec le type. Or, comme ces modifications portent sur les organes , il suit que le nombre des races possibles est en raison directe de la complication organique, et que Vespèce humaine est celle qui peut offrir le plus grand nombre de variétés.

Étudier la loi de la formation des races, c'est chercher comment l'homme peut évoluer et donner l'essor aux forces latentes qu'il renferme, c'est chercher la loi du progrès physique et moral.

A ceux qui repoussent de l'existence humaine les lois générales de l'animalité, et qui nient rinfluence de la race sur les mouvements de l'âme, on peut citer comme exemple la race arabe conservant sa langue et ses mœurs depuis l'Océan indien jusqu'au détroit de Gibraltar, là race juive conservant ses aptitudes primitives sous toutes les latitudes et chez tous les peuples.

Aux États-Unis d'Amérique on vit, à diverses reprises, des âmes pieuses recueillir l'enfant abandonné par les peaux rouges , l'élever avec soin ,

profiter de son intelligence pour lui donner une éducation complète, en faire un homme distingué et un chrétien. Mais un jour venait où le ci-^ vilisé de fraîche date se trouvait en contact avec ceux de sa race. Alors la nostalgie de la forêt s'emparait de lui. L'instinct de la sauvagerie envahissait son être , masquant la reconnaissance et tous les sentiments qu'il tenait de ses parents d'adoption. En un instant il redevenait peau rouge; il reprenait la vie de ses pères, leurs chasses aventureuses, leurs inimitiés, leurs guerres et leurs misères.

La loi qui détermine ce fait diffère-t-elle donc de celle qui détermine un autre fait tiré de l'his-^ toire des animaux. Un braconnier déniche les œufs d'un canard sauvage et les glisse daps le nid d'un canard domestique. Tout vient à bien, l'éclosion se fait simultanément , et rien ne disr tingue les canetons, si ce n'est la sauvagerie des uns et la familiarité des autres, Peu à peu les étrangers semblent accepter les mœurs de la basse-cour. Ils accourent à la voix de la pourvoyeuse ; ils acceptent la nourriture la plus yar riée, mais aux approches de l'automne ils de-r viennent inquiets et commencent à battre (Je$ ailes. S'ils entendent dans la nue le cri de leurs

frères émigrant vers le sud , ils prennent subitement leur volée , se joignent à ceux de leur race, trouvant des forces pour les suivre , et la science de leur existence aventureuse.

On ne saurait trop méditer de pareils exemples, ils disent le secret des mœurs de Phumanité. Vainement on objectera que l'instinct pèse dans la vie de l'animal autrement que dans la vie de l'homme. L'instinct de l'homme est le sentiment, qui lui aussi est lié d'une façon indissoluble à la chair et au sang.

Les travaux de la linguistique moderne , entre autres ceux de Frédéric Schlegel , d'Eugène Burnouf et d'Ernest Renan , montrent que la parole est un acte spontané et instinctif. Chaque race fait sa langue comme chaque oiseau fait son chant. C'est au point que certains mots, que certaines manières de décliner et de conjuguer, servent à reconnaître les migrations des peuples à travers le globe.

Même prépondérance de la race touchant les aptitudes qui concernent les arts , les sciences , l'habitation, la culture, la guerre, le commerce, etc. Les Étrusques apportent en Italie un art céramique spécial, et conservent pendant des siècles une civilisation distincte de celle des

Latins, Le sentiment hellénique fait surgir une architecture subissant dans les diverses provinces de la Grèce des modifications analogues à celles du langage et de la poésie. Cette architecture, en passant chez les Romains, modifie complètement ses caractères.

Dans le moyen âge on vit l'architecture gothique devenir la manifestation religieuse de la race Scandinave et germanique, pénétrer avec cette race dans quelques portions du monde latin, sans pouvoir détrôner, dans le sud de la France, dans ritalie et dans l'Espagne, le Roman, plus en rapport avec la race latine. Et de même l'architecture sarrasine ne put s'étendre hors des limites du sang sarrasin.

Un beau travail, pour un érudit, consisterait à démontrer les rapports étonnants qui existent entre la langue et l'architecture des races : les analogies de la phrase latine, où des périodes très accusées s'enchaînent et se suivent dans un ordre déterminé, avec ces constructions romaines où des lignes fermes et prononcées se combinent en de sages proportions pour représenter à la fois la force, la stabilité ou la grandeur; les analogies de la phrase grecque , si harmonieuse , si finement nuancée, si élégante et si sobre, en

même temps avec ces constructions athéniennes où la simplicité s'allie au sentiment le plus exquis des proportions , où l'ornement s'identifie tellement avec l'édifice que l'un ne peut être compris sans l'autre ; les analogies de la phrase sémitique, si plate, si uniforme, si dépourvue de relief, si capricieuse (1), si indépendante de la phrase précédente, avec l'arabesque; enfin les analogies de la mosquée , où les formes lourdes et massives du dôme s'allient à l'élégance du minaret, où l'irrégularité touche au caprice, où la proportion est négligée , où l'accessoire devient le principal , où l'ordre est constamment interverti, avec le Coran, écrit sans méthode, rempli de contradictions, mystérieux et naïf, obscur et lumineux, constituant cependant une œuvre grande à plus d'un égard. Rien ne traduit mieux à la vue la belle langue de Bossuet et de Racine que l'architecture de Louis XIV ; rien ne dit mieux le génie de la langue anglaise que l'architecture de Londres.

Ces exemples peuvent aussi bien s'appliquer à la statuaire , à la peinture , et même à la musi-

(1) Voyez Fouvrage de M. Ernest Renan sur les langues sémitiques.

que; ils montrent que les diverses portions de l'art sont solidaires et sont inféodés à la race. Le nègre, si amoureux de la musique, n'aime chanter qu'en mineur, et transpose dans ce mode les airs en majeur qui frappent ses oreilles. Les Arabes ont des chants dont la mesure devient, selon les phrases musicales, à trois, à quatre, et même à cinq temps, et ces airs ont peut-être deux mille ans d'existence. Des irrégularités analogues se rencontrent dans les chants nationaux des diverses contrées de l'Europe; chants qui semblent indestructibles comme la race dont ils sont la manifestation amoureuse, belliqueuse ou mélancolique : ils sont toujours en rapport avec le* caractère de la nation.

L'habitation, dont l'influence sur les mœurs est énorme, parait également, quant à sa disposition, un produit spontané des races. On est étonné de voir le Lapon, dont l'origine tartare est incontestable, conserver dans les montagnes de la presqu'île Scandinave les tentes de peaux dont usent ses frères des grands plateaux asiatiques. Il trouve moyen d'être pasteur où l'herbe ne peut croître ; il substitue le renne au bœuf, le traîneau au cheval, et reste nomade en dépit de la nature.

Et de même de l'Arabe qui s'obstine à vivre sur

— tôles terrains fertiles et accidentés da littoral africain, comme vivent les Arabes des plaines sablonneuses de l'Iémen. La tente n'a aucune raison d'être où abondent les matériaux de construction , et cependant l'Algérien la garde obstinément. Quelquefois, sous la pression de l'administration française , il se décide à construire une maison en pierre ; mais à peine installé dans sa nouvelle demeure, il se sent pris d'un malaise indéfinissable : il retourne à sa tente et se sert de la maison pour abriter ses volailles et ses chevaux.

Le même instinct d'habitation fait que tous les peuples dont le sang n'est pas très mélangé s'obstinent à conserver la même maison sous des climats très divers , même en tenant compte des nécessités de l'appropriation. On voit les Français construire à Alger comme à Paris, les Anglais construire à Culcutta comme à Londres, les Portugais construire à Rio comme à Lisbonne.

Chacun d'eux, en se transportant sous de nouveaux climats , convient qu'il est nécessaire de modifier sa demeure , et cependant il la conserve à peu près intacte, parce qu'elle se trouve en rapport avec les instincts de sa race. Un Latin se déplaît dans une maison gothique; un Scandinave

se déplait dans Thabitation de style grec ou roman ; un Hellène supportera impatiemment dans ses édifices les conséquences du cintre ou de Togive.

Et de même des instincts guerriers de certaines races et de leur manière de se battre. L'esprit militaire des Français actuels diffère peu de celui des Gaulois ; les Kosacs sont en tout semblables aux Scythes , les nomades du voisinage de la mer Caspienne aux Parthes, les Algériens aux Numides, les Allemands aux Germaips. L'invention de la poudre a changé leurs armes, mais nullement leurs aptitudes guerrières.

Quant aux aptitudes commerciales, les Juifs nous montrent assez qu'elles font partie du sang. L'Israélite a des dispositions mercantiles vraiment innées ; il chasse la richesse de race et rien ne peut lui arracher sa proie. Dans toutes les parties du monde il est détenteur du numéraire; il a mille inventions pour le faire affluer dans ses coffres. Emancipé par la France, il la récompense en prenant la direction de ses finances et en lui enseignant l'usage et le maniement des capitaux.

Je crois inutile d'accumuler de nouveaux faits pour démontrer que les aptitudes déterminant

tes mœurs font partie de la cUair et du sang; mais si ces aptitudes étaient seules agissantes, les mêmes mœurs s'éterniseraient chez la même race et dans les mêmes lieux.

Or les faits montrent que les peuples comme les individus sont susceptibles d'éducation , abstraction faite des croisements et dés changements de climat. Il faut donc qu'il y ait en dehors de l'organisme une force capable de s'imposer à lui et de le modifier dans le sens de la civilisation. Cette force opposée partout et toujours à la ténacité organique est lldéaL

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