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S 4. — MOEURS DE L'ESPAGNE ET DU PORTUGAL

Placée à l'extrémité sud-ouest de l'Europe, la péninsule espagnole , qui a plus d'une analogie avec la péninsule italienne, est défendue de trois côtés par la mer ; sa frontière terrestre est délimitée par les crêtes des Pyrénées; elle possède des ports admirables sur l'Océan et la Méditer-

ranée ; elle n'est séparée de l'Afrique que par un mince détroit. Peu de situations géographiques valent la sienne.

Son sol , accidenté et d'élévation fort inégale, est traversé par des chaînes de montagnes qui suivent plusieurs directions et se coupent réciproquement, formant des bassins dont les communications sont souvent difficiles et dont la structure géologique peut être fort différente.

Les montagnes de l'Espagne sont riches en minéraux de toute espèce, en sources qui fertilisent les vallées et s'unissent pour former des fleuves remarquables.

Le climat, qui serait analogue à celui de l'Italie , s'il ne dépendait que de la latitude et de la constitution géologique , se ressent du voisinage de l'Afrique ; il n'a plus les molles tiédeurs de Naples ou de Tarente. En Espagne, l'air est sec, vif, glacial, en hiver, et brûlant en été. Il porte avec lui d'acres parfums; il enflamme le sang plutôt qu'il n'abat les forces ; il est tellement pur que le ciel prend la teinte de l'indigo, que l'œil perd la faculté de mesurer les distances , que les lignes apparaissent vives et nettes , que les ombres tranchent fortement sur la lumière et que les couleurs vont à leur type en négligeant les demi-

teintes. On ne voit plus que du rouge, du jaune et du bleu.

Les collines sont abruptes et les ondulations du sol disparaissent entre les plaines et les escarpements. Les feuilles des arbres sont roides et luisantes, les branches sont noueuses et contournées, les écorces sont rugueuses, les broussailles rigides cachent mille dards sous leurs fleurs, les fruits mêlent de piquantes saveurs à leurs parfums, les animaux sont maigres, farouches et turbulents, la poussière des routes est imprégnée de salpêtre ; quelque chose de violent se révèlt dans la nature et se reflète dans l'homme, qui sert toujours de miroir aux lieux d'où procède sa race.

Une contrée à moitié africaine , où les productions du sol sont plus denses et plus sèches que dans tout le reste de l'Europe , doit avoir des habitants d'une taille peu élevée , bruns de peau et de cheveux , musculeux , secs , agiles , résistants, velus, équilibrés et capables de supporter de grandes fatigues. Leur âme doit être dévolue à la passion plus qu'à la raison. Or, comme les régions inférieures de la face expriment ce qu'il y a d'affectif dans l'âme , tandis que les régions supérieures expriment les facultés de l'intelli-

gence, il faut s'attendre à trouver l'ovale du crâne un peu rétréci , en avant , le front plat et fuyant, les tempes dépourvues d'ampleur, tandis que des yeux longs et bordés de cils épais, un nez taillé en carène, des narines mobiles, des lèvres très modelées et supportées par des dents superbes, un menton proéminent et pourvu d'une fossette vers le centre , donneront à la physionomie un véritable caractère de passion.

Si on compare la langue de l'Espagne à la conformation des Espagnols, on trouve plus d'une analogie. Le mot est sonore, accentué et un peu violent dans sa prononciation. La phrase est claire et directe; mais elle recherche la ï)ompe plutôt que la grâce, l'énergie plus que la finesse, l'image plus que la subtilité. La profusion des voyelles ne peut produire une euphonie complète; des sons gutturaux et l'emploi continuel de Vr froissent l'oreille tout en contraignant l'attention. Ce n'est ni la langue de la causerie, ni celle de la diplomatie, ni celle des molles amours, ni même celle de Dieu, comme le prétendait Charles V; c'est la langue du roi. Elle traduit parfaitement les ordres d'un prince servi à genoux et formulant sa volonté comme un article de code. Elle est bonne pour le chef militaire , pour l'a-

moureux jaloux, et même pour le mendiant qui, drapé dans ses haillons, demande l'aumône avec des phrases de grand seigneur.

Au portrait de l'Espagnol tel que le donne la langue, si on compare le portrait qui résulte de l'art, on trouve une grande analogie.

La peinture cherche les contrastes saisissants entre l'ombre et la lumière , exagère le relief et l'action, aime les tons chauds et les couleurs éclatantes, mais ignore les harmonies délicates et les demi-teintes produites par le ciel nuageux du nord.

C'est surtout à la religion que s'adresse l'architecture. Elle réussit merveilleusement à manifester le dieu catholique , à encadrer le culte et ses splendeurs. Elle sait encore ériger des palais, mais elle ignore l'art de les distribuer et de les meubler, comme si l'apparence devait toujours prendre le pas sur la réalité.

Quant à la musique , elle ne recherche guère que la mélodie. Son objet est d'émouvoir et de parler au cœur, plutôt que d'ébranler l'imagination, comme font les grandes compositions de l'Allemagne , dans lesquelles le thème s'efface et disparaît sous les complications de l'harmonie.

De quelque part qu'on l'observe, le caractère

espagnol a pour trait principal la passion. Or, le moraliste ne doit pas oublier que cette fille ardente du sentiment ne craint pas plus le ridicule que les autres armes du bon sens. Elle court éperdue , sachant qu*elle ne peut s'arrêter sans mourir. Sa puissance est dans la contagion, aussi est-elle avide de se communiquer et de se transmettre. Elle emploie volontiers le geste, l'attitude et la voix. Vient-elle à rencontrer des yeux avides de la contempler et des oreilles avides de l'entendre, elle crée le besoin de spectacle, qui, plus que partout ailleurs, est développé dans la péninsule espagnole. Là tout est théâtre, tout sert à donner de l'intérêt à la comédie humaine, tout devient drame, la religion aussi bien que les jeux des jeunes flUes et des petits enfants. Chacun se considère comme un acteur et cherche à jouer son rôle le mieux possible, en se pénétrant de l'esprit de la pièce ; chacun se drape et pose devant le public , craignant la mort moins que le sifflet.

Cette existence, toujours en scène, développe à un haut degré l'émulation , l'orgueil , l'amour des distinctions et tout ce qui concerne l'honneur. Il en résulte bien une certaine roideur dans le caractère, mais il en résulte aussi la tenue, la

discrétion, la dignité, la générosité et le tact dans les relations. Nulle part mieux qu*en Espagne on ne sait ce qui est dû à l'âge, au sexe et au rang , mais nulle part l'étiquette n'a exercé un empire plus absolu. Elle a contraint un roi à se griller devant son feu, que nul des assistants n'avait charge d'éteindre et devant lequel la dignité du monarque défendait de reculer.

Quand le point d'honneur est poussé à l'extrême, l'insulte lui est insupportable. Il veut la laver dans le sang , demande le duel , et , en cas d'empêchement, sait attendre et méditer la vengeance. Ses armes favorites sont l'épée, qui frappe au grand jour, et le couteau, qui frappe dans l'ombre : chaque main se familiarise avec leur usage.

L'habitude des armes et du conflit rend les hommes courageux ; le désir de la gloire et l'espoir de jouer un rôle dans le monde produisent les mœurs chevaleresques, le désir des aventures, l'amour des entreprises périlleuses et lointaines, le besoin des émotions.

Des hommes ainsi organisés se soucient peu du bien-être. Ils détestent un travail uniforme et quotidien. Leur âme se délecte dans les alternatives d'activité fiévreuse et de repos, d'extrême

abondance et de misère, de combats furieux et de douces rêveries, de sévère discipline et de licence. Qu'on joigne à cela la patience, la frugalité, la résistance, l'agilité et la vigueur du montagnard espagnol, on a les compagnons de Fernand Cortez, c'est-à-dire les premiers soldats du monde.

Mais ces soldats ne seront pas toujours faciles à conduire. En temps de trouble, ils deviendront volontiers des brigands. Leur orgueil produira des inimitiés privées, et ils seront toujours prêts à venger leurs injures au détriment de l'État. Si la misère les force à vendre leur épée , ils se mettront au service de tous les partis et sauront eu créer, au besoin , pour se rendre nécessaires. Où la passion domine , les armes ne font guère la force du droit et de la justice; c'est pour cela que l'Espagne est, par excellence, le pays de la guerre civile. Le paysan court à l'embuscade et à la bataille comme à une fête; il met à chercher les aventures l'entrain d'un écolier qui vient d'échapper de la classe , ou d'un braconnier chassant sur les terres de son seigneur. Il espère bien que le sort de la guerre lui permettra de piller son voisin ou de venger une vieille injure par un bon coup de fusil ; mais il veut surtout se faire

redresseur de torts. Ses prétextes favoris sont les intérêts de la religion, la cause des rois légitimes» l'indépendance de la patrie, et même, l'essor de la liberté. Si l'une de ces choses périclite, elle trouve aussitôt des milliers de défenseurs, de sorte que nulle réforme ne peut s'opérer dans la religion , dans la royauté , dans les rapports internationaux, ou dans la constitution, sans provoquer la guerre civile. La foule accourt au secours de l'opprimé sans se demander si le bon droit n'est pas du côté du plus fort.

Du reste le portrait de l'Espagnol a été tracé de main de maître par un poète national , par l'immortel Cervantes.Don Quichotte n'est pas, comme on affecte de le dire , une raillerie cruelle contre la chevalerie; c'est la peinture des mœurs de toute une nation. C'est bien l'Hidalgo au cœur droit et bon, à l'âme généreuse, à l'amour dévoué, qui trouve moyen d'agir contre la justice, contre la bonté, contre la générosité et contre l'amour. L'héroïsme éclate dans toutes ses actions, mais il n'engendre que des sottises. Une seule chose lui manque pour obtenir les plus beaux résultats, le simple bon sens.

En recevant le christianisme, religion de mansuétude et de paix, l'Espagnol n'en a compris ni

le symbole ni la morale. Il s'est pris d'un amour passionné pour le crucifié etpour sa mère , pour ces types de tendresse et de douleur; il a voulu exterminer leurs ennemis. De là sa cruauté contre les sarrasins et contre les juifs. Saint-Dominique et Ignace de Loyola sont le produit du donquichottisme religieux de l'Espagne ; il y a de la folie dans leur fait , en même temps que de l'amour, du dévouement et de la grandeur. Or, la folie a suffi pour tout pervertir; elle a torturé, mutilé et brûlé des hommes au nom du Christ et de la vierge Marie ; elle a fait de ces abominations un spectacle édifiant ; elle a convoqué des milliers de fidèles à repaître leurs yeux de ces supplices dignes des Iroquois.

Le donquichottisme monarchique a produit chez une nation fière, entre toutes, et jalouse à l'excès de son indépendance , une royauté servie à genoux , obéie avec passion , considérée comme ayant le don des miracles, vénérée à ce point que toucher les vêtements de la reine était, de la part d'un homme , un sacrilège digne de mort. On ne comprend qu'en Espagne les cris de Vive le roi absolu et meure la nation ! poussés en 1 824 par les fidèles de Ferdinand VII. ,

Au donquichottisme amoureux il faut rattacher

ces passions d'Espagnols qui brûlent leur château dans Tespoir d'emporter dans leurs bras une maîtresse évanouie , qui hasardent leur vie pour un sourire , qui la donnent pour une heure de volupté , qui passent les nuits à chanter leur martyre f une guitare à la main , sous les fenêtres de leur belle, entremêlant chaque couplet de grands coups d'épée donnés ou reçus par les jaloux.

Au donquichottisme de la patrie se rattachent les soulèvements de la nation entière contre l'étranger envahisseur, les sièges soutenus avec une constance héroïque, l'esprit de conquête et les rodomontades qui déparent un courage éprouvé.

Tous les amours et toutes les haines peuvent, en Espagne, devenir de la folie et entraîner, non pas seulement des individus isolés, mais la foule entière. La passion est contagieuse ; elle passe de l'un à l'autre, comme une sorte de fluide; elle produit bientôt une immense clameur dans laquelle la voix de la raison ne peut être entendue.

La femme ajoute à l'effervescence en la communiquant à tous les âges , à toutes les professions et à toutes les classes sociales.

Saurar-t-elle, quelque jour, plaider la cause du bon sens? Le doute est permis, si on contemple ses grands yeux bruns qui se voilent sous leurs

cils, son nez fin, ses narines ardentes, ses lèvres rouges et charnues, son teint ombré, son cou vigoureux , sa taille riche et ondulée , ses membres pleins et ronds, ses extrémités d'une finesse incomparable, enfin le 'mélange de force, de langueur et de grâce féline qui apparaît dans toute sa personne.

Aimer et faire partager sa tendresse est la grande affaire de la femme espagnole. Son cœur, voué au sentiment, est exclusif comme lui. Elle ne comprend guère Tamour sans la possession.

Les distinctions du platonisme lui sont aussi étrangères que l'insatiable coquetterie des filles du Nord. Que lui importent les hommages des hommes qu'elle n'aime pas? Elle donnerait tous leurs soins pour un regard de son amant, tous les triomphes de la vanité pour une minute de volupté.

Jalouse, comme tous les êtres qui aiment profondément, elle est fidèle sans effort. Ses caresses sont chastes en raison même de l'ardeur de ses sens, car la froideur seule prétend compléter l'amour par les raffinements. Elle attache , non par l'éclat de son esprit , mais par le charme , sorte d'accord entre la beauté du corps et celle de rame.

Peu de femmes, autant que l'Espagnole, possèdent les dons physiques et moraux de la maternité. Peu sont meilleures nourrices, plus attentives et plus patientes en face des mille besoins d'un enfant au maillot. Elle est avide de prodiguer ses soins et sa vie, trop heureuse si son instruction lui permettait de faire l'éducation de ses enfants jusqu'à l'époque de lanubililé; mais le savoir lui manque. Au moment où les progrès de l'âge lui interdisent l'amour, elle devient purement ménagère. Son influence disparaît avec sa beauté. Ses enfants échappent à sa tutelle; son mari dédaigne de la consulter. Elle se trouve isolée , inerte et sans but, tout en conservant le besoin d'aimer. Sa seule ressource est de consacrer les ferments de tendresse qui ne peuvent mourir aux pratiques d'une dévotion païenne et puérile.

C'est un grand malheur pour la société espagnole comme pour toutes les autres que l'influence de la femme ne s'exerce que pendant la période de la passion et de la beauté. Dès lors, se trouve perdue cette maturité féminine qui allie une grande expérience de la vie à la jeunesse de l'esprit et du cœur; qui se crée mille. intérêts, calme les passions qu'elle ne partage plus, veille sur ses proches et sur ses amis, les soutient de ses

conseils, les aide de sa protection et les rassemble à sa table, heureuse de semer partout le bienêtre et Tanimation. Seule, la femme que rameur abandonne sait produire les chaudes amitiés qui embellissent jusqu'à la vieillesse! Seule, elle sait protéger le talent et féconder le génie! Seule, elle possède l'intuition de l'avenir des hommes. Seule, elle donne l'élégance et la douceur. Quand son influence ne domine pas dans la maison , il y a désaccord dans la famille et abandon du foyer; les relations sociales perdent leur attrait principal : sous leur vernis de politesse on trouve vite la barbarie.

L'élément féminin , malgré sa belle organisation, n'a pas, eu Espagne, l'influence qui lui revient naturellement , et cela seul paralyse une foule de principes sociaux. L'inspiration, débordée par la passion et mal soutenue par la pensée, reste improductive ; Tart est arrêté dans son évolution. L'intelligence, faute de la culture première, qui est le fait d'une mère instruite* manque de vigueur et restreint la science ; il ne peut y avoir Tèquilibre de Tàme, d'où résulte la grande civilisation* A cette heure, la société espagnole est eu pleine rèvolation.

La nce u'ni aucmi (iiijiigè de caste ou de coq-

leur. Elle est égalitaire et démocratique; elle s'est servie de la royauté pour détruire la féodalité gothique, si bien que le mendiant, sur le terrain du roi, est fier comme un grand seigneur, que le blanc épouse la négresse, que le maître admet son serviteur à sa table et à son foyer.

D'une autre part , le catholicisme , avec ses pompes, ses splendeurs et ses grands spectacles, s'est emparé de l'esprit d'une nation aimant tout ce qui est théâtral. Il a traîné derrière lui l'organisation des castes privilégiées , d'où un conflit inévitable entre l'égalité et l'autorité. Celle-ci n'a reculé devant aucun moyen : elle est allée jusqu'à l'inquisition, dans l'ordre religieux, et jusqu'au despotisme, dans l'ordre politique.

Quand les principes sociaux sont poussés à l'extrême, il faut s'attendre aux catastrophes. L'élément catholique a dépeuplé l'Espagne par les moines et les couvents ; il a tué l'industrie en chassant les Maures, les juifs et les protestants ; il a produit la tristesse , la défiance et l'avilissement, par l'inquisition ; il a produit l'idolâtrie et ses conséquences par les reliques et l'abus du mythe. Dès lors, plus de prospérité sociale, plus d'activité, plus de mouvement. On se garde de parler et d'écrire quand un mot peut conduire au

bûcher; la littérature disparaît, la science est muselée, les principes du progrès sont paralysés. Aussi TEspagne , avec un magnifique territoire, avec une situation géographique admirable, avec les plus belles colonies du monde, tombait au second rang parmi les nations. Elle serait morte si un peuple pouvait mourir.

 la fin du dernier siècle , le culte de la raison fit succomber la monarchie absolue et l'inquisition, mais ne put conjurer les maux qu'elles léguaient comme un triste héritage. La discussion,* qui est fille de la raison , produisit des orages chez un peuple déshabitué de parler et d'écrire ; elle fut loin de remédier, d'abord, à l'épuisement des finances, aux désordres administratifs et à la dissolution sociale ; elle produisit partout le conflit. Cependant elle faisait luire quelques portions de vérité; elle grandissait le bon sens, qui est son seul juge légitime; elle faisait naître la tolérance et la liberté , derrière lesquelles viennent l'ordre , le travail et la richesse ; enfin elle fatiguait la passion et minait son empire.

La démocratie , qui est dans les instincts de toute race d'origine latine, grandissait peu à peu et réformait les institutions. Mais de même que la passion avait fait de l'autorité à outrance, de

même les démocrates pouvaient faire de l'égalité à outrance» autrement dit du communisme, de la liberté à outrance ou de l'anarchie. Le préservatif contre ce malheur fut l'esprit méthodique de l'Espagnol et son caractère organisateur. Déjà les lois et les institutions réglementent la liberté, l'égalité et la discussion : sous peu la raison aura établi son empire.

Pour qu'elle domine dans le pays de la passion, il faut une transition, qui s'obtient par le gouvernement représentatif, sorte de compromis entre l'autorité et la liberté, entre l'aristocratie, la monarchie et la démocratie. Mais tout compromis est une chose transitoire. Le gouvernement parlementaire est né dans une contrée féodale ; il ne saurait être permanent où la féodalité n'existe pas. Mise en présence du peuple, la royauté ne peut lui faire équilibre. Si elle cherche un appui dans l'armée, elle tourne au despotisme et s'inocule un principe mortel; si elle cherche à se créer l'appui d'une aristocratie titrée ou financière, elle blesse l'élément égalitaire et prépare la révolution. Le suffrage se rapproche chaque jour de l'universalité. Il donne à l'opinion une puissance à laquelle rien ne résiste ; il fait du prince un mandataire révocable. Dès lors, il faut conclure

que, dans toute contrée latine» la république est le terme fatal et dernier du principe égalitaire.

Avant Tarrivée de la république, en Espagne, il est à souhaiter que le peuple prenne des habitudes d'ordre, de tolérance et de sage discussion, qu'il prenne la connaissance des affaires et Thabitude de leur direction, qu'il ramène son clergé à la pauvreté et à l'humilité chrétiennes, qu'il donne une signification précise à ses notions de droit, enfin qu'il grandisse par le travail et l'instruction. Â cette heure il n'est mûr ni pour la liberté ni pour l'égalité, dont la domination simultanée est la condition de la république.

Dans un temps où la raison absorbe le sentiment , où l'élément tendresse s'affaiblit au point de laisser à l'intérêt la direction absolue des nations, où l'art meurt devant l'industrie, où la tristesse croit en raison directe du bien-être et des grandes choses qui s'accomplissent dans l'ordre matériel, l'Espagne peut devenir une réserve d'amour et d'inspiration pour les autres nations. Quand les écoles et l'instruction auront élevé l'idée au niveau du sentiment , quand arriveront l'équilibre des facultés et le génie créateur qui en est la conséquence, l'Espagne pourra rivaliser avec l'Italie dans la manifestation de Tidéal qu'attend l'avenir.

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