‹ Les races humaines et leur part dans la civilisationChapitre 29 sur 38 · S 2. — MOEURS DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

S 2. — MOEURS DE L'ALLEMAGNE

Confinant , par sa frontière du sud-ouest , au monde latin, par sa frontière du sud-est, au monde slave, par sa frontière du nord, à la Scandinavie, l'Allemagne n'a pas de limites bien accusées. Sur toute sa périphérie, elle n'offre identité ni de mœurs, ni de langage, ni de religion. Ses provinces limitrophes du Danemark sont à moitié Scandinaves ; celles qui confinent à la Russie ou à la Turquie sont à moitié slaves; celles qui

àvoîsinent l'Italie oa la France sont à moitié latines ; elles forment dans lear ensemble une zone tnixte et plus large dans les frontières de TÂUemagne que dans les frontières de toutes les autres nationalités.

C'est seulement vers le centre que Ton rencontre dans toute sa pureté le type blond de la Germanie, l'organisation féodale et les nombreuses principautés qui en sont la conséquence.

C'est là que se trouvent également les conditions climatériques sur lesquelles semble se modeler cette race aux yeux bleus, à la carnation éclartante de blancheur, à la stature élevée , aux formes pleines et vigoureuses.

De même que le Latin , amoureux de soleil et de lumière, élargit ses fenêtres, construit des terrasses , défriche ses bois pour leur substituer la culture de la vigne; de même TAUemand veut, avant tout, l'ombre et les retraites mystérieuses. Il cache sa maison sous les arbres (1), il rétrécit Touverture de ses fenêtres, il borde ses routes

(i) Quand on vient du midi de la France, où chaque Bastide brave les rayons du soleil, et quand on arrive en Normandie, où la chaumière s*entoure d'un triple rempart de hêtres et d'ormeaux, on sent vite que ces constructions ne procèdent pas de la même race.

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d'onneaux touffus; il pousse jusqu'au culte le respect pour ses vieux chênes , il leur donne une âme et une voix, il en fait la résidence d'une divinité.

Pour bien comprendre le génie allemand, il faut parcourir les sentiers des antiques forêts, analyser les jeux de la lumière et de Tombre, rè^ parties sans ordre et sans gradation, coupant des perspectives bornées et étroites, donnant à un objet restreint un éclat qui contraste avec Fob* scurité voisine, modifiant la figure, brisant la ligne , créant des aires obscures traversées d6 teintes irisées et de rayons ardents. Il faut, sous les arbres séculaires , écouter les sons répercutés par mille échos, se divisant 0i mourant dans les taillis^ changés en frissonnements dans les feuilles du tremble, en soupirs dans les rameaux du sapin , en murnmres harmonieux dans les ruisselets qui courent entre une double rangée d'iris et de salicaires^ Il faut encore respirer l'acre parfum des feuilles tombées, ou l'arôme enivrant des merisiers en fleur. Alors on comprend le culte de la nature et l'espèce de druidisme qui se maintiennent dans la littérature allemande ; on comprend la passion de Gœthe pour l'histoire naturelle ; on entrevoit une signification au poème de

f'&^t; on s'imprègne de mélancolie; on devient ^ de ce qui est doux, triste» mystérieux » fanf* ^que, irrégulier et original.

Ainsi rapproché de la nature , l'Allemand est naïf et primitif; il a Tintuition de Tenfanee des choses. Il sait remonter au passé et retrouver les premiers âges ; il n'a pas la prescience de l'avenir; il résiste au progrès. S'il marche vers l'éga^ lité et vers l'unité, c'est sous l'impulsion de l'Mèal des Latins. En lui se trouve une résistance qui tient à sa nature patiente et froide. Ses actes s^'<h pèrent avec lenteur. Sa langue est à peine formée. Sa littérature, débordant d'imagination, manque d'élégance et de pureté : elle n'est pas mûre pour la prose; elle ne sait pas faire un livre.

Les arts plastiques de l'Allemagne posi^dent aussi la naïveté et la variété, fruits de l'imaginartion; mais ils ignorent la proportion, la pureté du style et l'élégance ; ils ne savent coordonner ni les lignes ni les couleurs ; souient ils tournent au grotesque, ou sont imprégnés de lourdeur et de pédanterie; on sent qu'ils ne procèdent pas des fils du soleil.

Mais les fils de l'ombre et de la forêt ont une oreille merveilleuse pour apprécier les sons et traduire en mélodies les mouvements fugitifs de

r&me. Il est vrai que Finspiration manque au Gennaii, mais il peut l'obtenir en croisant sa race avec celle des Latins, ou mieux des Slaves (i). La musique est à la fois Tenfance et la vieillesse de Tart. Elle ne dit rien à Tintelligence, mais elle émeut le cœur, même celui des ani^ maux. Elle traduit à Toreille la multitude des sentiments vagues et à peine ébauchés que font naltrt les effluves de l'amour, les tristesses de la vie ou l'aspiration vers l'inflni. Ce qu'elle dit admirablement, c'est le mélange de calme et d'an gUation , de peine et de plaisir, d'où résulte la mélancolie ; elle console plus qu'elle n'égayé ; elle provoque le rêve plus que la pensée ; elle dit tout ce qui échappe à la parole, au vers, au signe, aa gçste, à lapligne et à la couleur.

. Mais dans une action pareille, tout est intime: la vie privée est seule agrandie et trouve de nouveaux moyens d'expressions. 11 ne faut donc pas comparer l'actioa de la musique à celle de l'architecture, de la peinture, de la statuaire et de la littérature, qui s'adressent à l'esprit autant qu'an sentiment et donnent aux mœurs nationales un i(}éal de beauté ou de grandeur.

(1) La plupart des grands compositeurs de rAllemagne ont pris naissance sur la limite des États slaves ou latins.

Comme rimagination allemande, rintelligence a un véritable caractère d'originalité. Ce n'est pas, comme chez le Latin, la raison procédant méthodiquement par voie d'induction ou de déduction, groupant les faits, cherchant les formules^, se préoccupant des exigences de l'unité, soudant la science moderne à la science antique, et maintenant à tout prix la tradition ; c'est un esprit inventif qui a cent manières de récolter, d'assembler et d'interpréter les faits, qui donne une physionomie nouvelle aux plus vieilles choses , qui ne se lasse pas de refondre et de couler dans de nouveaux moules les théories, les systèmes et les r£ligions.

.Rien n'est définitif, en Allemagne, si ce n'est le provisoire : aucune autorité ne peut se dire permanente. La pensée montre une audace et une liberté dont les conséquences sont curieuses à observer.

Le christianisme, au n^oment de la réforme, est soumis par l'Allemagne à une critique qui lui enlève le mythe et une bonne partie de son culte. Une exégèse plus récente établit une enquête minutieuse sur ses origines, lui dénie ce qu/il a de surnaturel, fait de lui moins la révélation d'un dieu que l'inspiration d'une secte. Des hommes reli-

gieux, à force d'étudier et d'éclairer la religion, d'éliminer de son sein tout ce qui n'est pas conforme aux lois de la saine critique et de la raison, arrivent à la transformer en une théorie philosophique, c'est-à-dire à la nier. Us détruisent le dogme et le culte, sous prétexte de mythologie et de fétichisme ; l'idée pure leur sert à miner l'idéal, qui ne peut vivre si on lui enlève sa part de sentiment.

Un travail analogue s'opéra sur la philosophie. L'Allemagne, prenant l'être antique ou la substance, l'analysant, tantôt sous sa forme matière, tantôt sous sa formule esprit, passant d'un terme à l'autre , les réunissant , lés combinant , les effilant, est arrivée à n'admettre comme unique réar lité que le devenir.

Cette manière de miner la religion par Taccurmulation des travaux religieux , de miner la philosophie par l'accumulation des 'travaux philosophiques, est particulière au génie allemand. Elle est entièrement contraire au génie français , qui procède par la raillerie, l'indifférence et la négahtion, toutes choses impuissantes à la destruction. La France s'exténue à relever des ruines. S'il lui arrive de briser ou de renverser dans un moment de colère, elle rassemble bientôt les fragments

èpBTB et Içs fait entrer dans des constructions nouvelles. Aussi est-elle encombrée de Yieilleries repeintes à neuf.

C'est à TAUemagne qu'est dévolue la mission de pulvériser les grandes ruines du passé et de démasquer les perspectives de l'avenir; mission providentielle qui peut soulever la réprobation des partisans de l'immobilité, mais qui parait indispensable aux sectateurs du progrès.

N'est-il pas merveilleux que le monde genianique» après avoir détruit par les Armes la civilisation païenne et avoir poursuivi ses débris dans les derniers recoins des empires grec et latin, se soit acharné à la destruction du christianisme arrivant à condenser dans un même idéal religieux l'idole, le mythe et le spiritualisme? Le penseur, qui sait ce qu'il a fallu d'efforts et de génie pour créer le catholicisme, ne peut se défendre d'un déchirement de cœur en assistant à sa destruction ; mais le moraliste, qui sait l'impuissance des dogmes vieillis^et la corruption qu'ils propagent au sein des peuples, ne peut que se réjouir d'une œuvre d'assainissement.

La critique allemande n'épargne rien. Elle s'attache à toutes les aspérités de la science , enlevant ce qui n'est pas conforme à l'évidence ou

aui faits, qu'elle ne se lasse pas de contrôler; sa sympathie pour la nature lui fait trouver du charme dans l'étude des infiniment grands et desb- Animent petits; elle arme son œil du microscope el son observation de patience ; ses travaux d'histoire naturelle sont merveilleux , quoique dépourvus d'ordre et de méthode; ils sont, pour elle, un moyen de contrôle et de négation ne respectant que la vérité.

Cette fonclion de rAlIemagne, qui consiste i passer constamment au crible les éléments de U civilisation, tient, en partie, à l'action du sang mongolique et à la difficulté de se former on idéal. Où triomphe l'initiative individuelle, oi les imaginations manquent d'action contagiens» et de lien, la pensée ne saurait devenir collective, s'échauffer, fermenter et passer à l'état d© sentiment, pour revêtir, en dernier lieu, une forme artistique. On peut écrire des volumes sur 1® beau sans qu'il en naisse un édiOce, un tablea-^ ou une statue; sur le bien, sans qu'il en naiss^ une morale; sur le juste, sans qu'il en naisse a** droit ou un code ; sur les éléments de la vérité * sans qu'il en naisse une science; sur l'utile, san^ qu'il en naisse une économie sociale; mais oc> détruit les formules du laid , du vice , de l'injus-'

tice, du mensonge et du luxe; une partie de l'œuvre du progrès se trouve accomplie.

Telle est l'action de l'Allemagne sur la civilisation affective et intellectuelle. L'action n'est pas moindre sur la civilisation matérielle.

Une sensualité que le climat dévie vers l'appar reil digestif aboutit à la force et à l'activité musculaires. Elle aboutit à l'amour du bien-être, en se déviant vers le tact et vers les autres sens. L'Allemand, en effet, aime les provisions, une maison tien close et parfaitement à l'abri des intempéries. Il sacrifie volontiers l'ornement à la solidité ; il préfère ce qui dure et ce qui résiste aux choses brillantes et fragiles ; il prise l'aisance au delà de tout, et sait se la procurer par l'économie et par le travail.

Celui qui possède une constitution fprte et tenace doit à ses moyens d'action l'énergie de la volonté. Ses projets ne sont pas conçus à la légère; ils ne sont pas abandonnés sans de graves ïûotîfs; ils sont souvent poursuivis à travers mille ^istacles. De là cette activité patiente et conti- ^^^ de l'Allemagne , qui réussit dans toutes les ^Dcliistries, malgré son morcellement et les empêchements résultant de sa constitution poli-

OÙ les hommes sont laborieux, patients et économes, on doit s'attendre à voir la famille s'organiser fortement et prendre une influence décisive sur les mœurs nationales.

L'amour, chargé de rapprocher les sexes et de rendre leur vie commune, n'est, en Allemagne, ni très positif, ni très romanesque : il est rêveur, n cherche son objet dès l'adolescence, et le trouve vite ; il lui garde sa foi jusqu'à l'époque du mariage.

Ces fiançailles prématurées étant admises par les mœurs , on voit ceux qu'elles concernent au bras l'un de l'autre dans la foule , dans les fêtes publiques ou privées , dans les bois solitaires et dans les ombres du soir. Plaisirs et peines , ils partagent tout , heureux de sentir leur cœur battre à l'unisson , de se redire mille fois leur tendresse. La placidité du tempérament et la certitude de s'appartenir un jour atténuent le danger de cos longs tête-à-tête. Le jeune homme respecte celle qui doit porter son nom et donner dans son ménage l'exemple de la vertu; la jeune fille se garde d'une séduction qui l'abaisserait et compromettrait son avenir.

On ne peut qu'applaudir à de pareilles mœurs. Elles assurent l'avenir de la femme et la sauvent

de la coquetterie ; elles plient l'homme âu rôle de chef de famille, lui font penser à l'avenir, lui évitent le libertinage, qui use le cœur autant que la constitution, enfin rendent son amour permanent en le transformant en habitude.

Quand vient le jour des nocQS, appelé depuis tant d'années , les caractères ont pris leur empreinte respective , les jeunes époux se connaissent , ils n'ont pas à redouter les déceptions , ils ont cette probité du cœur qui n'admet qu'une seule tendresse.

Ici tout s'accorde à relever la dignité de la femme. Dès l'adolescence et pendant les années où la beauté s'épanouit dans sa fleur, elle se sent l'objet d'un culte, elle est la maîtresse. Tout ce qu'elle accorde, si minime que soit la faveur, acquiert un grand prix ; la pâquerette effleurée par ses lèvres vaut bien mieux que l'or, le ruban qu'elle a porté devient l'équivalent d'une décoration.

Quand elle consent à abdiquer sa royauté virginale, elle ne cède qu'en prenant Dieu et les hommes à témoin des serments de son mari. Elle entre pure dans sa maison et dans son lit ; elle se réserve de lui faire le plus merveilleux des présents; elle lui donne des enfants, g9.ge d'un mu-

tuel amour. Devenue mère, elle peut braver les injures du temps, sa beauté n'est plus sa force principale. Elle a des auxiliaires nés de son sang, nourris de son lait , attachés à son cœur par les liens de sa tendresse; elle a droit à l'estime de tous.

C'est ainsi que la femme de la Germanie a ré-^ solu , dès l'antiquité, le problème de l'émancipation de son sexe maintenu en servitude par les Grecs et les Latins. Elle obtenait sa part légitime d'influence par sa constance dans ses jeunes amours, par l'estime qu'elle imposait à son amant, parles épreuves qu'elle lui faisait subir; par ses vertus d'épouses et de mère. Sa force con^ sistait à dominer la passion , au lieu de subir l'esclavage, et dès lors elle devenait la maîtresse du logis, utilisant sa finesse, son activité et son intelligence au profit de la famille.

On comprend que les rapports des époux , des enfants et des parents , n'étant plus dominés par l'autorité du chef de la maison , sont le fait de la tendresse. Dès lors nulle révolte n'est à craindre; la loi suprême est l'intérêt de tous , au lieu d'être l'intérêt d'un seul.

La propreté de certaines chaumières de l'Allemagne , les fleurs qui ornent le seuil et garnis-»

sent les fenêtres, là fraîcheur d'un troupeau d'enfants dont les aînés veillent sur les plus jeunes et cherchent à se rendre utiles, l'activité et la prospérité qui éclatent de toutes parts, disent assez les vertus du foyer. La solidarité des membres de la famille, habitués à trouver sous le toit maternel la joie, l'appui, le secours et la tendresse, dit qu'une grande force est constituée. Le travail devient plus facile, les économies sont plus productives , l'épargne s'accumule , tous les avantages de l'association se manifestent. Cette constitution vigoureuse de la famille favorise l'émigration et la colonisation de gens qui se trouvent heureux où ils peuvent vivre et trgivailler ensemble ; mais elle favorise également la féodsulité, qui fractionne l'autorité du prince par l'autorité de la famille.

Le génie féodal de la race germanique diffère du génie féodal de la race sémitique , par la plus grande part d'influence attribuée à la femme. Où les qualités viriles régnent sans partage, les amours sont rudes et le commandement est despotique. Le père a souvent droit de vie ou de mort sur ses enfants ; il peut les vendre ou les traiter comme des esclaves.

Pareille chose ne peut exister quand la femme

SI

est respectée et influente. Vierge, elle ne consent If pas à se donner un maître ; mère, elle sait proté- \\ ger le fruit de ses entrailles. Â la puissance dfô muscles ou de l'intelligence elle oppose la puissance de la beauté et du sentiment, elle fait pénétrer ce double élément féminin dans toutes les portions de la civilisation, elle lutte toujours et partout contre l'oppression.

Dans les premiers monuments de la littérature allemande on retrouve la femme chaste, digne et fidèle, vengeant l'injustice, se donnant comme récompense des actes généreux, sachant, aubesoin, manier une arme et punir la félonie, préférant la mort au déshonneur. En lisant les Niebelungen, qui datent du V* siècle, on pressent la part que l'élément féminin va prendre dans les mœurs du moyen âge et de l'époque moderne.

Celui qui analyse la civilisation antique, les prodiges de force, d'intelligence, d'art et de génie qu'elle renferme, le droit civil, administratif et criminel qu'elle a institué, la science sociale dont elle adonné tant de preuves, celui-là, dis-je, a peine à comprendre la .décadence asiatique, grecque et romaine. Mais quand il jette les yeux sur le monde germanique, quand il voit la part qui lui revient dans l'abolition de. l'esclavage.

qoaiid U le voit si puissant dans la gaerre , clans rindustrie , dans l'agriculture , dans la science » dans Taction sociale , quand il voit sa force d'envahissement et de résistance , quand il trouve la famille comme principe de tout cela, et la femme comme principe de la famille , il voit clairement que l'élément féminin a manqué à la civilisation antique.

Grâce à l'Allemagne, cet élément est entré si profondément dans la civilisation moderne que nul ne pourra l'arracher; il progressera jusqu'au moment où il fera équilibre à l'élément masculin, mettant ainsi la grâce au niveau de la force , le sentiment au niveau de la science, le droit au niveau du sabre.

La latitude de la civilisation s'est déplacée et a progressé constamment vers le Nord, parce que la puissance morale de la femme s'obtient surtout dans les contrées froides. Son organisation, plus nerveuse, garde l'inspiration sous les frimats qui engourdissent le cœur de l'homme : elle se fait de l'amour une arme qu'elle peut manier sans se blesser mortellement , elle représente le charme , elle est le mobile de toutes les voluptés du corps et de l'âme , tout en résistant à la dégradation.

Si nul , parmi les peuples d'origine germani-

que, ne prospère dans le voisinage des tropiques, 1'^ c'est surtout parce que la femme cesse d'être une l*^ ménagère active et économe , où le soleil règne en despote. Elle tombe dans les langueurs de la passion ; elle ne sait plus être ni mère vigilante, ni épouse fidèle. Déjà , dans le sud de l'Âllemar gne, les mœurs perdent leur pureté. Les faciles amours , les caprices du désir et la tyrannie des sens se retrouvent jusque dans les bourgades les plus reculées. Le besoin d'aimer n'est plus tempéré par la rêverie , par la placidité de l'âme , et par le calmedu sang ; il est positif et direct ; il ne rencontre une grande résistance ni dans les câr ractères , ni dans les mœurs.

C'est précisément parce que le climat exerce une grande influence sur l'organisation des Allemands qu'ils se fondent si facilement dans les races latine et slave, mieux disposées pour résister aux influences du sol et de la température (1). Le manque de fixité est moral aussi bien que physique. Il éclate dans la variété des gouvernements, dans le morcellement de la nationalité,

(1) Les colonies allemandes introduites en Hongrie par la poli-^ tique autrichienne sont absorbées par le type madgyar en deux ou trois générations. Le même fait s'est présenté pour les grandes migrations germaniques au sein du monde latin.

dans l'état de la langue, de rarchitecture, des arts en général, et de tout ce qui caractérise un peuple. Un antagonisme inné fait du caractère allemand un composé d'exaltation et de placidité , de bonhomie et de finesse , d'activité fébrile et d'engourdissement, de ténacité et d'inconstance, de dévouement et d'égoïsme, de bon sens et d'esprit paradoxal, de tendresse et d'indifférence, d'orgueil et d'humilité, de lourdeur et de subtilité, d'indépendance dans la pensée et de servilité dans les actes. On dirait une lutte permanente du sang arien contre le sang mongole, et l'impossibilité d'une combinaison complète.

L'antagonismen'est plus, comme dans la France actuelle , entre les instincts nationaux et l'organisation sociale ; il est dans le caractère allemand lui-même, qui échappe, sous le rapport politique* à toutes les prévisions.

On voit bien naître l'élément féodal de l'initiative individuelle, de l'organisation de la famille et du besoin de la liberté ; mais la monarchie apparaît au midi et aii nord sous l'influence latine et slave, puis l'élément démocratique suit la monarchie.

Dans de telles conditions, les classes supérieures de la société restent féodales et sont de force

à défendre énergiquement leurs privilèges; les classes moyennes veulent un roi capable de les défendre contre Taristocratie et contre la démocratie ; les classes inférieures aspirent à régalité.

La noblesse du sang est très glorieuse de ses titres et des exploits de ses aïeux. Sa morgue naïve va souvent jusqu'au ridicule et provoque le rire des étrangers. Ses préjugés, unis à ses intérêts, la rendent ennemie du progrès. Et cependant , ceux qui sont admis dans son intimité la trouvent bonne , douce et hospitalière. Elle sait faire naître le bonheur autour d'elle et déguiser la pesanteur du joug qu'elle impose. Sa bienfaisance lui fait trouver des auxiliaires et des serviteurs dévoués au sein même de la démocratie.

Celle-ci ne fait que de naître. Composée de serfs et de prolétaires , dénuée d'instruction et de richesse , morcelée par les corporations , divisée en une série de nationalités , manquant de l'instinct juridique et égalitaire, elle est bien loin de son avènement. De longtemps ses révoltes ne pourront devenir des révolutions, parce qu'elle n'a pas conscience de ses droits et qu'elle ne sait pas réclamer au nom de la justice les biens doni la violence seule a pu la dépouiller. Reprendre par la force une possession consacrée par les

siècles , c*est agir en factieux et mettre l'État à la merci des factions ; ce n'est pas suivre la loi du progrès, ne consacrant que les acquisitions conformes à la justice.

Entre le serf et l'aristocrate se place le bourgeois industriel et commerçant, qui s'est émancipé par la puissance du capital mobilier, qui possède l'instruction et la richesse , qui s'assemble dans les villes et profite de leur influence sur les campagnes. Il forme une classe s'agrandissant toujours avec le peuple d'ouvriers qu'elle arrache à la glèbe et les recrues qu'elle trouve parmi ceux qui font preuve de force d'intelligence et d'énergie. Elle envahit peu à peu les rangs de l'administration, de la magistrature et de l'armée ; on pressent qu'elle sera sous peu maltresse de la situation. Sa destinée est de donner la prépondérance à la monarchie tempérée par les parlements et à ramener l'Allemagne vers l'unité.

Nul doute que la pratique de la liberté ne soit facile chez un peuple possédant à un haut degré l'initiative individuelle ; mais, ce qui le menace de violents orages, c'est la pratique de l'égalité* La hiérarchie administrative aura mille peines à remplacer la hiérarchieiéodale ; ce sera l'occasion de nombreux conflits.

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