‹ Les races humaines et leur part dans la civilisationChapitre 31 sur 38 · S 4. — MOEURS DE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

S 4. — MOEURS DE L'ANGLETERRE

En examinant la situation géographique de l'Angleterre, son sol humide plutôt que froid, l'observateur sait à l'avance qu'il va rencontrer une population douée d'un appétit impérieux, d'une circulation puissante, d'un système moteur fortement organisé et d'un tempérament sanguinlymphatique. La puissance des fonctions végétatives annonce que le système nerveux ne peut dominer et que la sensibilité est restreinte : la fréquence des brouillards qui détruisent les parfums de la terre, les vents impétueux de l'Océan et l'absence du vin annoncent la pénurie du sen-

timent, de Tinspiration, et des arts qui en sont la conséquence.

Des plaines basses et unies, telles que les présente TAngleterre proprement dite , sont peu favorables au développement des extrémités inférieures; aussi la force de l'Anglais est-elle moins dans ses jambes que dans ses bras, ses épaules et ses reins. Le poing est son arme naturelle, soit dans l'attaque, soit dans la défense : son duel populaire est la boxe , tandis que le pied joue un grand rôle dans le duel qui porte en France le nom caractéristique de savate.

Cette puissance des régions supérieures du corps donne à l'Anglais un aspect particulier. En voyant ses épaules charnues, son cou épais et musculeux , sa poitrine proéminente , on devine Wrude travailleur, le marin intrépide, le fabricant infatigable, le soldat qui se fait tuer à son poste , mais qui résiste mal aux marches forcées et à la faim. Ses cheveux blonds ou roux, sa peau blanche, ses yeux gris, disent les brumes de son pays ; sa nuque peu saillante et l'ovale peu accusé de son crâne disent qu'il y a du sang finnois dans ses veines; la force de ses maxillaires et le vohime de ses dents disent ses préférences pour le

régime animal. Il a le front élevé da penseur,

mais non les longs yeux de l'artiste.

L'état insulaire de l'Angleterre, sa belle situation sur l'Atlantique, ses ports nombreux et magnifiques, ses cours d'eau et la facilité de sa nar vigation intérieure, tout fait pressentir un grand commerce maritime et les mœurs qui s'y rattachent. Mais ce que ne peuvent dire ni le sol, ni le climat, ni la position géographique, ce sont les aptitudes importées par les races.

Dans l'Anglais il y a deux hommes : le Celte et le Germain. Un examen superficiel peut seul les confondre.

Le Celte, que l'absence de notions précises sur une population antérieure fait considérer comme indigène, se rapproche des races néolatines, et surtout des Français actuels. Il n'existe guère à l'état d'agglomération que dans l'Irlande et dans quelques districts montagneux du pays de Galles et de l'Ecosse. Son crâne et ses traits indiquent des aptitudes artistiques. Il préfère le christianisme sous sa forme catholique et anglicane.

Comme l'ancien Gaulois, il aime le vin, le rire, le jeu, la danse, la causerie, la raillerie, la bataille, et la femme plus que tout cela. Il est spiri-

— sa tuel» et porte Tinstinct du comique. Il est franc et hospitalier; mais sa versatilité le rend incapable de mûrir et de poursuivre une entreprise , de se donner les avantages de la réflexion, de se réserver l'avenir. Faute de savoir coordonner ses forces et agir avec ensemble, il est devenu la proie d'un ennemi qui n'était son supérieur ni en nombre ni en bravoure, ni même en intelligence. La vieille, la joyeuse Angleterre et la verte Irlande ont subi le joug du Danois , du Saxon et du Normand :

elles ont perdu leur gaieté proverbiale, leurs bardes, leur génie démocratique et leur civilisation.

Entre les conquérants modernes de l'Angleterre, les différences physiques et morales sont minimes. Tous sont venus des bords de la Baltique et portent en eux l'élément germanique et SQandmave; tous portent dans leur sang les aptitudes des anciens rois de la mer. Ils ont encore la force, qui érige la conquête en droit et prend ce qui est à sa convenance; l'orgueil, qui se refuse à courber la tête, même devant la tempête; l'initiative individuelle, qui exige, avant tout, la liberté; une ténacité que rien ne décourage; une intelligence capable de toutes les subtilités ; une sensualité générale, qui cherche à transformer les

besoins du corps en moyens de jouissance ; une insuffisance de sentiment qui suppose le manque d'aptitude pour les arts ; enfin, un tempérament calme et robuste entre tous.

Ce type, qui se retrouve encore dans les sommités sociales et dans Taristocratie, s'est modifié par sa combinaison avec l'élément celtique, mais a imposé plus qu'il n'a reçu. Le Saxon, en général^ absorbe les autres races ou les détruit : on dirait qu'il boit leur vie et ne peut se plier à leur génie (1).

Il faut donc s'attendre à trouver les mœurs de l'Angleterre actuelle plus Scandinaves que celtiques. Le plaisir des temps anciens a bien diminué; les joyeuses commères ne sont plus guère connues que dans la littérature ; la raillerie, en se plaçant dans une bouche saxonne , s'arme de dents aiguës : elle emporte le morceau.

Lorsque l'intelligence se détourne de l'idéal et se dirige incessamment vers les choses positives de la vie, elle prend l'habitude de considérer en tout le profit et la perte; elle devient ennemie

(1) Les Anglo-Saxons détruisent les Indiens de rAmérique du Nord, tandis que ceux de rAmérique du Sud se multiplient sous la domination espagnole et portugaise. Une comparaison analogue peut se faire entre TAustralie et les Philippines.

du gaspillage, qui détruit les biens sans profit, et amie de Tordre, sans lequel la prospérité matérielle est impossible; elle dirige les forces de l'organisme vers la production industrielle et agricole, vers le commerce, qui les entretient et les féconde; enfin vers la spéculation, qui prélève la meilleure part des profits du commerce, de Pagriculture et de l'industrie. Le Saxon trouve moyen de spéculer sur tout et de manœuvrer avec habileté dans le dédale de ses lois commerciales. Son tempérament phlegmatique fait qu'il ne subit ni les entraînements de l'enthousiasme ni les déceptions du découragement. Il voit juste dans le présent et l'avenir. En luttant de finesse avec ses adversaires, il apprend à se cuirasser contre les entraînements du cœur. Sa figure tra hit rarement sa pensée intime; ses traits sont dénués d'une mobilité qui serait un désavantage.

C'est ainsi que l'Anglais joint l'habileté à la volonté, d'où dérive sa puissance dans l'action. Étant fort et habile, il prend en lui-même une confiance qui dégénère facilement en orgueil et qui le sauve des petitesses de caractère. Il n'est ni obséquieux ni flatteur; il rejette les raffinements de politesse, qui lui paraissent une humi*-

liation pour celui qui les emploie ; il garde le serment qu'il ne pourrait violer sans s'amoindrir; mais il fait valoir tous ses avantages. La vie est pour lui une lutte dans laquelle on doit triompher sans prendre souci de ceux qui ne savent pas combattre et succombent en chemin. Il De demande pas pitié et ne l'accorde guère ; il n'a pas la cruauté, qui est une sorte de faiblesse, mais il sait supprimer un ennemi quand il y trouve un avantage marqué (1). En adjoignant à l'Anglais l'initiative individuelle, qui se retrouve dans toutes les branches de l'arbre germanique, on doit s'attendre à le voir amoureux de la liberté, sans laquelle ses forces ne pourraient prendre leur essor.

Mais cette liberté le conduirait vite à sa perte s'il ne lui adjoignait l'esprit de conduite et s'il ne la tempérait par l'amour de l'ordre, qu'il puise dans ses habitudes industrielles et commerciales.

L'être faible qui cherche un appui contre le danger et rend son existence solidaire de celle d'autrui sacrifie sa liberté et la remplace par

(i) Ce qui vient de se passer dans Tlnde ne justifie que trop cette assertion.

une part de dévouement à la chose sociale ; mais l'être fort qui redoute peu le danger et s'isole pour obtenir la plénitude de sa liberté est forcément atteint de personnalité et même d'égoïsme.

Cette loi comprend l'animalité tout entière; elle s'étend de l'homme au dernier des insectes ; elle dit le dévouement de l'abeille à la république et les instincts insociables du sanglier solitaire. Il ne faut donc pas s'étonner si l'Anglais libre et fort se montre peu disposé à faire la part d'autrui, s'il parle comme le lion de là fable, s'il manifeste les instincts du dominateur et du maître. Sa personnalité fait qu'il exagère son droit au détriment de son devoir et détruit entre eux l'équilibre qui constitue la justice.

Ne trouvant pas dans son cœur le sentiment de la justice, l'Anglais est obligé de la demander au texte de la loi, qui seule devient la sauvegarde de l'ordre, dont il apprécie tous les avantages. La loi qui n'est pas dictée par la justice a pour mobile l'intérêt. Quand elle n'a pas à redouter l'opposition des principes , elle remplace le droit et peut obtenir le respect, lors même qu'elle est injuste : le respect lui donne la stabilité. On la voit, en Angleterre, se perpétuer même quand elle de-

vient absurde (1), tandis que, chez des peuples doués du sentiment de la justice, elle n'aurait pu durer, en supposant qu'elle ait pu s'établir.

Quand la loi manque de fond , elle cherche sa sanction dans la forme. Une importance extrême est attribuée à la manière dont le Code se confectionne, dont il se promulgue et. dont il s'applique ; la lettre l'emporte sur l'esprit : de là les habitudes parlementaires et formalistes du peu-^ pie anglais. Il croirait la justice mal administrée si ses magistrats se dispensaient de porter un costume traditionnel et ridicule. Cette puissance de la règle et de la coutume a l'avantage de combattre l'arbitraire et d'opposer un frein aux menées des partis. Si elle éternise certains abus, elle lutte contre les abus que la liberté traîne, trop souvent, à sa suite; elle fait qu'un constable armé de sa baguette suffit pour maîtriser une émeute.

A ceux qui verraient un paradoxe dans cette assertion que les Anglais ont un respect religieux pour la loi précisément parce que le sentiment de la justice leur manque, je répondrai que

(1) Il n'y a pas longtemps qu'une femme a été vendue par son mari.

la foi aux oracles se rencontre loin des augures et que la vie humaine n*est qu'un vaste paradoxe.

Le respect des Anglais pour la religion tient à une cause analogue. Leur robuste constitution est incompatible avec Tintuition directe de là Divinité, telle qu'on la retrouve chez les Sémites; ils n'ont pas le sentiment par lequel les Grecs et les Latins ont condensé toutes les formes de l'être, du dogme et du culte dans le catholicisme ou l'orthodoxie, mais ils éprouvent le besoin d'utt idéal de puissance ; ils le trouvent dans le dieu de la Bible, qu'ils aiment et comprennent par toutes les affinités qui existent entre leur caractère et celui des juifs. Un Latin, surtout quand il est fils de Voltaire, s'irrite de la partialité qui apparaît dans l'Ancien Testament. Un véritable Anglais trouve la chose toute naturelle : il fait sa lecture favorite d'un livre qui touche peu les po^ pulations douées du sens de la justice; il fait son apôtre favori de saint Paul, dont il admire le sens pratique et la fermeté, dont il prise les explications.

En effet , l'adoration d'un Anglais ne va pas jusqu'à l'idolâtrie; sa foi ne va pas jusqu'à croire l'absurde; son dévouement ne va pas jusqu'à

faire abstraction de sa personnalité ; sa tète se réserve toujours de guider son cœur; son intelligence prétend discuter ses sentiments et jusqu'à sa religion. Celle-ci, une fois mise d'accord avec la raison, est certaine de trouver d'ardents sectateurs, classée qu'elle est parmi les choses utiles et positives.

Ainsi s'expliquent le protestantisme anglais, sa ténacité et son influence. La raison et l'esprit de discussion ont pu modifier la religion , mais non la saper dans ses fondements, comme a fait le génie allemand. Ajoutons que l'athéisme doit répugner à une nation que l'absence d'idéal divin priverait de toute direction esthétique, morale, et même judiciaire. L'esprit pratique de la Grande- Bretagne n'a garde de se dépouiller d'une force qu'il ne saurait comment remplacer. Il ne la retrouverait pas dans une philosophie amoindrie par trois mille ans de discussion et incapable de provoquer l'adoration. Ce n'est pas un stimulant de la raison qu'il faut à l'Angleterre ; elle n'est que trop raisonnable; elle se soucie assez peu de philosophie; elle veut, avant tout, un mobile de sentiment et d'inspiration; elle désire autre chose que les productions de son génie pratique et positif.

Ses arts ne manquent ni de talent, ni d'observation, ni de finesse, ni d'esprit; ils représentent les hommes et les choses avec la fidélité la plus scrupuleuse; mais ils manquent de sentiment, de chaleur et d'idéal; ils ne savent pas mettre enjeu les passions ; ils ne peuvent sortir du genre descriptif. Le théâtre leur fait défaut, comme la musique, œuvre pure du sentiment ; comme l'architecture, qui se voit dominée par la nature des matériaux et par l'appropriation de l'édifice aux besoins de la vie. Cette recherche de la commodité, qui rend la maison de Londres si laide, a pu également simplifier la langue jusqu'à l'amphibologie et dessécher l'accent jusqu'à la discordance. Faute d'harmonie dans les moyens d'exprimer la pensée , l'art de bien dire se retire de la conversation pour se concentrer dans le discours. Il n'y a presque pas d'intermédiaire entre ce dernier et la conversation incorrecte du tôteàr-tête. Le résultat est que l'Anglais fait, à propos de tout, des discours écoutés et commentés avec une patience imperturbable , mais ayant le tort grave de donner aux relations sociales la pédanterie et la raideur. Dès lors il n'y a plus de place pour l'abandon et la bonhomie. L'esprit formaliste aidant, une foule de choses ne sont plus per-

mises ou ne peuvent se faire qu'en suivant des règles déterminées. Les convenances comprennent ainsi, outre la politesse, une foule de conventions qui aboutissent à une véritable tyrannie morale. Un acte qui partout ailleurs serait considéré comme naturel peut devenir Tobjet d'un scandale ; aussi le plus grand nombre s'abstientil, dans un salon, d'agir, de parler et de gesticuler. Une réserve glacée devient la tenue générale.

En face d'une pareille société, les indiscrétions et les hâbleries ne sont guère possibles. Mais de même que l'on ne peut mentir , on ne peut dire toute la vérité : on est obligé d'en réserver une partie, et souvent la meilleure. Le résultat est une hypocrisie particulière , qui porte le nom indigène de cant, et qui est le véritable fléau de la société anglaise. Par le cant, la vie intime est enfermée dans un cercle d'intolérance qui lui donne une désespérante uniformité. Chacun est obligé de faire comme tout le monde , si bien que dans le pays de la liberté, l'âme est opprimée et déses^ pérée jusqu'au suicide. Voilà pourquoi tant d'Anglais, pour échapper au spleen, sont obligés de fuir leur patrie.

La femme anglaise est grande , blonde et for-

tement constituée. Sa peau est éblouissante de fraîcheur ; ses traits sont minces et pourvus d'élégance ; Tovale de son visage est prononcé , mais alourdi inf érieurement ; ses cheveux sont fins , soyeux, charmants ; son cou, délicat et allongé, donne à sa tête des mouvements pleins de grâce et de fierté.

Jusqu'ici tout, en elle, est essentiellement féminin; mais si Ton analyse son buste et ses montres, on trouve que les os volumineux de sa race nuisent à la délicatesse des formes , épaississent les extrémités, empêchent l'élégance des attaches et ^harmonie des mouvements.

La femme émane de deux centres, qui sont.la tête et le cœur. Celui-ci donne la grâce du corps , la rondeur et la finesse des formes , l'inspiration dans le sentiment, le dévouement dans l'amour, l'affinité de l'âme , une séduction multiple et indéfinissable, une sorte de rayonnement divin qui est la grâce , qui est la tendresse , qui est le charme, en un mot. Celle-là donne l'intelligence, l'esprit, l'animation et la conséquence dans les actes.

Si tout, chez l'Italienne et l'Espagnole, révèle la suprématie du cœur dont lord Byron était si amoureux, tout, chez l'Anglaise, révèle la 3upré-

matie de la tête. Le physique et le moral sont d'accord.

Il n'est guère de travail d'esprit dont une fille de la Grande-Bretagne ne soit capable. Elle s'instruit facilement ; elle manie la plume avec élégance ; elle serait capable , au besoin , d'improviser un discours; elle est spirituelle, brillante môme; elle peut aborder les sciences abstraites; elle peut lutter avec l'homme de sagacité et de profondeur : cependant sa conversation ne captive pas. L'art d'écrire un billet d'amour ou d'amitié lui est inconnu; elle manque des mille instincts féminins qui se révèlent dans la toilette , la pose, le geste et l'attitude. Rarement elle est musicienne. Sa parole et son chant ne caressent pas l'oreille; le sentiment de la couleur, de la forme et du parfum lui fait défaut. Elle aime ce qui est violent, et, au lieu d'arriver à l'harmonie , elle aboutit à la discordance.

Au dire de l'Italien , l'Anglaise est un camélia tout plein d'éclat et de fraîcheur, mais dépourvu de parfum. L'amour, cependant, doit dominer sa vie , comme il domine la vie de toutes les femmes et de toutes les fleurs. Dédaignant, ici, le cœur, qui est un organe secondaire, il s'attache à la tête et se réserve de la faire rayonner. Ses

auxiliaires ne peuvent être ni un système nerveux déprimé par la richesse du sang, ni des sens refroidis par la constitution et le climat , ni un ensemble d'inspirations embrassant la religion, la poésie et les arts; il s'aide de l'orgueil, de la curiosité et de l'imagination ; il aboutit aux aventures toujours chères à la race Scandinave, il devient le roman.

Nulle part, en effet, l'amour n'est aussi romanesque qu'en Angleterre ; nulle part il ne se complaît autant dans les fuites et les enlèvements. Lui seul ose rompre en visière aux convenances dans un pays où le scandale excite la terreur.

Une fille anglaise est rarement dominée par le besoin d'aimer au point de s'attacher tout d'abord. Elle se réserve le droit de choisir un mari et de le prendre aussi haut que possible. Avant de se donner un maître, elle veut l'éprouver et se sent assez de calme ou de volonté pour ne pas redouter la séduction. En étudiant les caractères et en acceptant les hommages qui lui sont adressés, elle savoure les accents de la passion sans se laisser envahir par elle, elle mesure les palpitations des cœurs masculins , elle apprend toute la gymnastique de la coquetterie, raillant ce que naguère elle acceptait avec un doux sourire,

— Soi —

exploitant le côté acide et mordant de rameur. Quand elle rencontre une proie digne d'elle , on la voit rassembler toutes ses forces pour la saisir, employer sa réputation comme appât , et se faire enlever, au besoin, pour intéresser Thonneur de son amant. Nulle femme ne s'empare d'un adorateur comme une Anglaise : elle procède d'autorité, selon les instincts de sa race; aussi nulle n'est tant redoutée des autres femmes.

De telles mœurs ne supposent guère l'innocence. La jeune fille qui parle et écrit librement Tamour avec des hommes dont le tact et la délicatessene sont pas les vertus dominantes ne pent échapper à l'action du désir, ni aux insomnies provoquées par l'ivresse des sens. Elle est assez forte pour réprimer tout cela : mais ce n'est point impunément qu'elle se livre à la coquetterie, à la flirtation, à une sorte d'onanisme moral. L'âme et le corps s'énervent dans ces alternatives de stimulation et de compression. Le moment arrive où la passion ne peut plus être assouvie , où se produit le ténesme amoureux qui désole les coquettes et introduit dans leur intérieur la tristesse , la froideur, les maux de nerfs et l'agression.

Rarement les jeunes Anglaises sont accessibles

à la séduction; leur âme seule se déflore; aussi ne craint-on pas de leur donner la pleine responsabilité de leur conduite et de leur réputation. Quand elles sont lasses d'intrigues , elles se passionnent pour le ménage et se montrent prêtes à quitter leur famille, leur patrie et leurs amitiés pour suivre un mari à l'autre bout du monde.

Chez le jeune homme, l'amour n'est pas calculateur; il marche à son but, c'est-à-dire au mariage , avec la ténacité et la personnalité d'une race qui place ses convenances avant toutes les autres et veut des réalités plus que des apparences. ^

L'Anglais est trop fier de sa supériorité masculine pour rechercher beaucoup la fortune ou la naissance de sa fiancée. Il l'aime, cela doit suffire, et la femme qui portera son nom aura droit au respect de tous. S'il est pauvre lui-même, il se sent assez fort pour suffire aux besoins d'une famille.

Une telle façon d'agir et de penser ne manque pas de grandeur. Elle est autrement noble que la chasse à la dot et la peur des mésalliances qui déshonorent les vieilles aristocraties du continent.

Et cependant le ménage anglais est loin de pouvoir servir de modèle. Ce qui lui manque, ce

n'est ni l'amour, ni même la constance , mais la tendresse, seule capable d'établir la communauté dans la vie, la fusion des âmes, l'association pour tous les plaisirs et contre toutes les peines, la facilité à donner et à demander le pardon, la grâce dans tous les actes, enfin le charme dans la vie.

On comprend difficilement la manière dont les époux s'aiment en Angleterre. L'homme agit à l'extérieur et pourvoit aux besoins de la famille, la femme est avant tout ménagère. Elle organise le bien-être dont son mari est friand, elle dispose toute chose pour qutf le maître de la maison soit satisfait au retour de ses travaux. Rarement ce maître daigne l'initier à ses projets, la mettre de moitié dans ses inquiétudes ou ses espérances. Il la traite en mineure , il semble s'attacher à mériter le titre de Turc monogame qui lui a été donné par une femme d'esprit. Dans une pareille condition, l'Anglaise ne peut obtenir une grande influence sociale. Trop peu souple pour échapper à ses entraves, elle est souvent prise d'un ennui qui donne à son caractère l'aigreur ou le goût des vétilles. Elle mettra une importance extrême à servir une tasse de thé ou à confectionner des rôties.

Dans sa maison, l'Anglais est dans son fort. Il n'aime pas à la partager avec d'autres locataires , il s'y retranche d'instinct; il l'isole, il l'entoure volontiers de fossés, comme on peut le voir au sein même de Londres ; il en tient la porte fermée et se soucie peu de l'apparence extérieure , pourvu que tout, à l'intérieur, soit conforme aux lois du confort. 11 se débarrasse des cris et des mouvements désordonnés de ses enfants en les reléguant dans un appartement spécial, et en ne les admettant que par exception au salon et à la salle à manger. Loin d'être, comme tant de maris parisiens, le serviteur empressé de sa femme et de ses filles, il fait tout plier sous sa volonté. Nul n'ose lui désobéir, mais il perd mille démonstrations de tendresse, mille familiarités câlines qu'effarouche l'autorité. Ses oreilles ne sont pas charmées par les cris d'allégresse et par de joyeux éclats de rire : il ne sait pas être l'ami de ses fils, il n'a pas souci de pourvoir à leurs plaisirs.

Sa femme devient son ombre. Elle l'accompagne dans ses voyages les plus lointains et les plus périlleux, elle le suit jusque dans les camps, bravant, pour elle-même et pour l'enfant qu'elle allaite, l'atmosphère empestée du tropique, la

Après l'étude de l'individu cl de ia famille vient iiaturellemenl l'étude de la nation.

En tenant compte de l'élément Scandinave qui domine en Angleterre avec ses aptitudes pour le protestantisme, pour l'initiative individuelle, pour le bien-être matériel, pour l'emploi de la force et pour l'organisation patriarcale de la famille, on sait, à l'avance, que le gouvernement doit être féodal.

Dans une contrée vouée au protestantisme on ne doit pas s'attendre à rencontrer une théocratie qui a pour effet constant de partager les nations en castes représentées par les prêtres, les guerriers, les commerçants et les serfs. Le clergé doit céder le pas aux nobles, aux chefs de clans, et dès lors on arrive à l'oligarchie. Mais si le noble domine fatalement où manque l'action collective et oii chacun veut agir pour son compte dans la plénitude de sa force, le pouvoir est tempéré par les besoins de liberté du cuUe et par les terribles colères que lui inspire l'oppression.

Du moment où il n'est pas omnipotent, l'élément féodal est préservé des dangers qui menacent les doininatiooytfMâjffltre-poids; il est oblige de lutter S3fl9^J[Bi^^" déployé!

tion. Le fils aîné, qui hérite en partie des prérogatives du père, domine ses frères et sœurs. Il n'y a pas égalité entre les enfants, surtout dans les familles aristocratiques; les intérêts sont divers, les destinées varient, livrées qu'elles sont à la personnalité, et, trop souvent, à l'antagonisme. Il y a dispersion générale sitôt que les fils peuvent suffire à leurs besoins.

De telles mœurs ont peut-être des avantages politiques, comme une plus grande stabilité dans les institutions, un ordre plus facile à établir, une disposition de la jeunesse à émigrer vers les contrées lointaines et à se jeter dans les entreprises aléatoires ; mais le côté défectueux est la froideur du cœur, l'ennui, la tristesse, l'égoïsme, et ce mar laîse de l'âme, qui se traduit par le besoin de changer de place, de voyager.

Combien est meilleure l'existence organisée par l'amour qui part du cœur ! Celui-là n'est pas romanesque; il craint les aventures, il se cache aux regards, il fuit le bruit et l'éclat. Quand il devient fécond, il maintient toute la couvée dans le même nid, faisant égales les parts de soins et de pain, attachant les frères et sœurs par le lien de l'affection, que rien ne peut rompre.

droit aux grandes familles qui disposent de toutes les forces du pays et en usent au profit de leur caste. L'impôt est organisé de manière à peser principalement sur les classes inférieures, tandis que le produit en revient à la classe privilégiée, sous forme d'appointements.

Ces prérogatives une fois obtenues, il devenait difficile de les conserver en face de la turbulence et de l'énergie des Celtes. Ici se montre toute l'habileté de l'aristocratie anglaise. Elle maintient systématiquement l'Irlande catholique et démocratique dans l'ignorance, la misère et la corruption ; elle avilit la portion du royaume-uni contraire à son génie, afin de lui enlever jusqu'à la pitié ; elle donne aux populations qu'elle domine le respect de la loi, qui fait sa force principale, en s'imposant la règle de ne pas enfreindre la légalité, en rejetant l'arme dangereuse de la prison préventive, en rendant l'administration de la juslice indépendante de l'action politique autant que la chose est possible. C'est en violant la loi que les administrations apprennent aux peuples à la mépriser et préparent ainsi les révolutions ; c'est en la respectant qu'elles lui donnent de la force et s'en font un bouclier contre la démagogie.

En cette circonstance, la conduite de l'oligar-

chie anglaise est morale autant que sage; mais où rhabileté arrive à son apogée , c'est dans l'octroi de la liberté qui fermente constamment dans les veines des Anglo-Saxons. Il fallait du génie pour deviner qu'on ne peut supprimer impunément les instincts des nationalités ; que la révolution n'est guère à craindre où manque le sentiment de l'égalité , où l'on peut se plaindre de ses misères et même injurier ses oppresseurs. La presse est plutôt une arme qu'un danger pour ceux qui peuvent multiplier et soudoyer les journaux affectés à la défense de leurs intérêts, employer les écrivains les plus habiles et user de tous les renseignements de l'administration. Les luttes de la tribune sont un moyen précieux de fatiguer l'opinion, de lui faire prendre le change, de noyer une idée juste sous un flux de paroles , et d'ajourner indéfiniment les projets de réforme. Il suffit pour cela d'avoir à sa dévotion de brillants orateurs (1). Or, l'éloquence parlementaire a toujours été le triomphe de l'aristocratie anglaise.

(1) Une preuve que les luttes de la tribune ne sont pas dangereuses pour la féodalité, c'est que trente orateurs libéraux n'ont pu arracher une loi vraiment libérale à tout le règne de Louis-Philippe et à Toligarchie bourgeoise qui dirigeait alors les àiEures de la France.

— su —

Telle est Taction bienfaisante de la liberté, qne sa part dans les institutions politiques de la Grande-Bretagne a suffi pour provoquer l'admiration du monde et pour faire oublier une véritable tyrannie sociale.

Rien dans le présent ne pouvait lutter contre une oligarchie aussi habile. Elle allait jusqu'à prévenir la dégénérescence qui atteint les noblesses du continent , en éloignant l'idée de mésalliance et en se recrutant des grands talents ou des grandes fortunes s'élevant des rangs du peuple : elle transformait ainsi des ennemis naturels en auxiliaires.

Mais, il est un danger terrible pour ceux qui absorbent la puissance et la richesse d'une grande nation, c'est le paupérisme. La faim est la furie qui s'attache au flanc de tous les oppresseurs et menace constamment leur avenir.

Voici comment le danger a été conjuré.

La mer , grâce à un immense développement de côtes et à des ports magnifiques , à fait vivre, par la pêche et la navigation, une population maritime considérable. La navigation s'est combinée aux colonies et au commerce maritime. Les colonies et le commerce ont favorisé l'industrie, qui trouvait à l'intérieur ses principaux moyens

d'action, c'est-à-dire du fer, du charbon et des capitaux concentrés. De là une immense fabrication nourrissant un peuple d'ouvriers et de matelots, les maintenant par la discipline du bord et de l'atelier, les faisant travailler sans paix ni trêve au profit des détenteurs de la loi et des capitaux. Des prolétaires placés entre les appétits impérieux de leur race et des impôts écrasants ne peuvent arriver à l'épargne. Ils ont beau produire avec une sorte de fureur , leur travail ne sert qu'à enrichir des maîtres qui trouvent dans la loi le moyen de les pressurer et de les maintenir dans la dépendance, qui peuvent imposer la mort par la misère et par la faim.

On se demande comment un peuple fort , courageux et intelligent a pu subir le paupérisme et ses hideuses conséquences, lorsque les maîtres du pays étalent un luxe qui fait scandale dans toute l'Europe. Pour juger delà situation, il ne faut pas oublier que le prolétaire anglais , si bien doué sous le rapport de l'action individuelle , manque de l'action collective. Les discussions parlementaires et les journaux lui font prendre patience en grossissant de petites réformes. Il est formaliste et tremble à l'idée de bouleverser ses antiques lois. Quand son sort devient intolérable, il a

la ressource d'émigrer vers les colonies et de fertiliser une terre lointaine.

Ajoutez que le patriotisme de Tinsulaire entend une voix plaidant , en son cœur , pour la forme de gouvernement qui a donné la grandeur à sa patrie.

Tels sont, cependant, les vices de la féodalité, que le jour arrive où les classes déshéritées de l'Angleterre deviennent menaçantes et veulent un allégement à leur triste sort. En pareille circonstance, l'aristocratie tient en réserve un moyen de calme intérieur où se montre le comble du machiavélisme : c'est la guerre extérieure. Cette guerre est toujours facile à une nation maltresse de la mer, retranchée dans une lie, bien pourvue d'argent et disposant d'une population aussi forte que brave. La colère se tourne dès lors contre l'étranger : elle est attisée par la presse et les discours. Le patriotisme galvanisé multiplie les enrôlements : ceux qui manquent de pain en trouvent sous les drapeaux, les ennemis du dedans servent àécraser les ennemis du dehors et périssent en grand nombre. Les frais de la guerre exigent des emprunts dont l'aristocratie a tous les bénéfices, tandis que le peuple en portera toutes les charges. Les fils de la noblesse ont des titres, des gra-

des, des honneurs, de gros traitements, tandis que leurs héroïques soldats entrent à l'hôpital et reçoivent des coups de fouet sous les drapeaux,

 la signature de la paix, la caste supérieure a prospéré en pouvoir et en richesse , le peuple est épuisé de sang et d'efforts. De longtemps il ne pourra menacer ses adversaires, mais il n'y songe même pas. Il se croit agrandi parce qu'il a payé de son sang le territoire pris à l'Espagne, à la Hollande, ou à la France.

Jamais la démocratie ne saura ce que lui coûte la conquête, ce vol à main armée sur la grande route de la civilisation.

Pour amener l'aristocratie britannique au point de puissance où elle se trouve , il a fallu bien des conquêtes. Il a fallu dévorer la substance du Portugal, de l'Espagne, de la Hollande et de cent trente millions d'Indiens; il faut que quinze millions d'Anglais soient condamnés à vivre d'un salaire quotidien , quand il y a salaire ; il faut que le canon ouvre les frontières de la Chine aux caisses d'opium et aux produits de manufactures obligées de vendre ou de succomber. Tant de maux n'ont pour compensation qu'un immense développement de la civilisation matérielle, qu'une immense puissance donnée à

l'argent. La sensualité exploitée sous toutes, ses formes a décuplé le nombre des objets de consommation. Les maisons s'encombrent d'une multitude de meubles dont l'usage devient une sorte de science; les tables se chargent d'une variété infinie de mets , de fruits , d'argenterie et de cristaux ; des étoffes aux mille nuances s'offrent aux caprices de la mode , soit pour la confection des vêtements, soit pour la décoration des appartements; mais la maison n'est ni plus belle ni plus saine , la table n'est ni plus hospitalière ni plus réjouissante, le vêtement n'est ni plus gracieux ni plus chaud. Le comfort étouffe le beau, que les hommes d'argent confondent toujours avec ce qui est cher.

Il ne faut demander à l'aristocratie britannique ni la fine élégance de l'aristocratie latine , ni le sentiment de l'art qui fit naître tant de merveilles en Italie et même en France.

L'argent a pu accumuler dans des galeries particulières les tableaux et les statues produits par les étrangers, mais il a été impuissant à faire surgir une école d'architecture, de peinture et de sculpture; il n'a même pu produire une simple partition musicale. Les industriels et les hommes d'État abondent en Angleterre; mais la pénurie

des artistes est extrême. Un grand poète (1) sort des rangs de la noblesse, et il emploie son génie à flageller Taristocratie et les mœurs de son pays. Des littérateurs éminents (2) donnent une valeur philosophique au roman de mœurs , et ils peignent sous les couleurs les plus noires le génie mercantile et féodal.

Les hommes de fer qui ont transformé TAngleterre en une sorte de fief semblent se croire d'une autre espèce que le reste de l'humanité : ils passent à travers les populations sans subir leur contact, sans modifier une étiquette réglementant jusqu'aux excès de la table, jusqu'à l'ivresse du vin, de la chasse et de l'amour. Une parole, un geste suffit pour imprimer sur son auteur un cachet de vilenie et pour irriter la fibre de la noblesse. Elle s'irrite encore si des littérateurs de génie font parler des lords comme de simples mortels ; mais elle a obvié à ce scandale par le roman fashionable, où brille, dans une auréole d'ennui, le décorum aristocratique.

Tout cela produit une froideur compassée, une hauteur répulsive qui rend toute expansion et

(1) Lord Byron.

(2) Thackeray, Dickens.

toute bonhomie impossibles. L'oppression morale et l'ennui s'infiltrent partout dans la vie : ils finissent par la rendre insupportable. Le spleen désole ces hommes si riches et si puissants*

Ceux qui ne trouvent pas une distractioii d^$ les luttes politiques vont à l'étranger chercher un peu d'affection et de gaieté; les plus robustes partagent leur temps entre la table^ les chevaux et les chiens. Ils boivent d'une façon effrayante; ils forcent le renard et le suivent à cheval m franchissant tous les obstacle» et en risquant de se rompre le cou , ou bien ils font cent liei^ pour voir courir un pur sang et pour parier^ m sa faveur, ce qui ferait la fortune de dix plébéiens.

Une telle existence ne peut se mener qu'à la campagne. Aussi la noblesse anglaise réside-t-elle dans ses terres pendant neuf mois de l'année, exerçant l'hospitalité fastueuse de toutes les grandes oligarchies et créant des résidences où le culte du bien-être est poussé jusqu'au fm^r tisme.

A Torobre de la féodalité vit une classe de fermiers, d'industriels, de marchands, de rentiers et de spéculateurs, qui se console des humiliations subies par celles qu'elle impose à la plèbe. £ette

bourgeoisie, opprimée d'en haut et menacée d'en bas, offre un singulier mélange de timidité et de résolution. Son exiçtence, toujours précaire, fait qu'elle s'alarme facilement, qu'elle est prête à subir les conditions des forts, à se charger de tous Les rôles, à répéter tous les mots d'ordre. Elle est inépuisable d'enthou^^iasme et d'admiration quand elle voit un 'gain pour elle-même dans la conduite de ses maîtres; mais elle oppose une résistance de la plus grande habileté quand les affaires publiques tournent à son détriment. Le danger ne la surprend guère ; il est signalé de loin et conjuré quand il survient.

On croit retrouver le caractère israélite chez des gens qui font de la Bible leur livre de prédilection; qui subissent l'avanie en conservant le gentiment de la dignité; qui aiment avec passion l'argent et les affaires aléatoires; qui savent hasarder pour gajgnçr, et compenser une chance de perte par trois eîiances de gain; qui respectent le texte plus que l'esprit de la loi, et usent de la probité commerciiE^le comme d'un habile moyen de faire fortune.

Dans la classe bourgeoise l'aristocratie britannique trouve un instrument souple et fort qui lui sert à maintenir les prolétaires , véritables héri-

tiers du caractère des Celtes. A ces malheureux on reproche Tivrognerie dans laquelle ils cherchent Toubli de leurs maux , la brutalité qui se complaît dans les coups, les injures, les scènes de pugilat et les combats d'animaux, Tépaisse sensualité qui se repaît de viandes et de bière, l'ègoïsme qui sépare jusqu'aux verres des buveurs, enfin une criminalité plus forte que chez les autres nations civilisées.

Mais derrière ces vices , tristes fruits de la misère , de la douleur et de l'ignorance , il y a de solides vertus. Le prolétaire anglais a dans le cœur un sentiment inné de générosité, il est doux aux faibles et rude aux forts. Le bien le charme, et son appui est assuré à ce qui est généreux. S'il est aveuglé par sa personnalité au point de perdre la notion de la justice, il n'est guère atteint d'avarice et donne avec plaisir. Son amitié est sûre, quoique peu démonstrative; il tient sa parole et méprise la perfidie. Les revers redoublent son énergie au lieu de l'abattre ; il ne désespère jamais de ses entreprises, parce qu'il sait tout sacrifier au succès, même sa vie. Il n'a pas les mesquines vanités qui avilissent les classes intermédiaires. A sa patrie, qui, pour lui, est moins une mère qu'une marâtre, il conserve un iné-

paisâble amour. Il lai dévoue son existence entière ; il Tadmire , il la trouve aimable ; il pousse rillusion jusqu'à lui donner Vépithète de joyeuse et de bonne vieille Angleterre.

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