S 4. — MOEURS DES TURCS
Les Turcs, considérés comme race, résultent du croisement des Mongols avec les habitants du Caucase. Ils ont la tête carrée des peuples qui se rattachent à la souche mongolique , le cou musculeux, les épaules larges, les bras longs et forts, le torse robuste et les jambes arquées des nomades. Ils ont la constitution qui combine au plus haut degré la vigueur et la résistance aux intempéries, qui produit le courage du champ de bataille, qui fait le soldat.
Dépourvus d'idéal comme tous les Mongols, ils manquent du sentiment de l'art et de la justice; ils n'ont pas l'instinct égalitaire, ils sont
dévolus à l'esclavage des appétits et de la féodalité.
Où la justice fait défaut, la force est la loi principale; elle est la vertu dominante, elle met la gloire dans la spoliation et la conquête ; c'est pour cela que les Turcs ont été conquérants tant que le courage et la vigueur musculaire ont décidé du sort des peuples. Mais après avoir conquis il faut organiser , il faut que les œuvres de l'intelligence et du sentiment remplacent les œuvres du sabre; et c'est ici que s'est manifestée l'impuissance du sang mongolique.
Le manque d'idéal fait que l'amour chez le Turc n'est qu'un appétit impérieux, toujours disposé à rechercher les raffinements de la sensualité, faisant de la femme un instrument de plaisir pu de reproduction , la condamnant à l'ignorance, et ne lui laissant d'autre charme que celui de la beauté physique. Lorsque cette beauté disparaît avec l'âge , l'épouse perd son influence et ses droits : elle se voit remplacée par une femme plus jeune et plus belle, qui, à son tour, sera dépossédée de la couche du maître et subira l'influence de quelque nouveau caprice. Tel est le principe de la polygamie. Les conséquences en sont désastreuses.
Plusieurs femmes sont réunies dans on même ménage, sans que les œuvres de la main ou de l'esprit viennent les défendre contre Fardeur de leurs sens ; elles sont pour l'adultère une proie que la séquestration peut seule défendre : de là l'eunuque et les mille précautions du harem. Avec des serrures et des murailles élevées on peut maintenir plusieurs femmes réunies et les empêcher d'avoir des amants ; mais on ne peut les préserver des vices qu'inspirent les ardeurs inassouvies , ni prévenir les crimes qu'engendre leur rivalité. Les haines qui divisent les mères passent aux enfants, et la maison, an lieu d'être l'asile du honheur, devient le théâtre de drames lugubres.
L'enfance des deux sexes, baignant sans cesse dans une atmosphère de crime et de volupté, perd le sens moral et les instincts de pudicité. Les passions l'envahissent avant Tépoque de la puberté, elle prend le goût du meurtre et des choses obscènes (1).
Où existe l'abus de la volupté se rencontre tou-
(1) A Constantinople et dans les grandes Tilles turques Garageuz est le spectacle fovori. Les turpitudes qu*on y représente sont la récréatioD dea feniMS» et même des enfonts.
jours un mélange de fièvre et d'épuisement; la lassitude du cerveau et des muscles produit le dégoût pour le travail de la pensée et des bras. Ne sachant pas produire pour satisfaire sa sen- , sualité, rhomme devient rapace. Il vend la justice, l'influence et la faveur, quand il ne peut pas s'enrichir par la violence ; sa paresse le met dans l'impuissance d'administrer; il est obligé de s'en rapporter à la parole ou aux actes des subalternes.; il est dominé par ses domestiques , ses eunuques ou ses esclaves.
Ceci explique pourquoi les Turcs n'ont pu former un corps de nation dense et serré , pourquoi leur industrie, leur commerce et leur administration, leur civilisation en un mot, ont toujours été le fait des Grecs, des Arméniens, et même des Juifs. Ces éléments étrangers étant supprimés, les Turcs retourneraient en moins d'un siècle dans l'état de barbarie de leurs ancêtres.
Une seule chose aurait pu les préserver de la décadence, c'est la religion. Mais en adoptant le mahométisme, conforme par son génie à leurs aptitudes de guerre et de sensualité, ils n'ont trouvé qu'une ressource restreinte dans l'idéal. Le Coran est un traité de morale calqué sur le Décalogue, mais incapable d'inspirer l'art et la
poésie. Par la polygamie, il rend impossible le véritable amour. En abaissant la femme, il désorganise les relations sociales , il supprime la politesse et rélégance des mœurs.