‹ Les races humaines et leur part dans la civilisationChapitre 7 sur 38 · S P'. — DE LA CIVILISATION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

S P'. — DE LA CIVILISATION EN GÉNÉRAL

Par civilisation, il faut entendre révolution des forces de l'humanité. Ces forces peuvent se ranger dans trois catégories. Elles sont physiques, affectives et intellectuelles. Toutes n'ont pas une influence égale, et la civilisation change complètement de caractère, selon que l'une ou l'autre domine. Où règne la force physique, l'existence de l'homme est conforme à celle du reste de l'animalité; la satisfaction des appétits devient le mobile de la volonté, il y a forcément barbarie. *

Quand la suprématie appartient aux forces affectives, la civilisation se caractérise dans la religion comprenant un idéal d'amour ti'où procèdent le dogme, le culte, la morale et l'art.

Les forces intellectuelles et la râisoE devenaat

le mobile de la civilisation, l'homme n'a d'autre idéal que la vérité. Dès lors le dogme est remplacé par la philosophie , tandis que le culte devient la science.

Sans un idéal du sentiment ou de la raison, la civilisation ne saurait exister. Faute de guide ou de soutien , elle retombe forcément sous l'action d^ l'appétit et de la fojce physique, elle devient la barbarie.

Le principe d'évolution placé devant les peuples^ comïne la (Colonne lumineuse qui guidait tes Hébreux dans le désert, est donc la divine vérité. Effort suprême de la connaissance intellectuelle et affective, elle est un besoin incessant de perfection , elle grossit constamment les trésors dé la ^civilisation en donnant au 'fils les moyens de créer des richesses inconnues à son pèrej

'J Mais le mariage do l'idéal de l'intelligence et âeridéâl du sentiment, mariage indispensable à la naissance du dieu de vérité , est une chose difficile entre toutes , aucune race d'hommes ne çiossédant à un degré très élevé les facultés aflectivès'èt'^les facultés intellectuelles.

ChSez^'èërtaîns peuples, la Divinité est une sorte l(i^iaptiiittiOâ^;^lle surgit de l'amour, sous forme de

révélation , elle s'impose à la croyance par l'adoration et la foi , elle établit son dogme et son culte sur des principes immuables , elle s'entoure d'art et de poésie , elle ne peut changer, elle est l'absolu.

Chez d'autres peuples, Dieu n'est que la synthèse des œuvres de la raison , le point culminant de la philosophie et de la science. Or, ce point variant et se modifiant avec chaque génération, il en résulte que la divinité de l'intelligence est exposée à bien des vicissitudes. Dominée , d'abord , par la révélation , elle s'affranchit avec l'aide de la dialectique; mais un pareil auxiliaire est souvent redoutable : il brise la croyance , il mène ceux qu'il soutient à l'abîme du scepticisme. Cent fois l'idéal de la raison est tombé dans le précipice ; il en est sorti cent fois , grandissant dans ses chutes, s'instruisant dans le malheur, utilisant à son profit les découvertes de la science, et dépassant bientôt l'idéal du sentiment. Un nouveau conflit devient alors inévitable, sans que la victoire puisse être douteuse entre une puissance incapable, daiis son immobilité, de réparer ses pertes, et une puissance qui

reçoit chaque jour de nouveaux auxiliaires.

L^histoire de l'humanité n'est l'èmpliié que dés

guerres habituelles ou des alliances momentanées des dieux du sentiment et des dieux de la raison ; aussi le penseur qui cherche les principes de la civilisation est-il obligé d'étudier les religions et les philosophies dans leurs phases corrélatives. Cette étude abstraite étant rapprochée de celle des races , les croisements se combinant à l'éducation , les forces du sang se mariant aux forces de la pensée , un avenir meilleur apparaît à l'humanité. Le dieu de la raison devient identique au dieu du sentiment ; la science et l'art , l'idée et l'affection , la justice et l'amour, n'ont plus qu'un seul idéal; l'homme agit dans la plénitude de ses forces et grandit au sein d'une éternelle paix.

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