‹ Les races humaines (volume 2)Chapitre 16 sur 29 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

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les bonzes, c'est-à-dire les prêtres du culte de Bouddha, sont enriraDDés, chei les Chinois, d'un grand respect. Si ce peuple n'est pas très-religieux au fond, il a du moins de la véncralion et de la déférence pour les ministres du culte. Nous représentons ici (Sg. 154) le costume des l)onzes.

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de H. de Bourboulon, rédigé par M. Poussielgue, et que nous avons déjà cité :

« Le livre des rites, dit M. Poussielgùe, veut que réducation d^un enfant riche commence à Tinstant même de sa naissance, et ne tolère les nourrices qu^en imposant aux mères de grandes précautions pour les choisir. On sèvre un enfant aussitôt qu'il peut porter la main à sa bouche. A six ans on lui enseigne les éléments de Farithmétique et de la géographie; à sept ans on le sépare de sa mère et de ses sœurs, et Ton ne permet plus qu'il mange avec elles; à huit ans on le forme aux règles de la politesse ; Tannée suivante on lui apprend le calendrier astrologique ; on Tenvoie à dix ans aux écoles publiques, où le mattre lui enseigne à lire, à écrire et à compter ; depuis treize ans jusqu^à quinze, il reçoit des leçons de musique, en chantant des versets moraux qui remplacent son cantique; à quinze ans viennent les exercices du corps, Tusage des armes et Tèiiuitation ; enfin à vingt ans , sUl en est jugé digne, il reçoit le bonnet viril et change ses habits de coton pour des vêtements de soie et les fourrures : c'est aussi Tâge du mariage.

c Les maîtres d'école chinois (fig. 155] sont des lettrés déclassés qui n'ont pu parvenir aux grades des fonctions civiles. Ils font chanter à leurs écoliers leurs leçons à haute voix et paraissent avoir compris depuis longtemps l'importance de l'enseignement mutuel. (Test avec leurs queues et des martinets qu'ils châtient les récalcitrants, en leur frappant de grands coups sur les mains ou sur le dos. Les peines morales sont également appliquées; un écriteau attaché sur le dos dénonce l'écolier paresseux au mépris public. Les enfants les plus pauvres sont reçus gratis dans les écoles.

« L'importance que les Chinois attachent à l'écriture, à la lecture, à la grammaire, à la connaissance approfondie de la langue, tient à la difficulté même de celte langue.

« L'écriture ancienne des Chinois était idéographique j c'est-à-dire qu'elle représentait les objets par des caractères dessinés comme les biéroglyplies égyptiens, au lieu d'être phonétique, c'est-à-dire composée de signes correspondants aux sons de la langue parlée. Les caractères primitifs, au nombre de deux cent quatorze, étaient des figures grossières qui représentaient imparfaitement des objets matériels. L'écriture idéographique , dont l'emploi par des peuples à demi sauvages s'explique aisément, doit être d'un usage fort difficile quand elle s'applique à des civilisés ayant à exprimer des idées abstraites. Les Chinois ont su modifier ingénieusement leurs caractères, de manière à les rendre susceptibles de satisfaire aux besoins de leur civilisation croissante : la colère était désignée par un cœur surmonté d'un lien, signe d'esclavage, Vamitié par deux perles exactement pareilles, Vhistoire par une main tenant le symbole de l'équité. Ces ingénieuses figures ne suffisant bientôt plus, on les combina à l'infini, on les altéra en les multipliant, et il faut toute la science d'un vieux lettré pour reconnaître les dessins do l'écriture primitive dans les caractères actuels, qui sont au nombre de plus de quarante raille. Ainsi s'est formée l'écriture moderne, écriture figurée qui ne correspond pas à la langue parlée, exception unique parmi les peuples civilisés.

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• On comprendra donc facilement que savoir lire et écrire la langue cliinoiu soit une science qui demande de longues études aussi bien aux gens <'u jKij's qu'aux étrangers; d'ailleurs elle varie jusque dans ses rormes P^mmalicales; on y distingue trois sortes de styles: le slyle antique ou l'iUime employé dans les anciens livres canoniques, le style académiqnu

qui est adopti^ pour les doruincnls nfrii-iels i^l lilk'i'airos, cl lu slyle vulgaire.

t Les Cliinois attaclx'nt un grand prix â une belle éi^riturc; un calligraphe ou, st-lon leur exiiression, un pinceau Olégniit est digne d'admiration. Le capitaine Itouvier et un des interprètes de la légation de Franco rendûent un jour visite h. Ichong-bui-n , un des hauts fonctionnaires de

Pékin; son fils, mandarin à bouton bleu, jeune homme de vingUdeux ans, déjà père d^un enfant, c^est-à-dîre d^un fils, car les filles ne comptent pas, était présent dans le salon de réception; Tchong-louen, voulant donner une idée de son précoce mérite à ses visiteurs , envoya chercher une grande pancarte de carton sur laquelle le jeune homme avait tracé en contours superbes le mot longévilé, et la leur fit voir avec la même fierté que s'il se fût agi de Tattestation d'une action d'éclat ou d\in ouvrage littéraire. Il y a des pancartes semblables, des modèles d'écriture pendus dans les chambres des maisons, comme on le fait en Europe pour les dessins d'académie.

« L'aspect de l'écriture chinoise est étrange: les caractères sont placés les uns au-dessous des autres en lignes verticales, et vont de droite à gauche; en un mot, sur ce point comme sur tant d'autres, les Chinois procèdent d'une manière absolument inverse de la nôtre. La position dans laquelle sont placés les caractères est d'ailleurs fort importante; par exemple» le nom de l'empereur doit s'écrire avec deux lettres plus hautes que les autres; y manquer serait se rendre coupable de lèse-majesté. Tout le monde connaît l'encre de Chine : c'est avec cette substance délayée dans l'eau et un pinceau que les Chinois tracent les caractères de leur écriture, en tenant leur main perpendiculaire au lieu de la. placer horizontalement sur le papier.

« La langue parlée est beaucoup moins difficile; elle se compose de monosyllabes dont la réunion variée à l'infioi exprime toutes les idées. Il Haut y ajouter les accents qui donnent une tonalité et une expression différente aux racines monosyllabiques. La langue du midi diffère assez de celle du nord pour que les indigènes ne puissent se comprendre sans le secours du pinceau. En outre chaque province a son patois particulier.

« Malgré les difficultés que présentent l'écriture et la lecture des caractères chinois, la Chine est assurément le pays du monde où Pinatniction primdre est le plus répandue. On trouve des écoles jusque dans les plus petits hameaux dont les agriculteurs s'imposent volontairement pour entretenir les maîtres. 11 est très-rare de rencontrer un Chinois complètement illettré. Les ouvriers, les paysans sont capables de faire eux-m(>nies leur correspondance, de déchiffrer les affiches et proclamations gouvernementales, de tenir note de leurs affaires journalières. L'enseignement des écoles primaires a poîir base le San-tse-King, livre sacré attribue à un disciple de Confucius qui résume en cent soixante-dix-huit vers toutes les sciences et toutes les connaissances acquises. Cette petite encyclopédie, convenablement expliquée et développée par le professeur, suffit pour donner aux enfants chinois le goût des choses positives, et les mettre à même de travailler à acquérir une inslrucliDu plus sérieuse. Il existe aussi dans les grandes villes des collèges où les enfants des lettrés et des mandarins reçoivent une éducation complète. Tel est entre autres le collège impérial à Pékin.

« Les citoyens du Céleste-Empire jouissent de la liberté de la presse la plus complète, mais à leurs risques et périls : l'autorité, qui n'a droit d'empêcher aucune publication, se venge après coup par le bâton des pamphlets ou des satires virulentes qu'on publie chaque jour sur son compte. Un grand nombre de petites presses mobiles existent chez les particuliers, qui eu usent et en abusent. Il n'y a pas un pays au monde où les murailles soient placardées d'autant d'affiches.

adressés îi l'empereur, ses décrets, Ins édits des vice-rois de proTÎnccs, le* " Tastes judiciaires et les lettres de grâce, des tarifs dédouane, un courrier de la cour, les nouvelles diverses, incendies, crimes, etc., enfln les événements heureux ou malheureux de la guerre contre les rebelles Tai-ping. On y convient mi'me d'avoir ôlé baltu, franchise qu'il est bon de signaler aux journaux officiels de l'Europe et de l'Anièrique.

« Les Chinois attachent un respect traditionnel et quasi riili^ieux à la conservation des papiers imprimés et écrits ; on les recueille soigoeusetnen t et on les brûle quand on les a lus, afin de les dérober k toute profanation. On prétend même que des sociétés se sont formées qui payent dea porteurs chargés d'aller de rue en rue avec d'énormes corbeilles pour en ramasser tous les fragments. Ces chifTonniers d'un nouveau genre reçoivent une prime pour le sauvetage des épaves de la pensée humaine.

• Les arts, comme la litléralure, ont été poussés assez loin dan» le sens utilitaire et industriel. L'art plastique, le beau absolu ^ont des idées incomprises.

> Si l'on u pu reconnaître la supériorité avec laquelle les Chinois ont traité l'économie sociale, la philosophie, l'histoire, toutes tes sciences morales et politiques basées sur l'expérlenre et le raisonnement, il faut bien avouei' aussi la rareté des ceuTres purement littéraires. Il ne faut point eu conclure qu'il n'y ait pas en Chine comme en tout pays civilisé abondance de potelés, de romanciers et d'auteurs dramatiques, mais leurs productions peu estimées et peu rétribuées sont éphém&res; on fabrique une ode, nne pièce de circonstance ; on la récile , on la joue au milieu des applaudissements; te lendemain il n'en reste plus rien.

' Ce n'est pas que le ^ùt des représentations théâtrales ne soit Irfis-TÏf dans la nation, mais on rougirait d'altaclicr une trop grande importance à un divertissement futile. Les directeurs des troupes sont le plus souvent les fabricants des pièces qu'ils font représenter, ou du moins ils les modifient suivant les exigences des acteurs et la convenance des costumes. Il n'existe pas de théâtres permanents ni autorisés à Pékin : le gouvernement en tolère la construction provisoire sur les places de la ville pour un temps limité à l'époque des fêtes publiques, mais il y en a dans beaucoup de maisons de thé analogues à nos cafés chantants, et chez tous les gens riches qui, chaque fois qu'ils ont Joué une troupe d'acteurs pour se réjouir ou pour célébrer un anniversaire de famille, ont soin dans un but de popularité de laisser entrer librement la foule dans la partie de leur muson réservée au théâtre (fjg. 158).

■ Je viens d'assister, dit M. Trêves, i. une représentation théâtrale donnée par le secrétaire d'Etat Tchong'louen dans le jardin de son palais de la ville tartare en l'honneur de la nouvelle année. Le théâtre ressemble k ceux que l'on élève à Paris sur l'esplanade des Invalides lors de la fête de l'empereur : c'est un grand quadrilatère de ia forme d'un temple grec sou tenu de chaque cété par quatre colonnes rubannées de bleu de ciel, de jaune d'or et d'écarlate, et dont le fronton est surchargé de sculptures et d'ornements. La scène, beaucoup plus large que profonde, est une plateforme parquetée et surélevée de deux mètres environ. Un vaste paravent la sépare des coulisses situées à l'arrière où les acteurs s'habillent et se far-

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H tient. Les décors n'existent [uis ; il y a seulement deux ou trois chaises e B un tapis. La salle circulaire, et trés-vaste en proportion de la scène, es H datléu sur le devant en pierre de marbre; elle est à ciel ouvert, et les spet. ^t lateurs n'ont d'autre abri que les grands arbres qui 1 ombragent fig 158]

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