Deux magoiliquet volumes ia-)*. Ha^belte et Cîe
l'habillent el le nourrissent, lut adaptant chaque jour un costume neuf, et le servant dans de la vaisselle se: lie l(f jour mâme de la fabrique qui, depuis des siècles, a le monopole de cette rourniture. Jamais les pieds du sacré personnage ne touchent le sol ; jamais sa t^le n'est exposée au (irand air, au plein jour, aux ref-'urds profanes; jamais, en un mot, le mikado ne doit subir le contact ou ralleinte ni des iSIViraents, ni du soleil, ni de la lune, ni de la terre, ni des hommes, ni de lui-même.
• li fallait que l'entrevue eût lieu à Kioto, la ville sainte, qu'il n'est pas permis au mikado d'abandonner. Il n'y possède en propre que son palais el d'anciens temples de sa famille ; la ville elle-même est sous la domination de l'empereur temporel ; mais celui-ci en consacre les revenus aux dépenst-*
du soiivi-r.iiu spirituel, i-l dai}:ne y enlrrlrnir unv w'ai'nisiji pour la |ir(jt('i'ti"n du lr<'ine [lontiltcil.
' Tous laii piV'liuiiuain'S l'tuit accotjipli'i de part el d'aulrr mation anmmi^a le jour où le laikoun sortirait ile sa capitale, populeuse Yfdo, ville loute moderne, cenlre de l'aduiiiiialiM el civile de l'empire, sié^'f de l'école île la marine, de l'icoh'rolléf.'C des inlerprètes et de l'Académie de médecine et de pliilosopbie.
• Il se lit précédiT d'un corps d'armée équipé à reuro]iéi;nne; el tan que celle traii|ie d'élite, infanterie, cavalerie et artillerie, s'adieminail • Kioto par la voie de terre, en suivant ta ^ramle roule impériale du Tukaïi il doiijia l'onlre à sa flotte de fruerre d'ap|>areiller pour la mer intérieii l.ui-iiii''uie , le -fouveniin Icinpurel, monla sur le majrnifiqin' steamer
■ procla-
ililaire. du
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Lytemoon, qu'il avait acheté de la maison Dent et C", pour la somme de «inq ceat mille dollars Su autres navires a vapeur lui faisaient escorte :
c'étaient te Kandimarrak. célèbre par sa traversée de ^'''do à San-Francisco. au serrice de la misaion japonaise envoyée aux Ktatx-lJnis; la coiveHc f«
Soemlnng, <loii du roi des Pays-Bii^; le yàcM Ckiaperur, luimmaga ■ reine Victoria, et des frégates conslruiteî en Amérique ou en HoUapdaj des conimandea faites par les ambassades de 1859 et de 1863. Gourernda ' par des équipages ezcUisi cément japonai'i , celte escadre sortit do la baieili' Yétlo, dovibla le cap Saganii et le promontoire d'IJsou, franchit les p iju délnjjl lie Linscboten, ol lunffcant les ciltes orientâtes de l'île d'Aw
alla jder l'ancre dans la rade do Iliogo, où le talkoun se fit desceM lurre au lirnil des salves de bâbord el de tribord.
■ Son enlrt^e solennelle k Kioto eut lieu quelques jours plus antre démonstralion mililaire que l'appareil do sa propre armée, ] raison que le mikadb n'a ni troufics ni canons k sa disposilion, mttll plcment une garde d'archera de parade, rccrulés parmi lea familles f
les provinces les plus reculées de Tempire. Si quelque chose lui permet encore de soutenir son rang, c'est rhéroTque désintéressement d'un grand nombre de ses hauts dignitaires. Il en est qui le servent sans autre rémunération que la jouissance gratuite des riches costumes réglementaires de la vieille gardenrobe impériale. Quand ils rentrent au logis après avoir déposé leur livrée de cour, ces fiers gentilshommes ne dédaignent pas de s'asseoir à un métier de tisserand, ou devant un tambour de brodeuse. Plus d'une pièce de ces riches soieries de Kioto, dont on admire la maind'œuvre, sort de maisons princières qui ont leurs noms inscrits au calendrier des Kamis.
c Ces circonstances n'empêchèrent pas le mikado d'inaugurer la journée de l'entrevue en étalant, aux regards de son royal visiteur, le spectacle de la grande procession du dalri. Accompagné de ses archers, de sa maison, de sa cour, et de toute sa suite pontificale, il sortit du palais par le portique du sud, qui, vers la fin du neuvième siècle, fut décoré des compositiçns historiques du célèbre peintre et poète Kosé Kanaoka. Il descendit, le long des boulevards, jusqu'aux iaubourgs que baigne rYodogawa,el remonta vers le castel en parcourant toutes les rues principales de la cité.
f D faisait porter avec pompe , en tète du cortège, les antiques insignes de son pouvoir suprême : le miroir d'Izanami, son aïeule, la charmante •déesse qui donna le jour au Soleil dans l'Ile d'Awadsi ; les glorieuses enseignes dont les longues banderoles de papier avaient flotté sur les troupes du conquérant Zinmou ; le glaive flamboyant du héros de Yamato, qui dompta l'hydre à huit tètes à laquelle on sacrifiait des vierges de sang princier; le sceau qui fut apposé aux lois primitives de l'empire; l'éventail en bois de cèdre, ayant la forme d'une latte et remplissant l'usage d'un sceptre qui, depuis plus de deux mille ans, passe des mains du mikado déiunt à celles de son successeur.
€ Je ne iirarrêlerai pas à une autre exhibition, deslint'e sans doute ;i compléter et à rehausser l'elTet de la preinière, savoir celle des bannières armoriées de toutes les anciennes fanûlles seigneuriales de Tempire. Peutêtre devaient-elles rappeler au taïkoun qu'il n'était qu'un parvenu aux yeux de la vieille noblesse territoriale; mais ce parvenu pouvait sourire complaisamment à la pensée que tous les seigneurs japonais, les grands comme les petits daïmios. n'en sont pas moins obligés de passer six mois de Tanni^e à sa cour de Yédo et de lui présenter leurs hommages au milieu des nobles de sa propre création.
c La colonne la plus nombreuse et la plus pittoresque de la procession fut celle des représentants de toutes les sectes qui reconnaissent la suprê-matie spirituelle du mikado. Les dignitaires de l'ancien culte des Kamis se distinguent à peine, quant à leur costume, de grands officiers du palais. J'ai déjà eu l'occasion de le décrire : il nous rappelle que les Japonais eurent dans l'origine une religion sans sacerdoce. Le bouddhisme, au contraire, qui est venu de la Chine et s'est rapidement propagé dans tout l'empire, présente une infmie variété de sectes, de rites, d'ordres et de confréries. Les bonzes et les moines appartt*nant à cette religion formaient dans le cortège des files interminables de graves personnages à tûtes tonsurées ou complétemenj rasées, tantôt nues, tantôt couvertes de toques
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b-ï^arm, de mitres, de chapeaux à larges bords. Lee uns portaient une «vosse à la main droile, d'autres un rosaire, d'autres encore un chasscm^ucbes, une concjue marine, un goupillon h bandes de papier. Des souta-
nes, des surplis, des munteaux ik toute fai;on cl de toutes couleurs coiupoaûenl leur accoGtrcmeut.
■ A leur suite venaient les gens de la maison du mikado. Dans leur tenue de cérémonie, les ganles du corps pontificaux visent par-dessus tout i rél^ranee. Laissant les hauberts ut les cultesi de inailles aux honjines
d'armes du taikoun (fi^. 178), ils se coifTent d'une petite calotte laquée, ornée sur les deux tempes de rosaces ayant la forme d'un éventail ouyert, et ils se serrent la taille d'un riche pourpoint de soie bordé de festons dentelés sur toutes les coutures. Leurs pieds disparaissent sous l'ampleur de leur pantalon. Un grand sabre recourbé, un arc, un carquois garni de flèches constituent leur équipement.
< Quelques-uns d'entre eux, à cheval, maniaient une longue houssine, retenue au poignet par un cordon de soie à gros flocons.
« Sous ces dehors pleins de noblesse se cache trop souvent une grande brutalité de caractère. La turbulence et le débordement de mœurs des jeunes cavaliers de la cour sacerdotale du Japon ont fourni à l'histoire de.s pages qui rappellent les plus mauvais jours de la Rome papale, les temps de César Borgia. Le Hollandais Conrad Kramer, envoyé de la Compagnie des Indes néerlandaises à la cour de Kioto, eut la faveur d'assister, en 16S6, à une fête donnée en l'honneur de la visite de Tempereur temporel à son souverain spirituel. Il raconte que le lendemain de cette solennité, ron releva dans les rues de la capitale des cadavres de femmes, déjeunes filles et d'enfants, victimes de violences nocturnes. Un nombre plus considérable enoore de femmes mariées et de jeunes fllles d'Osaka, de Sakkal, et d*tatrès villes du voisinage, que la curiosité avait attirées à Kioto avec leurs époux ou leurs parents, disparurent dans le tumulte des mes envahies par la foule, et ne se retrouvèrjent que htiit à quinxe jours plus tard^ sans qa» leurs familles aient jamais pu se faire rendre justice de leurs ravisseara.
c La polygamie n'existant au Japon que pour le mikado, ou plutôt revêtant pour lui seul le caractère d'une institution légale, il était naturel qa^ ftt quelque étalage de cette prérogative. Elle lui coûte assez cher! C'est le gouffre, bordé de fleurs, que les premiers usurpateurs du pouvoir impérial ont creusé sous les pas des successeurs de Zinmou. Quel perfide sourire devait contracter les lèvres du taïkoun, lorsqu'il vit s'approcher, à la file, le^ carrosses du daïri !
a Ces lourdes voilures^ construites en bois précieux et vernies de diverses couleurs, étaient attelées, chacune, de deux buflles noirs, conduits par des pajres en sarraux blancs. Elles renfermaient, assises derrière des portières à claire-voie, Timpéralrice et les douze autres femmes légitimes du mikado : celui-ci n'avait pu, convenablement, leur refuser de partager avec lui le privilège de ce genre de véhicule. Ses concubines favorites et les cin- (juante dames (Phonneur de Timpératrice suivaient, portées en norimons ou palanquins couverts.
« Quant au mikado lui-même, lorsqu'il sort du castel, c'est toujours dans son norimon pontifical. Ce palanquin, fixé sur de longs brancards et confié aux soins de cinquante porteurs, en livrée blanche, domine de loin la foule. 11 est construit sur la forme des mikosis, ces châsses dans lesquelles on exjiose les saintes reliques des Kamis. Nous pouvons le comparer à un pavillon de jardin ayant pour toiture une coupole évasée à la base et ornée d'appendices à clochettes. La coupole est couronnée d'une boule, et la boule surmontée d'une sorte de coq dressé sur ses ergots, les ailes étendues et la queue renflée : c'est la représentation de cet oiseau mythologique connu en Chine et au Japon sdus le nom de Foù.
ni, les femmes altachées au service domestique du mikado. Elles sculet ont lu privilège d'entourer - sa personne. Pour sa cour même, aussi bien (]tie pour le peuple, le mikado n'existe que comme une sorte de (iivinitiV
nue qui aboulit ^ux larges degrés île la Taçade du bâtimenU C'est pari que les courtisans du mikado, revêtus de manteaux à qucuo traînante,
iMlent il pas complus, gravissent majcslueusement les degrtis, et vaut prendre place à droite et k «suchâ. sur ia vËrandah, la face tournée Ou
ebUs des portes, encore rermèes. de la grande salle du IrC-ne, Avants s'accroupir !i leur poste, ils out soin de relever la queue de leur manteaa et d'en rejeter les pans Inférieurs sur la balustrade de la vérand&h, de manière h Mater aux regards de la Toiile les armes qui sont brodées»
35h . RAGE ÏAUME.
« Un grand stor^ d'écorce de bamboa, peinft en Tert| suspendu au plftfbnd de la salle, est abaissé jusqu'à deux ou trois pieds au-d^us du seoiL A travers cet étroit interstice, on distingue un lit de nattes et de tapis, inr lequel s'étalent les larges plis d'une ample robe blanche. Cest en c«la ^am consiste toute Tapparilion du mikado sur .son trône.
c Le store, tressé à claire-voie, lui permet de tout observer sans être YO* Aussi loin que s'étendent ses regards, il ne rendbntre que des têtes prost«pnées devant son invisible miy^^* ^^^ ^^^^ ^^ dresse encore au-dessus de l'escalier du temple, nuds celle-là est couronnée de la haute toque d'or, loyal insigne du chef temporel de l'empire. Et cependant, lui aussi, le puissant souverain dont le pouvoir ne connaît plus de résistance, lorsque js firanchi le dernier degré, il s'incline, s'aflàisse lentement sur lui-même, tombé à genoux, étend les bras en avant vers le seuil de la salle du trône et courbe son front jusqu'à terre.
« Dés ce moment, la cérémonie de l'entrevue est accomplie, le but de la floloanité est atteint : le taikoun s'est prosterné ostensiblement aux pieds jdu mikado.
t L'entrevue de Kioto et^t pour conséquence de constater deux faits : par }d premier, l'acte de génuflexion, le souverain temporel témoignaût qu'il continuait d'être^. par tradition, le fils soumis du grand pontife de la religion nationale; mais par le second, c'est- ànlire Tacoqitation de cet hommage, l'empereur théocratique reconndssait formellement le représentant d'une dynastie qui venait de se fonder à côté de l'unique souche légitime. »
L'art de la guerre joùatit un certain rôle au Japon, nous donnerons, d'après M. Humtiert, quelques renseignements sur Farmemenl et les costumes des soldats de Taïkoun.
« Les simples soldats sont, nous dit M. Iluniberl, des habitants des montngncs d'Akoui. qui rentrent dans leurs foy<*rs apr^s un service de deux ou trois années. Leur uniforme, en cotonnade bleue, rayée de bandes blanches sur les épaules, se compose d'un pantalon collant et d'une chemise semblable à celle des volontaires garibaldiens. Ils portent des chaussettes de coton, des semelles de cuir attachées par des sandales, et un ceinturon dans lequel est passé un grand sabre au fourreau laqué. Leur giberne, accompagnée de la baïonnette, est suspendue au enté droit par un baudrier. Un chapeau pointu en carton laqué, rabattu sur les tempes, complète leur accoutrement; mais ils no le mettent que pour monter la garde ou se rendre à Texercice.
« Quant aux fusils de Tarraée japonaise, bien qu'ils soient tous à percussion, ils varient de calibre et de construction, selon leur provenance J'en ai vu de quatre sortes différentes aux râteliers d'une caserne de Benten, où un yakounine me fit la faveur de m'introduire. Il me montra d'abord un modèle hollandais, puis une arme de qualité inférieure, sortie d'ateliers que Ton avait établis à Yédo, pour travailler d'a^ rès ce modèle; ensuite un fusil américain, et enfin L» fusil Minié, dont un jeune officier enseigne le maniement à un peloton de soldats dans la cour de la caserne. »
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Le costume des gens de guerre japonais est curieux en ce sens qa'îl reproduit et conserve tout l'attirail militaire de la féodalité enTopéenae. Le casque, la cotte de mailles, la hallebarde, le sabre à denx mains, tel est l'habillement de parade des guerriers d'un rang supérieur (lig. 164 et l&b).
L'escrime est un art très-répandu dans l'armée japonaise. Les
(lommcs se montrent trés-juiroits dans cet cxi'i'cicc. (pii entrelient leur vigueur et leur ailn'sse. Les femmi's mûmes s'y adonnent. L'arme des femmes japonaises est une lance lerminée imr un for recourbé. Les dames la manient avec dus ijoses et des altitudes réglementées. Les amazones japonaises lancent é^alcmenl avec adresse une sorte de serpelle retenue à leur poignet iiar un lon^
cordon de soie. Cette anne, destinée à £tre projetée contre la tète
de reniioiiii. est ensuite immédiatement retiréii à l'aide du con de soie auquel elle est attachée.
RAMEAU SINIQIIE. 3S7
Les hommes jettent de même le couteau, mais sans l'attacher, 't comme on lance le couteau en Espagne.
Les nobles Japonais apportent beaucoup de luxe à leurs armes.
Leurs Cabres, dont la trempe est sans rivale, sont enrichis, à la poignée et sur le fourreau, d'ornements en mêlai finement graves et ciselés. Mais ce qui fait principalement la valeur de ces sabres, c'est leur ancienneté et leur célêbrilé. Dans les vieilles l'amilles,
chaque sabre a sa tradition, son histoire, dont I eclal se mesure au sang qu'il a versé. Un sabre neuf ne doit pas rester vierçe entre les mains de celui qui l'acliète. En attendant que l'occasion se présente de le plonger dans le sang humain, celui qui en est devenu possesseur l'essaye sur des animaux vivants, et mieux encore, sur des cadavres de suppliciés. Moyennant autorisation supérieure, le bourreau lui livre deux ou trois cadavres. Alors notre Japonais les attache en croix ou sur des chevalets, dans uoe cour de son habitation, et il s'exerce à trancher, taillader et [toxir- Cendre ces corps, jusqu'à ce qu'il ait acquis assez de force et d'adresse pour couper à la fois, par le milieu du torse, deux cadavres liés l'un contre l'autre.
Le sabre est au Japon l'arme classique, l'arme nationale. Cependant, avt;c le progrès et le temps, il faudra bien qu'il cède la place auï armes à feu perfectionnées. Malgré le prestige tradiliounel dont les nobles japonais s'efforcent encore d'entourer cette arme vénérable, malgré le méj»ris qu'ils affectent pour les innovations militaires, l'arme démocratique par excellence, le fusil, s'introduit de plus en plus au Japon. Avec celte aj-me s'introduira aussi toute une révolution sociale qui mettra lin au régime de la féodalité. Le fusil donnera au Japon son 1789 oriental.
Deux religions, avons-nous dit, sont pratiquées au Japon, le culte des Kamis et celui de Bouddha. Le l'ulte traditionnel des Kamis, avec ses anciens rites, a été remplacé dans presque tout le Japon par le bouddhisme.
Écoutons sur ce dernier culte les rédexions de M. Humbert.
• L'imagination se représente difflcilement, dit ce voyageur, que près d'un tiers de l'espèce humaine n'ait pas d'autre croyance religieuse que le Douddhisme, .ce culte sans dieu, cette religion du néant, inventée par le désespoir.
■ On voudrait se persuader que les multitudes rangées sous sa domination ne comprennent pas la doctrine qu'elles professent ou se refusent à en admettre les conséquences. Les pratiques idolâtres qui se sont implantas sur le tronc du livre do la loi sembleraient on effet témoigner que celui-ci n'a pu ni satisfaire ni étouffer le sentiment religieuï inné dans l'homme el constamment vivace au sein dos peuples.
• D'an autre côté, l'on ne saurait méconnaître l'influence de la philosophie de l'anéantissement final dans un grand nombre de traits de mœurs de la vie japonaise. On a vu que l'Irowa enseigne aux enfants des écoleaque la vie s'enfuit cotnme un songe et qu'il n'en reste pas de trace. C'est avec la plus dédaigneuse indifférence que, parvenu à l'dge mûr, le Japonais sacrifiera sa vie ou celle de son prochain pour la satisfaction de son orgueil ou de
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quelque futile ressentiment. Les meurtres et les suicides sont si fréquents au Japon, qu^il est peu de gentilsliommes qui ne possèdent dans leur famille et ne se fassent un point d^honncur de pouvoir exhiber au moins un sabre ayant été trempé dans le sang.
« Le bouddhisme cependant l'emporte, à quelques* égards , sur les religions quUl a détrônées. Cette supériorité relative, il la doit à la justesse de son point de départ, qui est Tavêu d'un besoin de délivrance, basé sur le double fait de l'existence du mal dans Tiiomme, ainsi que d'un état universel de misère et de souflrance dans le monde.
c Les promesses du culte des Kaniis se rapportaient à la vie présente. Les règles de la purification devaient préserver le fidèle dos cinq grands maux, qui sont le feu du ciel, la maladie, la ])auvreté, Toxil et une mort précoce. Les pompes des foies religieuses avaient pour but la glorification des héros de Tempire. Mais dût le patriotisme être idéalisé jus;]u'à la puissance d'un culte national , il n'en est pas moins vrai que ce sentiment naturel, si précieux et si respectable, ne suffît pas pour remplir Tàme et assouvir tous ses besoins. L'âme humaine est plus grande que le monde. \\ lui faut une religion qui la détache de la terre. Le bouddhisme, en un certain sens, ré])ondail à des aspirations de ce genre, jusqu'alors méconnues. Celle circonstance, à elle s«mle, expliquerait le suec(''i avec loipiel il s'est proiKi|2é au Japon et ailleurs, par les seules armes de la persuasion. Toutefois l'on peut bien croire que ce n'est pas sous sa forme abstraite et philosophique qu'il est devenu si populaire, et rien ne le démontre mieux que son état actuel.
t Les bonzes Sinran, Nitziten et une trentaine d'autres se sont fait un nom comme fondateurs de soctos, dont chacune se distingue |)ar quoique particularité plus ou moins digne de rivaliser avec l'ingénieuse invention d«» Foudaïsi.
c C'est ainsi que c^rtaiim confrérie a le monopole de l'exploitation du grand chapelet de famille. H faut savoir que le chapelet bouddhiste ne peut déployer sa vertu que si on le défile correctement; or rion ne garantit que. dans une famille nombreuse», il ne se commette des erreurs dans l'usage du rosaire : de là l'inefficacité i\\i\m lui reproche (luolquefois. Au lieu de récriminer en cas pareil, le parti le plus sa.ire consiste à faire venir à domicile un bonze du gran<l chapelet pour remettre les ciiosos en bon i)oinl.
€ 11 s'empresse d'accourir avec son instrument, qui olTre à peu près les dimensions d'un honnête serpent boa; il le dépose entre les mains de la famille agenouillée et ranj:ée en cercle, tandis que lui, placé devant l'autel de Tidole domestique, dirige l'opération au moyen d'un timbre et d'un petit marteau. Au signal donné, le père, la mère, les enfants entonnent de tous leurs ]»oumons les prières convenues. Les petits grains, les gros grains, les coups de marteau se succètlont avec une régularité cadencée, entraînante. La ronde du chapelet s'anime, les cris deviennent passionnés, les bras et les mains obéissent avec la précision d'une machine, la sueur ruisselle, les corps s'engourdissent de fatigue. Enfin la cérémonie terminée laisse tout le monde haletant, épuisé, mais rayonnant de bonheur, car les dieux intercesseurs doivent être satisfaits!
ce Le bouddhisme est une religion flexible, conciliante, insinuante, s'ac-
commodant au gt^nie el aux usages des peuples les plus divers. D^s leur début au Japon, les bonzes surent se faire confier des châsses et même «le
petites ctiapeltes de Kamis pour les garder dans l'enceinte de leurs sanctuaires. Ha s'empressèrent d'ajouter it leurs cérémonies des'symboles em-
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pruntés & l'ancien culte national; enrtn,pour mieux conrondre les deux religions, ils introduisirent dans leurs temples à la fois des Raïuis i-evi>liis
de titres et d'attributs de divinités imloiics, vt des divinités iudoucs traiisrormées en Kamis japonais. 11 n'y avait rien d'inailDiissible itans de pareil>
3Ci
BACE JAUNE.
écliun^es, qui s'cxpliqunîent t<]ut naliirRllRment par le do^rme de la Lran<migration. GrSce à celle combinaison des doux culLus, hlar|uelle on a ilonnt^ 1a nom àv [tloobou-Sintoo, le bouddhisme est devenu la religion iloiuinaale du Ja|ioii.
■ .... A l'inlârieur de leurs t«mplos, les bonzes orilcient k l'autel , rous 1ns ycuji (lu pfiuplo, ilatia la aatictuaire qu'un jubd sépare de la Toulc. IH n«
s'adressent k celle-ci que par la voie de la prédication, et aux seuls jours de fête spécialement consacrés à cet exercice.
c 11 ne leur est permis de faire des processions qu'à certaines époques de l'année, et arec le concours des oitlciers du gouvernement préposés aux pompes publiques.
> Quant à leur rôle pastoral, il a été resserré dans de telles limites, que
bustion (le son c&daTre, ainsi qu'& la consécratioa et à l'entretien de son tombeau. *
FAMILLE INDO-CHtVOlSE.
Les peuples de VIndo-Ckine, que nous considérons comme appartenant à la race jaune, ont le teint plus foncé que les ChiDois
et les J;i|ionais. Leur taille est [ilus (letite et Iciir civilisation moins avancée. Ils sont, en général, indolents.
A ce groupe ap|iartienneiit les liinnans, \qs Annamiles et les .S(«mois.
Birmans el Annamilts. — Les Birmans forment un peuple assez avancé dans la civilisation. Les Annamites ne leur cèdent point sous ce rapport. Les caractères pliysitiues, moraux et politiques
RAMEAU SINIQUE. 365
de ces deux peuples D'out Aucun caractère particulier d'intérêt qui poisse noas arrêter. Nous nous contenterons de mettre sous les yeax du lecteur (Gg. 190 et 191) les types et les costumes des habitants de l'empire birman.
Siamoù. — La population du royaume de Siam, qui s'élève à
m^'.xifr
•Miviron cinq mitlioiib d liubitanls corn] icnd a ) liiil deu\ millions (If Siamois.
I>es Siamois, d'après les notes de voya^'e de M. Henri Mouhot. naturaliste frauçais, se reconnaissent sans peine à leurs allures molles et paresseuses, ù leur pliysionomie servile. Ils ont presque tous le nez un peu camurd, les pommettes des Joues saillantes, l'œil terne et sans intelligence, les narines élargies,
la bouche trop fendue, les lèvres ensanglantées par Tusage du bétel et les dents noires comme de rébcne. Ils ont tous aussi la tête complètement rasée, à Texcepticn du sommet où ils laissent croître une espèce de toupet. Leurs cheveux sont noirs et rudes; les femmes portent le même toupet, mais leurs cheveux sont tins et tenus soigneusement. Le costume des hommes et des femmes est peu compliqué.
Les figures 192, 193 et 19^ donnent une idée exacte des types et costumes des habitants du royaume de Siam. Une pièce d*étoflé qu'ils relèvent par derrière et dont ils attachent les deux bouts à leur ceinture est leur unifiue vêtement : c'est le pagne. Les femmes portent en outre une écharpe d^une épaule à l'autre. La linesse des traits à part, la Siamoise de douze à vingt ans a pea à envier aux modèles convenus de notre statuaire.
Les Siamois adorent les bijoux; pourvu qu'ils brillent, qu'ils soient vrais ou faux, peu leur importe. Ils couvrent leurs femmes et leurs enfants d'anneaux , de bracelets , d'amulettes et de plaques d'or ou d'argent. Il y en a aux bras, aux jambes, au cou, aux oreilles, sur le torse, sur les épaules, partout où il en peut tenir. Le fils du roi (lii^. 1951 en est si chargé que le poids de ses vêtements alourdis de bijoux l'emporte sur celui de son corps.
La plus «rrande union semble iv^^nor dans la maison conjugale siamoist». La ffiiime n'est pas relêLriiée à fintêrituir comme en (Hiine; elle se montre i»artoiil. Comme onihiu» au tai)leau. il faut ajouter (jue la laiiiille peut vcMiilre ses enfaiils comme esclaves.
Les Siain(»is ont coiisc-rvé intactes toutes 1rs suinTstitions des Hindous et tles (iliinois. Ils croient aux démons, aux o.iires, aux sirènes, et.'. Ils croit-nl aux aniulrtles. aux i»liiltres. au\ (le\ins: ils (Miti'etiennen.t un roi, une cour t4 un scrail. avec ses innoml)rables rejetons. In second roi a êLialenient son palais, son armée, s(îs nKUularins. Kntre ces deux i'()is et le ju'Uple s'étagent douze ordres dillérents de pi'inces. plusieurs classes de ministres, cinq ou six de mandai'ins. une série sans lin dt» trouverneurs et de sous-.uou\erneurs, tous eiialcMuent incaiiahles et rapaoes.
Comme tous les peuples a\ilis, ('imiscs ou sei-\il(»s, le piuiple de Siani consacre une bonne pai't dt* son cxistrnctî aux divertissements
et aux jeux.
M. Mouliol a \isilé rdrn.ii. la capiîîile actuelle du Cambodire. Les maisons de rdlr mIU' sont construites en bambou, (juelqiiesunes en planches. La jihis hui-ui* rue a près d'un kilomètre de
du gouverneraenL. Notre voyageur rencontrait à chaque instant des mandarins en litière ou en lilet, suivis d'une foulç d'esclaves portant chacun quelque chose, les uns un parasol écarlate ou jaune, dont la grandeur indique le rang ou la qualité du personnage, d'autres la boîte d'arec et de bétel. Dans ces escortes figuraient souvent des cavaliers montés sur de petits chevaus vifs et légers, richement caparaçonnés, couverts de grelots, qu'un troupeau d'esclaves couverts de sueur et de poussière s'eQbrçaienti
pie. 194. DoruMliqiie slamt
de suivre comme une meute. M. Mouhot a également remarqué de légères carrioles traînées chacune par deux petits bœufs rapides et bruyants. Des éléphants s'avançaientmajestueusement, les oreilles et la trompe en mouvement, et s'arrêtaient devant de nombreuses processions se rendant aux pagodes au son d'une musique bruyante.
La ville de Bankok, capitale de ce pays, s'appelait autrefois Siam, d'où le nom donné à cet État.
RAMEAU SINIQUE. 371
Un BoaTenÛD absolu, considéré comme une incarnation de BoDddha, gouverne le royaume de Siam, qui est divisé en quatre
Fig. IK. Jcnns priuu royal.
provinces: le Siam, le Laos ticmois, le Cambodge siamois et le Valacea liamoit.
37i RAGE JAUNE.
Un moment tributaire de l'empire birman, le royaume de Siam recouvra son indépendance en 1759, et en 1768 il agrandit même ses possessions par des conquêtes.
L'industrie est presque nulle dans le royaume de Siam ; mais le commerce y est encore florissant, quoique déchu de Timportance qu'il avait autrefois. Les Siamois échangent avec les Chinois, les Annamites, les Birmans, et surtout avec les possessions anglaises et hollandaises, leurs produits agricoles, c'est-à-dire du bois, des pelleteries, du coton, du riz, des poissons conservés. Les dents d'éléphant sont l'objet d'un assez grand commerce. Aussi la chasse de l'éléphant occupe-t-elle beaucoup d'indigènes.
Le pays est assez fertile. Il forme une vaste plaine, accidentée vers le nord et traversée par un fleuve, le Meinam, le long duquel sont échelonnées les principales villes. Bankok est assis sur une rive du Meinam, à peu de distance de son embouchure dans le golfe de Siam, ce qui en fait le port principal de tout le royaume, l'entrepôt de tout le commerce.
Les débordements réguliers du Meinam entretiennent la fertilité dans les plaines riveraines.
Les arts et les sciences ne sont pas entièrement délaissés dans le royaume de Siam. C'est une des rares contrées de l'Asie où il existe une littérature et quelques productions artisti(fucs.
Quoique la religion de Bouddha domine dans le royaume de Siam et ({ue le culte de Bouddha soiL la religion de l'Ktat, cependant on tolère dilïéreiites sectes, et le christianisme compte 2500 prosélytes.
Les sauvages stiongs dépendent du royaume de Siam (lig. 106 . Leur taille est un peu au-dessus de la moyenne. Ils sont torts, leurs traits sont réguliers, leur front bien développé annonce l'intelligence; ils n'ont pour tout vêtement (|u'une longue êcharpe. Ils sont si attachés à leurs montagnes et à leurs forets, ([u'ils sont pris à Tétran^^er d'une nostalgie dangereuse.
Ces Siamois rebelles à la civilisation travaillent le fer et Tivoire: ils fabriquent des haches et des sabres (jui sont rechercliés par les amateurs. Leurs femmes tissent et teignent les écharpes dont ils se couvrent. Ils cultivent le riz, le maïs, le tabac, des légumes, des arbres fruitiers; ils n'ont m |)rètres ni temples, mais ils reconnaissent l'existence d'un être suprême. Tout le temps qu'ils ne donnent pas aux champs, ils le passent à chasser et à pécher. Infatigables à la course, ils glissent avec une rapidité singu-
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lière dans les fourrés les plus impénétrables. Les femmes paraisseot aussi agiles et aussi infatigables que les hommes. Ceux-ci se servent, pour chasser l'éléphant, le rhinocéros et le tigre, de puissantes arbalètes aux flèches empoisonnées. Ils aiment à se
IKirer de fausses perles de couleur lirillnntc dont ils font des bracelets. Les individus des deux sexi's ont les oreilles percées d'un trou qu'ils agrandissent cliuque année en y introduisant des morceaux d'os ou d'ivoire.
Nous rangeons dans la ruccbru7u\SL\ec M. d'Omaliusd'Halloy, un grand nombre de peuples qui n'ont de commun qu'un teint généralement plus foncé que celui des races blanche et jaune, et dans lesquels on est porté à voir les résultats du mélange de ces deux races avec la race noire. C'est pour cela qu une partie des peuples que nous plaçons dans la race brune présente des formes voisines de celles des blancs, tandis que dans l'auj^re partie on retrouve davantage les caractères de la race jaune.
Les peuples appartenant à la race brune forment trois rameaux ou groupes géographiques, savoir:
1* Le rameau hindou;
2" Le rameau éthiopien ;
3° Le rameau malais.
Étudions les différentes races et les peui)les principaux qui ap pafliennent à ces trois rameaux.