CHAPITRE PREMIER
On a souvent rangé dans la race blanche les peuples qui composent le rameau hindou. Ils présentent, en effet, des rapports de formes, de langage et d'institutions avec les Européens et les Perses, mais leur teint plus coloré, et quelquefois même noir, les distingue des Européens.
Dès les temps historiques les plus reculés, la civilisation des Hindous était très-avancée ; mais depuis plusieurs siècles elle est demeurée stationnaire et a plutôt décru que progressé.
La plupart des Hindous pratiquent la religion de Brahma, religion née sur leur territoire. Quelques-uns ont embrassé l'islamisme, d'autres professent la religion de Bouddha.
Le caractère le plus tranché que présente la société hindoue, c'est la division de la population en castes. Ces castes, dont l'institution remonte à la plus haute antiquité, ont toujours été la cause principale du défaut de développement de la civilisation. Comment demander de l'initiative, des talents, des œuvres remarquables, à des hommes auxquels la société interdit de sortir jamais de la condition dans laquelle le hasard les a fait naître?
Les castes indiennes sont au nombre de quatre : P la caste des Brahmifies, dont les membres se livrent au culte religieux, à l'étude des lois et à l'enseignement; 2*» celle des Radjiparles, Tchilris ou Kchatrias, qui sont guerriers; 3* celle des Banians^ qui sont agriculteurs, éleveurs de bestiaux, commerçants; 4* celle des Sondras ou Chuders^ qui exercent différents arts ou métiers, et se subdivisent en un grand nombre de sous-castes correspondante autant de métiers différents.
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Clioqne caste a ses pratiques religieuses. Elle ne peut s'allier ^vec des membres d'une autre caste, et elle doit toujours exercer ^a profession dans laquelle la destinée l'a fait naître.
Les descendants de ceuxfiui, par des mésalliances ou autrement, ont [lerdu leur caste, forment des sortes de castes inférieures désignées par le nom de Yama-sm-Kara. ËnGn, au-dessous de ces
RAGE BRUNB
dernières divisions mêmes se Irouvent les Pariai, étcw maudits do destin, qui viVant dans Ifl plus triite état d'abjection morale.
FIg. ttl. Indlgèru da Hadru.
Les Hindous sont bien faits, mais leurs membres soat peu robustes. Leurs mains et leurs pieds sont petits; leur ^nt est
élevé, leurs yeax sont noirs, leurs sourcils bien arqués, leurs cheveux fins et d'un noir très-vîT; leur penu est plus ou moins
FUI. le'J, Dami: du D'^mbiy i
hmne et quelquerois noire, surtout dans le midi de 1 Inde vt dans les classes iaférieures de la |)0[iulalion.
Sous î rapport ellmologique. on doit distinguer dans le i meau liindou deux familles : les familles AmtJjue et malobitre.
FAMILLE iUNHOUE
La famille hindoue forme la majeure partie de la population de l'Hindoustan septentrional. Les dialect€s parlés dans ce pays ont généralement des rapports avec la langue sanscrite.
Dans les castes supérieures le teint de la peau des Indiens est assez clair. 11 se rembrunît chez les gens des castes inférieures.
Parmi les peuples de la i'amille liiudoue nous citerons les Leik', peuples belliqueux, remarquables par la beauté de leur visage allongé; les Djats, les Radjepoutfs et les Uahraltts; les Bengaliefs, peuple doux et commerçant ; enfm les Cinghaliens, ou habitants de nie de Ceylan.
Un de nos plus savants voyageurs, M. Alfred Grandidier, a publié dans le Tour du monde, eu 1869, le récit d'un Voyage dai^ flnJe. Nous emprunterons à cette relation les traits généraui «jui résument parfaitement l'étal social de Tlnde actuelle, considérée surtout dans la partie centrale de la presqu'île. En effet, il serait difticîle de ramener à une unité de mœurs et de caractères l'Inde.— tout entière, dont la pO|iulution est de cent quatre-vingts millims'^ d'âmes, et dont la superficie égale celte de toute l'Europe continentale, si on en retranche la Russie.
L'Inde, en effet, se divise en trois bassins bien distincts : le bassin de rindus, celui du Gange et le plateau de Deccan, qui constitue l'Inde centrale. Le Deccan est l'Inde classique, c'est-ànlire la seule qui soit bien connue des Européens. C'est cette partie de la presqu'île indienne que M. Grandidier a visitée, et sur laquelle il nous fournit les observations générales qui vont suivre:
c Les Hindous du Deccan, dit M. Alfred Grandidier, se rapprochent de la race aryenne (caucaaique) par l'ovale de la iSte, la conQguratîon du crine et l'angle facial. Ils semblent s'en Éloigner par leur couleur. Leur corps est peu robuste; rhomme des basses castes est maigre et grêle ; il supplée à la force par la légèreté et Tagilité. La couleur de sa peau varie du brun cuivré au brun foncé ; sa chevelure est lisse et d'un beau noir, et sa barbe est assez abondante.
■ Hmide et doux, l'Hindou manque de persévérance, de fermeté; doué d'une compréhension facile, il est incapable d'un travail soutenu; deux jougs pesant sur lui de date immémoriale, celui de la caste et celui de la domination étrangère, i;n ont fait une créature flexible, ayant plus de prudence et de finesse que d'énergie et de droiture, plus d'astuce dans l'esprit que de noblesse dans les sentiments.
« Une imagination vive que n'a jamais réglée une éducation rationnelle Ta conduit aux stiperstitiODs grosaiËres que sanctionne la religion hindoue avec tout son cortège de divinités impures. Si la timidité de son caractËre l'a préservé d'un fanatisme aussi brûlai que celui des musulmans, sa religion n'en est pas moins cliëre h son cœur, et ses croyances, au moin» parmi le peuple, sont sincëres.
Mg. WO. Enfsnli ÏDdlen< (Bombay).
• Le çivarsmc, auquel appartiennent la plupart des Dcccanis, a tant di- prix à leurs yeux qu'ils y sont plus attachés qu'à la vie Les doctrines les plus absurdes rencontrent en eux une Toi vive et ardente. Cotte religion plult il leur imagination par ses rivei fantastii^ues et par sa poésie grossii'rc, et les cérémonies sacrées les amusent, tout en llattuut leurs passions.
• L'absence de besoins contribue à lus rendre imprévoyants, et leur
imagination vive et enfantine, trouvant un aliment dans les moindres f^ i[u'il3 poétisent à leur manière, les pousse vers la vie contoniplalivi ilolente.
■ Leur reli gion avec ses doctrines de métempsycose accroît encore o tendance nuturelle de leur esprit; il en résulte cette force d'inertie j^ croyable contre laquelle tout vient se briser. Co qui touche k leur U£M seul le pouvoir d'ébranler les masses,
( Le costume des Hindous est le dlioti, longue bande d'étolTe roulée X tour do la taille, puis passée entre les jambes et attachée derrière le di iJe vêtement laisse à nu le baut du corps et les jambes. Les classes aità
porliiul une tourte cln:raise ^iin^'afkab) et une longue robe blanche (j Ln lélo est toujours couverte d'un turban de couleur et de dimension 6 férenle selon les castes et les sectes, Peu d'Hindous ont des souliers; E sandales sont d'un usa^e presque universel. Les femmes portent le c petite jaquette à manches courtes qui ne descend pas plus ba' trinet qu'elle comprime en la soulcnanl, et le sary, grande pitce de U ciu'elles enroulent autour do la taille cl rejettent coquoltemeni sur l'épaç ou sur la léte. Ce coâtumo gracieux rappeUc la clilamyde dont est r la Diane de Cables.
• En somme, on peut dire que te costume des Hindous est, en gènér tiéganl et approprié au climat et à leur genre de vie. Bien que cht^
caste, chaque secle ait son mode particulier <lc le porter, il n'en reste pas moins, sur tonte la superficie do l'Inde, le trait le plus iiniforme, le plus caractéristique de la population
■ Les deux senes a ment pass onnémeni Ips b jo \ les fen mes de la condition la plus infime portent so ve t tu nez n annet i t or enriclù do
perles. Leurs bras sont eutjurés di! br.ieulels ii'ar;,'unt, de cuivre ou de verre. Leurs orteils sont ornés de bngiies et leurs jambes de cercles de mébj fort pesants. Quant à leurs oreilles, elles ploient littéralement sous le poids des boucles d'or dont elles sont su ru ha ridées; et les lubules sont percés d'énormes trous [souvent de deux à trois ce ii limé tics île diamËlre] où s'in-
t La nourriture ordinaire des Hindous est furl simple, et leurs ru|)as si>iil
■ du courte dui'ée. Du tii bouilli dans l'eau et du cari (niâlange de viigétaui. Ide gliy ou beurre clarifié, d'épices et de saTran], rarement des amln ou du Plaît, peu de poisson, parioîa des galettes grossières de farine, des bananes Kde^ Fruits de l'arbre à pain ou du jaquier: voil!i ce qui compose mutin vl
■ soir le repas du riche comme du pauvre. Les feuilles du bananier Uennpnl
■ lieu de plats el d'assietti'S. Méoje pour maii^'er les légumes et le riz, lus s reinplscunl les L'uillei's et les Tourclietles; et pour dt^chirer les vianc'csl aux dents seules k Taire l'orTice du couteau absent. Les saucer ^lii di^cuulenl du menton et des doigis des convives donnent aui repas âiinduus un aspect qui inspire à l'Europi'-i-n un certain di^gûût. Û ii ne boit nue de l'eau et on fait peu uso^o de l'urrak (esprit eitrait du via. de gralmier).
comme reuTe, ses enbnts comme orphelins ; il n'a aucun secours, aucune pitié à attendre de ceux qui l'avaient Jusqu'alors entouré des soins les jilus empressés.
« [.PS Européens sont mis au rang des parias a cause de l'usage qu'ils font ctiaque jour à leurs repa% de la viande de bj^uf. Les brahmanes consentant bien à donner la ni^n aux Européens, mais, en rc^ntrant dans leur
qucs verres d'eau. Ce soDt toujours les femmes qui sont chargées de ce soin de ménage.
Fig. W». MendUnl religleui.
I î.cs caslcs supérieures donnent souvent aux parias des présents qu'elles
iliiposenl in variable me ni sur le sol, dans la crainte Je c.oiilracter par lu si pie contact cette l&pre morale tionl le* parias sont entaché» à leurs yei»T Jnmais un homme de cnste n'accepte un doi)<de la main d'un paria.
s le rappori physique cl intellectuel les gens de caste l'emportent de beaucoup sur les parias ; ces derniers sont plus laborieux, plus di^^ elles, plus accessibles au 3'>uni<? de l'Europe. Dans la présidence de Madn
conlnit les préjugés concernant la nourriture et les rapports quotidiens de la vie, il faudrait écrire plusieurs in-folios. On rencontre parlou lies mêmes tendances, le désir de briller, ot l'ambition de commander sans faire aucun de« efforts nécessaires pour s'en rendre digne. Dans les détails les )>lus frivoles et les plus absurdes, on ret:ouvc lus mômes mobiles. L'existence de ces castes a toujours empêché la formation d'un peuple homogène. De là iif i!\.'Llis si vivaces, ces inimitiés sans fin qui ont de tout temps porté
Fig. MB- Cinghalais .;l
: l'ilc de Cïylan:
atteinte à l'indépendance nationale, en facilitant les envahissements des él rangers.
E En dehors des conséi|uences sociales dont nous venons de parler, les Hindous croient encore ."i des conséquences religieuses. Les diverses castes ne sont point aptes, en eJïet, à recevoir la même instruction, ni à être initiées aux mêmes mystères, et cette inaptitude se continue même dans les autres existences, d'après le dogme des (avaites. »
Ce qui précède se rapporte aux Indiens du Deccan. n serait (xop
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t ini.-iniérét <
long «t iân.-fni£rét de parcourir Iq^tutrei populationf de la presqnlle lodleone, les bsbitantB du Bengale, les Badjepouut^ les Mahrauu, ete. Nous dirons seulement quelques mots des Qngfaalaîs, on habitant! de 111e de Geylan.
Les Cinghalais (Sg. SOS 4 314) sont tout à bit Indiens par la figure, le langage, les mœurs, les contâmes, la religion et le goa* vemement. ,Ce ne sont pas leurs truUJ^qal les éloignent des San^
péens, mais leur couleur, leur taille, les proportions du corps. La couleur de la peau varie du brun clair au noir; les cheveux et les yens noirs sont les plus communs. Leur taille est inférieure à celle des Européens. Ils sont bien faits \ leurs muscles sont bien dessinés. Leur poitrine et leurs épaules sont larges; leurs pieds et leurs mains petits. Leurs cheveux sont abondants et ils les laissent croître dans toute leur longueur, leur barbe est peu fournie. Les femmes sont, en générnl , bien faites.
Une beauté accomplie doit réunir les traits suivuits si l'on en croit un dandy lundien (Kandy est la ville principale de 111e de Geylan] : une chevelure fournie comme la queue d'un paon , assez longue pour atteindre jusqu'aux genoui et terminée en boucles gracieuses; des sourcils ayant la forme de l'arc-en-ciel; des yeux bleus de saphir; un nez droit comme le bec d'un faucon; des lèvres
rouges et brillantes comme le corail, enlin des dents petites, régulières, serrées, semblables aux boutons du jasmin.
Personne n'ignore que l'ile de Ceylan doit à ses plantations de café une grande prospérité. Les Anglais font un grand commerce avec tes habitants de cette lie, agriculteurs émérites pour la culture du caféier.
■ Les Kandiena, dit H. Alfred Grandidler, ont une constitution plus rc-
396 RACa BRUNE.
busU', les membi-es moins délicaU, les traits moins elTéniinés que leura *{ compatriotes du liUoral; leurs épaules vigoureuses, leur poitrine large, , leurs jambes courtes, mais musculeuses, sont une preuve de l'elTet que peut H produire le climat sur te développement du corps.
1 Li?s niteurs de ce« monta::nards n'ont point Aie altérées par les inlliiencea étrangères qui ont imprimé un caractère complexe à celles des habitants des eûtes; on retrouve chez eux ces uaifes primitifs qui puisent If'iwjorrpine dans les ni>coss'liis impérieuses de la vie. Ils n'ont point la
timidité et la servilité que noua avons constatée chei les individus des districts maritimes- L'état Téodal dans lequel ils ont vécu longtemps a entretenu en eux une énergie et une indépendance rares chez les peuples de l'Inde. La conâ^uration du sol leur a en effet permis plus aisément qu'à leurs frères des plaines du nord de conserver leur liberté , que l'agression vint de leur propre souverain ou d'usurpateurs étrangers. Il règne encore chez eux cependant cette indolence naturelle à tout peuple qui n'a à lulter contre aucun obstacle matériel pour se procurer les nécessités de la vie. Il
Rameau hindoï:.
est triste de dire que la tyrannie de leurs niailrus, clicrs ou rois, les a façonnés à l'hypocrisie et les a. rendus vindicatifs.
■ Tandis que les Cingjiahis de la cAte se sont adonnés au commerce et i'i Vindustcie, ceux des liautes régions ont toujours montré de la répulsion pour ce genre d'occu])alîon. Ils ont de tout (cmp$ évité tout rapport avei' l'étranger, et aujourd'hui encore, pour se soustraire, aulanl que possible, à des relations avec les colons anglais, ils caclicnl leurs villages au milieu de )a jongle, ii quelques centaines de uiëtres des sentiers mdne les ninin>:
fréquentés. Li présence d'une tuàI-to au milieu des fonH*, raspcet il': finira de cocotiers dénotent seuls l'existence dVlre* humains dans les lieux qu'iuitreiiient on croirait inhabités. Dans ces contrées oii la iialure a ra«i;ml.l<*lant de riches-^es, les rap|iorls d'homme à homme qui seraicnl assurtmiuit utiles au^bonlicur de lous, ne sont point cepcndaut indispensables, it leindigënes aiment leur solitude où ils jouissent à profusion de touli's •jurlfs lie biens.
« Les Cinghalais des montagnes ont po ir leurs chefs un re-peet Iradî-
tioimel, et sont Ir^s-attachâs à leurs anciens usages. Leur costume diffère (le celui des Cinghalais des plaines, en ce qu'ils ne portent point habiluellenient de vesle ; ce vêlemenl est en effet exclusivement réservé aux nobles,
qui s'en parent dans les cértimonies ; ils laissent à leur chevelure toute sa longueur, sans la retenir par un poigne. Des lois somptuaires et des injonctions religieuses déterminent au reste le vCtemcnt particulier à chaque classe ; la plupart sont encore en usage de nos jours chez les Kandicns. malgré l'abolition des castes prononcée par le gouvernement anglais.
ï L;i Ijngui'ur i!im jii|iliiis t'ii f.nne liu foiirruiui quliommcs et feiiinies porli'iit iniJIsUncteuurnl il;iti< lus iiionlat^ncs coninic dans la plaine et qui ■sembl.' la parlie du Oii-lunii- naCoinl ,î laquclk' ils altachrnt lu plus (rrand.iiupurtance, ctait jiuJis pr(i]">rtii.ii)iiollo à la position sociale de l'individu.
« l'oiir les ]im;is, l'i; fourii'aii ne puiivait di-pa-ser le genou. Les lioiii-
iiL.'s cl Ifs IV ]i.s ,i,. ca^i,. iiifOiifuro avaicnl la puilrine nue. JCntrw k--
eliel's cu\-nicinc- il y avait, i>t il y a encore, une dillcrence dans la ma-
nière de porter le comboye ; aprâs ravoir roulé deux ou trois fois autour des hanches et des jambes, ils forment autour des reins une ceinture plu-^ ou moins rolumineuse, dont la dimension dépend du rang. Les nobles se distinguent, en outre, du peuple par leur coiffure extraordinaire. C'est une sorte de béret en loile blanche. Les classes inférieures s'entourent simplement la tète d'un foulard, en ne laissant à nu que le sommet. Le roi avait seul le privilège de porter des sandales. Les prohibitions, telles que-celle de
porter des chaînes et ornements en or et en argent, sont encore scrupuleusement observées par les Kandiens, qui s'opposent de tout leur pouvoir aux empiétements des castes inr<iricures. »
M. Guillaume Lejean a publié d'intéressantes A'otes de voyage dans le Pan4iab el le Cachemyr. Nous n'avons pas l'intention de suivre le savant voyageur dans ses rapides excursions à travers
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