livraison du 15 février
de son caractère est la simplicité. Il possède à un haut degré le sentiment patriotique. 11 est capable d'enthousiasme et de dévouement pour défendre son étrange et curieux territoire, conquis sur la mer par des digues et des travaux formidables et arrosé par d*innoml)rables canaux, qui servent de moyen ordinaire de communication, et qui relient entre elles les rivières et les mers aussi bien que les villes.
Anglais. — Les Anglais peuvent être considérés comme le résultat du mélange des Saxons et des Ânglrs avec les peuples qui liabitaient les îles Britanniques avant l'invasion des Saxons.
D'où venaient et qu'étaient les Angles et les Saxons?
D'après Tacite, les Angles étaient un des petits peuples qui habitaient le littoral de rOcéan. Les Saxons, selon Ptoléraée, résidaient entre les bouches de l'Klbe et le Schleswig. Vers le cinquième siècle après Jésus -Clirisl, les Angles et les Saxons envahirent les ilrs Hrilanniques, et s'y mêlèrent à la population, alors composée de (iCltes, de Lntins et d'Araméens. Pendant les neuvième, dixième et onzième siècles, de nouvelles invasions de la (irande-r»n»tagne i)ar les Normands et les Danois ajoutèrent à ce sang, déjà si mêlé, une autre infusion étrangère.
C'est de ce mélange do peuples divers qu'est sortie la nationalité anglîiiscî, chez la([uplle on trouve à la l'ois le caractère patient et persévérant, l'esprit sérieux", le goût de la vie de famille apporté par les Saxons, et qui est le propre du génie germanir|ue, mêlé à la légèreté et à rimi>ression!ial)ilité des i)euples celliiues.
Le type ])h\si(iue qui est résulté de ce mélange, c'est-à-dire le type de l'Anglais, corresi)ond à ce mélange de races. Les têtes ont une furnie longue et élevée, (pii les distingue des têtes carrées des Allemands, surtout de ceux de la Souabe et de la Thuringe. Les Anglais ont la jieau généralement claire et transpareiite, les cheveux châtains, les formes élancées, lîi taille ^velte, la démarche raide et la j^hysionomie froide. Les femmes n'otlrent pas la noblesse et la plénitude de formes des femmes grec(|ues et romaines, mais leur peau surpasse en transpîirence et en éclat celle de la i)opulation féminine des autres contrées européennes.
Nous empruntons quelques pages à l'ouvrage de M. le docteur Glavel sur les Bacei humaines et leur part dans la civilisation^ pour faire une connaissance exacte avec le génie propre et les mœurs de nos voisins d'outre-Manche.
« En examinant, dit le docteur Clavel, la situation pi'ographinue de TAngleteiTe, son sol humide plutôt que froid, Tubservaleur sait à l'avance qu'il va rencontrer une population douée d'un appétit impérieux, d'une circulation puissante, d\in systiMue uioteur fortement orfianisé et d'un tempérament saiiL'-uin-lympliatiiiue. La puissance drs fonctions digestives annonce que le système nerveux ne jieut dominer et que la sensil»ilité est restreinte: la fréquence des brouillards qui délruisent les parfums de la terre, les vents impétueux de l'Océan et Tabsence du vin annoncent la pénurie du sentiment, de Tinspiralion, et des arts qui en sont la conséquence.
« Des plaines basses et unies, telles que les jn'ésenle TAn^'leterre proprement dite, sont {»eu favorables au développement des extrémités inférieures; aussi la force de TAn^lais est-elh; uioin^ dans s(*s jambes ipie dans ses bras, ses épaules et ses n^ins. Le pDiu^r est son arme naturelle, soit dans Patlaque, soit dans la défense : son dutd [)opui;iire e>t la hoxr, tandis que le pied joue un jjrrand rôle dan^ le duel (jui porte en Franc»' le nom caractéristique de savate.
« Cette puissance dt"S ré.trions >upérieures du corps donne à PAnglais un aspect particuli(T. En voyant ses é|»ault's cliarnue-i, son cou épai> et musculeux, sa poitrine proéminente, on devine le rud»^ travailleur, le marin intiépide, le fabricant infalii:ahle, le soldat «pii se fait tuer à son po^te, mais qui résiste mal aux marches foicées et à la faim. Ses cheveux blontls ou roux, sa peau blauctie, ses yrux ^^ris. di^iMil les hnime'^ de son i)ays; sa nuque peu saillante et Tovale peu accusé tle son cràn(.' di^rnt qu'il y a du san^r finnois dans ses veines; la force d»' ses maxill.iires ri le volume de si's d(*nts disent ses préférences pour h' réprime animal. Il a le front élevé du i»enseur, mais non les lonirs yeux de Tarliste.
« L'état insulaire de rAnglelt^rre, sa b»*lh; situation sur l'Atlantique, ses ports* nombreux et magnificpies, ses cours d'eau id la facilité de sa navip:ation intérieure, tout fait pressentir un ^••rand commerce maritime et les mœurs qui s'y rattachent. Mais ce que ne peuvent dire ni le sol, ni le climat, ni la position f:éographique, ce sont les aptitudes inqiortées i)ar les races.
« Dans l'Anglais il y a deux honmies : le Celle et le Germain. Un examen superficiel peut seul les confondre.
« Le Celte, que l'absence de notions précises sur une population antérieure fait consiiiérer connue indi;.^ène. se rapproche tles races néo- latines, et surtout des Français actuels. Il n'existe L'-uiM-e à l'état d'agglomération que dans l'Irlande et dans (juelques districts montajrneux du pays de Calles et de l'Kcosse. Son crAne et ses traits indicpnMit des aptitudes artistiques. Il préfère le christianisme sous sa forme catholique et anjilicanc. Comme l'ancien Gaulois, il aime le vin, le rire, le jeu, la danse, la causerie, la raille-
rie, la bataille. Il est spirituel et porte Pinstînct du comique* Il est franc et hospitalier : mais sa versatilité le rend incapable do mûrir et de poursuivre une entreprise, de se donner les avantages de la réflexion, de se réserver Pavenir. Faute de savoir coordonner ses forces et agir avec ensemble, il est devenu la proie d^un ennemi qui n^était son supérieur ni en nombre, ni en bravoure, ni même en intelligence. La vieille, la joyeuse Angleterre et la verte Irlande ont subi le joug du Danois, du Saxon et du Normand : elles ont perdu leur gaieté proverbiale, leurs bardes, leur génie démocratique et leur civilisation.
« Entre les conquérants modernes de l'Angleterre, les différences physiques et morales sont minimes. Tous sont venus des bords de la Baltique et portent en eux l'élément germanique et Scandinave; tous portent dans leur sang les aptitudes des anciens rois de la mer. Ils ont encore la force, qui érige la conquête en droit et prend ce qui est à sa convenance; Torgueil, qui se refuse à courber la tête, même devant la tempête; rinitiative individuelle, qui exige, avant tout, la liberté; une ténacité que rien ne décourage; une intelligence capable de toutes les subtilités; une senï>ualité générale, qui cherche à transformer les besoins du corps en moyens de jouiissanco ; une insufûsance de sentiment qui suppose le manque d'aptitude pour les arts; enfin, un tempérament calme et robuste entre tous.
« Ce type, qui se n- trouve encore dans les sommités sociales et dans raristocralie, sVsl nioiiilié par sa combinaison avec Télément celtique, mais a iniposé plus qu'il n\i roru. Le i^axon, en général, absorbe les autres races ou les dêlruil : on dirait qu'il boit leur vie et ne peut se plier k leur génie.
« Il faut donc s'attendre à trouver les mœurs de l'Angleterre actuelle plus Scandinaves que celtiiiues. Le plaisir des temps anciens a bien diminué; les joyeuses conunères ne sont plus frurre connues que dans la littérature; la raillerie, en se plarant dans une bouche saxonne, s'arme de dents aiguës : elle eniporli* le niorc(siu.
« Lorsque rinlelligence se délourne de Tidéal et se dirige incessamment vers les choses positives de la vie, elle prend Thabitude de considérer en tout le profil et la perle; elle d(;vient ennemie du gaspillage, qui détruit les biens sans profit, et amie de Tordre, sans lequel la prospérité matérielle est impossible; elle dirige les forces de l'organisme vers la production industrielle et agricole, vers le commerce, qui les entretient et les féconde; enfin vers la spéculation, qui prélève la meilleure part des profits du commerce, de Pagricullure et de l'industrie. Le Saxon trouve moyen de spéculer sur tout et do manceuvrer avec habileté dans le dédale de ses lois commerciales. Son temiiéranient llegmalicpie fait qu'il ne subit ni les entraînements de l'enthousiasme ni les déceptions du découragement. Il voit juste dans le présent et l'avenir. En luttant de finesse avec ses adversaires, il apprend à se cuirasser contre les entraînements du cœur. Sa figure trahit rarement sa pensée intime; ses trails sont dénués d'une mobilité qui serait un désavantage.
t (Test ainsi qin^ l'Anglais joint l'habileté à la volonté, d'où dérive sa puissance dans l'action. Étant fort et habile, il prend en lui-même une coq-
fiance qui dégénère facilement en orgueil et qui le sauve des petitesses de caractère. Il n'est ni obséquieux ni flatteur; il rejette les laffincments de politesse, qui lui paraissent une humiliation pour celui qui les emploie; il garde le serment qu'il ne pourrait violer sans s'amoindrir; mais il fait valoir tous ses avantages. La vie est pour lui une lutte dans laquelle on doit triompher sans prendre souci de ceux qui ne savent pas combattre et succombent en chemin. Il ne demande pas pitié et no l'accorde puèn^; il n'a pas la cruauté, qui est une sorte de faiblesse, mais il sait su[iprimer un ennemi quand il y trouve un avantage marqué. En adjoignant à l'Anglais Tinitiative individuelle, qui se retrouve dans toutes les branches de l'arbre germanique, on doit s'attendre à le voir amoureux de la liberté, sans laquelle ses forces ne pourraient prendre leur essor.
c Mais cette liberté le conduirait vite à sa perte s'il ne lui adjoignait l'esprit de conduite et s'il ne la tempérait par l'amour de l'ordre, qu'il puise dans ses habitudes industrielles et commerciales.
• .... Ses arts no manquent ni de talent, ni d'observation, ni de finesse, ni d'esprit; ils représentent les hommes et les choses avec la fidélité la plus scrupuleuse; mais ils manquent de senlimont, de chaUîur et d'idéal; ils ne savent pas mettre en jeu les liassions; ils ne peuvent sortir du jrcnre descriptif. Le théâtre leur fait défaut, comnie la musique, œuvre pure du sentiment; comme l'architecture, qui se voit dominée par la nature des matériaux et par l'appropriation de l'édifice aux besoins de la vie. Cette recherche de la commodité, qui rend la maison de Londres si laide, a pu également simplifier la langue jusqu'il l'amphibologie et dessécher l'accent jusiiu'à la discordance. Faute d'harmonie dans les moyens d'exprimer la [lensée, l'art de bien dire se retire de la conversation pour se concentrer dans le discours. Il n'y a presque pas d'intermédiaire entre ce dernier et la conversation incorrecte du téte-à-lète. Le résultat est que l'Anglais fait, à propos de tout, des discours écoutés et commentés avec une patience imperturbable, mais ayant le tort grave de donner aux relations sociales la pédanterie et la raideur. Des lors il n'y a plus de place pour l'abandon et la bonhomie. L'esprit formaliste aidant, une foule de choses ne sont plus permises ou ne peuvent se faire qu'en suivant des régies déterminées. Les convenances comprennent ainsi, outre la politesse, une foule de conventions qui aboutissent à une véritable tyrannie morale. Un acte qui partout ailleurs serait considéré comme naturel peut devenir l'objet d'un scandale; aussi le plus grand nombre s'abstient-il, dans un salon, d'agir, de parler et de gesticuler. Une réserve glacée devient la tenue générale.
t En face d'une pareille société, les indiscrétions et les hâbleries ne sont guère possibles. Mais de môme que l'on ne peut mentir, on ne peut dire toute la vérité : on est obligé d'en réserver une partie, et souvent la meilleure. Le résultat est une hypocrisie particulière, qui porte le nom indigène decani, et qui est le véritable fléau de la société anglaise. Par lecant, la vie intime est enfermée dans un cercle d'intolérance cpii lui donne une désespérante uniformité. Chacun est obligé de faire comme tout le monde, si bien que dans le pays de la liberté l'unie est opprimée et désespérée jusqu'au suicide. Voilà pourquoi tant d'Anglais, pour échapper au spleen, sont obligés de fuir leur patrie.
« La fcinmc anp^laisc est grande, blonde ot fortement constituée. Sa peau est éblouissante de fraîcheur; ses traits sont minces et poun'us d'ék'gance ; Tovale de son visage est prononcé, mais alourdi infôricuremcnt; ses cheveux sont fms, soyeux, charmants; son cou, délicat et allongé, donne à sa tête dos mouvements [ileins de grâce et de fierté.
* Jusqu'ici tout en elle est essentiellement féminin; mais si Ton analyse son buste et ses membres, on trouve que les os volumineux de sa race nuisent à la délicalessc des formes, é|)aîssissent les extrémités, cmpèchenl Pélégance «les attaches ot riiarmonie dos mouvements.
« La femme émane de deux centres, qui sont la tête el le cœur. Celui-ci donne la priko du cor|)s, la rondeur e( la finesse des formes, Tinspiration dans le sentiment, le dévouement dans Tamour, l'affinité de Tclnie, une séduction multiple et indéfinissable, une sorte île rayonnement divin qui est la jrrûce, qui est la tendresse, qui est le charme en un mot. Celle-là donne l'intelligence, Tespril, raniuialion et la conséquence dans les actes.
« Si lout choz ritalionne et l'Espagnole rév«'le la suprématie du cœur dont lord Myron était si aniouHMix, hmt chez l'Anglaise révèle la suprénialie de la létc L'î pliysiqu<* et le moral sont d'acrord.
«• Il n*e>t gu^re di; trasail d'rspril dont une fille de la Orande-Hrelagni^ lu' suit capable. Elle, s'instruit facilement; elle manie la plume avec éléiranoo; ell«' serait capable, au besoin, d'improviser un discours; elle est spirituelle, brillanle même: elle peul aborder les sciences abstraites; elle peut lutter avec rimniine de sagacité et de profondeur: ceiK'udaiil si conversaliiin ne ra[)live pas. Elle manque (\q:< mille instinctif féminins qui s« révèlent dans la luil«*lle, la [)()'^c. le geste et Tattitude. Harenn'nl elle est uiusirienne. Sa [»arole et son chant ne caressent pas l'ureillc: le sentiiiient do la couleur, de la fnnniî el du parfum lui fait déiaul. l'!lle aime ce qui esl vi«;lenl, cl, au lieu d'iirriver à riiarmonie, elle abuulil à l.i (ii-cunl;ince.
Aucune aristocratie ne peut, sous le rapport de Tiiabileté, être com-
[•arée à l'arislocratie anglaise. Après s'être as-uré l'intluence de la richesse en sVnqiarant de la terre et en la substituant de père en lils par droit de prinioj:énilure, elle donne le pouvoir législatif aux propriétaires du sol, au moyen d'une chambre de pairs dont les préroiratives et les domaines sont substitués au lils aîné, et d'une chandtre élective dont la nomination appartient surtout aux tenanciers des grands propriétaires. Avec de pareils privilèges chez la nol)lesse, la royauté di^vient forcément dépendante et se trouve rétiuite au rôle d'instrument. Les places inlluenles de Tadministration, d«; farméi', de la magistraluro (•! de l'église reviennent de droit aux grandes familles, qui disposent de toutes les forces du pays et en usent au profit de leur caste. I/inq»ot est organisé de manière à [M-ser principalement sur les classes intérieures, tandis que le jiroduit en revient à la classe privilé,!j:iée, sons forme d\i|)pointemenls.
« .... Pour amener Tanstocratie britannique au point de puissance où elle se ti'ouve, il a fallu bien des conquêtes. Il a fallu dévorer la substance du Portugal, de l'Espagne, de la Hollande et de cent trente millions d'Indiens; il faut (pie quinze millions dWuLilais soient condamnés à vivre d'un
salaire quotidien, quand il y a salaire, il faul que le canon ouvre les frontières de la Chine aux caisses d'opium et aux produits de manufactures obligées de vendre ou de succomber. Tant de maux n'ont pour compensation matérielle qu'une immense puissance donnée à l'argent. La sensuiditô exploitée sous toutes ses formes a décuplé le nombre des objets de consommation. Les maisons s'encombrent d'une multitude de meubles dont l'usage devient une sorte de science; les tables se chargent d'une variété infinie de mets, de fruits, d'argtMiterie et de cristaux; des étoffes aux mille nuances s'offrent aux caprices de la mode, soit pour la confection des vêtements, soit pour la dccoratiou des appartenieiits ; mais la maison n'ost ni plus belle ni plus saine, la table n'est ni plus ho^^pitalière ni plus réjouissante, le vêtement n'est ni plus gracieux ni plus chaud. Le corn fort élouffe le beau, que les honmies d'argent confondent toujours avec ce (|ui est cher.
« Il ne faut demander à l'aristocratie britannique ni la fine élégance de Paristocratie latine, ni le sentiment de l'art qui fit naître t<mt de merveilles en Italie et même en France.
« L'argent a pu accumuler dans des galeries particulières les tableaux et les statues produits par les étrangers, mais il a été impuissant à faire surgir une école d'architecture, de peinture et de srulplure; il n'a même pu produire une simple partition musicale. Les industriels et les hommes •d'État abondent en Angleterre; mais la pénurie (Ie< artisles est extrême. Un grand poêle sort des rangs de la noblesse, et il emploie son ^énie à flageller l'aristocratie el les mœurs de sou pays. Des littérateurs êminents donnent une valeur philosophii|ue au roman de mœurs, et ils peignent sous les couleurs les plus nuiras le géni(^ mercantile et féodal.
« Les hommes de fer (jui ont transformé l'Angleterre en une sorte de fief semblent se croire d'une autre espèce que le reste de rhuuianilê : ils jîassent à travers les populations sans subir leur contact, sans moiiilicr ua'î -étiquette réglementant jusqu'aux excès de la table, jusjju'à l'ivresse du vin, de la chasse et de Tamour. Lue parole, un geste suffit pour iuiprimer sur son auteur un cachet de vileiiie et pour irriter la fibre de la noblesse. Elle s'irrite encore si des litléraleurs de géuie fout parler des lonls connue ■de siaiples mortels; mais elle a obvié à ce scandale par le roman fa^hionahle, où brille, dans une auréole d'ennui, le décorum aristocratique.
« Tout cela produit une froideur conjpassêe, une hauteur réjmlsive qui
rend toute expansion el toute bonhomie impossibles. L'()|)pression morale
ït l'ennui s'infiltrent partout dans la vie : ils finissent par la rendre insup-
K)rlable. I>e spleen désole ces hommes si riches et si puissants.
« Ceux qui ne trouvent pas une distraction dans les luîtes politiques vont
Pélranger chercher un peu d'alfectiou <'t de gaieté; les j)lus robustes
rtagent lôiir temps entre la table, les chevaux et les chiens. Ils boivent
ne façon effrayante; ils foîcent le renard et le suivent à cheval en fran-
iSSLïii tous les obstacles et en risquant de se rompre le cou, ou bien ils
cent lieues pour voir courir un pur sang et pour parier, en sa favtnir,
vi ferait la fortune de dix plébéiens.
Une telle existence ne peut se mener qu'à la campagne. Aus^i la no- M anglaise réside-t-elle dans ses terres pendant neuf mois de Tannée,
exerçant Thospitalilé fastueuse de toutes les grandes oligarchies et créant des résidences où le culte du bien-être est poussé jusqu'au fanatisme.
« A Tombre de la féodalité vit une classe de fermiers, d'industriels, de marchands, de rentiers et de spéculateurs, qui se console des humiliations subies par celles qu'elle impose à la pli'be. Cette bourgeoisie, opprimée d'en haut et menacée d'en bas, offre un singulier mélange de timidité et de résolution. Son existence, toujours précaire, fait qu'elle s'alarme facilement, qu'elle est prête k subir les conditions des forts, à se charger de tous les rCles, à répéter tous les mots d'ordre. Elle est inépuisable d'enthousiasme et d'admiration quand elle voit un gain pour elle-même dans la conduite de ses maîtres; mais elle oppose une résistance de la plus grande habileté quand les aflaires publiques tournent h son détriment. Le danger ne la surprend guère; il est signalé de loin et conjuré quand il survient.
« On croit retrouver le caractère israélite chez des gens qui font de la Bible leur livre de prédilection; qui subissent l'avanie eu conservant le sentiment de la dignité; qui aiment avec passion l'argent et les affaires aléatoires; qui savent hasarder pour gagner, et compenser une chance de perte par trois chances de gain; qui respectent le texte plus que l'esprit de la loi, et usent de la probité commerciale comme d'un habile moyen de faire fortune.
• Dans la classe bourgeoise l'aristocratie britannique Irouvc un instrument souple et fort qui lui sert à maintenir les prolétaires, véritables héritiers du caractère des Oltes. A ces malheureux on reproche l'ivrognerie dans laquelle ils cherchent l'oubli de leurs maux, la brutalité qui se complaît dans les coups, les injures, les scènes de pugilat et les combats d'animaux, l'épaisse sensualité tiui se repaît de viandes et de bière, Tégoïsme qui sépare jusqu'aux verres des buveurs, enfin une criminalité plus forte (jue chez les autres nations civilisées.
« Mais derrière ces vices, tristes IVuils de la misère, de la douleur et de l'ignorance, il y a de solides vorlu>;. Le prolétaire anj^lais a dans le cœur un sentiment inné de générosité. 11 est doux aux faibles et rude aux fort»^. Le bien le cliarme. et son appui (.?>t assuré à ce (pii e^l généreux. S'il est aveujilé par sa personnalité au point de ix'rdrc la notion de la justice, il n'est guère atteint d'avarie»* et donne avft; plaisir. Son amitié est sûre, quoique jm;u démnn>tralive; il lient sa parole et méprise la perfidie. Les revers nidoublenl son énergie au lieu de Taballre; il m*, désespère jamais de ses iîntre[)nses, |>arce «lu'il sait tout sacrifier au succès, même sa vie. 11 n'a pas hfs mesquines vanités qui avilissent les classes intermédiaires. A sa patrie, qui pour lui rsl moins une mère qu'une niarûtre, il conserve un inépuisable amour. Il lui dévoue <on existence entière; il l'admire, il la trouve aimable: i! pousse rillusion jusifu'à lui donner Tépithète de joyeuse et de bonne vieille Angleterre. »
Transplanté dans le Nouveau-Monde, l'Anglais a déjà pris un type quelque peu dilTérent. Les Yankees, comme les Indiens les appelaient, c'est-à-dire les Taciturnes {Ya-no-ki), ont perdu dans l'Amérique du Nord leur caractère et la physionomie qu'ils tenaient de la mère patrie. Un type nouveau , moral et physique,
rappelant davantage le lype des Peaux-Rouges méridionaux, s* est formé chez l'homme du sud de rAmérique,et ce type s'est exagéré chez l'homme de l'Ouest, plus rude et plus grossier que celui du Nord.
FAMILLE latine:.
La famille latine s'est développée en Italie. De là elle étendit ses conquêtes sur une grande partie de l'Europe , de l'Asie et de TAfrique, en fondant l'empire romain. Les seules parties de ce vaste empire où se soient conservées de nos jours les langues latines, sont Tltalie, l'Espagne, la France et quelques contrées du sud-est de l'Europe.
Les peuples appartenant à la famille latine ont, en général, une taille moyenne, des cheveux et des yeux noirs, un teint susceptible de brunir par l'action du soleil ; mais ils présentent beaucoup de variations. Ils parlent des dialectes nombreux, (jui se fondent souvent l'un dans l'autre.
On distingue parmi les peuples de la famille latine : les FrançalSy les Hispaniens, les llaltens «t les Mohlo-Valaqiws.
Français. -^ Les Franks provenaient du mélange des Gaulois avec les anciens habitants du pays, c'est-à-dire du peuple qui, dans l'antiquité, était désigné indilléremment sous les noms A'Aqiiitmns ou (ïll'ères. et dont il reste encore un petit résidu vivant au pied des Pyrénées, le peuple basque, reconnaissable à sa langue, qui est celle des anciens Ibères.
Mais qu'était le peuple gaulois, (jui, se mêlant au sang national des Ibères, constitua le peuple frank?
Les Gaulois étaient une branche des Cdics ou Garls), peuple ancien qui, venu de l'Asie, envahit de bonne heure et occupa une partie de l'Europe occidentale, et particulièrement la portion de territoire qui forme la Belgique actuelle, la France, jusqu'à la Garonne, et une partie de la Suisse. Plus tard, les Celtes, ou Gacls^ étendirent leurs conquêtes plus loin encore, c'est-à-dire jusqu'aux îles Britannirjues. C'est au douzième ou au dixième siècle avant Jésus-Christ qu'ils envahirent la Gaule, et soumirent la population indigène des Ibères.
Les Celtes n'avaient conservé de leur origine asiati({uc que quelques dogmes religieux de l'Orient, l'organisation d'une
secte sacerdotale, et une langue qui, se rattachant par des liens étroits à la langue sacrée de brahmes indiens, nous révèle la parenté qui unissait ces peuples à ceux de TAsie.
Le peuple celtique était nomade, essentiellement chasseur et pasteur. Les Iiommes étaient de très-grande taille : on a prétendu qu'ils avaient de six à sept pieds. Plusieurs tribus se peignaient la peau avec une couleur tirée des feuilles du pastel. D'autres se tatouaient. Beaucoup se mettaient de fortes chaînes d'or autour des membres ou sur la poitrine, ou se couvraient de tissus aux couleurs voyantes, analogues au tartan des Écossais. Plus tard ils sacrifièrent au luxe. Par-dessus leur tunique ils portèrent la saie^ manteau court, rayé de bandes de pourpre et brodé d'or ou d'argent. Une peau de bète ou un manteau de laine grossière et de couleur foncée remplaçait chez Thomme des classes pauvres la riche saie que nous venons de mentionner. D'autres portaient une simare^ analogue à la blouse moderne ou au caraco des paysannes de la Normandie. Le second vêtement des Gaels était un pantalon étroit et collant, la brait. Les femmes portaient une tunique large et plissée et un tablier. Quelques-unes se contentaient pour tout vêtement d'un sac de cuir.
Leurs armes étaient des couteaux de pierre, des haches garnies de pointes en silex ou en coquillage , des massues, des épieux durcis au feu. Les hachettes celtiques de pierre sont communes dans l'ouest de la France.
Les Celtes étaient belliqueux et audacieux. Ils marchaient à l'ennemi au son du karnux^ sorte de trompette, dont le pavillon représentait une bête fauve couronnée de fleurs. Quand le signal était donné, le premier rang se lançait tout nu et impétueusement dans la mêlée.
Menant une vie errante, les Celtes ne se construisaient pas de demeure fixe. Ils se transportaient d'un pâturage à l'autre, sur des chariots couverts, et bâtissaient de simples cabanes, qu'ils abandonnaient après quelques jours de halte. Us s'abritaient aussi dans des grottes. Ils se couchaient sur la terre, étendant sous eux un peu de paille ou une peau de bête. Ils mangeaient et dormaient le plus souvent à ciel découvert. Amateurs d'histoires et de récits, ils se montraient curieux et bavards. Leurs mœurs étaient paisibles.
Un rameau de la famille des Celtes, les Kymris, qui venaient du fond de l'Asie comme leurs prédécesseurs, envahirent les fertiles
plaines qui s'étendent depuis les landes de Bordeaux jusqu'à l'embouchure du Rhin, et ne s'arrêtèrent à l'ouest que devant l'Océan, à l'est devant les Vosges, au sud-est devant les monts d'Auvergne et les derniers chaînons des Pyrénées et des Cévennes. Les Kymris, ou Belges, apportèrent avec eux la rudesse septentrionale. Ils fondèrent des villes et appelèrent à eux Témigration des Gaels.
Ces deux groupes distincts, quoique de même race, demeurèrent isolés dans quelques pays et dominèrent dans d'autres. Les Irlandais et les Écossais des hautes terres étaient des Gatls. L'élément gael avait aussi la prédominance dans la France orientale. Les habitants du pays de Galles, ceux de la Belgique et notre Bretagne appartenaient au rameau kymrique. Mais pour les Romains
ces deux races se confondaient sous le nom général de Bretons dans la Grande-Bretagne, et sous celui de Gaulois dans la Gaule.
Jetons un coup d'œil sur les types physiques, sur les mœurs et usages des Gaulois.
Vers l'époque où Jules César envahit et conquit les Gaules, on distinguait les Gaulois du nord, ceux du nord-est et de l'ouest et ceux du sud. Les premiers se faisaient remarquer par l'abondance et la longueur de leur chevelure : de là leur nom de Gaulois chevelus. Ceux du sud et du sud-est étaient les Gaulois porte-braies.
Les Gaulois communiquaient artificiellement à leurs cheveux une couleur d'un rouge ardent. Quelquee-uns les laissaient flotter complètement sur leurs épaules; d'autres les relevaient et les liaient en touffe au-dessus de leur tète. Certains ne portaient que d'épaisses moustaches; les autres avaient toute leur barbe.
Uuand ils s armaient pour les combats, les Gaulois revêtaient la saie. Ils avaient des traits, des frondes, des sabres à un seul tranchant, en fer ou en cuivre, des espèces de hallebardes qui faisaient d'horribles blessures. Un casque de métal, orné de cornes d*élan, de buflle ou de cerf, couvrait la tête du soldat ; sur celui du riche guerrier s agitaient de hauts panaches, pendant que des ûgures d'oiseaux ou de bêtes fauves en ornaient le cimier. Son bouclier était couvert de figures effrayantes. Sous une cuirasse en fer battu, le guerrier portait une cotte de mailles provenant de l'industrie gauloise. Il se parait de colliers, et le baudrier des chefs était brillant d'or, d'argent ou de corail. L'étendard consistait en un sanglier de métal ou de bronze fixé au bout d'une hampe.
Les Gaulois vivaient dans des habitations spacieuses et arron-
aies, balies avec des pierres brutes réunies par de la terre argileuse, ou composées d^ poteaux et de claies garnies de terre en dedans et en dehors, .e toit, large et solide, était composé de fortes douves taillées eu l'orme de tuiles, de chaume ou de paille hachée et pétrie dans Targile.
Le riche Gaulois avait, outre une habitation de ville, une mai* son de campagne. Les tables en bois étaient fort basses, et creusées d'excavations, <[ui tenaient lieu de plats et d'assiettes. On s'asseyait sur des bottes de loin ou de paille, sur des nattes de jonc ou sur des bancs à dos en bois. On couchait dans des sortes d'armoires en planches, ressemblant à celles que Ton voit encore. dans certaines chaumières de la lîretîigne et de la Savoie. On avait des vases de terre, de poteries tendres, grises ou noires, plus ou moins ornées, ou des vases d'airain. Des cornes d'aurochs servaient de verres à l)oire.
Les (iaulois mangeaient peu de pain, mais beaucoup de viande l)Ouillie ou rùtie. Jls déchiraient ordinairement avec leurs dents les morceaux qu'ils tenaient à pleine main. Les pauvres buvaient de la bière et d'autres boissons peu coûteuses, les riches des vins aromati^sés.
la beauté des Gauloises était proverbiale. On admirait l'élégance de leur taille, la pureté de leurs traits, la blancheur de leur peau. Pour lixer des hommes farouches, elles déployaient une excessive co(|uetlerie. i*our entretenir la fraîcheur de leur teint, elles se lavaient avec de l'ëcume de bière, ou avec de la craie dissoute dans du viuai'^re. Klles se teignaient les sourcils avec de la suie, ou avec une licjucnir tirée d'un poisson nommé oi'iiJii^ LUes rougissaient leurs joues avec du vermillon, enduisaient leur chevelure de chaux, pour la rendre idonde. l'enveloppaient d'un réseau de bandiUettes, la rejetaient en arrière, ou la recourbaient en l'aron de cimier. Mlles niellaient jus(|u à quatre tuni»|ues sujierposees. se voilaient la tète avec une partie de leur manteau, et portaient une mitre, ou bonnet phrygien.
A la mort diin simple particulier, on l'enterrait, suivant son sexe et sa condition, avec des jjoinles de llèches, des hachettes, des couteaux en silex, des colliers, des anneaux, des bracelets, des poteries, etc. Pour tombeau on ]»renait une pierre non taillée, que Ion entourait d'herbes, de mousse ou de Heurs. Ces tombj-aux selevaient dans les plaines, sur les bords des routes, dans les sanctuaires ombra.L^és par les hautes forêts. Ils étaient gardés
par une statue de Teutatès, aux joues peintes Tune en blanc, l'autre en noir.
A la mort d'un chef, son corps était brûlé. A cet effet, on le plaçait sur un amas de bois résineux, avec ses armes de chasse et de guerre, son cheval de bataille et ses chiens, et quelquefois avec des esclaves. Pendant que les flammes dévoraient le corps, les assistants jetaient de grands cris, et les guerriers frappaient leurs boucliers. On renfermait les os à demi calcinés dans une urne de terre grossière, ornée, grossièrement aussi, de quelques coups de poinçon ou de moulures en relief. L'urne était déposée sous un tumulus recouvert de gazon. Dans la Gaule méridionale on la plaçait sous une colonne funèbre.
Pour compléter l'idée que nous pouvons nous faire sur Taspect extérieur des Gaulois, nous devons dire un mot des druides.
Les druides étaient les prêtres des Gaulois. C'était un clergé puissant par son rôle politique et ses fonctions judiciaires. Les druides menaient une vie solitaire au fond des forêts de chênes, dans les grottes et les solitudes. Ils portaient un costume particulier. Leurs robes, descendaient jusqu'aux talons. Dans les cérémonies religieuses, ils cachaient leurs épaules sous une espèce de surplis blanc, et avaient sur leurs vêtements pontificaux un croissant, par allusion à la dernière phase de la lune. Leurs chaussures étaient des sandales de bois pentagonales ; ils laissaient croître leur chevelure , rasaient leur barbe , tenaient à la main une sorte de baguette blanche, et suspendaient à leur cou une amulette ovale cerclée d'or.
Les Pranks provinrent, avons-nous dit, du mélange des Gaulois avec les Ibères, race indigène du pays, joints plus tard aux Romains, aux Grecs et plus tard encore aux Alains, aux Goths, aux Burgondes et aux Suèves. Après avoir parlé des Gaulois nous avons donc à décrire les Franks.
Le Frank avait une haute taille, une peau très-blanche , des yeux bleus étincelants et une voix puissante. Son visage était rasé, sauf sur la lèvre supérieure, qui portait deux fortes moustaches. Ses cheveux, d'un blond admirable, étaient coupés par derrière, et longs par devant. Son habit était si court qu'il ne lui couvrait pas le genou, et si serré qu'il laissait voir toute la forme de son corps. Il portait un baudrier garni de clous et de plaques argentées ou damasquinées. A sa ceinture étaient suspendus un couteau de fer, une hache à manche court au fer épais et acéré
(la francisque), une lourde épée très- coupante; une sorte de pique de moyenne longueur, dont la forte points était armée de plusieurs barbes, ou crochets tranchants, et recourbée comme un hameçon. Avant de combattre , le Frank teignait ses cheveux avec de la couleur rouge. Souvent sa chevelure était retenue par un réseaud'or ou par un cercle de cuivre. D'autres lois il se couvrait de la dépouille des bètes féroces.
D'après les récits de plusieurs historiens, on peut se faire une idée exacte de la femme franke. Elle est forte, porte une robe longue et de couleur noire, ou une robe bordée de pourpre. Elle marche les bras nus. Son front est couronné de genêt fleuri. Son regard, quelquefois farouche, accuse une mâle vigueur. Aussi ne craintelle pas de paraître dans les sanglantes mêlées.
Les langues celtique et ibérique disparurent peu à peu chez les Franks; elles furent remplacées par le dialecte latin.
Les (iaulois et les Franks soumis par les Romains avaient reçu dans leur sang l'élément latin; cet élément ne lit que s'accroître. In instant arrêté par les invasions des peuples du Xord et de l'Est, par les hordes asiatiques de race mongole, parmi lesquelles tiguraient les Huns, l'élément latin reprit le dessus à partir du seizième siècle. Alors les hommes et les choses, la langue et les arts, participèrent de plus en plus de l'influence latine. La chevelure blonde et la peau blanche du Frank changèrent de caractère avec la chevelure noire et la peau brune du peuple latin. (Vest ainsi (jue le Français i)erdit la taille athlétique et les membres vigoui'cux du Gaulois, pour acquérir la souplesse et l'agilité des peuples méridionaux. C'est ainsi que la langue française se Corma \nn\ à |ieu, au moyen des dialectes latins modifiés.
L'existence d'une seule langue écrite fait qu'il est difficile d'établir des divisions caractérisli(|ues parmi les Français actuels. On pourrait ce[»ondant distinguer les Français proprement dits^ qui hîd)itent le cours inférieur de la Loire, et dont les dialectes sont le i)lus voisins de la langue écrite; — les Wallons, dans le Xord, dont la prononciation se rapi)roche un peu de celle des peul)les feulons; — et les Bomans, dans le Midi, où les dialectes se confondent avec ceux des liispaniens et des Italiens. Les Français du centre sont ceux (|ui tiennent le |)lus des Celtes; ceux du Midi ont la vivacité des anciens Ibères ou basques, et ceux du Nord ont subi davantage l'inlluence teutonne, inlluence qui se fait surtout sentir en Normandie.
Grâce à la diversité des origines , et aux différentes races humaines qui se sont fondues dans son type, grâce peut-être aussi à Textrême variété géologique du sol de la France, où Ton trouve comme une sorte d'échantillon de tous les terrains du globe, le Français n'a point de physionomie propre, au point de vue organique: ce qui n'empêche pas la nationalité française d'être parfaitement accusée.
Au point de vue physique, si Ton met à part certains extrêmes, on peut dire que le Français est caractérisé, non par les traits spéciaux, mais par la mobilité et l'expression de ces mêmes traits. Ni grand, ni petit, le corps a des proportions excellentes, et s'il n'est pas capable de développer une grande action musculaire, il est du moins en état de lutter avec avantage contre la fatigue et les longs exercices. Agile et nerveux, prompt à l'attaque comme à la riposte, plein de ressources dans la défense, souple et dispos, adroit au physique comme au moral, tel est le Français dont le type est reconnaissable dans notre classique troupier (fig. 25).
Au point de vue intellectuel, le Français se distingue par une promptitude et une activité de conception vraiment hors ligne. 11 comprend vite et bien. Une nuance de sentiment vient s'ajouter à cette activité intellectuelle. A cet ensemble des qualités de l'esprit et du cœur, joignez une dose très-prononcée de raison, un jugement solide et une véritable passion pour Tordre et la méthode, et vous aurez le type français.
C'est par la réunion de toutes ces qualités que s'explique le respect de notre nation pour la science et les arts, l'ordre admirable qui règne dans ses musées, et le bon entretien de ses monuments histori([ues. Ainsi s'explique l'excellente organisation de son enseignement public, tant pour les sciences que pour les arts, sa philosophie tolérante et douce, qui cherche surtout les règles pratiques applicables à la conduite des hommes, son excellent arsenal judiciaire, et son admirable code civil, (jui a servi de modèle à toutes les nations des deux mondes.
Cependant si le Français respecte la science, s'il aime les arts et s'intéresse aux productions de l'esprit, il faut reconnaître qu'il répugne à s'y mêler de sa personne. Il est heureux de profiter des applications pratiques de la science , et proclame avec reconnaissance les services qu'il en reçoit, mais il recule à l'idée d'étudier les sciences en elles-mêmes, et le titre de savant est chez lui
le synonyme d'un être parfaitement ennuyeux. Les sciences qui ont jeté en France un très-vif éclat à la fin du siècle dernier, y languissant aujourd'hui. Les carrières scientifiques sont désertées et la science est dans une décadence visible dans la patrie des Lavoisier, des Lalpace et des Cuvîer. Pour faire accepter la science aux lecteurs français, il faut enduire de miel les bords de la coupe; encore faut-il bien connaître la dose à laquelle on peut lui administrer le breuvage édulcoré, et ne pas dépasser les forces de son tempérament ou de son humeur présente.
On peut en dire autant pour les arts libéraux-. Le Français aime à jouir des œuvres de Tart, des beaux monuments et édifices, des statues précieuses, des tableaux magnifiques, des gravures et de toutes les hautes productions de Tart; mais il ne fait rien pour les encourager. Notre pays est aujourd'hui, dans le monde entier, à la tète des beaux-arts, et son école de peinture est sans rivale. Cependant c'est à Tétranger que les artistes, peintres ou sculpteurs, doivent aller chercher l'écoulement de leurs produits. En France, on se contente de rendre un hommage platonique au mérite de leurs œuvres, et Ton s'en rapporte au gouvernement du soin d'encourager et de propager les arts.
Cet encouragement se résume en une exposition annuelle des tableaux et des statues laite dans un local où l'on n'entre qu'en i)ayant. Puis tableaux et slatues sont renvoyés aux artistes, et des médailles, de clilïérento v.ileur, permettent au public de classer le mérite de clia([ne exi)Osant.
Kn France, on n'est donc à proprement parler ni savant, ni artiste; seulement on professe une grande estime pour les sciences et lesarls. Un leur rend honiniage mais on n'a aucun désir de se les assimiler, et l'on ne fait rien pour les jiropager.
Une (|ualité excellente de notre nation, c'est la sociabilité. Tandisque l'Anglais et l'Allemand se renferment dans leur maison, avec un soin misanthropique, le Fnmçais aime à partager son logis, à habiter une esj»èce de ruche, où le même toit abrite quantité d'individus de tout Age et de toute condition. Il peut ainsi échanger <'t recevoir mille services, vivre de son existence propre, en même temps ((ue de celle d'autrui. Voyez dans nos villages les maisons groupées ensemble, adossées l'une à l'autre; voyez dans les villes ces maisons où cinquante locataires, à peine séparés par une mince
cloison, ont un domestique commun à tous, le portier, et vous reconnaîtrez làTinstinct de sociabilité, d'affabililé extérieure, propre à la nation française. L'empressement que chacun manifeste à rendre les petits services de la vie, à secourir un blessé, à s'employer pour tirer son voisin d'embarras, sont autant de signes de ce même et louable esprit de sociabilité.
La douceur des sentiments et des pensées, le goût extraordinaire pour Tordre et la méthode, l'amour des arts, qui caractérisent la nation française , se retrouvent dans les productions diverses de son industrie. Le sentiment de l'art caractérise essentiellement l'industrie française, et lui donne ce cachet de bon goût, de distinction et d'élégance qui font sa juste renommée, et répandent ses produits dans le monde entier.
Sans être ni artiste ni savant, le Français sait donc parfaitement tirer parti de la science et de l'art. Il leur demande leur concours et leurs inspirations ; il sait les utiliser et les transporter dans la pratique. Grâce à son esprit d'ordre et de méthode, il parvient à retirer des profits matériels des objets d'étude ou de sentiment.
Après le côté brillant du caractère de notre nation, montrons son côté défectueux.
Il est reconnu que le tiers des Français et plus de la moitié des Françaises ne savent ni lire ni écrire: ce qui revient à dire que sur les trente-huit millions d'individus qui composent la population de la France, quinze millions ne savent ni lire ni écrire.
Le paysan français ne lit pas, et pour cause. Le dimanche on lui fait la lecture de l'almanach de Pierre Larrivay, de Matthieu Laensberg, ou de quelque autre prophète de la même farine, qui prédit pour chaque jour de Tannée le temps ou les récoltes, et cela lui suffit. La Bruyère a tracé de nos paysans, au temps de Louis XIV, un portrait saisissant et sinistre, qui est souvent vrai de nos jours: depuis deux siècles, le modèle a peu changé*.
L'ouvrier français lit fort peu. Les ouvrages de science vulgarisée qui, de(>uis un certain nombre d'années, se multiplient si heureusement en France, ne sont pas lus, comme on se Timagine, par les ouvriers. Les personnes qui récherchent ce genre de livres
1. « L'on voit certains animaux farouclres, des mâles et des femelles^ répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lovent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine. P:t on effet ils sont des hommes. »
ont déjà une véritable instruction, qu*elles désirent compléter en rétendant à d'autres branches du savoir : ce sont les jeunes gens des écoles et les personnes qui appartiennent aux diverses professions libérales ou commerciales.
Le bourgeois, qui a quelques loisirs, en consacre une partie à la lecture, mais il ne lit pas do livres. En France, le livre est un objet de luxe, à Tusage des raffinés. Quand elle voit passer dans la rue un homme tenant un livre sous le bras, la foule le contemple avec une curiosité respectueuse. Entrez dans les maisons, même les plus opulentes, vous y trouverez tout ce qui est nécessaire au confort de Texistence, tous les meubles à Tusage de la vie, mais vous n'y verrez presque jamais de bibliothèque. Jugée indispensable en Allemagne, en Angleterre, en Russie, la bibliothèque est à peu près inconnue en France.
Le bourgeois français ne lit que les journaux. Malheureusement les journaux en France n'ont jamais été consacrés qu'à la politique. La littérature et les arts, la science et la philosophie, voire même le commerce et le mouvement des affaires, c'est-à-dire tout ce qui constitue la vie et les intérêts d'une nation, sont exclus, avec un soin jaloux, de la plupart de nos grands journaux, pour faire place à la politique. C'est ainsi que la politique, la plus superflue et la plus stérile des matières, est devenue dans notre pays la grande préoccupation et la seule préoccupation de toutes les classes.
La presse dite Uncrc est bien pire. VAXa se fait avec les anciens ana. On coupe dans le Buvriana les bons mots du marquis de Bièvre et on les met sur le compte de M. de Tillancourt; on attribue à Mlle X.... des A'ariétés une anecdote cueillie dansr£»rydopcdiana, et le tour est fait. Cela ne se vend qu'un sou et ne vaut pas un liard.
Les journaux sont le grand moyen de farcir de vide la tète de nos bourgeois.
La faiblesse de l'instruction en France ressort davantage quand on sait ce qui se passe chez d'autres nations. Parcourez la Suisse, et dans chaque chaumière vous trouverez une petite bibliothèque. En Prusse, un individu qui ne sait pas lire, est une rareté : l'instruction est obligatoire dans ce pays. Tout le monde sait lire en Autriche. En Norvège et en Danemark le dernier des paysans lit et écrit sa langue avec pureté ; et dans l'extrême Nord, en Islande, dans cette terre vouée aux rigueurs d'un froid éternel, qui est comme la
mort de la nature, les imprimeries sont en grand nombre. Nous n'avons pas besoin de dire que les Anglais et les Américains remportent de beaucoup sur les Français, au point de vue de l'instruction. Bien plus, tous les Japonais savent lire et écrire, ainsi que tous les habitants de la Chine propre.
Espérons que ce triste état de choses changera quand on aura décrété, en France, instruction gratuite et obligatoire.
Peu instruit et peu désireux de l'être, industriel timide et agriculteur routinier, le Français a pourtant une vertu dominante. Il est soldat; il a toutes les qualités exigées pour la guerre : la bravoure, llintelligence, la vivacité de conception, le sentiment de la discipline, et môme la patience quand il le faut. Si en 1870 un enchaînement de fatalités déplorables a forcé notre patrie de subir la loi d'un peuple qui s'étonne encore de sa victoire, la réputation de bravoure et d'intelligence du soldat français n'a pas souffert de cet échec imprévu. L'heure de la revanche contre les barbares du Nord sonnera tôt ou tard.
Ce qui est tout à fait propre à la nation française, c'est son esprit frondeur, sa verve satirique. Si du temps de Beaumarchais tout finissait en France par des chansons, de nos jours tout finit par des quolibets, et selon l'argot du jour, par la blague.
Il n'est rien que notre esprit satirique n'ait tourné en ï'idicule. Dans l'art du dessin il a créé la charge, c'est-à-dire la caricature du beau et l'exagération hideuse de toute imperfection physique; au théâtre il a introduit la cascade^ parodie publique, avilissement devant le parterre , de notre histoire , de notre littérature et de nos grands hommes; dans la danse il a fait naître cette chose obscène et sans nom qui se compose de vraies contorsions de fou, et qui passe à l'étranger pour notre danse nationale !
La femme française est parfaitement douée au point de vue intellectuel ; elle a la conception facile, l'imagination vive et l'esprit enjoué. Malheureusement le poids de l'ignorance alourdit tout son être. Rarement la femme du peuple sait lire; seule la femme des classes supérieures a le loisir, pendant sa jeunesse, de cultiver son esprit. Toutefois il ne faut pas qu'elle s'adonne trop à l'étude; il ne faut pas qu'elle aspire à devenir un esprit orné et distingué. L'épithète debas-bleulà ferait vite rentrer dans la foule commune, dans la plèbe féminine ignorante et légère. On lui appliquerait, avec un empressement unanime, ces vers des Femmes
savantes, de Molière, qui ont eu, depuis deux siècles, le triste pouvoir de semer Tignorance dans la moitié de la société française :
Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes , Qu'une femme étudie et sache tant de choses. Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants, Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens Et régler sa dépense avec économie, Doit être son étude et sa philosophie *.
C'est sous Je poids de cette malheureuse tirade que des personnes qui se croient bien raisonnables, étouffent les velléités qu'éprouveraient les jeunes filles et les jeunes femmes d'ouvrir leur esprit aux notions de la littérature, de la science et des arts.
Il a été question un moment de faire participer nos jeunes filles à l'instruction que TUniversité donne aux jeunes gens. Nous voulons parler des cours qui devaient être faits par les professeurs des lycées, selon le plan imaginé par M. Duruy. Mais cette tentative d'émancipation intellectuelle des jeunes filles a été vite réprimée. A peine tolérés à Paris, ces cours ont été promptement interdits dans nos villes des départements, et la femme est bientôt revenue sur les genoux de V Église , c'est-à-dire a été rendue à l'ignorance et à la superstition.
Ce défaut d'instruction chez la femme française est d'autant plus regrettable, qu'à d'excellentes dispositions intellectuelles se joint, chez elle, l'incontestable don des grâces et des charmes physiijues. Il y a une séduction sans égale dans sa physionomie, bien qu'il soit impossible de la ramener à un type déterminé. Ses traits, souvent irréguliers, semblent empruntés à plusieurs races; ils n'ont pas cette unité que donnent le calme et la majesté, mais ils sont expressifs au plus haut degré, et merveilleusement prol)res à traduire toutes les nuances du sentiment. On y voit le rire percer jusque sous les pleurs, la caresse sous la menace et la prière sous le commandement. On aperçoit le rayonnement de l'àme à travers l'irrégularité de cette physionomie.
Petite de taille, en général, la femme française a, dans toutes les proportions du corps, la grâce et la finesse. Les extrémités et les attaches sont délicates et élégantes, le modelé parfait et les formes accusées, sans être entachées de lourdeur. L'art vient d'ailleurs