‹ Les races humaines (volume 2)Chapitre 5 sur 29 · Acte II, scène \T · texte numérisé non relu

Acte II, scène \T

chez elle merveilleusement en aide à la nature. En aucun lieu du monde on ne connaît au même degré qu*en France le secret de s'habiller, de rectifier par la forme et la couleur les défectuosités naturelles. Ajoutez à cela un désir continuel de charmer et de plaire, le soin d'attirer et de retenir les cœurs par la simplicité ou la coquetterie, par la bienveillance ou la malice, le besoin de répandre partout le plaisir et la vie, la noble attention d*éveiller les grandes ou les touchantes pensées, et vous comprendrez Tempire universel et charmant que la femme a toujours exercé en France, et la grande part d'influence qu'on est forcé de lui laisser sur la direction des hommes et des choses.

Toutes ces qualités qui distinguent la femme des classes supérieures, dans notre pays, se retrouvent chez la femme du peuple. Ses industrieuses mains excellent aux travaux d'aiguille. Elle taille ses vêtements et ceux de son enfant, entretient le linge de la maison, confectionne ses chapeaux, et sait maintenir l'élégance et le goût jusqu'au sein de la pauvreté. La rectitude de son jugement, son tact et sa finesse, sa rare pénétration, sont d'un puissant secours dans les affaires commerciales, où la justesse de ses appréciations apporte à son mari et à ses enfants le plus utile concours. C'est dans le commerce de détail qu'éclatent surtout ses qualités : Tordre, la sagacité et la patience. Sa politesse et sa présence d'esprit charment l'acheteur, qui est toujours servi à souhait, toujours content de lui-même et de la marchandise.

Les femmes françaises excellent dans les soins du ménage et l'éducation des enfants. Ces jeunes filles gracieuses et doucesh deviennent des mères de famille à la tendresse inépuisable, qui font de la maison paternelle l'asile le plus sûr et le meilleur refuge contre les souffrances et les maux de la vie.

Hispaniens, — Nous comprenons sous le nom (ÏHispaniens les Espagnols et les Portugais.

Les Hispaniens sont le résultat du mélange des Latins avec les Celtes, qui les avaient précédés en Espagne, et avec les Teutons, qui en chassèrent les Romains.

Baignée de trois côtés par la mer, séparée de la France au nord par les crêtes des Pyrénées, confinant au sud à l'Afrique, dont elle n'est disjointe que par un bras de mer, l'Espagne est accidentée de montagnes qui, se coupant réciproquement plusieurs fois, forment des bassins n'ayant entre eux que des communica-

lions difficiles. Les montagnes de TEspagne sont une des principales causes de la richesse de ce pays. Elles renferment des métaux variés et précieux , et les eaux qui descendent le long de leurs pentes forment des sources qui fertilisent les vallées et donnent naissance à de grands fleuves.

Le climat de l'Espagne se ressent du voisinage de l'Afrique. Pendant l'hiver, Tair y est froid, sec et vif; il est brûlant pendant Tété. Les feuilles des arbres sont raides et luisantes, les branches noueuses et contournées, les écorces sèches et rugueuses. Les fruits mêlent à leurs parfums des saveurs acres et piquantes; les animaux sont maigres et farouches.

Il y a donc dans la nature, en Espagne, quelque chose de violent et de rude. Ce caractère se retrouve dans les habitants du pays.

L'Espagnol, comme l'Africain, est, en général, d'une taille peu élevée. Il a la peau brune, les membres musculeux, secs et agi- ^ les. Sous le rapport moral, la passion domine chez lui. Or la passion est impossible à maîtriser ou à dissimuler. Elle ne craint pas de se produire; et pour peu qu'elle rencontre la curiosité ou Tadmiration , elle se répand au dehors , au point de devenir un spectacle. Aussi l'Espagnol laisse-t-il toujours éclater ses sentiments à l'extérieur.

Cette habitude do se mettre en scène, qui aurait des inconvénients chez une nationaux mauvais instincts, produit les meilleurs résultat, chez l'Espagnol, dont le fond est plein de générosité et de noblesse. Elle lui donne l'orgueil, père des grands sentiments et des belles actions, l'émulation, (|ui excite à se dépasser soi-même, la tenue morale, la générosité, la dignité et la discrétion. Nulle part on ne comprend mieux qu'en Espagne les égards dus à Tàge et au sexe, ainsi quo le respect qu'il faut avoir pour le rang et la hiérarchie.

L'amour des distinctions, des places et des grades est une conséquence, regrettable mais inévitable, de ce même sentiment.

Le juste orgueil de l'Espagnol le rend vétilleux sur le point d'honneur. Il supporte mal l'insulte, et veut la laver dans le sang. Il saisit facilement l'épée ({ui doit venger son honneur, ou le couteau qui doit vider ses querelles (fig. 26).

En Espagne les armes sont entre les mains de tout le monde, et c'est leur contact habituel — qu'on néglige trop parmi nous —

qui doDne à chacun le désir de la gloire, ou l'espoir de jouer un r61e dans le monde.

Fig. M, L« du<l aa

Avec ces dispositions, l'Espagnol ne peut être qu'un excellent soldat. Outre le goût et l'habilude des armes, il a la vigueur.

l'agilité, la patience ; il est donc digne d'être cita avec honneur à côté du soldat français. Seulement, la discipline est âiOicile k

imposer à ces liommes fiévreux et indépendants. Ils ne sont pas toitjours facilts à conduire en temps de guerre régulière, et

eo temps de troubles ils deviennent vite des guiriUat, mot qui équivaut i peu près à celui de brigand.

Les armes étant familières à tout Espagnol, la tentation doit être prompte à en faire usage, et la passion aidant, les occasions

l'agilité, la patience ; il est doDC digne d'être cité avec honneur à côté du soldat français. Seulement, la discipline est diCGcile i

imposer à ces liommes fiévreux et indépendants. Us ne sont pas toujours faciles à conduire en temps de guerre régulière, et

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Les armes étant familières à tout Espagnol, la tentation doit être prompte à en Taire usage, et la passion aidant, les occasions

90 KACE BLANCHE.

ne doivent pas manquer. C'est pour cela que 1

'in-i,

M^icburiil Je beituui, i coriloue.

teiTL' cLassi([uc de la guerre civile- Pour un oui ou pour un non.

le paysan saisit son fusil et court à l'embuscade, ou va s'enrôler

FIg. N. Bammt tl tïinm«a du peuplo 1 Talêde.

dans une bande d'insurgés. Les insurrections politiques sont un jeu pour ce peuple aux impressions vives et rapides. Eu un clin

d'œil des bandes années couvrent le pays. L'ÏDSnfGsaiice de la discipline, cliez les soldats et les sous-officiers, fait grossir d'é-

pées inlidcles ces phalanges irrégulières, et c'est ainsi que la malheureuse Espagne est toujours sous le coup d'une Insurrec-

tion locale, dont la répression coûte toujours du sang, et qui ne garantit rien pour l'avenir.

L'Espagnol, qui met de la passion dans tout, en a mis nécessai-

Fig. 31. mUricur d'un cibirtl i MadriJ.

rement dans la religion. Sa piété est exaltée. L'excès de cette piété s'est souvent tourné en violence, et est devenu funeste.

C'est la fureur religieuse qui rendit TEspagne si cruelle contre les Sarrasins et contre les juifs; qui, plus tard, alluma les bûchers de rin([uisition et entretint la plus farouche intolérance. L'Espagne a brûlé, au nom d'un Dieu de paix et d*amour,des milliers de créatures innocentes; elle a proscrit, égorgé, torturé enThonneur et pour le bien de la foi catholique!

C'est cette exagération passionnée du catholicisme qui a perdu l'Espagne dans les temps modernes. Comment cette nation, si puissante au seizième siècle, et qui sous Charles-Quint dictait des lois à l'Europe entière, est-elle tombée aujourd'hui au dernier rang des Ëtats de cette partie du monde? C'est ([ue la multiplication des couvents d'hommes et de femmes a amené une prompte dépopulation du pays; c'est que la proscription des Maures, puis des juifs, puis des protestants, a détruit Tindustrie; c'est que les tribunaux de l'inquisition et les auto-da-fc ont amené la tristesse, la défiance des masses; c'est que les abus de l'élément religieux et de ses symboles ont produit un bigotisme comparable à l'idolâtrie; c'est que la crainte d'offenser une religion intolérante et égoïste a arrêté tout progrès moral, et mis obstacle à tout développement de la science, (jui repose sur le libre examen.

Voilà comment le mouvement, la vie et la pensée ont disparu, comment la prospérité matérielle s'est éteinte dans la partie de l'Europe la i)lus jnerveillcusement dotée de richesses naturelles; comment le commerce a été anéanti dîins un pays dont la situation ^éoiiraphiciue est sans rivale, et qui possédait dans le Xouveau-Moiukî les [)lus florissantes et les plus puissantes colonies; coinincnt enlin la littérature et la science, ces deux grandes expressions de la liberté et du progrès, se sont arrêtées dans la patrie de Michel llervanles.

Tomment IKspagiie pourrait-elle n^couvrer sa splendeur des anciens tem[)s? nu(?ls sont les remèdes ii opposer à ses maux? La tolérance en reli;^ion, et en politi((ue la liberté.

Le ty|)e de la lemme es])a.ij:nole est tellement connu que c'est à peine s'il est nécessaire de le rappeler. Hrune, en général, bien que le type l)lond soit beaucoup plus fréquent qu'on ne le pense, l'Espagnole est presrjue toujours de petite taille. Oui ne connaît ses grands yeux voilés sous des cils épais, son nez fin, ses narines charnues? La taille est toujours, chez elle, ondulée et cambrée ; ses membres sont pleins de rondeur et de modelé, et ses extrémités d'une finesse incompa-

RAMEAU EUROPEEN. 9b

rable. C'est un mélange charmant de force, de longueur et de grâce.

Aimer est la graode affaire de l'Espagnole. Elle aime avec pas-

Ml

sion, mais avec constance, et la jalousie qu'elle ressent n'est ([ut> la compensation légitime de l'altachement qu'elle éprouve. L'Espagnole, qui est épouse (Idèlc, est excellente mère. Peu de

femmes sont meilleures nourrices peu sont plus attentives et plus patientes en face des soins exigés par 1 enfance La mère prodigue a sa jeune famille sa vie entière, et si elle ne lui donne pas elle-

mome l'instruction, c'est que, hélas! le savoir lui manque; car elle n'est pas plus instruite que la femme française, sa digne compagne au point de vue de l'ignorance.

Nous avons dit que la femme exerce en France une influence très-manifeste sur la marche des événements. La femme espagnole n'est pas en possession de cette même influence utile. Elle n*est écoutée de son eutourage que pendant la courte période de sa beauté. Arrivée à la maturité de la vie, alors que, son jugement s'étant formé par l'expérience et son esprit s'étant agrandi par l'observation ou la souflrance, elle pourrait calmer les passions de ses amis, les soutenir de ses conseils, les réunir autour de son foyer, la femme espagnole est reléguée dans l'ombre, et ses facultés acquises sont perdues pour la société.

Après cet aperçu général des mœurs de l'Espagne, nous parlerons des physionomies les plus caractéristiques de ce pays.

Le type mauresque se trouve d'une manière très tranchée dans la province de Valence. Le teint des paysans est basané. La coiffure des paysans de Valence se compose d'un mouchoir aux couleurs éclatantes, roulé autour delà tête, et sélevant en pointe : souvenir du turban oriental. Quelquefois ils y ajoutent un chapeau de feutre et de velours noir aux bords relevés. Les jours de fête ils mettent le gilet de velours vert ou bleu, aux nombreux boutons, formés de piécettes d'argent ou de cuivre argenté. Le pantalon est remplacé par un très-large caleçon de toile blanche, qui flotte jusqu'à la hauteur du genou ; il est retenu par une large ceinture de soie ou de laine rayée de couleurs vives ; la chaussure consiste en espardines fixées au moyen d'un large ruban bleu qui s'enroule autour de la jambe comme les cordons d'un cothurne. Une longue pièce d'étolfe de laine rayée et brillante de couleurs est jetée sur l'épaule ou drapée sur la poitrine : c*est la mante.

C'est au marché qu'il faut voir ces paysans apporter leurs oranges, leurs grappes de raisins et les régimes de dattes.

Les Valençaises sont quelquefois remarquablement belles. Leurs cheveux noirs sont roulés en nattes arrondies sur les tempes et ramenés derrière la nuque en énorme chignon traversé par une longue aiguille d'argent doré.

On a vu dans les figures placées plus haut les costumes des habitants des environs de Valence, de Xérès, de Cordoue, de Tolède et de Madrid, ainsi que les types des physionomies espagnoles.

La danse est un caractère national en Espagne. Elle ne varie guère d'une province à Tautre, mais elle reflète ordinairement le caractère des habitants, qui l'accompagnent de leurs chansons et des mélodies nationales. A-t-on assez chanté, assez fêté le boléro et le fandango? (fig. 34 et 35).

Le Portugal touche à TEspagne; jetons un regard sur les types des habitants de ce pays.

Les femmes portugaises sont souvent jolies, et quelquefois complètement belles. Elles ont les cheveux abondants, le r^ard long, doux et pénétrant, les dents incomparables. Les pieds 8<mt un peu forts , mais les mains sont charmantes. Bien plantées sur les jambes, la taille hardiment découpée, quoique un peo épaisse, les attaches menues, le teint mat, la tournure assurèSi la tète bien placée et toujours parfaitement encadrée, elles portent avec une aisance plutôt modeste que délurée la courte jupe et le large chapeau de feutre.

Les habitants de Ponte de Lima sont de petite taille et ont des formes dégagées et vigoureuses. La population de la campagne est surtout remarquable. Elle fournit des soldats braves, sobres et faciles à discipliner, de robustes et intelligents labooreurs.

Le costume des paysans n'a rien de particulier; mais celui des femmes a beaucoup de cachet. La jupe est plissée à plat, courte, quehiuelois retroussée par une ceinture, découvrant les trois quarts d'une jambe ordinairement nue. Le corsage, retenu par deux ou trois boutons d'argent, accuse les formes. Séparé de U jupe, il laisse bouffer la chemise autour du corps, et les manches, qui sont celles de la chemise, se portent larges et qucl- (fuefois relevées. La coiflure se compose d'un grand chapeau do feutre noir, souvent orné de pompons, presque toujours garni d'un mouchoir blanc, dont les plis se répandent sur le cou et les é[)aules. De longues boucles d'oreilles et même des colliers et des chaînes en or, complètent le costume pittoresque où le jaune* 1* rouge et le vert clair dominent.

Les rues de Porto sont animées par Taspect des paysannes n^ costumes variés et éclatants ([ui crient les oranges, les léguiMlH les fromages, les Heurs. '^

La ligure 36 représente le costume des marchandes de poisson de Porto.

productions naturelles, qui assure une alimentation salubre, tout indique que l'Italie doit posséder une population belle, vigou* reuse et intelligente En eflet, les Italiens répondent à ces qualités.

Nous avons à examiner un peu de près l'origine de cette po- ])ulation et les diflerences qu'elle présente dans les diverses parties géographiques de la Péninsule.

La fumille latine, qui a donné son nom au groupe humain que nous étudions, a eu l'Italie pour patrie. C'est donc en Italie que l'on doit pouvoir la trouver. Mais on se tromperait si l'on croyait reconnaître le type latin pur chez les Italiens modernes. L'invasion des barbares, au nord, le mélange avec le peuple grec et le l^euple alricain, dans le midi, ont singulièrement altéré le type des habitants primitifs de Tltalie. Ce n'est guère qu'à Rome et dans la campagne romaine que se trouve le vrai type de la population latine primitive. Le type grec existe au sud et sur le revers oriental des Apennins, tandis qu'au nord ce sont les ligures gauloises qui prédominent. Enûn, on trouve en Toscane et dans les contrées voisines les descendants des anciens Étrusques.

Ce qui nous intéresse le plus, c'est la population latine primitive. On la trouve, avons-nous dit, à Rome et dans les environs de cette capitale : c'est donc là que nous irons la chercher.

Les traits de la ])opulation latine peuvent être facilement reconstruits à l'aide des bustes des premiers empereurs romains. On peut en déduire la caractéristiciue suivante, qui est peut-être celle des plus anciennes races de Tltalie : La tète est large, le front peu élevé, le vertex (sommet du crâne) aplati, la région temporale en saillie, la face proportionnellement courte. Le nez, séparé du Iront par une dépression iirononcée, est aquilin ; la mâchoire intérieure est large, le menton est saillant.

La po[)ulation actuelle de Uome, sans reproduire absolument ces linéaments de physionomie, en conserve cependant les belles et pures lignes.

Dans la ligure 38, qui représente un groupe de paysans romains et de femmes romaines, on reconnaîtra ces types célèbres, illustrés par mille pinceaux. Kn examinant les paysans romains, qui abandonnent la patrie pour venir en France poser comme modèles, on n aura pas de peine à reconnaître les mêmes types de physionomie.

Comme types pris sur nature, nous mettrons encore sous les jeux du lecteur la ligure 39, qui représente une jeune Transté-

vérioe, c'est-à-dire une jeune Qlle romaine qui habite le quartier des bords du Tibre dit Tramtévire, et la fî^ra 40 qui représente, d'après nature, des paysannes des environs de Rome.

C'est assez inutilement que nous chercherions à étudier les mœurs des Romains modernes, pour y retrouver les restes, plus

Flf. if. Jcuna Alla remiinc tqiuu'ti'

OU [moins effacés, du vieux sang romain. Chez une population déclassée, opprimée, abâtardie par des siècles de servitude et d'obscuranUsme, on ne pourrait rencontrer que perturbation et chaos. Comment parler de famille là où les couvents multiplient le célibat, de facultés intellectuelles là où une tyrannie ja-

le pénie romuin sous la population amollie et dégénérée de T Itome actuelle.

Espérons touterois que Rome étanl en partie délivrée aujoui^

doigts. £n même temps, ils crient un nombre quelconque. Le gagnant est celui qui a, par hasard, crié le même nombre que la somme des doigts dépliés par les deux partenaires. Si par exemple j*ai cric cmq en lâchant deux doigts, tandis que mon adversaire en a lâché trois, ce qui, additionné, représente le nombre cinq que j'ai crié, je suis gagnant. Les bras des deux adversaires se* lèvent et retombent ensemble , les deux nombres sont criés en même temps, et cela très-vite, en cadence, ce qui rend ce jeu fort singulier et incompréhensible pour l'étranger.

La mora se joue d'ailleurs dans toute l'Italie.

Ce nest pas seulement dans la ville de Rome que Ton retrouve les types carartcristiques de Tancienne race latine. Le voyageur qui parcourt les environs de la capitale du monde chrétien, Frascati ou Tivoli, découvre encore les vestiges des anciennes races latines cachés sous les tristes vêtements de la misère (fig. 42).

Rome est encore aujourd'hui, on peut le dire, un vaste couvent. J^a population ecclésiastique y tient une place et y joue un rôle considérable. C est ce ([ui donne à la ville étemelle son cachet d'austérité, pour ne pas dire de tristesse publique et de langueur morale. Nous terminerons donc la série des vues pittoresques des habitimts de la Rome moderne, par les costumes des principaux dignitaires de l'ordre ecclésiastique, que représente la figure 43, ft que nous faisons suivre de la reproduction d'une toile célèbre, représentant YExallation de Pie IX {i\g. 44).

Le type latin, ((ui sous le rapport organique, sinon sous le rapport moral, s'est parfaitement conservé à Rome et dans la campagne romaine, est, au contraire, fort altéré dans les provinces du nord de 1 Italie, aussi bien que dans celles du sud. J\uions d'abord des provinces du nord.

L'Italie du nord, parfaitement douée sous le rapport des avantages naturels, baignée par deux mers, arrosée par les affluents d'un grand lleuve, et dont la lerre est dune fertilité extraordinaire, nourrit une race dans laquelle sont mêlés le sang latin avec le sang germain et gaulois. Dans la Toscane et ses environs, sont, avons-nous dit, les descendants des anciens Etrusques; plus au nord sont les lils des (lermains et des Gaulois.

Les dessins qui ornent les couvercles des sarcophages des Ktrusques, venus, dit-on, de la Grèce septentrionale, nous ont '^,onservê les formes physif|ues de ce peuple. Elles sont lourdes

doigts. £n même temps, ils crient un nombre quelconque. Le gagnant est celui qui a, par hasard, crié le même nombre que la somme des doigts dépliés par les deux partenaires. Si par exemple j*ai crié cinq en lâchant deux doigts, tandis que mon adversaire en a lâché trois, ce qui, additionné, représente le nombre cinq que j'ai crié, je suis gagnant. Les bras des deux adversaires s elèvent et retombent ensemble , les deux nombres sont criés en même temjis, et cela très-vite, en cadence, ce qui rend ce jeu fort singulier et incompréhensible pour l'étranger.

La mora se joue d'ailleurs dans toute Tltalie.

Ce n'est pas seulement dans la ville de Rome que Ton retrouve les types caractéristiques de Tancienne race latine. Le voyageur qui parcourt les environs de la capitale du monde chrétien, Frascati ou Tivoli, découvre encore les vestiges des anciennes races latines cachés sous les tristes vêtements de la misère (fig. 42).

Rome est encore aujourd'hui, on peut le dire, un vaste couvent i^a population ecclésiastique y tient une place et y joue un rôle considérable. C'est ce qui donne à la ville étemelle son cachet d'austérité, pour ne pas dire de tristesse publique et de langnenr morale. Nous terminerons donc la série des vues pittoresques des habitjints de la Rome moderne, par les costumes des principaux dignitaires de Tordre ecclésiastique, que représente la figure 43, et que nous faisons suivre de la reproduction d'une toile célèbre, représentant VExallation de Pie IX (lig. 44).

Le type latin , ((ui sous le rapport organique , sinon sous le rai)port moral, s'est parfaitement conservé à Rome et dans la cami)agne romaine, est, au contraire, fort altéré dans les provinces du nord de 1 Italie, aussi bien (jue dans celles du sud. Parlons d'abord des provinces du nord.

L'Italie du nord, parfaitement douée sous le rapport des avantages naturels, baignée par deux mers, arrosée par les affluents d'un grand lleuve, et dont la lerre est dune fertilité extraordinaire, nourrit une race dans la([uelle sont mêlés le sang latin avec le sang germain et gaulois. Dans la Toscane et ses environs, sont, avons-nous dit, les descendants des anciens Étrusques; plus au nord sont les lils des Germains et des Gaulois.

Les dessins ([ui ornent les couvercles des sarcophages des Etrusfiues. venus, dit-on, de la Grèce septentrionale, nous ont ^.onservé les formes physi^iues de ce peuple. Elles sont lourdes

serrée au-dessous du sein par use large ceinture, ([ui est munie dune agrafe circulaire, et un péplum qui, assez souvent, recou\Te la partie postérieure de la tète. Elles tiennent dans une main une pomme ou un fruit analogue, et dans Tautre un éventail. Tel est le portrait que Tantiquité nous a laissé des Ëtrusques.

La Toscane est de toutes les contrées de l'Italie celle qui représente le mieux la douceur. Tordre ^t l'industrieuse activité de ritalie moderne. 1^ une culture agricole bien entendue fournit au pays une richesse sufGsante. Les arts fleurissent en paix dans cette patrie des grands peintres , des grands sculpteurs et des grands arcliitectes. Les mœurs sont douces et paisibles, tant dans les classes su|)érieures ([ue dans les classes inférieures. Le bienêtre est général , l'instruction assez répandue. Le pauvre ne nourrit pas, comme dans notre pays, une sourde et haineuse hostilité contre le riche; chacun a le sentiment de sa dignité, chacun est aflable et poli. La bienveillance générale se manifeste par les paroles et les actes. La piété est douce el tolérante. On aime et on respecte la femme, et ce respect de la femme se retrouve dans la religion avec le culte de la Madone.

(î'est à Florence et dans la Toscane que Ton jouit de celte urbanité italienne que les Français appellent de Yobséquiositéf se méprenant sur une qualité qu'ils ne peuvent comprendre. L'urbanité italienne n'est point servile; elle vient du cœur. Une bienveillance universelle accueille les étrangers, qui se sentent heureux au milieu de c(»tte population prévenante et gracieuse, et qui ne s'arrachent (ju'avec jieine de cet heureux pays où Ton semble baigner dans une atmosphère d'art, de sentiment et de bonté.

L'Italie du midi nous offrira un tableau fort dilTérent de celui [ui précLMle. Ici le voisinau:e de rAfrirpie a sensiblement altéré le type physifjue des habitants, tandis (|ue le joug d'un long despotisme abaissait les âmes en produisant la misère et Tignorance. Le sang africain a changé le type organi(pie de l'Italien du midi au point de le rendre absolument distinct de celui du nord; le climat excitant les sens donne une exubérance toute particulière aux sentiments exlérieurs. De là une grande légèreté et peu de consistance dans le caractère.

(Vest dans la ville et les environs de Xaples que Ton peut trouver réunis les traits que nous venons d'esquisser. Pénétrons donc pour un moment à Naples, et jetons un coup d'œil sur letrange

RAMEAU EUROPÉEN. ii9

population qui dès l'aube se répand dans la ville pour chanter, mendier , ou se livrer au travail.

La figure 45 nous montre , sur la place du marché [mercaullo) , une boutique de marchands de friture. i i

C'est dans les fêtes publiques , si nombreuses à Naples, que l'on peut examiner la grande variété de types que réunit la population du midi de l'Italie. On peut examiner ce mélange curieus dans les

t. Ktrehând d'eanglacéi i Haplu. Flg, VI. P»)ri»nn« d*»«nïirons de N«ple«.

foules populaires qui fréquentent la fâte de Piedigrotta. Là on rencontre les échantillons de toutes les races grecques et latines. On y voit des Procidanes (!Ie de Procida, près de Naples) qui ont gardé la simarre antique, le mouchoir qui pend négligemment de leurs têtes et les profils classiques au nez droit (fig. 47). Des filles de l'ancienne et grande Grèce, c'est-à-dire du midi de l'Italie, ont nn diadème d'or et une ceinture d'argent comme les épouses d'Homère. La Capouane enveloppe sa tête d'un voile comme les

ISO RAGE BLANCHE.

Sibylles et les antiques Vestales. Les Abbnizzaines ont des tresses relevées qui rappellent les coiOures des statues grecques.

Les hommes des mêmes contrées s'afTublent de peaux de mouton pendant l'hiver, et marclient dans des sandales attacliées avec des courroies de cuir. Les Ëtrusques, les Grecs, les Romains , et même les Normands, ont laissé leur trace dans ce pays , si curieusement

Non moins cnrieux sont les paysans montagnards et les malins de ce beau pays. Les formes les plus bizarres , les plus riches couleurs s'entremêlent, depuis le caleçon en grosse toile et lacliemiscdu pécheur, jusqu'au costume éclatant de certaines partics des Abruzzes; depuis le bonnet phrygien du pécheur de Naplcs. jusqu'au chapeau pointu des Galabrais. Ces derniers sont sveltes, élancés, bronzés par le soleil, g . M,rc.aa<.o .... a * ^np.e. Au milieu de ce bi-

zarre assemblage de costumes de toutes sortes et de toute cou-

|]eur, le gracieux acquajolo (fig. 49], c'est-à-dire la boutique du I marchand d'oranges et d'eau glacée, forme le i>lus pittoresque I ornement.

Volaqvcs. — De l'étude des types humains de l'Italie nous paslerons assez nalurellunient à leurs voisins, c'est-à-dire aux habitants de la Valachîe et de la Moldavie.

On appelle Valaques, ou MoldO'Vaîaques,\xn peuple répandu dans la Yalachie, dans la Moldavie et dans quelques contrées voisines.

Les Yalaques proviennent de la fusion des colonies romaines établies par Trajan, ainsi que des colonies grecques, avec les anciennes populations slaves de ces contrées. La langue de ce pays est en rapport avec cette triple origine , car on y retrouve les caractères du latin , du grec et du slave.

La Valachie et la Moldavie répondent à la Dacie des anciens.

Les Yalaques, d'abord sujets du royaume de Bulgarie et de celui de Hongrie, formèrent, en 1290, un Ëtat indépendant, dont le premier prince s'appela Rodolphe le Noir. Yers 1350, une de leurs colonies occupa hi Moldavie sous la conduite d'un prince nommé Dragosch. Mais l'Ëtat valaque n*eut jamais une grande solidité , et en 1525 la bataille de Mohacz le soumit déGnitivement au pouvoir musulman. Les Turcs laissèrent aux Yalaques leur organisation intérieure; mais ils obligèrent leur prince {haspodar) à payer à la Porte un tribut annuel , et à recevoir des garnisons turques dans leurs places fortes. Mais placée entre l'empire ottoman d'un coté , la Hongrie, la Pologne et la Russie de Tautre, la Yalachie devint le théâtre continuel des luttes à main armée de ses redoutables voisins. Elle était le rendez-vous des troupes ottomanes ou chrétiennes. L'exil et la ruine étaient les conséquences de cette situation pour l(*s malheureux habitants de ce territoire. Les hospodars, qui occupaient les trônes de la Yalachie et de la Moldavie, étaient nommés par la cour de Constantinople, qui vendait ce trône au i)lus offrant. Les hospodars n'étaient donc que des espèces de pachas: leur cour était modelée sur celle des empereurs byzantins; il ne leur manquait que la puissance militaire des pachas turcs.

Cette situation a changé depuis 1849. A cette époque, un traité fut conclu entre la Porte ottomane et la Russie. Aux termes de ce traité, la dignité d'hospodar fut maintenue pendant toute la vie du possesseur. A la suite d'événements nouveaux, et depuis Tannée 1860, la protection politifjue des principautés danubiennes est répartie entre la Russie, la Porte ottomane, la Prusse et l'Autriche. Le prince de IlohenzoUern, qui occupe aujourd'hui le trône de la Moldo- Yalachie, est de famille prussienne.

Les deux principautés de la Moldavie et de la Yalachie jouissent de leur nationalité et de leur indépendance , à la condition de payer un tribut annuel à la Porte ottomane. Aucune de leurs for-

■ teresses ne peut recevoir de garnison turque; Le prince est assisté

une' haute cour pour les affaires judiciaires. Couza a été de nos jours le prince de Valachie le plus célèbre, bien que les événements politiques ou le mécontentement populaire aient amené assez promptement sa déchéance.

La sûreté publique est confiée à une sorte de gendarmerie indigène, commandée par le grand spathar.

Les habitants de la Valachie sont remplis de patience et de résignation ; sans cela, ils auraient pu difficilement exister au milieu des calamités qui dans tous les temps ont accablé leur pays. Ce sont des hommes doux, religieux et sobres. Seulement, comme le produit de leur travail ne leur reste pas, ils travaillent le moins possible. Le lait de leurs vaches, la chair de leurs porcs, un peu de maïs, joints à une mauvaise bière, enfin une casaque de laine, suflîsent à leurs besoins. Aux jours de fête seulement les paysans revotent de brillants costumes, que nous reproduisons ici (fig. 50, 51, 52).

« Les Valaqucs, dit M. Vaillant, sont généralement de grande taille, bien pris et robustes; ils ont le visage oblong, les cheveux noirs, les sourcils épais et bien anjués, Tœil vif, les lèvres petites, les dents blanches. Ils sont gais, hospitaliers, sobres, agiles, braves et aptes à faire de bons soldats. Ils professent le christianisme selon le rite grec. Ce peuple, qui habite des contrées longtemps dévastées par la guerre, paraît avoir en ce moment une grande disposition à se développer. »

Les villes sont rares dans la Valachie, pays encore arriéré sur la civilisation avoisinante, par suite de sa subordination politique à la Turquie, et de sa mauvaise organisation intérieure. Le pays ({u'arrose le Danube n'ollre guère, en fait de très-grande ville, que Bucharest. Il n'y a donc pas dans ce pays de centre d'où les lumières puissent se répandre ; c'est une civilisation incomplète, qui ne pourra s'*amélioror que par une révolution intérieure, ou par le choc, inévitable tôt ou tard, des grands empires limitrophes.

. <« Cependant, dit Mallc-nnin. la nature semble attendre h bras ouverts riij'lustrio humaine; elle a prodijjué à pou de régions autant de bienfaits. Le î)lus beau fleuve de TEurope baigne la frontière méridionale de ces provinces; il ouvre un débouché à la fertile Hongrie, à toute la monarchie aulrichienne; il présente une conmiuuication entre l'Europe et TAsie par la mer Noire; c'est en vain : à peine une barque solitaire glisse-t-elle sur ses flots majestueux. On craint les rochers, les bas-fonds, les garnisons turques et la peste. D'autres belles rivières descendent du sommet des monts Karpathes pour se jeter dans le Danube; elles ne servent qu'à fournir du poisson

los le cartme : abandonnées à elles mêmes, elles menacent les bords que.

|Fig, SI, Ccilunia dei (emmei nlaqun.

iettx réglées, elles pourraient fertiliser. L'Aluti, la Jalovitza, l'Ardscliis

ne soDt narlguées que par des bateaux plaU. D'iiameoses marais empestent la partie basse de la Valachie, où leurs exhalaisons foot régner presque continuellement des flëvres bilieuses. Les forêts les plus superbes, où fourmillent les plus beaux chênes à côté de hêtres, de pins, de sapins, couTrent non-seulement les montagnes, mais encore plusieurs grandes Iles du Di-

nule. Au lieu de servir à la construction des flottes, elles ne Tournissent que du bois pour pavjr les rues et même les chemins; car la paresse et Tignoraiice ne savent pas remuer les blocs de granit et de marbre que présente lu chaîne des Karpallics. Le sommet du mont Buutchez s'élève à plus de aii mille pieds d'élévullun, et toutes les richesses minérales de la Transylvanie paraissent commencer à la haute Valacliie. 11 y a eu des mines de cuivre

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exploitées à Baya di Roma, ainsi que des mines de fer dans le district de Gersy, entre autres près de Zigarescht, où une couche de roches présente le phénomène d^une fermentation ignée presque continuelle.

« L^Aluta et d'autres rivières roulent des paillettes d'or, recueillies par les Bohémiens ou Ziguanes, et qui indiquent l'existence de mines aussi riches que celles de la Transylvanie ; mais personne ne pense à les rechercher. On n'exploite que les carrières de sel, parmi lesquelles celle d'Okna Tele<igo donne cent cinquante mille quintaux par an. Le climat, malgré deux mois d'hiver et deux mois de chaleurs excessives, offre à la santé et à l'agriculture une température [)lus douce qu'aucun pays limitrophe. Les pâturages, remplis de plantes aromatiques, nourrissent jusqu'aux troupeaux des provinces voisines, et peuvent même en nourrir un plus grand nombre. La laine des moutons a déjà naturellement une grande valeur. On compte deux millions et demi de moutons de trois variétés : la zigay, à la laine courte et fine; la zaskam,ii la laine longue et dure; la tatare, qui tient le milieu entre les deux autres. On exporte des chevaux et des bœufs. Les champs de maïs, de froment et d'orge, les forêts de pommiers, de pruniers, de cerisiers, les melons et les choux, excellents quoique énormes, attestent la qualité productive du sol. Les vins pétillent souvent d'un feu généreux et pourraient, moyennant quelques soins, égaler ceux des fameux vignobles de la Hongrie. Mille autres avantages sont offerts par la nature bienfaisante, mais ils sont de peu de ressource pour un peuple sans activité et sans lumière. »

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