FAMILLE GRECQUE
La famille grecque comprend les Grecs et les Albanais. Ces peuples tirent leur origine des peuplades anciennes connues sous le nom de Pélasges. Les anciens Grecs fondèrent beaucoup de colonies sur les rivages de la Méditerranée. Au quatrième siècle avant Jésus-Christ, sous la conduite d'Alexandre, ils soumirent une partie de TAsie , et portèrent leurs armes victorieuses en Egypte. Mais ces conquêtes furent éphémères. L'empire grec fut à son tour subjugué par d'autres peuples, notamment par les Romains, les Slaves et les Scythes.
Les Grecs ne forment plus maintenant qu'une population peu nombreuse, concentrée dans la Morêe, ou éparse dans les contrées voisines. La plupart de celles de ces populations qui habitent le continent asiatique ont même adopté le langage des peuples qui vivent autour d'elles, et ne sont réputées grecques que parce qu'elles professent la religion chrétienne selon le rite grec.
Policés par des colonies égyptiennes, les anciens Grecs avaient présenté Texemple d'une civilisation très-avancée, à une époque où les autres peuples européens et asiatiques étaient plongés dans la barbarie.
Malgré tous les malheurs d'une décadence sociale qui devait aboutir à plusieurs siècles d'asservissement, les Grecs ont conservé de nos jours les caractères pliysiques de leurs ancêtres. Chacun sait que le plus beau développement du front, la plus belle forme du crâne humain, est celui que nous retracent les œuvres de sculpture de l'ancienne Grèce. On avait supposé que les magnifiques têtes au noble profil que Ton admire dans les sculptures des Grecs, n'étaient pas la reproduction exacte de la nature, et que certains traits avaient été exagérés dans le sens de la beauté idéale. Mais on a trouvé de nos jours des crânes d'anciens Grecs qui, sous le rapport des proportions et des contours généraux de la tête, démontrent que chez les artistes de la Grèce la statuaire antique n'était pas allée au delà de la nature, et qu'elle n'avait fait que s'inspirer des types vivants.
L'Apollon du Belvédère peut donc être considéré comme un modèle, seulement un peu idéalisé par l'art, de la physionomie
générale des anciens Grecs. Dans un Voyage en Morie^ M. Pouqueville donne une description de la physionomie des Grecs actuels, qui permet de juger de Tétonnante persistance des plus belles formes, même au sein d'une condition sociale si profondâment modifiée.
« Les habitants de la Morôo, dit M. Pouquevillc, sont généralement gnadt et bien faits. Leurs yeux sont pleins de feu, leur bouche est admirablemeai bien formée et garnie des plus belles dents. Les femmes de Sparte soat blondes, sveltcs, et ont de la noblesse dans le maintien. Les femmes da Tay<rètc ont le port de Pallas.... La Messcnicnne se fait rem«irquer par sûa embonpoint; elle a les traits réguliers, de grands yeux et de longs cheveas noirs; TArcadiimne, cachée sous de grossiers vêtements de laine, laisMà peine apercevoir la régularité de ses formes.... »
Voici, du reste, les caractères fournis par la statuaire et qo{, d'après ce que nous avons dit, peuvent être réellement considérés comme ceux du type grec : front élevé, espace interoculaire grand, offrant à peine une légère inflexion à la racine du nei; dernier droit ou faiblement aquilin; les yeux grands, laidement ouverts, couronnés d'un sourcil peu arqué; la lèvre supérieurs courte, la bouche petite ou médiocre et d'un gracieux contour; la menton saillant et bien arrondi.
La ligure 72 représente des Grecs d'Athènes; la figure 73 une famille grecrjue et l'intérieur dune maison à Athènes.
Pour donner une iiléc? des mœurs et des types grecs modernes, nous emi)runterons rjuchiues lignes à un intéressant Voyage à Atlùnes de M. Prout. publié dans le Tour du inonde en 1862.
Écoutons d abord ce voyageur nous parler des habitants de la Grèce :
« Si Ton en crovail FallinoraviT, il nV aurait plus de Grecs en Grèee, il n'y aurait qu<' des Slavi's: il o^^t hors di; doute que les Hcllcncs de laThnes el de la M;u-«'-(loine ne peuvent se vanter (Tune origine aussi immaculée que les montagnards de Toiuiipe ou du M.igne; mais il est également inconlê^ table que du eap Malée à la mer Noire, et :1e Smyrne à Corfou, il y i dîz million^ d'individus qui parlent le ^rec, mêlés à une population qui psris leslavL*. et que. dans la plainr irAthènes, on distingue facilement TAlbsiuis aux tempes étroites et au nez busqué du Grec au front large et aux ponH mettes saillantes, bien que leur costume soit le même. Il suffit de une heure avec ce dernier pour ne pas mettre en doute rauthcnticité de oriLMFie. L<'s qualités d'esprit sont restées les mOnies qu'au temps d'Homère: même aptitud*^ à tout comprendre bien et vite, même facilité à tout exprimer élêjjrannvicnl et métaphoriquement. Ces qualités donnent aux Hellënes
pic, les armes de Cupidon font do terribles blessures, les flèches du dieu athénien n'empochent ni de dormir ni de vaquer h ses affaires. Les Grecs ont conservé l'intonation tragique et sont bien les fils de ce furieux Oreste, mort :ï plus de quatre-vingt-dix ans des suites d'un accident : dans leur esprit, Faction marche toujours «ivec lenteur et gravité, non sans emphase, quoique serrant do près la réalité, dialoguant^ questionnant et se donnant le temps de la réflexion avant d'arriver au dénoîlment. On est stupéfait de ces tendances analytiques et prévoyantes, même chez les plus ignorants. C'est le peuple qui sait le mieux écouter ; c^est celui qui parle le moina, tout m parlant beaucoup.
c Tout Ui monde connaît le costume grec : le dolman courU la jupe ifystan) api)elée foustanelle , le fezy dont le gland retombe touffu sur la nuque, et la guêtre brodée dessinant étroitement la jambe. Chez les marins la foustanelle esl remplacée par un pantalon très-ample et la guêtre par un bas. L'hiver, ce costume est complété par le talagani^ long manteau en peau d'agneau qui indique la taille. Les Grecs, pour la plupart régulièrement beaux, grands et élancés, portent cet uniforme national avec une grande tournure. Les Jeune-Grèce en exagèrent l'élégance en se semnt la taille outre mesure et en donnant trop d'ampleur à la foustanelle; pendant l'hiver de 1858, la mode était parmi eux de porter la barbe pleÎM- J'espère que celle fantaisie qui leur donnait l'aspect de sapeurs en jupons aura disparu; la moustache effilée, découvrant la lèvre, convient mieux à leur visage finement accentué comme à leur accoutrement Sfûritoel et coquet. Mais, hélas! cljaqu<> jour à Athènes For pur des vêtements se change en un drap vil, sorti de ({uelque maison de confection. Athènes compte soixante-dix tailleurs et cinquante cordonniers qui habillent et chaussent à la franc'îiise contnî six tailleurs et trois bottiers nationaux. Il y a suixaiite-deux m;i^'"asin>^ «le nouveautés ])0ur les femmes; aussi n'en est-il pas plus de Lruis uu rpiatre qui purtent le costume national par fidélité :j'rxrepl«' les «leiiioist'Iles (rimmieur de la reine (jui le portent par onlre), et eiu'ure «le ce e«>slume ne resle-l-il (pie la moitié :1a veste (>cbancrée sur la i»()ilrine el li; taktikio^ honnef. de Smyrne ; la trame ciinoîde est venue ^onlh'r la jupe êlrnile l't longue. Le costume des îles est plus comnmn, mais rappelle, par le i^raïul nt)ml)re de vêtements superposés, la sim[»licitê enf.'mtine de nos silliuueltes campagnardes. Je lui préfère de lieaucuu[), malgré sa raideur, la langue robe albanaise que portent les femmes dv. la campa'jne.
H C*e>t surtout à l'Agora qu'on voit cheminer dans son uniforme pittcresque toute la paysannerie des environs.
« Ctîtte Agora lig. 71) n'est pas Tanlique Agora du Céramique; c^est on marché fait de bara-picîs vermoulues, al)rité de toiles en lambeaux; là s'étalent tous les produits, depuis la figue ventrue de l'Asie Mineure jusqu^aux produilions brevetées des parfumeurs de Paris.
a De chaque côté de ce marché se dressent deux spectres de Tantique : la tour des Vents, ou clepsydre d'Andronicus, monument octogone estampé d'assez médiocres figures, et le portique de Minerve Arcbegetis. Les arch^logues, après av<jir commenté le premier, traversent r<ipidemcnt celte longue halle pour aller voir le second; mais ceux qui n'en veulent nia
l'opinion de Meurs! us ni à celle de Leake s'attardent volontiers au seuil des marchands, surtout le matin, alors que la gent campajrnarde
Assise sur un char d'homéri(iue origine, Comme rantiquo Isis des bas-rolicfs d'Kgine,
débouche des routes de Thrbes et de Marathon. J'ai dit que les hommes étaient ré^^uliÎTement beaux; les fournies des champs sont laides. Di'. moyenne laille, robustes, basanées, elles n'ont rien de léminin, dans Tacception que nous donnons à ce mot. Dans la classe comnien;anle et la sociêk^ phanariote qui vient en grande partie dWsie, on le sang est n^stê pur, il y en a, au contraire, un grand nombre qui sont ré(dlement belles. La nonchalance orientale leur donne un charme inconnu en noire pays; ni.iis elles marchent mal et ignorent celte correction dans la tonrnure (fue les Françaises possèdent à un si haut degré.
c On les voit rarement à la promenade: elles (piitlent pou leur intérieur, où elles se livrent à des travaux domotiqnes, et s'adunnent à la lecture de romans pour la plupart traduits du tVanrais.
« Bien que les jiuances tendent à disparaître, il y a aujourd'hui encore dans Athènes deux sociétés bien distinctes : la société phanariote et la société grecque proprement dite, la première déjà tout européenne, la seconde en train de le devenir.
H Les «lamts phanariote^ sont instruites et pailent admirablement le français. Les autres, dont Tinstruction est très-limitée, ont un bon sens instinctif et un tact parfait qui nVsl pas un des moin»lres sujets d'éloimemenl pour les étrangers.
- .... JVi entendu dire que le taux de la probité iruii marchand anglais était de cent livres sterling, et que celui de ia probité grec(iuc était moindre. L'une et l'autre de ces suppositions sont absurdes; il est impossible d'établir en pareille matière uno base exacte : c'est l'occasion qui fait le larron. Les étrangers sont volés j)artout, mais pas plus à Athènes qu'en tout autre lieu du monde. La seule dillérence est qu'ils y sont volés plus facilement à cause de la confusion des svslèmes monétaires, et celle confusion est encore une suite des méprises bavaroises. l^Jlhschild avait ollVrt au conseil de régence de soumissionner un emprunt payable en monnaies frappées au poids de la France. Le conseil trouva [dus ingénieux et surtout plus archaïque de s'éloigner de toutes le** bases connues en rétablissant la drachme avec son poiils ancien. Ces pièces mal faites furent exportées vn lingots, et aujourd'hui ce sont îles calculs désespérants pour la moindre transaction, calculs où la monnaie autrichienne , laide et désagréable au toucher, joue le plus grand nMe et où le marchand, à quehpie nation qu'il appartienne, vous en débarrasse obligeamment.
• Pour en Unir avec la probité grecque, qu'on a tant maltraitée, dans les campagnes Ka population est avide parce qu'elle? (?st pauvre, mais elle est honnête. Les voyageurs qui jugent d'ajirès les hUeliers, portefaix, cochers, etc., jugent mal. Cette race est la même partout. A Athènes seule;ment, un grand sang-lroid avec des allures dignes remplace la grossière
iinpiidencc de certains facchini italiens ou Taménité doucereuse des serviteurs allemands.
u C'est un fait di^ne de remarque qu^on n'est jamais assourdi dans les rues par les plaintes des mendiants, lis sont peu nombreux, car la famiUe vieiil en aide à ceux de ses membres qui sont pauvres, et le peu qu'il y en a demande sans bruit.
« L«*s rues irAtliènes ont une physionomie particulière. Ce n'est ni le désordn! bruyant des rues de Naples, ni Tactivité méthodique des rues de Londres. On trouverait un point de comparaison plutôt dans certaines de Uns villes de province où les bourgeois désœuvrés flânent et se repassent 1rs ('oinmi ntaires de la ville, sans quitter le trottoir. Athènes a tout à fait rasi)ocl d'une ville où Ton no sait que faire ; la population mâle campe dans les rues presque tout le jour en compagnie du soleil; les marchands ont un pitMl dans leur boutique et Tautre en dehors, et les chalands mêlent à Tingrale arithmétique des échanges quelques propos familiers; on arrête celui-ci. on fait des commentaires sur celui-là. Le magasin d'Alexandre, entre autres, est une des agences les mieux informées. Restez une heure au carrefour des rues d'Hermès et d'Éole, devant le café de là Belle Grécey vous aurez la satisfaction de voir défder devant vous tout le monde athénien; le premier gamin venu vous les nommera tous. Celui-ci, c'est le ministre vendre; celui-là, c'est le rainirstre vendu. Voici Canaris, un nom qui a HMnpli TEuropc et qui tient dans un étroit paletot, Chricsis, Mélaxas, Mauroconlato. Hangabé, Miaoulis. les noms d'hier et les noms d'aujourd'hui. Cet homme qui s'avance timidement comme s'il marchait sur des œufs, et qui jette autour de lui un regard inquiet, est Chiote. A sa vue votre cicertHH> .moLTiiera: car h?s Chiotes ne sont pas aimés. Une tradition populaire v;Mit «jue l'île dr Scio ait été peuplée par des juifs; bien que les Chiotes airiit les allure^ «los juifs t'I comme eux réussissent dans la banque et le n«'"p:neo. (Mlle tra<liliun est ei'r<uié(\ L'esprit connueicial a toujours funn«s dan- l'anliquilé comme aujourd'hui, le fond du caractère national des Cliiohs. J)eu\ cansjs, dit M. Lacroix, exj>liquent cette tendance. La |>»j- « silioii d.» Sciu. siluiMi au inilicu de la nuT entre l'Europe et l'Asie, sur < cfll»? 'j^rande i"ou(c iiiarilim»! du i:ommerce ancien, invitait naturellement i- Ms liahilauls au in-ii-u:»': d'aiilre part, la nature de leur lie, dont le sol V pi»*ri'i.Mi.v est peu pmprc à ragricuilurc, leur en fai^^ait en quelque sorte IV une nî''cessité. »
i !)«' iiiùun' qu'à Tallure un reconnaît le banquier de Scio, ou reconnaît à la paruli^ riiabilaut ci»> ilcs louirniics. Son éloquence êpilepliquc duniine li'^ vni\ dans 1«'S trroupi's. .l'ai iiiuî ;jrand»' a<huiralion pour les Ioniens; je iii" du'ai pa^ que o'ux qui n.'i-lM.'ivhenl la perfection humaine en trouveronl dm- i'i's lies lie noiiilneiix exeinj»l«'s. niaiî^ ils IrouveroJit un assemblage des plu-. )n<-rveijleuse- iiualité- nalureUes. joint à la saine civilisation qu'y oui lai-<éc les rèpiihllipie- ilaliennes. L'iuL'-énieuse combinaison Gladstone a dMiiiié tnut derniêrenieiil à TLuroi e une idée de la di^jrnitê de leur caracli'ii'. de rélemlue dé leur p.ilriulisnie et «le la ^agesl^e de leur esprit. Ils jiiÎLMU'id à t-etle -a.L'-iîsse heiléiiicpie toute la fougue italienne. Actifs, înielli- .i:«'nls. alfeelut'ux et siinph's dans leurs rapports, iN s'alt'.rent à prcmîèiv entente toutes les svmpathies.
» C'est une curieuse étude que celle de ce mélange dont se compose la
< Le dimaiiclie, tout le monde se Iraioporle ilu carri^rqiur de la Belle-Grtce |k la promenade do Patissia (corruption de Pacbiscliah] :*Ies hommes s'en
vont toujours causant, el les femmes, qui ce jour-là abandonnent la maison, les suivent à quelques pas dorrirTc. Autour d'un kios.]uc où est oirculairemeiit rangt^e la musique militaire, la foule se proni'ne, puis chacun revient nun pas au Ingis. mais dans la rue; pendant les nuits chaudes de Tètê, le plus jrrand nombre y couche. Ces dormeurs signalent leur présence fiar un U:)urdonncment qui est une sorte de monolojiue interne, écho de la conversation de la v(;illo, car le peuple prec est resté le plus spirituel et le pln< êluqucut bavard de tous les peuples. ■
« Nous pinçons à côté des (îrccs les Albanais, dont le langage a
quelque rap[)ort avec le grec. Concentrés dans les montagnes du pays dont ils portent le nom, ils paraissent être les représentants des anciens habitants de ces contrées. Us sont les descendants des anciens lUyriens, nièics avec des Grecs et des Slaves. Presque exclusivement occupés du métier des armes, les Albanais forment les meilleurs soldats des armées ottomanes.
Leur nombre n'atteint ]ias deux millions, bien que l'Albanie soit vaste et renferme des villes assez importantes.
L'Albanie, formée de la Turquie d'Europe, bornée au nord par le Monténégro, la Hosnie et la Servie, à l'est par la Macédoine et la Thessalie, au sud par le royaume de Grèce, à Touest par les mers Adriatique et Ionienne, forme les pachaliks de Janina, 11bessan et Scutari. Elle renl'erme trois ])orts : Dinazzo, Avlona el Parga. Les villes les plus importantes sont Scutari, Akhissar, liera t (ît Arta.
Demi-barbares, jdutnt pirates et brigands que cultivateurs el laboureurs, les Albanais vivent continuellement en guerre les uns contre les autres.
Clirélienne jusrpi'au (luinzième siècle, et après avoir résisté glorieusement, sous le commandement de Scanderberg, à l'invasion des Turcs, TAllianie dut subir la con((uête ottomane, qui imposa à ses liabitants la ndigion de Maliomet. (cependant quel<iues parties de TAlbanie conservent encore le culte grec. Au nord, entre la mer et le Drin Noir, la courageuse tribu des Âliniiies (braves prali(iue le culte catholique et jouit de sa liberté.
La Jigure 75 re] présente le costume des Albanaises.