CHAPITRE II
UAMEAU AIIAMKEX
Cuvier a cru devoir donner le non (ÏAramcen(Aényé de l'ancien nom de la Syrie) à Tensemble des peuples qui habitent le sudouest de l'Asie et le nord de l'Afrique.
Dès les plus anciens temps historiques, les peuples araméens s'étaient développés dans le sud-ouest de TAsie et le nord de l'Afrique, et ils s'y sont maintenus jusfju'à nos jours. Us s'étaient également étendus dans le midi de l'Europe, où ils se sont fondus dans les peuples de ces contrées.
A une époque où les Européens étaient plongés dans les ténèbres de l'ignorance, les peuples araméens cultivaient avec succès les sciences et les arts. Mais plus tard, tandis que chez les Occidentaux le progrès marchait d'un pas rapide , chez les Araméens, au contraire, il s'arrêta ; de sorte que la civilisation de ces peuples asiatiques est encore à peu près ce qu'elle était il y a deux mille ans.
Le christianisme a pris naissance chez les Araméens , mais il y a fait peu de prosélytes. L'islamisme et le bouddhisme ont conquis IMmmense majorité de ces populations.
Nous distinguerons dans les peuples araméens quatre grandes familles : les familles libyenne, sémiiique, pcrsique, géorgienne et circassienne.
FAMILLE LinYEiNNE.
La famille libyenne est formée des Berbères et des Ègypluns, Birberes, — Les Berbères composent les peuples qui habitent depuis des temps très-reculés la chaîne de montagnes de TAtlas, ou
Pour donner une idée de la Kabylie actuelle, et de son organisation, nous emprunterons nos renseignements à une Excursion dans la Grande Kabylie publiée en 1867, dans le Tour du monde, par M. le commandant Duhousset.
« Dans la Kabylie, dit M. Duhousset, la réunion des individus d'uno môme famille s'appelle kharouba: chacune des kharoubas qui composent le village ou dehera choisit iiarmi ses membres un dhaman qui doit la représenter aux réunions du conseil municipal, défendre ses intérêts, en un mot, ôlre pour elle responsable ou répondait,
« L'ensemble de plusieurs déheras prend le nom d'arcfe.
« Dans clia'iue village, Taulorilé est exercée par un amin, choisi à Télection et à tour de rôle dans chaque kharouba. Ce chef est chargé de veiller à IVxéculion des lois écrites, classées sous le nom de fc/ianouri, et qui ne sont que renoncé dos coutume-* en usagre de temps immémorial en Ktabylie.
« L'amin ne peut prendre aucune décision, frapper aucune amende sans la réunion {djemda) de ses adjoints ou dhamans, toujours pris parmi ]e^> notables, (le tribunal choisit un secrétain? [khodja] chargé de tenir à jour le registre de ses délibérations et de faire toute la correspondance avec Tautorité française, (les fonctions de khodja sont rémunérées par des rétributions en figues, olives, etc., etc.
tt Le commandeiiK^nt de la tribu est donné par l'autorité française à un amin-el-ouviena, (pii a pour fonction principale la surveillance de sa tribu, au point <le vue de Tordre public. Il ne doit s'immiscer en rien dans les affaires des villages, qui se gouvernent chacun suivant son khanoun.
« La djem.i possède une caisse municipale, déposée entre les mains d'un (lukil .lionime «ranaires. gôrant). Celle caisse est alimentée par les amendes tlirinlligi'iit h' conseil nninicijial et rautorilé indigène, et par les droit* perçus pour les mariages, l^s naissanci's cl les morts.
* Chaque village e.r>l divisé en deux partis ou soff qui sont généralement enni'iiii> hêr.MJil.iins. On cnniprend facilement à quelles extrémités regrettable< pour la tranquillité puhrnjue en arrivent ces voisins irréconciliabW quand leurs intérêts sont en jeu. »
Les élections sont une source constante de troubles dans les villages kiihyh^s.
La disposition des villages dont les constructions se dominent pres(jue toujours les unes les autres, rend ces rixes sanglantes. Ouebjues maisons élevées sont crénelées; les autres sont percées de meurtrières, et \i\ djama [mosquée) devient, en raison de l'importance militaire de son premier étage, une véritable forteresse, dont la [jossession assure le succès.
On sait que la Kabylie l'ut concjuise par nos armes en 1857. Ce (jui contribua le plus eflicacement à la soumission des Kabyles, ce fut la i)roniesse de respecter leurs coutumes et leurs élections
communales. La promesse a d'ailleurs été tenue, et ce respect des coutumes locales n'a pas peu contribué à consolider notre conquête.
Les villages kabyles sont riants, vus à distance ; mais si Ton pénètre au milieu des centres de population et dans les maisons, on est bien désenchanté. On se demande même comment des créatures humaines peuvent séjourner dans un milieu où s détalent sous toutes les formes l'incurie et la malpropreté les plus hideuses.
€ Tous les Kabyles, dit M. le commandant Duhoiisset, sont d'une saleté révoltante : il n'y a pas d'établissement de bains dans toute la Kabylie du Djurjura. Les enfants ne reroivent aucun soin : aussi résult(»-t-il de celte incurie beaucoup d'ophthalmies, parfois la cécité complèle ; puis des maladies cutanées ou de pires affections héréditaires, (pie ces nionlaju'nards se transmettent de génération en génération, sans cesser pour cela d'èlre — les femmes, de bonnes mores qui allaitent leurs enfants jusiju'à trois ou quatre ans, — les hommes, de laborieux ouvriers et de bons agriculteurs. »
Les Kabyles ont un caractère indépendant, un esprit observateur et le goût du travail ; mais ils sont enclins à l'avarice, à la rancune et aux querelles. Certains villages sont scindés en deux partis hostiles, et souvent il existe un terrain communal qui, de génération en génération, est atfecté à des rendez-vous de guerre. Là, les griefs se tranchent par le yatagan et le fusil.
Le divorce est une des plaies de la société des Kabyles.
Tout le monde sait ({ue la Kabylie est un pays riche, tranquille, adonné à l'industrie, et possédant une population nombreuse. Mais les chiffres auront ici un intérêt particulier.
Il y a en France neuf départements moins peuplés que la Kabylie ; cii sont, dit le commandant Duhousset, les nasses-Al])es, les Hautes-Alpes, le Cantal, la (iOrse, la Lozère, les Basses et Hautes-Pyrénées et le Tarn-et-Garonne.
Trois départements sont moins étendus : le Uhùne, la Seine et Vaucluse.
La population si)écilique de la France est, en moyenne, de 67 habitants et 963 millièmes i)ar kilomètre carré ; celle de la Kabylie est de ô7 h. 723; il en résulte que vingt-huit départements français ont une moyenne de poi)ulation plus forte , un seul une population égale, et cinquante-sept une niojenne plus faible.
Les productions agricoles delà Kabylie sont les fruits ordinaires de la culture africaine, mais surtout les ligues et les olives, aux-
quelles il fûut ajouter de vastes cultures de froment. La figi le principal aliment des populations^ l'olive l'ohjet principal leur industrie agricole.
Pour la moisson les Kabyles se couvrent lu tiHe d'un iniai chapeau de paille de forme pointue, aux liords larges d'une (j
rantaine de centimètres et rayonnant autour de leur visage, I coslnmc se compose d'une chemise qui laisse nus les bras ( Jamties, et d'un lablier en peau, comme celui de nos forgen Ils moissonnent, avec une faucille, le ble et l'oi^e par poignées et fort près de [erre. Le dépîrjuage ainsi que le vuix s; font assez [îrcssièreraent avec des bTufs.
M. le commandant Duhousset, qui a assista à la moisson et à la récolte des grains de froment, et à leur mouture, donne la figure suivante comme représentant les moulins à moudre le- froment dans la Kabylie (fig. 78 bis).
Le moulin à olives est peu différent de celui qui est en usage dans le midi de la France : seulement ce sont des femmes qui tournent la meule, et font Toflice rempli chez nous par des chevaux ou une machine à vapeur (lig. 77).
On apporte dans la Kabylie des soins tout particuliers à la culture du figuier, la principale ressource alimentaire de toute la contrée. M. le commandant Duhousset a vu en exercice la prati(iue de la fécondation artificielle du figuier, opération ([u'il est assez curieux de connaître, car nous n'en avons en France aucune idée.
Le figuier est fécondé artificiellemcLt en Kabylie, comme le dattier; seulement, tandis que pour le dattier, ce sont des fleurs mâles qui sont placées sur les dattiers femeller. i)our les iéconder, ici ce sont des insectes qui sont chargés de transporter la poussière fécondante : c'est ce que l'on appelle la caprifwation.
< La eapriflcation , dit M. le commandant Duhousset , est pratiquée d<* temps iaunémorial par tous les peufdes qui habilenl le liltoral de la Méditerranée. Cet usage, si important et si curieux, m'a paru mériter un examen particulier : aussi ai-je recut'illi beaucoup de renseignements et d^explicalions plus ou moins plausibles sur la manière dont on opère et sur les avantages qu'on relire de ce mode parliculier de culture.
« Le dokhar est le fruit du fi-ruier sauvage. Il est petit, sans saveur et d^un goût acre. C'est donc une espèce peu comestible; elle n'est pas cultivée pour. être mangée. Elle est liAlive, et déjà mûre quaud les autres figues, encore vertes, n'ont pas atteint la moitié île leur développement. L'arbre qui la produit, le cajjrifiguier, donne deux et mémo trois récoltes par an; mais on utilise la première et rarement la seconde.
«Arrivé h. maturité, le dokliar est cueilli et arrangé en petits patjuets .moufak) formant chapelels; on su-^pend ces chapelets aux branches iWs figuiers femelles, vers la fin de juin dans la plaine et à la fin de juillet dans ia montagne. Chacun de ces dokhars, lorsipi'il est desséché, laisse échapper par rombilic une multitude de petits insectes ailés (pii s'introduisent dans itis fruits de Tarbrc auquel il est attaché, leur donnent la vie et les empêchent de tomber.
€ Ces insectes, sortes d'agents de fécondation, prennent naissance et grandissent avec le fruit du dokhar, et en sortent, après leur complet dévelo[>pement, pour se porter sur le figuier femelle. Leur corps est velu connue celui de Tabeille, qui, on le <ait, remplit une mission analogue pour certaines lleurs.
« Ces insectes sont de deux espèces, les noirs et les rouges; les premiers,
plus petits que les Si.'conds, ne portent pas, comme ceux-ci, un appenilice en forme de dard à IVxtrémitô postérieure. Los indfgèncs prétendent que rinsccte noir seul joue un rôle utile dans la caprification du fi;;uicr le rôle du vent, de Toiseau ou de la main de Tliomme dans la fécondation du dattier] ; une longue expérience lui attribue le privilège de préserver les figues du dépérissement et de la chute avant la maturité. C^est ce qui a fait naître ce proverbe connu de toute la KabyKe : Qui n'a pas de dokKar^ n'a pas de fyw'S. L'abondance des fi;rues, quelles que soient les localités et les circonstances atmosphériques, est en rapport avec celle du dokhar; il arrive cependant que ce dernier, si nombreux qu'il soit, ne donne naissance qu'à un petit nombre de cos insectes préservateurs, comme en 1863, où la récolte a été faible, le dokhar n'ayant produit quVne très-petite quantité d'insectes.
u Les Kabyles sont convaincus qu'un seul de ces insectes suffît pour préserver quutre-vinjLçt-dix-ncuf figues, mais que la centième devient son tombeau. Cette opinion n'est peut-être ({ue la suite d'un préjugé populaire, mais il serait injuste de l'omettre : chez les peuples primitifs, quelque* vérités se conservent parfois sous le merveilleux, qui a sa place marquée en toute chose.
c On opère la caprification au moins une fois par an. Quand le dokhar est abondant, il convient de la répéter plusieurs fois de suite à peu dlntervalle, et il est de la plus haute importance que cette opération soit faitç en temps opportun, à l'automne ou au printemps, si l'on ne veut voir la récolta gravement compromise el en partie perdue.
« Une ri'gle généralement suivie aujourd'hui dans les villages qui possèdent du dokhar, est que nul, sous peine de cinquante francs d^amende, ne peut en vendre à rétranprer, mémo à un allié, avant que les jardins de la localité soient abondamment pourvus du précieux préservatif.
« On sait qu'avant nntrc domination les tribus kabyles étaient sans cesse en hostilité les unes contre les autres; la vente du dokhar était alors suspen<lue et même interdite de tribu à tribu, i^lonnnc la figue est l'aliment principal et indispensable ih:< populations, cette mesure prohibitive était k plus sûr moyen (r.ilïainer l\'niieMii ou au moins de lui causer un grave préjudire. Il n'est donc pas inadmissible que plusieurs fois des tribus en soii'iil viMiiies aux mains pour <i- procurer, par la force et au prix de beaneonp de sang, ee qu\îlles ne pouvaient obtenir avec do l'argent. •
Les mctaiix, tels ({ue le cuivre et le fer, existent dans la Kabylîe avec une certînne abondance, el les habitants du pays sont eipéris dans l'art de retirer ces métaux de leurs minerais. Cependant ils commencent à emprunter à TKurope les matières métalrpjues.
Avec les oulils (jue leur fournit leur propre industrie, ou qu'ils obtiennent [>ar rimj)orlation êlrangère, les Kabyles iubriquent un urand nombre d'objets usuels et d'ornement. Les bijoutiers et les armuriers ne sont pas rares dans les villages de la Kabyiie.
RAMEAU ARAMËEN.
La ligure 79 représente, d'après un dessin du commandant I Duhousset, l'atelier d'un bijoutier kabyle.
Le tour en bois de l'ouvrier l^abyle est représenté dans la û- [ gure 80. C'est avec ce tour que l'on conrectionne les vases de bois [ et les nombreux ustensiles que le Kabyle vend sur toutes les côtes
KiLjrlet Lijoatiera.
d'Afrique. Il est assez remarquable que le tourneur kabyle ne fasse jamais usage que du tour vertical, et paraisse ignorer notre lour horizontal, si commode et si ré[iandu dans toute l'Europe.
Les SbcUas habitent à l'outs' de l'ALlû'i, tandis que les Kabyles
liabitent l'est de ces montagnes. C'est un jwuple cultivateur, lai rieux et pauvre. 11 est en général indépendant.
Les Touaregs forment un peuple bien distinct des deux j cédents qui liabitent au delà de la cliaine de l'.itlas. Les Toua-
regs sont nomades; ils errent dans le Sahara et font de conlJnnelKI escursions dans le Soudan pour y enlever les esclaves. M. Ilerri DuvejTler, qui q publié un ouvrage étendu sur les Touaregs du nord', veut que ce peuple soit hospitalier et humain. On -