FAMILLE LIBYENNE
La famille libyenne est formée des Berbères et des Égyptiens. Berbères. — Les Berbères composent les peuples qui habitent
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depuis des temps très-reculés la chaîne de montagnes de l’Atlas, ou qui errent dans les déserts de Sahara1. Les Berbères constituent un grand nombre de tribus, dans lesquelles on distingue quatre groupes principaux: les Kabyles, les Shcllas, les Touaregs et les Tibbous.
En parcourant la Kabylie on admire ses montagnes imposantes, les douces et gracieuses ondulations de son sol, ses vallées, où serpentent d’innombrables cours d'eau. Le peuple qui habite ces contrées est pasteur, agricole et industriel.
La coiffure des femmes est en rapport avec l'habitude qu’elles ont de porter sur la tète des cruches d’un très-grand poids. Elles les maintiennent en équilibre en cambrant fortement les reins. Elles se font une large ceinture avec de grosses cordes en laine, dont elles entourent vingt fois leur taille. Quant à leur vêtement, c'est toujours un simple morceau de laine, retenu par deux épingles au-dessus du sein.
Le peuple kabyle n’est point nomade, comme l’Arabe proprement dit; il reste toujours fixé au même sol. Tandis que l’Arabe vit sous une tente qui se déplace à son gré, et selon les besoins de la famille, le Kabyle se renferme dans une maison de pierre, et son douar est un véritable village. Le Kabyle n’est pas d’ailleurs Arabe; c’est un Africain d’origine, un Berbère un peu modifié par les différents peuples qui ont successivement occupé les rivages africains de la Méditerranée, mais dont les mœurs et le caractère physique sont toujours restés les mêmes.
Les armées romaines avaient conquis les rivages de la Méditerranée occupés parles Kabyles, et ils avaient refoulé les indigènes dans leurs montagnes. Le but principal des gouverneurs romains qui se succédaient en Afrique était d’exploiter le pays, pour suffire aux besoins insatiables de Borne et aux largesses inouïes que les empereurs faisaient au peuple de cette capitale du monde. Rome ne demandait donc à l’Afrique que des esclaves et des laboureurs. Ceux des vaincus qui ne voulaient pas accepter le joug pesant des gouverneurs romains, leur abandonnaient la plaine et se retiraient dans leurs montagnes, retraites inaccessibles qui, par les ravins et les bois, opposaient des obstacles infranchissables aux
1. Le mot Berbères vient du latin Barbari (Bxséxpo: en grec. Derabcr et Rerabra en arabe). Tons ces mots semblent venir du mot sanscrit wartcara, appellation hostile appliquée à l’étranger.
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cruautés des centurions et aux exigences des préteurs. De ces forts naturels, ils descendirent plus tard, sous la conduite de chefs audacieux, pour attaquer et repousser définitivement la puissance romaine.
Pour donner une idée de la Kabylie actuelle, et de son organisation, nous emprunterons nos renseignements à une Excursion dans la Grande Kabylie publiée en 1867, dans le Tour du monde, par M. le commandant Duhousset.
« Dans la Kabylie, dit M. Duhousset, la réunion des individus d'une même famille s’appelle kharouba; chacune des kharoubas qui composent le village ou déliera choisit parmi ses membres un dhaman qui doit la représenter aux réunions du conseil municipal, défendre scs intérêts, en un mot, être pour elle responsable ou répondant.
« L’ensemble de plusieurs délieras prend le nom d’arcA.
« Dans chaque village, l’autorité est exercée par un amin, choisi à l'élection et à tour de rôle dans chaque kharouba. Ce chef est chargé de veiller à l’exécution des lois écrites, classées sous le nom de kharwun, et qui ne sont que l’énoncé des coutumes en usage de temps immémorial en Kabylie.
« L’amin ne peut prendre aucune décision, frapper aucune amende sans la réunion ( djemâa ) de ses adjoints ou dhamans, toujours pris parmi les notables. Ce tribunal choisit un secrétaire [ khodja ) chargé de tenir à jour le registre de ses délibérations et de faire toute la correspondance avec l'autorité française. Ces fonctions de khodja sont rémunérées par des rétributions en figues, olives, etc., etc.
« Le commandement de la tribu est donné par l'autorité française à un amin-el-oumena, qui a pour fonction principale la surveillance de sa tribu, au pointdevue de l’ordre public. Il ne doit s’immiscer en rien dans les affaires des villages, qui se gouvernent chacun suivant son khanoun.
« La djemâa possède une caisse municipale, déposée entre les mains d’un outil (homme d'afTaires, gérant). Cette caisse est alimentée par les amendes qu'infligent le conseil municipal et l’autorité indigène, et par les droits perçus pour les mariages, les naissances et les morts.
- Chaque village est divisé en deux partis ou soff, qui sont généralement ennemis héréditaires. On comprend facilement b quelles extrémités regrettables pour la tranquillité publique en arrivent ces voisins irréconciliables quand leurs intérêts sont en jeu. *•
Les élections sont une source constante de troubles dans les villages kabyles.
La disposition des villages, dont les constructions se dominent presque toujours les unes les autres, rend ces rixes sanglantes. Quelques maisons élevées sont crénelées ; les autres sont percées de meurtrières, et la djama (mosquée) devient, en raison de l’importance militaire de son premier étage, une véritable forteresse, dont la possession assure le succès.
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On sait que la Kabylie fut conquise par nos armes en 1857. Ce qui contribua le plus efficacement à la soumission des Kabyles, ce fut la promesse de respecter leurs coutumes et leurs élections communales. La promesse a d’ailleurs été tenue, et ce respect des coutumes locales n’a pas peu contribué à consolider notre conquête.
Les villages kabyles sont riants, vus à distance; mais si l'on pénètre au milieu des centres de population et dans les maisons, on est bien désenchanté. On se demande même comment des créatures humaines peuvent séjourner dans un milieu où s’étendent sous toutes les formes l’incurie et la malpropreté les plus hideuses.
« Tous les Kabyles, dit M. le commandant Duhousset, sont d’une saleté révoltante : il n’y a pas d’établissement de bains dans toute la Kabylie du Djurjura. Les enfants ne reçoivent aucun soin : aussi résulte-t-il de cette incurie beaucoup d'ophthalmies, parfois la cécité complète; puis des maladies cutanées ou de pires affections héréditaires, que ces montagnards se transmettent de génération en génération, sans cesser pour cela d’ètre — les femmes, de bonnes mères qui allaitent leurs enfants jusqu’à trois ou quatre ans, — les hommes, de laborieux ouvriers et de bons agriculteurs. »
Les Kabyles ont un caractère indépendant, un esprit observateur et le goût du travail ; mais ils sont enclins à l’avarice, à la rancune et aux querelles. Certains villages sont scindés en deux partis hostiles, et souvent il existe un terrain communal qui, de génération en génération, est affecté à des rendez-vous de guerre. Là, les griefs se tranchent par le yatagan et le fusil
Le divorce est une des plaies de la société des Kabyles.
Tout le monde sait que la Kabylie est un pays riche, tranquille, adonné à l’industrie, et possédant une population nombreuse. Mais les chiffres auront ici un intérêt particulier.
Il y a en France neuf départements moins peuplés que la Kabylie; ce sont, dit le commandant Duhousset, les Basses-Alpes, les Hautes-Alpes, le Cantal, la Corse, la Lozère, les Basses et Hautes- Pyrénées et le Tarn-et-Garonne.
Trois départements sont moins étendus : le Rhône, la Seine et Vaucluse.
La population spécifique de la France est, en moyenne, de 67 habitants et 963 millièmes par kilomètre carré; celle de la Kabylie est de 67 h. 723; il en résulte que vingt-huit départements
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français ont une moyenne de population plus forte, un seul une population égale, et cinquante-sept une moyenne plus faible.
Les productions agricoles de la Kabylie sont les fruits ordinaires de la culture africaine, mais surtout les figues et les olives, auxquelles il faut ajouter de vastes cultures de froment. La figue est
Fig. 64. Moulin à froment, dans la Kabylie.
le principal aliment des populations, l’olive l’objet principal de leur industrie agricole.
Pour la moisson les Kabyles se couvrent la tète d’un immense chapeau de paille de forme pointue, aux bords larges de quarante centimètres, qui rayonnent autour de leur visage. Leur costume se compose d’une chemise qui laisse nus les bras et les jambes, et d’un tablier en peau comme celui de nos forgerons.
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Ils moissonnent, avec une faucille, le blé et l’orge par petites poignées et fort près de terre. Le dépiquage ainsi que le vannage se font assez grossièrement avec des bœufs.
M. le commandant Duhousset, qui a assisté à la moisson et à la récolte des grains de froment, et à leur mouture, donne la figure précédente comme représentant les moulins à moudre le froment dans la Kabylie (fig. 64).
Le moulin à olives est peu différent de celui qui est en usage dans le midi de la France ; seulement ce sont des femmes qui tournent la meule, et font l’office rempli chez nous par des chevaux ou des machines à vapeur (fig. 65).
On apporte dans la Kabylie des soins tout particuliers à la culture du figuier, la principale ressource alimentaire de toute la contrée. M. le commandant Duhousset a vu en exercice la pratique de la fécondation artificielle du figuier, opération qu’il est assez curieux de connaître, car nous n’en avons en France aucune idée.
Le figuier est fécondé artificiellement en Kabylie, comme le dattier; seulement, tandis que, pour le dattier, ce sont des fleurs mâles qui sont placées sur les dattiers femelles pour les féconder, ici ce sont des insectes qui sont chargés de transporter la poussière fécondante : c’est ce que l’on appelle la caprification.
« La caprification, dit M. le commandant Duhousset, est pratiquée de temps immémorial par tous les peuples qui habitent le littoral de la Méditerranée. Cet usage, si important et si curieux, m'a paru mériter un examen particulier : aussi ai-je recueilli beaucoup de renseignements et d’explications plus ou moins plausibles sur la manière dont on opère et sur les avantages qu’on relire de ce mode particulier de culture.
« Le dokhar est le fruit du figuier sauvage. Il est petit, sans saveur et d’un goût Acre. C’est donc une espèce peu comestible ; elle n’est pas cultivée pour être mangée. Elle est hâtive, et déjà mûre quand les autres figues, encore vertes, n’ont pas atteint la moitié de leur développement. L’arbre qui la produit, le capri figuier, donne deux et même trois récoltes par an; mais on utilise la première et rarement la seconde.
■ Arrivé à maturité, le dokhar est cueilli et arrangé en petits paquets ( moulak ) formant chapelets; on suspend ces chapelets aux branches des figuiers femelles, vers la fin de juin dans la plaine et à la fin de juillet dans la montagne. Chacun de ces dokhars, lorsqu’il est desséché, laisse échapper par l’ombilic une multitude de petits insectes ailés qui s’introduisent dans les fruits de l’arbre auquel il est attaché , leur donnent la vie et les empêchent de tomber.
«< Ces insectes , sortes d’agents de fécondation , prennent naissance et grandissent avec le fruit du dokhar, et en sortent, après leur complet développement, pour se porter sur le figuier femelle. Leur corps est velu comme
Fig. «S. Moulin à broyer le» olives, dans la Kabylie.
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celui de l'abeille, qui, on le sait, remplit une mission analogue pour certaines fleurs.
« Ces insectes sont de deux espèces, les noirs et les rouges; les premiers, plus petits que les seconds, ne portent pas, comme ceux-ci, un appendice en forme de dard à l'extrémité postérieure. Les indigènes prétendent que l'insecte noir seul joue un rôle utile dans la caprification du figuier [le rôle du vent, de l'oiseau ou de la main de l'homme dans la fécondation du datt cr); une longue expérience lui attribue le privilège de préserver les figues du dépérissement et de la chute avant la maturité. C’est ce qui a fait naître ce proverbe connu de toute la Kabylie : Qui n a pas de dokhar, n’a pas de figues. L’abondance des figues, quelles que soient les localités et les circonstances atmosphériques , est en rapport avec celle du dokhar; il arrive cependant que ce dernier, si nombreux qu'il soit, ne donne naissance qu’à un petit nombre de ces insectes préservateurs, comme en 1863, où la récolte a été faible, le dokhar n'ayant produit qu'une très-petite quantité d’insectes.
t Les Kabyles sont convaincus qu’un seul de ces insectes suffit pour préserver quatre-vingt-dix-neuf figues, mais que la centième devient son tombeau. Cette opinion n’est peut-être que la suite d’un préjugé populaire, mais il serait injuste de l’omettre : chez les peuples primitifs, quelques vérités se conservent parfois sous le merveilleux , qui a sa place marquée en toute chose.
« On opère la caprification au moins une fois par an. Quand le dokhar est abondant, il convient de la répéter plusieurs fois de suite à peu d’intervalle et il est de la plus haute importance que cette opération soit faite en temps opportun, à l’automne ou au printemps, si l'on ne veut voir la récolte gravement compromise et en partie perdue.
* Une règle généralement suivie aujourd’hui dans les villages qui possèdent du dokhar, est que nul , sous peine de cinquante francs d’amende, ne peut en vendre à l’étranger, même à un allié, avant que les jardins de la localité soient abondamment pourvus du précieux préservatif.
« On sait qu’avant notre domination les tribus kabyles étaient sans cesse en hostilité les unes contre les autres; la vente du dokhar était alors suspendue et même interdite de tribu à tribu. Comme la figue est l’aliment principal et indispensable des populations, cette mesure prohibitive était le plus sûr moyen d’affamer l’ennemi ou au moins de lui causer un grave préjudice. Il n’est donc pas inadmissible que plusieurs fois des tribus en soient venues aux mains pour se procurer, par la force et au prix de beaucoup de sang, ce qu’elles ne pouvaienl obtenir avec de l’argent. «
Les métaux, tels que le cuivre et le fer, existent dans la Kabylie avec une certaine abondance, et les habitants du pays sont experts dans l’art de retirer ces métaux de leurs minerais. Cependant ils commencent à empruntera l’Europe les matières métalliques.
Avec les outils que leur fournit leur propre industrie, ou qu’ils obtiennent par l’importation étrangère, les Kabyles fabriquent un
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grand nombre d’objets usuels et d’ornement. Les bijoutiers et les armuriers ne sont pas rares dans les villages de la Kabylie.
La figure 66 représente, d’après un dessin du commandant Duhousset, l’atelier d’un bijoutier kabyle.
Le tour en bois de l’ouvrier kabyle est représenté dans la fi-
Fig. 66. Bijouliers kabyles.
gure 67. C’est avec ce tour que l’on confectionne les vases de bois et les nombreux ustensiles que le Kabyle vend sur toutes les côtes d’Afrique. 11 est assez remarquable que le tourneur Kabyle ne fasse jamais usage que du tour vertical, et paraisse ignorer notre tour horizontal , si commode et si répandu dans toute l’Europe.
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Les Sliellas habitent à l’ouest de l’Atlas, tandis que les Kabyles habitent l’est de ces montagnes. C’est un peuple cultivateur, laborieux et pauvre. Il est en général indépendant.
Les Touaregs forment un peuple bien distinct des deux précédents qui habitent au delà de la chaîne de l'Atlas. Les Touaregs
Fig. C7. Tourneur kabyle.
sont nomades; ils errent dans le Sahara et font de continuelles excursions dans le Soudan pour enlever les esclaves. M. Henri Duveyrier, qui a publié un ouvrage étendu sur les Touaregs (lu nord', veut que ce peuple soit hospitalier et humain. On le con-