‹ Les Races humainesChapitre 13 sur 62 · Un volume in-8‘ avec planches. Paris · texte numérisé non relu

Un volume in-8‘ avec planches. Paris

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sidère pourtant, en général, comme composé de tribus assez redoutables, qui parcourent le désert , arrêtant les caravanes et pillant les traînards de l’escorte. Ce qui est certain , c’est qu’une infortunée voyageuse, Mlle Tinne , qui avait exploré courageusement l'Asie et l’Afrique, fut assassinée dans le désert, en 1869, par des Touaregs.

On donne en général dans l’Afrique française le nom de Maures à toute la population musulmane (excepté les Turcs) qui habite la Barbarie et le Sahara; mais le plus ordinairement ce nom ne s’applique qu’à deux classes particulières. La première de ces classes se compose d’une partie de la population des villes que l’on a souvent considérée comme descendant des anciens habitants de la contrée, c’est-à-dire de la famille libyenne, mais qui semble, au contraire, être principalement d’origine arabe. La seconde ne comprend que les tribus, nomades pour la plupart, qui habitent dans le sud-ouest du Sahara, et qui appartiennent soit aux peuples berbères , soit aux Arabes.

Égyptiens. — Arrivons au peuple égyptien, à cette race immuable qui semble dormir embaumée dans un sol conservateur, immense hypogée où depuis trente siècles des générations successives se sont remplacées et maintenues presque sans altération , elles et leurs animaux domestiques.

Le livre d’Hérodote , les dialogues de Lucien , et les ouvrages d’Ammien Marcellin, nous apprennent que les anciens Égyptiens, en tout semblables à ceux de nos jours, avaient la peau d’une teinte brune. Deux contrats de vente remontant à l’époque des Ptolémées nous renseignent sur la couleur des personnes intéressées. Le vendeur est appelé [uXây/fun (brun foncé) et l'acheteur (jaune ou couleur de miel). De tous les documents et témoignages, il résulte qu’il existait chez les anciens Égyptiens certaines variétés de coloration de peau, mais qu’il y avait une couleur dominante. On trouve dans les temples et les tombeaux des peintures où les personnages ont le teint cuivré, rougeâtre ou couleur chocolat clair. Les ligures de femmes ont quelquefois une teinte plus jaune, approchant du fauve.

On retrouve une autre représentation fidèle des traits des anciens Égyptiens dans leurs peintures et leurs sculptures qui sont Venues jusqu’à nous. Leur physionomie présente un type particu-

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lier et remarquable, et il en est de même de la conformation de leur corps. D'après Denon [Voyage en Ègyple), les anciens habitants

Fig. 68. Coptes au temple de Kranah.

du pays des Pharaons avaient des formes pleines, mais délicates et voluptueuses , des visages calmes et reposés , des traits

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doux et arrondis, des yeux longs, fendus en amande, à moitié fermés, languissants et relevés aux angles extérieurs , comme si la lumière et la chaleur du soleil les eussent fatigués habituellement. Des joues rondes , des lèvres épaisses et saillantes, une bouche grande, mais souriante, un teint foncé et d’un rouge cuivré, achevaient de donner l’expression à la physionomie.

Blumenbach , par l’examen d’un grand nombre de momies et par leur comparaison avec les produits de l’art ancien, est arrivé à établir trois types principaux d’anciens Égyptiens, auxquels se rapporteraient, avec plus ou moins de déviations, les figures individuelles : le type éthiopien, le type indien et le berbère. Le premier est caractérisé par des mâchoires saillantes aux lèvres épaisses, par un nez large et plat, par des yeux saillants. Ce type coïncide avec des descriptions données par Hérodote et d’autres auteurs grecs, qui accordent aux Égyptiens un teint noir et des cheveux laineux. Le second type est bien différent du précédent. Le nez est long et étroit; les paupières sont minces, allongées et à ouverture légèrement oblique , se relevant à partir de la racine du nez en allant vers les tempes; les oreilles sont haut placées dans la tète; le tronc est court et mince; enfin les jambes sont très-longues. Cet ensemble rappelle les Hindous qui habitent au delà du Gange.

Telle était donc la population ancienne de l’Égypte. Celle qui habite aujourd’hui le même pays est difficile à classer au point de vue ethnographique. Il ne faut pas la ranger, comme on le fait souvent, dans la race arabe. La population de l'Égypte est l’antique race indigène, ou race berbère, profondément altérée par son mélange avec des éléments nouveaux.

Cette race indigène de l’ancienne Égypte, on la retrouve encore dans le pays, clair -semée, mais très -reconnaissable. C’est cette petite partie de la population qui porte le nom de Copte ou Cophte.

Les Coptes, race que la religion a préservée de tout mélange, ne sauraient représenter que d’une manière éloignée la race égyptienne primitive, puisque 1 Égypte ancienne fut conquise et subjuguée par les Arabes, puisqu’elle fut soumise tantôt aux Perses, • tantôt aux Grecs et aux Romains, enfin aux Musulmans.

Les Coptes ( fig. 68} sont, en général, d’une taille au-dessous delà moyenne; leurs formes se prononcent vigoureusement; la couleur de leur peau est d’un rouge obscur. Ils ont le front large, le menton arrondi, les joues médiocrement pleines, le nez droit,

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les ailes du nez fortement sinueuses, les yeux grands et bruns, la bouche peu fendue, les lèvres grosses, les dents blanches, les

Fig. 69. Femme fellah.

oreilles hautes et très-détachées, la barbe et les sourcils extrêmement noirs. La ressemblance frappante des Coptes avec les figures

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qui ornent les anciennes sculptures égyptiennes est une preuve suffisante que ce groupe d’hommes est bien le résidu des anciens indigènes de l’Égypte, un peu mêlé aux nations qui ont successivement occupé l’Égypte.

Les Coptes se convertirent au christianisme au deuxième siècle.

Au septième siècle, au moment de la conquête de l’Égypte par les Arabes, on comptait 600 C00 Coptes; il n’en reste aujourd’hui que 150 000, dont 10000 vivent au Caire. Ils considèrent saint Marc comme leur premier patriarche. Ils communient très-rigoureusement le vendredi , mènent une vie très-austère et ont des prêtres mariés.

Les Coptes ont les yeux noirs, les cheveux généralement crépus. Sombres, taciturnes, dissimulés, ils rampent devant ceux qui les dominent, détestent leurs égaux, et sont arrogants envers leurs inférieurs. Ils font de très-habiles comptables dans toutes les administrations. Ils exercent exclusivement certains arts, tels que la fabrication des moulins, des appareils pour l'irrigation, de la bijouterie, etc.

La langue copte est l’ancienne langue des Pharaons, mêlée de mots grecs ou autres , écrits avec les lettres de l’alphabet grec. Elle ne s’enseigne plus grammaticalement, et ne se parle plus, mais elle sert toujours pour les prières du culte.

Les Coptes ont assez mauvaise réputation en Égypte. Complices de l’invasion arabe, tolérés par l’islamisme, ils furent employés par les mameluks à la perception des impôts. On trouve chez eux beaucoup de moines mendiants et de voleurs. La figure 68 représente des prêtres coptes au temple de Kranah.

On appelle fellah, en Égypte, la partie la plus misérable de la population égyptienne, les paysans et les travailleurs, ceux qui ont concouru avec tant d’utilité aux travaux du canal de Suez.

Les fellahs (fig. 69, 70), au point de vue ethnographique, dérivent de l’ancienne population indigène , profondément modifiée par les Arabes. Bien qu’ils parlent la langue arabe, on ne peut les confondre avec les Arabes, vu la grossièreté de leurs traits.

Ainsi la terre d’Égypte nourrit des populations bien mêlées au point de vue ethnographique, et il est impossible d’y retrouver un type organique pur. C’est le résultat de l’état politique déplorable de ce pays. Depuis son origine, l’Égypte a toujours été asservie par des conquérants étrangers, qui n’ont fait que se remplacer les

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uns les autres, et ont substitué leur physionomie naturelle à celle des habitants originaires de la contrée.

Dans un Voyage en Egypte de MM. Cammas et Lefèvre, publié dans le Tour du monde , nous lisons, au sujet des fellahs, les réflexions qui suivent :

Kiy. .0. Fellah.

c Les fellahs ont une faible idée de la dignité humaine et de leur propre valeur; ils ne répondent aux coups que par des plaintes. Parfois ils se révoltent comme des moutons, mais avec la conviction que la lutte est inutile. Ainsi, à l'époque de la conscription, ils résistent à la force armée; on en tue quelques-uns, et le reste, emmené sur les barques de l'État vers le Caire, descend le Nil, suivi pendant plusieurs lieues par les lamentations des femmes et des jeunes filles. La vie des fellahs n’est pas, matériellement,

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plus malheureuse que la vie de nos manouvriers des campagnes : leur ca-

Fig. 71. Dame du Caire.

raclérc est plutôt gai que mélancolique ; et les circoncisions , les mariages

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sont des fêtes où tout le village est invité : leurs fanlasiai, leurs chants et leurs danses respirent la joie spontanée, instinctive des nègres. Mais, avec

Fig. 72. Aimée.

tout ce qui peut rendre l'existence aimable, il leur manque le sentiment des droits et des devoirs, ce quelque chose qui fait l’homme libre et le citoyen ; chacun d'eux aime sa maison , son hameau; mais l’Égypte n’est pas une

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nation, une patrie. Cet abaissement de l’espèce humaine, si douloureux & voir, étonne au premier abord ; toutefois, si l’on réfléchit à la tyrannie oppressive des mameluks, à la désorganisation profonde de l'Égypte sous la dynastie grecque et romaine, enfin à l’antique loi des castes qui condamnait la masse du peuple à l'esclavage de la glèbe, on comprend que l’esprit du fellah, atrophié déjà sous les Pharaons, ahuri sous les Romains, tué par le fatalisme musulman, résiste longtemps aux efforts , aux tendances intelligentes du gouvernement de Saîd-pacha. Depuis la conquête arabe, la terre a été légalement la propriété des sultans, des émirs cl des beys; ce qui existait chez nous en principe dans le mondé féodal, fut rigoureusement appliqué en Égypte. Toute la moisson des fellahs passait , sauf le strict nécessaire, dans le grenier du maître. Aujourd'hui le vice-roi renonce au monopole; il veut transformer les tributs arbitraires en impôts réguliers; il crée des droits aux laboureurs, et assure aux paysans la libre transmission du champ qu’ils ont arrosé do leurs sueurs. Mais ce n’est pas en un jour que s’effacera l’empreinte terrible du servage passé.

« Les mariniers du Nil, fils et parents des fellahs, tiennent d’eux l’ignorance, l’humilité, le dédain de la vie, l’instinct du rire, des chansons et de la danse. Cependant leur intelligence s'aiguise au contact perpétuel des étrangers; il y a plus de choses dans leur cerveau. »

Les mêmes voyageurs no.us disent, à propos des mariages en Égypte :

« Le mariage, en Égypte, n’est pas un acte public, rigoureusement constaté par la loi. Quand le futur et les parents sont d’accord, quand la somme que doit payer le mari est stipulée la femme n'apporte pas de dot), on procède à la célébration devant deux témoins; quelquefois on avertit le cadi, mais c’est une formalité souvent négligée. Dans une telle union , sans garantie ultérieure, la femme n’est plus qu’une esclave achetée; lorsqu’on n'en veut plus, on la renvoie; elle n'a elle-même droit au divorce qu’en un seul cas. regardé chez nous aussi comme une grave injure. La naissance des enfants n’est jamais constatée; il en résulte pour eux une position précaire tant qu'ils ne sont pas en état de se défendre.. Leur mort est aisément cachée, et quelquefois ils périssent de la main d’une des femmes, rivales de leur mère. Un usage fréquent parmi les mariniers du Nil est de prendre une femme à (îirgeh, par exemple, et une autre à Assouan. Le mari, tour à tour, selon ses affaires, va passer un mois chez elles; il apporte quelques piastres, une ou deux pièces de cotonnade bleue, souvent une petite pacotille que la femme détaillera lorsqu’i1 sera parti. En échange, il reçoit des produits du pays et alimente ainsi le commerce de l'autre épouse. Nous avions à bord une cargaison de poteries, de sel et de pipes; les matelots les déposaient au passage et devaient trouver au retour une provision de tabac, de dattes et de harnais. La polygamie ainsi comprise est industrieuse ; cependant elle jierd chaque jour du terrain , non-seulement chez les pauvres, mais encore chez les riches, qui n’ont le plus souvent qu’une épouse légitime à la fois. Elle n’a d’ailleurs qu’une raison d’être, c’est la vieillesse prématurée des femmes. Que les hommes cessent d’épouser des enfants

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promptement épuisées par les fatigues d’une maternité précoce, et c'en est fait de la polygamie. »

La figure 71 représente le costume d'une dame du Caire.

Les aimées, ou danseuses égyptiennes {fig. 72), ne sont plus qu'un souvenir en Egy pte. C’est à peine si on en rencontre quelquesunes au Caire. Les dernières sont confinées dans la ville d’Esneh.

Les voyageurs auxquels nous avons emprunté les renseignements qui précèdent ont visité la ville d’Esneh , et par conséquent les danseuses égyptiennes. Ils nous tracent d’elles le portrait suivant :

c On nous introduisit dans une masure d’aspect peu engageant; au milieu de la salle étaient groupées les danseuses, toutes de figure ordinaire, mais jeunes et bien faites. L’appàt d’un gros gain les avait entraînées à de grands frais de toilette. Je vois encore leur gilet très-ouvert, leurs larges pantalons de soie retenus à la hanche par des ceintures éclatantes, leur tunique intérieure en gaze ou en tulle couleur de chair; ici des pieds nus, là de longues babouches jaunes ou rouges ; des colliers et des bracelets, et sur les fronts des médailles légères ; puis, derrière les tètes, de petits fichus de soie jetés négligemment. La danse, commencée par une série d'altitudes mollement gracieuses, s’anima vite jusqu’à l’expression la plus passionnée ; le buste des femmes demeurait immobile, tandis que le resle du corps s'agitait avec frénésie. Une distribution d’olives, de liqueurs et une pluie de talaris nous valut mille bénédictions et termina dignement la soirée. Les aimées n’ont pas tous les jours de pareilles aubaines, et si elles dansent l’hiver, elles ne chantent pas l’été; la population qui les entoure n’est guère en état de payer leurs talents. Savantes aux poses plastiques, mais incapables de tout travail, elles sont réduites aux expédients, aux emprunts qui les font esclaves des usuriers. Leur temps se passe à fumer, à boire [’aquai-ite sorte d’aniselte) et l’éternel café. Les difficultés d'une si misérable existence font décroître de jour en jour le nombre des aimées, qui, au temps des mameluks, abondaient dans toute l’Égypte. Esnch est leur dernier refuge et fut sans doute leur berceau. »

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