FAMILLE SÉMITIQUE
Nous disions plus haut que les peuples qui composent le rameau araméen ont, de lionne heure, fait briller en Asie le flambeau de la civilisation. Cette remarque concerne surtout les peuples de la famille sémitique, qui va nous occuper maintenant. C’est de cette famille que sont, en effet, sortis ces peuples célèbres dans l’antiquité, sous les noms d.' Assyriens, d 'Hébreux, de Phéniciens, de Carthaginois.
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Soumis par d’autres peuples, les Assyriens, les Hébreux , les Phéniciens et ies Carthaginois ont disparu successivement, et sont maintenant en grande partie remplacés par les Arabes.
Fig. 73. Arabe bédouin.
Nous réunissons dans la famille sémitique les Arabes, les Juifs et les Syriens.
Arabes. — Les Arabes forment la population principale de l’Arabie actuelle ; ils composent également une grande partie de la
Fig. 7'». Tenle il'Ar.'iles notnndcs.
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population de l’Égypte, de la Nuliie, de la Barbarie, du Sahara. Ils s’étendent même dans la Perse et jusque dans l’Hindoustan. Les Arabes sont en partie pasteurs {Bédouins), en partie cultiva-
Fig. 75. Juif de Salooique.
teurs : ceux-ci sédentaires, ceux-là nomades. Les Bédouins (lig. 73), enfants du désert, toujours errants, agiles, très-sobres, sont
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plus petits et d’une complexion plus grêle que les autres, et supportent parfaitement les fatigues et les privations de leur genre de vie. Les agriculteurs, ou fehles , sont plus grands et d’une apparence plus robuste. Les premiers ont un air déliant et farouche.
Un profil allongé, avec élévation considérable de la voûte crânienne; un nez aquilin, presque sans dépression à sa racine; la ligne des mâchoires un peu rentrante; une bouche petite; des dents bien plantées; des yeux logés peu profondément, malgré le peu de saillie des arcades sourcilières; des formes générales élégantes, déterminées par la petite quantité du tissu cellulaire et de la graisse, et par la présence de muscles énergiques sous un médiocre volume; des sens très-aiguisés, une intelligence très-vive; des sentiments profonds et persévérants : tels sont les caractères de la race arabe. Ces caractères accusent une véritable et remarquable supériorité sur toutes les autres races, et le baron Larrey a retrouvé cette supériorité jusque dans la conformation de la tète et le développement des circonvolutions cérébrales, la consistance des nerfs, l’aspect de la fibre musculaire et du tissu osseux, la régularité et le développement parfait du cœur et du système artériel.
Le type arabe est donc vraiment admirable. Constant et bien prononcé dans l’ensemble de ses caractères, ce type a pourtant subi des modifications considérables sous l’infiuence de causes diverses.
La couleur de la peau des Arabes varie beaucoup ; leur teint peut être aussi blanc que celui des Européens dans les régions situées le plus au nord. On a cité, dans l’Yémen, des femmes arabes dont la peau était d’un jaune foncé. Dans la portion de la vallée du Nil qui borde la Nubie, les Arabes sont noirs. Dans cette même vallée du Nil, au-dessus de Dengola, les Arabes Shcgya sont d’un noir de jais, d'un noir pur, brillant, et qui parut au voyageur anglais "Waddington la plus belle couleur qui pût être choisie pour une créature humaine.
« Ces hommes, dit Waddington, se distinguent complètement des nègres par Péclat de leur couleur, par la nature de leurs cheveux, par la régularité de leurs traits, par l’expression suave de leurs yeux humides, et par la douceur de leur peau qui, à cet égard, ne le cède en rien à celle des Européens. »
KiS- 7$. Juifs de lUbylone.
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Chez les Arabes des régions tempérées, on a rencontré quelque-
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Fig. 77. Juives de Cochin.
fois des cheveux plus ou moins clairs et des yeu* bleus ou g ris
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en revanche, on a signalé des tribus au milieu du désert libyen chez lesquelles les cheveux étaient crépus et assez analogues à ceux des nègres.
En résumé, les Arabes nomades, qui mènent fidèlement, depuis la plus haute antiquité, le même genre de vie, nous offrent, malgré des circonstances climatériques variées, l’empreinte originelle d’une beauté hors ligne.
La ligure 74 représente une tente d’Arabes nomades.
Juifs. — Parmi les petits peuples que l’on rapporte à la famille sémitique, il en est un bien remarquable par son importance historique, et par la manière dont il a su conserver son type originel depuis près de dix-huit siècles qu’il est dispersé dans tout l’ancien continent : ce sont les Juifs ou lira élites1.
Les Juifs ont conservé quelque chose de leur physionomie propre. Ils se distinguent des nations parmi lesquelles ils sont dispersés, par des traits particuliers, que l’on reconnaît facilement dans plusieurs tableaux des grands maîtres. Cependant ils ont fini par prendre plus ou moins les caractères des nations au milieu desquelles ils ont séjourné longtemps. Sous la seule influence des circonstances extérieures et du genre de vie, le mélange des peuples au milieu desquels ils vivent a altéré peu à peu leur type national. Dans les contrées septentrionales de l’Europe , les Juifs ont la peau blanche, les yeux bleus et les cheveux blonds. Dans quelques parties de l’Allemagne, on en voit beaucoup avec la barbe rouge; en Portugal, ils sont basanés. Dans les parties de l’Inde où ils sont établis depuis longtemps, c'est-à-dire dans la province de Cochin, sur la côte de Malabar, ils sont noirs et si complètement semblables, pour le teint, aux indigènes, qu’il est quelquefois difficile de les distinguer des Hindous.
La figure 75 représente un Juif de Salonique; la figure 76 des Juifs de Babylone, et la figure 77 des Juives de Cochin.
Syriens. — Les anciens Syriens se sont, en général, fondus dans les peuples qui les ont conquis ; cependant leur langue est encore
1. La politesse française a introduit entre ces deux mots une distinction qui est trop bizarre pour que nous ne la fassions pas remarquer. En France, on appelle Israélite un jui enrichi, cl juif un israélitc pauvre. MM. de Rothschild sont des banquiers israélites; mais si, par impossible assurément, MM. de Rothschild, ayant perdu leuis millions, allaient habiter à Francfort, dans le quartier des Juifs, la maison paternelle, qui s’y trouve encore et que nous avons vue, ils seraient, comme leurs ancêtres, des marchands juifs. *
Fig. 78. Beyrouth cl les Syriens.
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parlée par des populations chrétiennes de la Mésopotamie et de la Chaldée, les Souriani, les Yakoubi ou Kaldani.
Beyrouth, au pied des montagnes du Liban (fig. 78), est la ville et le port qui sert de centre au commerce de toute la Syrie. Là le Liban apporte son vin et ses soies, l’Yémen son café, le Hauran ses blés, Djébaïl et Lattakieh leur blond tabac, Palmyre ses chevaux, Damas ses armes, Bagdad ses riches étoffes, et toute l’Europe les innombrables produits de son industrie.
Dès le premier coup d’œil jeté sur Beyrouth, on voit à quel point le commerce est florissant dans cette ville. Les Maronites aux habits sombres et grossiers, le Druse au turban blanc ou rayé, porteur d’armes magnifiques, des Arabes qui étalent leurs haillons superbes, des Turcs, des Grecs, des Juifs, des Arméniens, tout cela se presse sur le port. C’est une véritable Babel de langage et de costumes; néanmoins, l’élément chrétien y domine.
Mais les rues de Beyrouth, comme toutes celles des villes de l'Orient, ne répondent pas à ce qu’annonce ce brillant panorama. Les maisons sont de massives enveloppes de pierre ; les rues sont étroites et rapides, reliées quelquefois par des passages voûtés ; quelques-unes, plus larges, sont occupées par des cafedjis , à l’intérieur desquels des Arabes accroupis fument tranquillement le chibouque à l’abri de tentes, en sparterie grossière , suspendues sur leurs tètes. Au milieu de la rue, des enfants se roulent dans la poussière.
Les Maronites et les Druses sont deux petits peuples du Liban, mais qui parlent arabe, comme la plupart des Syriens actuels.
Les Maronites composent une peuplade forte, mais peu instruite. Us tirent leur origine d’un moine chrétien nommé Maroun , qui vivait vers la fin du sixième siècle, et mourut en odeur de sainteté. Un couvent fut fondé pour faire honneur à sa mémoire. Un siècle plus tard, un de ses disciples, Jean le Maronite, épousa la querelle des Latins contre les chrétiens grecs, qui faisaient alors de grands progrès dans le Liban. Ces derniers chrétiens suivaient les inspirations de Constantinople; les Maronites, au contraire, obéissaient à celles de Rome. Le voile religieux devait ici servir à couvrir les dissidences politiques. Jean le Maronite arma ses montagnards, les conduisit à l’ennemi, et s'empara de tout le Liban, jusqu’auprès de Jérusalem. Retirés sur leurs montagnes et bien qu’en petit nombre, les Maronites con-
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servèrent longtemps leur indépendance. Ce ne fut qu’en 1588 qu'ils furent réduits par Ibrahim, pacha du Caire, et soumis à un tribut annuel, qu ils payent encore aujourd'hui.
Cependant les Maronites, comme tous les peuples montagnards, ont conservé le goût de l'indépendance. Opprimés par les Musulmans, leurs maîtres, et par les Druses, rivaux que leur a suscités, dit-on, l'Angleterre, jalouse de la prépondérance française dans le Liban, en querelle avec les Ausariehs ou les Mutualis, ils n’en continuent pas moins, une pioche d’une main, le sabre de l’autre, à cultiver et à défendre l’héritage de leurs pères.
Les Maronites sont instruits ; c’est la seule race lettrée du pays. Les magnifiques couvents qui existent dans le pays des Maronitse sont remplis de manuscrits anciens et d’écrits arabes de nos jours. La ligure 79 représente un des couvents maronites du Liban.
Les Druses sont des schismatiques musulmans, comme les Maronites sont des sectaires chrétiens. Ils sont cultivateurs, mais plus guerriers encore. Chez eux, tout homme est soldat de fait et de droit; ils sont hospitaliers, mais ils savent, au besoin, combattre comme les meilleurs guérilUros d’Europe.