FAMILLE JAPONAISE
Le Japon, composé d une île considérable, l’ile de Nipon, et d'une petite bande du continent de l’est de l'Asie, est habité par un peuple industrieux et intelligent. Si le Japonais ressemble aux Chinois par beaucoup de côtés, il s’en éloigne par d’autres, et est bien supérieur, au point de vue moral, aux habitants du Céleste- Empire.
Les caractères de l’écriture sont les mêmes au Japon et en Chine, et la littérature japonaise n’est pas nationale, mais toute chinoise. Au Japon régnent, comme en Chine, les deux cultes de Bouddha et de Confucius. Les pagodes dans lesquelles ces cultes se pratiquent sont les mêmes, et elles sont desservies par les mêmes bonzes, à la tête rasée et à la longue robe grise. Les bâtiments et jonques sont les mêmes dans les deux pays. La nourriture est la même, c’est-à-dire composée de végétaux, parmi lesquels domine le riz, et de poissons, avec accompagnement de force thé et eau-de-vie. Les coolies, ou serviteurs indiens, portent leurs
RAGE JAUNE
fardeaux au Japon comme en Chine, à Nangasaki comme à Pékin, en faisant retentir les rues des mêmes cris aigus et cadencés. Les Japonaises se coiffent comme les anciennes Chinoises avant l’adoption de la queue, et les habitants des villes, à Yédo gomme à
Nankin, se renferment dans leurs maisons barricadées contre le froid et la chaleur.
Mais là s'arrêtent les ressemblances. La race japonaise, nation toute militaire et féodale, s'indignerait d être confondue avec la race humble et rusée du Céleste-Empire, qui dédaigne la guerre et ne vit que pour le commerce. Le Chinois se met à rire quand
AME AU SINIQUE.
on lui reproche d’avoir fui devant l’ennemi ou quand on lui prouve qu’il a menti : ce sont là pour lui choses indifférentes. Le Japonais entend autrement la vie et l’honneur : il est guerrier et il est fier. Un soldat japonais tient bon contre l’ennemi. Lui enlever son sabre, c’est le déshonorer, et il ne le reprendra que teint du sang
Fig. 145. bourgeoises japonaises.
du vainqueur. Le duel, inconnu en Chine, est terrible dans son exécution chez les Japonais. L’habitant du Nipon s’ouvre le ventre d’un coup de sabre, et délie son adversaire d’en faire autant, en lui donnant le signal de cet acte mortel. La race chinoise vit dans une dégoûtante et perpétuelle saleté; au contraire, tous les Japonais, sans distinction de classe ni de fortune, prennent tous les
RACE JAUNE
deux jours un bain chaud. Le Japonais, d’un caractère enjoué et ouvert, d’une intelligence remarquable, est avide de connaître ce qui se passe au dehors, est désireux d’apprendre; le Chinois, au
Fig. 146. Paysan japonais en costume d’hiver.
contraire, se renferme avec rigueur derrière sa classique muraille, et repousse tout ce qui est étranger. Tout cela dénote chez les Japonais une race bien supérieure à la race chinoise.
Sous le rapport du type physique, les Japonais diffèrent des Chinois par quelques particularités, qui se font remarquer surtout chez les habitants des rivages maritimes, chez les pêcheurs et les
RAMEAU SINIQUE.
tète grosse, un peu enfoncée dans les épaules, la poitrine large, le buste long, les hanches charnues, les jambes grêles et courtes, les pieds petits et les mains fines. Chez les personnes qui ont le front très-fuyant et les pommettes des joues particulièrement
marins des côtes. Ces derniers sont des hommes petits, vigoureux, agiles, aux mâchoires saillantes, aux grosses lèvres, avec un nez petit, déprimé à sa racine, mais à prolil arqué. Leur chevelure a quelques dispositions à devenir crépue.
Les Japonais, en général, sont de moyenne stature. Ils ont la
1 ig. 147. ItitbiUQl de ville en co&lume d hiver.
RAGE JAUNE
larges et proéminentes, la tète, vue de face, présente plutôt la forme géométrique du trapèze que celle de l’ovale. Les yeux sont plus saillants que chez les Européens, et même quelque peu bridés. L'effet général n’est pas celui du type chinois ou mongol. La tète du Japonais est plus grosse ; la figure plus allongée et, à tout prendre, plus régulière. Le nez est plus saillant, mieux dessiné.
Toute la population a la chevelure lisse, épaisse et d’un noir d'ébène. La barbe est assez forte. La couleur de la peau varie selon les classes de la société, depuis le blanc mat ou bruni par
Fig. 148. Le Japonais en famille.
le soleil des habitants de l’Europe méridionale, jusqu'au teint cendré et basané de l’habitant de Java. La nuance dominante est le brun olivâtre; jamais elle ne rappelle la teinte jaune des Chinois. Les femmes ont le teint plus clair que les hommes. Dans la haute société et jusque dans la classe bourgeoise, il est des femmes qui ont le teint tout à fait blanc.
Deux traits indélébiles séparent les Japonais du type européen : les yeux bridés, et une disgracieuse dépression de la poitrine , que l'on distingue chez les personnes à la fleur de lagç, même chez les plus belles.
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Hommes et femmes ont les yeux noirs, les dents blanches et saines. Leur physionomie est mobile et présente une grande variété d’expression. L’usage veut que les femmes mariées noircissent leurs dents.
Fig. 14!). Mariner japonais.
Le vêtement national des Japonais est une sorte de robe de chambre ouverte (fig. 144), que l’on fait un peu plus large, un peu plus étoffée pour les femmes (fig. 145) que pour les hommes. On la
RAGE JAUNE
croise sur la taille au moyen d’une ceinture, qui chez les hommes est une étroite écharpe de soie, et chez les femmes une large pièce d’étolTe bizarrement nouée derrière le dos.
Les Japonais ne portent pas de linge, mais ils se baignent, comme nous l’avons dit, tous les deux jours. Les femmes ont une chemise de crêpe de soie rouge.
En été, les paysans, les pécheurs, les artisans, les coolies indiens vaquent à leurs travaux dans un état de nudité presque complète, et les femmes ne gardent qu’une jupe autour de la ceinture. En temps de pluie ils se couvrent de manteaux de paille ou de papier huilé et de chapeaux d’écorce de bambou en forme de bouclier (fig. 146). En hiver les hommes du peuple portent sous le kirimon , ou la robe de chambre, un justaucorps et un pantalon collant en cotonnade bleue, et les femmes un ou plusieurs manteaux ouatés. Les gens de la classe bourgeoise ne sortent jamais sans justaucorps ni pantalon.
La ligure 1 47 représente le citadin japonais en costume d’hiver.
Ordinairement le costume ne diffère que parla nature des étoffes. Les nobles seuls ont le droit de se vêtir de soie. Ils ne s’habillent richement que pour aller à la cour, ou faire des visites de cérémonie. Tout le monde porte des chaussettes en toile et des sandales en paille tressée, ou des socques en bois retenus par un cordon, dans lequel on engage l'orteil. Chacun, en rentrant chez soi, ou en se présentant dans une maison étrangère, ôte ses chaussettes et les laisse sur le seuil.
Les planchers des habitations japonaises sont recouverts de nattes, qui dispensent de tout autre mobilier. La natte est à elle seule le mobilier presque tout entier.
Le Japonais est mari d’une seule femme.
Ce peuple a du goût pour les sciences et les arts ; il aime la musique et les spectacles. L’industrie est très-avancée chez lui. Il fabrique de belles étoilés, travaille le fer et le cuivre avec habileté, il forge d’admirables sabres ; ses ouvrages en bois, ses vernis, ses porcelaines ont une grande célébrité.
Sous le rapport politique, le pouvoir se partage entre un chef héréditaire et despotique , le Taïkoun , et un chef spirituel , le Mikado.
Deux religions, le bouddhisme et le culte des Kamis , se partagent le Japon ; la religion de Confucius y est également répandue.
Pour faire connaître avec plus de détails l’intéressante popula-
tion du Japon, nous emprunterons quelques pages au récit d’un séjour au Japon fait par M. Humbert, ministre plénipotentiaire de la Suisse, qui a été publié en 1870 sous ce titre : le Japon'.
Fig. 160. Ecrivain japonais.
M. Humbert assiste aux cérémonies auxquelles donne lieu une