FAMILLE DES NÈGRES
Les Nègres occupent une grande partie de l’Afrique centrale et méridionale. La Sénégambie, la Guinée, une partie du Soudan occidental, la côte du Congo, ainsi que l'immense étendue de pays, encore à peu près entièrement inconnue, qui est comprise
RACE NOIRE
entre la côte du Congo a l’ouest, et à l’est la côte de Mozambique et du Zanguebar, tels sont les lieux d'habitation des Nègres proprement dits.
La Guinée et le Congo sont la terre classique des Nègres. C'est là que vivent les représentants de cette race aux traits les plus caractérisés et les plus repoussants. On croit que l’invasion en Afrique des populations asiatique et européenne, s’étant toujours opérée par l’isthme de Suez et la mer Rouge, les noirs indigènes furent repoussés de plus en plus vers l’ouest du continent africain. Les habitants de la Guinée et du Congo seraient donc les descendants et les représentants contemporains de la souche noire primitive.
On trouve également des Nègres dans les nombreuses îles de la mer du Sud, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Rretagne, la Nouvelle-Calédonie, l’Australie, la Nouvelle Islande, la grande île de Madagascar, etc., etc. Dans cette dernière, il existe un vaste royaume nègre, gouverné par une reine, qui envoya, au commencement de notre siècle, des ambassadeurs en France et en Angleterre. Il y a enlin des Nègres aux États-Unis d’Amérique et dans nos colonies. Les Nègres sont libres en Amérique depuis la déclaration faite en 1848 de l’abolition de l’esclavage dans les possessions françaises, et depuis l’émancipation graduelle des noirs qui s’est faite plus récemment dans beaucoup de possessions espagnoles ou américaines.
Nous allons étudier les Nègres , d'abord au point de vue de l’organisation, ensuite sous le rapport intellectuel et moral.
La physionomie du Nègre est tellement caractérisée, qu’il est impossible de ne pas la reconnaître à première vue, même quand l’individu aurait la peau blanche. Ses lèvres proéminentes, son front bas, ses dents en saillie, ses cheveux laineux, à demi frisés, sa barbe rare, son nez large et épaté, son menton en retrait, ses yeux ronds, lui donnent un aspect spécial parmi tout le reste des races humaines. Plusieurs ont les jambes cambrées, presque tous peu de mollet, des genoux demi-lîéchis, le corps porté en avant et l’allure fatiguée.
Les muscles masticateurs sont plus puissants chez le Nègre que chez le blanc, en raison de la plus grande longueur de la mâchoire. Leur occiput est plus plat que chez le blanc, et le trou occipital plus reculé en arrière. Le docteur Madden a observé
dans la haute Égypte des squelettes de Nègres offrant six vertèbres lombaires au lieu de cinq, ce qui explique la longueur de leurs
Fig. 267. Nègre de l'Ouganda (Zanguebar).
reins et leur allure vacillante. Les hanches sont moins saillantes que chez le blanc.
Nous pouvons ajouter que dans cette race le tronc a moins de largeur que chez les autres races; que les bras sont proportion-
bkk RAGE NOIRE.
nelleraent un peu plus longs, que les jambes offrent une courbure assez sensible, avec un mollet aplati et haut placé.
Les os du crâne et ceux du tronc sont plus épais et plus durs que dans les autres races.
La cavité osseuse du bassin est beaucoup plus étroite chez le Nègre que chez l'Européen; mais elle est plus large vers le sacrum, ce qui rend l'accouchement facile chez la Négresse. D’après des mesures exactes, le bassin supérieur serait un quart plus • large chez l’Européen que chez le Nègre.
Les cuisses diffèrent aussi chez le Nègre et chez le blanc : elles sont chez le premier très-sensiblement aplaties.
Le pied participe de cette laideur de formes. Le vice de conformation du pied qui chez nous exempte du service militaire, c'està-dire le pied plat , non-seulement n’est pas une difformité chez le Nègre, mais est un caractèrè constant. Au lieu de former cette courbure qui donne au corps tout entier de l’élasticité, et rend la marche plus sautillante et plus légère, la partie inférieure du pied chez le Nègre est plane, ce qui rend le pied moins apte à supporter le corps dans les longues marches.
Cette difformité est tellement apparente chez le Nègre, qu'on dit de lui, en Amérique : « Le dessous de son pied fait un trou dans le sable. » Aussi est-il facile de distinguer à simple vue la trace du pied d’un Européen de celle d'un Nègre. La première empreinte ne représente que les doigts du pied et le talon; la seconde imprime toute la plante du pied, du talon jusqu’aux orteils. En outre, le pied du Nègre est grand et étroit, et ses orteils largement fendus. Les ongles en sont tellement allongés et aigus, qu’ils ressemblent à des griffes.
La couleur de la peau est un des attributs les plus apparents, mais non les plus caractéristiques, de la race nègre. On a cru longtemps que la couleur des noirs résultait de l’action prolongée du soleil sur leur peau ; mais l’observation a montré que cette coloration ne dépend nullement de l’intensité ni de l’éclat des rayons solaires. Il existe dans les parties centrales de l'Afrique, par exemple dans le Soudan et le Sahara, ainsi que chez les Touaregs, des hommes blancs, tandis que l’on trouve des tribus noires dans les pays en proie à des froids rigoureux, comme la terre de Van Diémen et la Nouvelle-Zélande. D’un autre côté, tout près des blancs Irlandais et Norvégiens, on trouve des hommes au teint très-foncé, comme les Lapons; dans la Californie, pays d’une
latitude froide, les indigènes sont, comme nous l’avons dit, presque noirs.
La couleur noire réside dans un principe huileux, graisseux, nommé pigmentum nigrum (pigment noir), qui est déposé par couche dans le tissu muqueux sur l’épiderme de la peau. Ce pigment pénètre dans les poils et les cheveux, et les teint en noir.
Il imprègne toute l’économie, jusqu’aux membranes qui enveloppent le cerveau.
Ce réseau muqueux noir parait garantir la peau de la vive action du soleil d’Afrique; elle la préserve de ces inflammations qu’on appelle coups de soleil dans nos climats.
Par le croisement avec le blanc, la couleur du Nègre s’atténue, et selon la prédominance des couleurs blanche ou noire dans les antécédents, les produits présentent des dégradations diverses des couleurs blanche et noire.
Voici, d’après Valmont de Bomaire, les noms que l’on donne, * dans nos colonies, aux produits du mélange des deux races :
1° Un blanc avec une Négresse , ou un Nègre avec une blanche , produisent un mulâtre , qui n’est ni blanc ni noir, mais d’un jaune noirâtre, et qui porte des cheveux noirs, courts et frisés.
2° Un blanc avec une mulâtresse ou un Nègre avec une mulâtresse produit un quarteron. C’est sous le rapport de la couleur un mélange de trois quarts blanc et un quart noir, ou trois quarts noir et un quart blanc. Le teint est d’un jaune moins foncé que le mulâtre.
3° Un blanc avec une quarteronne , ou un nègre avec une quarte ronne , produisent un octavon (sept huitièmes de couleur blanche et un huitième de couleur noire, ou sept huitièmes noir et un huitième blanc).
4° Un blanc avec une octavonne , ou un noir avec une octavonne,
produisent l’un presque tout blanc, l’autre presque tout noir.
Valmont de Bomaire ajoute que dans les générations suivantes
toujours mêlées (le mariage du blanc se faisant en Europe et celui
du noir au Sénégal) le teint s’éclaircirait ou deviendrait plus
foncé, jusqu’à ce qu’enfin il naquît un individu blanc ou un indi-
vidu noir.
Telle est la marche des influences et des causes physiques de la dégradation ou du retour de la couleur dans l’espèce humaine.
Il ne faut que quatre ou cinq générations de races croisées pour rendre un Nègre blanc, et il n’en faut pas plus pour rendre un
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blanc noir. On comprend que les mélanges d’un mulâtre avec une quarteronne ou une octavonne produiront d’autres teintes qui approcheront du blanc ou du noir, en proportion de la progression décrite plus haut.
Aux colonies, on appelle saliatras un individu issu de noir et de quarteron. Ce mot saltatras (saut en arrière) désigne un retour vers la race noire.
Les croisements du Nègre avec des individus de la race jaune ou rouge, avec les Indiens asiatiques ou les Peaux-Rouges américains, engendrent des individus de nuance variée, qui portent des dénominations différentes selon les pays. Ces hommes de couleur dominent dans beaucoup d’iles de la Polynésie. N’ayant ni l’intelligence des blancs, ni la soumission des noirs, dédaignés des premiers et liais des seconds , ils forment une caste ambiguë, sans état lixe, et moins disposée au travail qu’à la révolte.
La coloration de sa peau ôte tout charme à la physionomie du Nègre. Ce qui donne de la grâce au visage de l’Européen, c’est que chaque partie se colore d’une nuance particulière. Les pommettes des joues, le nez, le front, le menton ont chez le blanc des teintes différentes. Au contraire, tout est noir sur une physionomie africaine. Les sourcils, noirs comme le reste, se perdent dans la couleur générale. A peine aperçoit-on une nuance différente à la ligne de contact des deux lèvres.
Lu peau des Nègres est très-poreuse, à ce point que les pores s'y présentent d’une manière visible. Mais elle est loin d'être dure chez tous les Nègres; elle est au contraire, chez un certain nombre, molle, satinée et très douce au toucher.
Ce qu’il y a de désagréable dans la peau du Nègre, c'est l’odeur nauséabonde qu’elle répand quand l’individu est échauffé par la sueur ou l’exercice. Ces émanations sont aussi difficiles à supporter que celles qu’exhalent certains animaux.
Les cheveux du Nègre sont tout particuliers. Tandis que ceux des Européens sont cylindriques, ceux des Nègres sont plais. Ils sont en même temps courts et crépus, comme la laine d’un mouton. Tandis que chez l’Européen la chevelure est abondante et longue, à ce point que chez les femmes elle peut traîner jusqu’à terre, celle des Nègres n’atteint qu’une longueur de quelques centimètres. La barbe même est très-faible, et recouvre à peine la lèvre supérieure.
L’œil du Nègre diffère aussi de celui du blanc. L’iris est si foncû
qu'il se confond presque avec le noir de la pupille. Chez l'Européen, la couleur de l’iris est tellement marquée, que l’on voit immédiatement si l’individu a les yeux noirs, bleus ou gris. Rien de pareil chez le Nègre, où toutes les parties de l’œil se perdent dans la même teinte. Ajoutez que la sclérotique, ou blanc de l’œil, est toujours, chez le nègre, injectée de jaune, et vous comprendrez que cet organe, qui contribue si puissamment à accentuer la physionomie dans la race blanche, soit toujours, dans la race noire, terne et sans expression.
La nature approprie le Nègre aux contrées brûlantes qu’il habite. Son tempérament est en général lymphatique et mou. Son allure lente et apathique, sa paresse invincible impatientent l’Européen, qui ne peut comprendre tant d'indolence. Le relâchement des membres du Nègre se trahit par son inertie, sa somnolence, et par ses chairs pendantes chez les femmes.
Les Nègres sont beaucoup moins sensibles que les Européens à l'influence des excitants. L'eau-de-vie la plus forte, le rhum, le piment, les condiments les plus irritants, n'excitent que faiblement l'inertie de leur palais. Leur peau molle, épaisse, huileuse, lisse ou peu velue, est, comme nous l’avons dit, encroûtée, sous l'épiderme, d’un réseau noir, muqueux, qui lui donne sa couleur. Le réseau muqueux enveloppe les houppes nerveuses qui viennent s’y épanouir, ce qui émousse la sensibilité La peau fine et délicate de l’Européen éprouverait des tourments horribles sous l’action du fouet; le Nègre, déchiré par des lanières de cuir, et dont les plaies saignantes sont quelquefois frottées, par excès de barbarie, avec du poivre et du vinaigre, supporte ce traitement cruel avec indifférence. On voit des noirs qui, après ce supplice, courent à la danse, comme si de rien n’était.
Avant de parler du cerveau et de l’intelligence chez le Nègre, nous devons parler de L’angle facial observé sur cette race.
Nous avons dit que l’on peut juger avec une exactitude relative de la valeur d’une race humaine, au point de vue intellectuel, par la grandeur de l’angle facial*. Plus cet angle est ouvert, plus il indique des instincts nobles et élevés; plus il est petit, plus la tète se rapproche de celle de l'animal. Un front saillant est le signe d’une intelligence développée, tandis que des mâchoires avancées révèlent des instincts de bestialité. Ainsi, l’angle facial augmente