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Acte II, scène vu

RAGE BLANCHE

Ce défaut d’instruction chez la femme française est d’autant plus regrettable, qu’à d’excellentes dispositions intellectuelles se joint, chez elle, l’incontestable don des grâces et des charmes physiques. Il y a une séduction sans égale dans sa physionomie, bien qu’il soit impossible de la ramener à un type déterminé. Ses traits, souvent irréguliers, semblent empruntés à plusieurs races; ils n’ont pas cette unité que donnent le calme et la majesté, mais ils sont expressifs au plus haut degré, et merveilleusement propres à traduire toutes les nuances du sentiment. On y voit le rire percer jusque sous les pleurs, la menace sous la caresse, et le commandement sous la prière. On aperçoit le rayonnement de l’àme à travers l'irrégularité de cette physionomie.

Petite de taille, en général, la femme française a, dans toutes les proportions du corps, la grâce et la finesse. Les extrémités et les attaches sont délicates et élégantes, le modèle parfait et les formes accusées, sans être entachées de lourdeur. L’art vient d’ailleurs chez elle merveilleusement en aide à la nature. En aucun lieu du monde on ne connaît au même degré qu’en France le secret de s’habiller, de rectifier par la forme et la couleur les défectuosités naturelles. Ajoutez à cela un désir continuel de charmer et de plaire, le soin d’attirer et de retenir les cœurs par la simplicité ou la coquetterie, par la bienveillance ou la malice, le besoin de répandre partout le plaisir et la vie, la noble attention d’éveiller les grandes ou les touchantes pensées, et vous comprendrez l’empire universel et charmant que la femme a toujours exercé en France, et la grande part d’influence qu’on est forcé de lui laisser sur la direction des hommes et des choses.

Toutes ces qualités qui distinguent la femme des classes supérieures, dans notre pays, se retrouvent chez la femme du peuple. Ses industrieuses mains excellent aux travaux d’aiguille. Elle taille ses vêtements et ceux de son enfant, entretient le linge de la maison, confectionne ses chapeaux, et sait maintenir l’élégance et le goût jusqu’au sein de la pauvreté. La rectitude de son jugement, son tact et sa finesse, sa rare pénétration, sont d’un puissant secours dans les affaires commerciales, où la justesse de ses appréciations apporte à son mari et à ses enfants le plus utile concours. C’est dans le commerce de détail qu’éclatent surtout ses qualités : l’ordre, la sagacité et la patience. Sa politesse et sa présence d’esprit charmentl’acheteur, qui est toujours servi à souhait, toujours content de lui-même et de la marchandise.

Les femmes françaises excellent dans les soins du ménage et l’éducation des enfants. Ces jeunes Allés gracieuses et douces deviennent des mères de famille à la tendresse inépuisable, qui font de la maison paternelle l’asile le plus sur et le meilleur refuge contre les souffrances et les maux de la vie.

Hispaniens. — Nous comprenons sous le nom d‘ Hispaniens les Espagnols et les Portugais.

Les Hispaniens sont le résultat du mélange des Latins avec les Celtes, qui les avaient précédés en Espagne, et avec les Teutons, qui en chassèrent les Romains.

Baignée de trois côtés par la mer, séparée de la France au nord par les crêtes des Pyrénées, conünant au sud à l'Afrique, dont elle n’est disjointe que par un bras de mer, l'Espagne est accidentée de montagnes qui, se coupant réciproquement plusieurs fois, forment des bassins n’ayant entre eux que des communications difficiles. Les montagnes de l’Espagne sont une des principales causes de la richesse de ce pays. Elles renferment des métaux variés et précieux, et les eaux qui descendent le long de leurs pentes forment des sources qui fertilisent les vallées et donnent naissance à de grands fleuves.

Le climat de l’Espagne se ressent du voisinage de l’Afrique. Pendant l’hiver, l’air y est froid, sec et vif; il est brûlant pendant l'été. Les feuilles des arbres sont raides et luisantes, les branches noueuses et contournées, les écorces sèches et rugueuses. Les fruits mêlent à leurs parfums des saveurs âcres et piquantes; les animaux sont maigres et farouches.

11 y a donc dans la nature, en Espagne, quelque chose de violent et de rude. Ce caractère se retrouve dans les habitants du pays.

L’Espagnol, comme l’Africain, est, en général, d’une taille peu ■ élevée. Il a la peau brune, les membres musculeux, secs et agiles. Sous le rapport moral, la passion domine chez lui. Or la passion est impossible à maîtriser ou à dissimuler. Elle ne craint pas de se produire ; et pour peu qu elle rencontre la curiosité ou l’admiration, elle se répand au dehors, au point de devenir un spectacle. Aussi l’Espagnol laisse-t-il toujours éclater ses sentiments à l’extérieur.

Celte habitude de se mettre en scène, qui aurait des inconvénients chez une nation aux mauvais instincts, produit les meilleurs

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résultats chez l'Espagnol, dont le fond est plein de générosité et de noblesse. Elle lui donne l’orgueil, père des grands sentiments et des belles actions, l’émulation, qui excite à se dépasser soimême, la tenue morale, la générosité, la dignité et la discrétion. Nulle part on ne comprend mieux qu’en Espagne les égards dus à l’age et au sexe, ainsi que le respect qu’il faut avoir pour le rang et la hiérarchie.

L’amour des distinctions, des places et des grades est une conséquence, regrettable mais inévitable, de ce même sentiment.

Le juste orgueil de l’Espagnol le rend vétilleux sur le point d’honneur. Il supporte mal l’insulte, et veut la laver dans le sang. Il saisit facilement l’épée qui doit venger son honneur, ou le couteau qui doit vider ses querelles.

En Espagne, les armes sont entre les mains de tout le monde, et c’est leur contact habituel — qu’on néglige trop parmi nous — qui donne à chacun le désir de la gloire, ou l’espoir de jouer un rôle dans le monde.

Avec ces dispositions, l'Espagnol ne peut être qu’un excellent soldat. Outre le goût et l’habitude des armes, il a la vigueur, l’agilité, la patience; il est donc digne d’être cité avec honneur à côté du soldat français. Seulement, la discipline est difficile à imposer à ces hommes fiévreux et indépendants. Ils ne sont pas toujours faciles à conduire en temps de guerre régulière, et en temps de troubles ils deviennent vite des guérilhs , mot qui équivaut à peu près à celui de brigand.

Les armes étant familières à tout Espagnol, la tentation doit être prompte à en faire usage, et la passion aidant, les occasions ne doivent pas manquer. C’est pour cela que * l’Espagne est la terre classique de la guerre civile. Pour un oui ou pour un non, le paysan saisit son fusil et court à l’embuscade, ou va s’enrôler dans une bande d insurgés. Les insurrections politiques sont un jeu pour ce peuple aux impressions vives et rapides. En un clin d’œil des bandes armées couvrent le pays. L’insuffisance de la discipline, chez les soldats et les sous-officiers, fait grossir d’épées infidèles ces phalanges irrégulières, et c’est ainsi que la malheureuse Espagne est toujours sous le coup d’une insurrection locale, dont la répression coûte toujours du sang, et qui ne garantit rien pour l’avenir.

L’Espagnol, qui met de la passion dans tout, en a mis nécessai-

rement dans la religion. Sa piété est exaltée. L’excès de cette piété s’est souvent tournée en violence, et est devenu funeste. C’est la

Fig. 23. Paysans des environs de Xérès.

fureur religieuse qui rendit l’Espagne si cruelle contre les Sarrasins et contre les juifs; qui, plus tard, alluma les bûchers de

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l’inquisition et entretint la plus farouche intolérance. L’Espagne a brûlé, au nom d’un Dieu de paix et d’amour, des milliers de créatures innocentes; elle a proscrit, égorgé, torturé en l’honneur et pour le bien de la foi catholique !

C’est cette exagération passionnée du catholicisme qui a perdu l’Espagne dans les temps modernes. Comment cette nation, si puissante au seizième siècle, et qui sous Charles Quint dictait des lois à l'Europe entière, est-elle tombée aujourd’hui au dernier rang des États de cette partie du monde ? C’est que la multiplication des couvents d’hommes et de femmes a amené une prompte dépopulation du pays ; c’est que la proscription des Maures, puis des juifs, puis des protestants, a détruit l’industrie ; c’est que les tribunaux de l’inquisition et les auto-da-fé ont amené la tristesse, la défiance des masses; c’est que les abus de l’élément religieux et de ses symboles ont produit un bigotisme comparable à l’idolâtrie; c’est que la crainte d’offenser une religion intolérante et égoïste a arrêté tout progrès moral, et mis obstacle à tout développement de la science, qui repose sur le libre examen.

Voilà comment le mouvement, la vie et la pensée ont disparu ; comment la prospérité matérielle s’est éteinte dans la partie de l’Europe la plus merveilleusement dotée de richesses naturelles; comment le commerce a été anéanti dans un pays dont la situation géographique est sans rivale, et qui possédait dans le Nouveau-Monde les plus florissantes et les plus puissantes colonies; comment enfin la littérature et la science, ces deux grandes expressions de la liberté et du progrès, se sont arrêtées dans la patrie de Michel Cervantes.

Comment l’Espagne pourrait-elle recouvrer sa splendeur des anciens temps ? Quels sont les remèdes à opposer à ses maux ? La tolérance en religion, et en politique la liberté.

Le type de la femme espagnole est tellement connu que c’est à peine s’il est nécessaire de le rappeler. Brune en général, bien que le type blond soit beaucoup plus fréquent qu’on ne le pense, l’Espagnole est presque toujours de petite taille. Qui ne connaît ses grands yeux voilés sous des cils épais, son nez fin, ses narines charnues? La taille est toujours, chez elle, ondulée et cambrée; ses membres sont pleins de rondeur et de modelé, et ses extrémités d’une finesse incomparable. C’est un mélange charmant de force, de langueur et de grâce.

Aimer est la grande affaire de l’Espagnole. Elle aime avec pas-

sion, mais avec constance, et la jalousie qu’elle ressent n’est que la compensation légitime de l’attachement qu’elle éprouve.

Fig. 24. Faysan des environs de Madrid.

L’Espagnole, qui est épouse fidèle, est excellente mère. Peu de femmes sont meilleures nourrices, peu sont plus attentives et plus

RAGE ULANCHE.

patientes en face des soins exigés par l’enfance. La mère prodigue à sa jeune famille sa vie entière, et si elle ne lui donne pas ellemême l’instruction, c'est que, hélas! le savoir lui manque; car elle n’est pas plus instruite que la femme française, sa digne compagne au point de vue de l’ignorance.

Nous avons dit que la femme exerce en France une influence très-manifeste sur la marche des événements. La femme espagnole n’est pas en possession de cette même influence utile. Elle n’est écoutée de son entourage que pendant la courte période de sa beauté. Arrivée à la maturité de la vie, alors que, son jugement s’étant formé par l’expérience et son esprit s’étant agrandi par l’observation ou la souffrance, elle pourrait calmer les passions de ses amis, les soutenir de ses conseils, les réunir autour de son foyer, la femme espagnole est reléguée dans l'ombre, et ses facultés acquises sont perdues pour la société.

Le type mauresque se trouve d’une manière très-tranchée dans la province de Valence. Le teint des paysans est basané. La coiffure des paysans de Valence se compose d’un mouchoir aux couleurs éclatantes, roulé autour de la tète, et s'élevant en pointe : souvenir du turban oriental. Quelquefois ils y ajoutent un chapeau de feulre et de velours noir aux bords relevés. Les jours de fête ils mettent le gilet de velours vert ou bleu aux nombreux boutons , formés de piécettes d’argent ou do cuivre argenté. Le pantalon est remplacé par un très-large caleçon de toile blanche, qui flotte jusqu’à la hauteur du genou ; il est retenu par une large ceinture de soie ou de laine rayée de couleurs vives; la chaussure consiste en espardines fixées au moyen d'un large ruban bleu qui s’enroule autour de la jambe comme les cordons d'un cothurne. Une longue pièce d’étoffe de laine rayée et brillante de couleurs est jetée sur l'épaule ou drapée sur la poitrine : c’est la mante

G est au marché qu’il faut voir ces paysans apporter leurs oranges, leurs grappes de raisins et les régimes de dattes.

Les Valençaises sont quelquefois remarquablement belles. Leurs cheveux noirs sont roulés en nattes arrondies sur les tempes et ramenés derrière la nuque en énorme chignon traversé par une longue aiguille d’argent doré.

La danse est un caractère national en Espagne. Elle ne varie guère d’une province à l’autre, mais elle reflète ordinairement le

Fig. ai. Dan»c du boléro.

caractère des habitants, qui l'accompagnent de leurs chansons et des mélodies nationales. A-t-on assez chanté , assez fêté le boléro et le fandango!

Le Portugal touche à l’Espagne ; jetons un regard sur les types des habitants de ce pays.

Les femmes portugaises sont souvent jolies, et quelquefois complètement belles. Elles ont les cheveux abondants, le regard long, doux et pénétrant, les dents incomparables. Les pieds sont un peu forts, mais les mains sont charmantes. Bien plantées sur les jambes , la taille hardiment découpée , quoique un peu épaisse, les attaches menues , le teint mat, la tournure assurée, la tète bien placée et toujours parfaitement encadrée , elles portent avec une aisance plutôt modeste que délurée la courte jupe et le large chapeau de feutre.

Les habitants de Ponte de Lima sont de petite taille et ont des formes dégagées et vigoureuses. La population de la campagne est surtout remarquable. El.e fournit des soldats braves , sobres et faciles à discipliner; de robustes et intelligents laboureurs.

Le costume des paysans n'a rien de particulier; mais celui des femmes a beaucoup de cachet. La jupe est plissée à plat, courte, quelquefois retroussée par une ceinture, décou\rant les trois quarts d'une jambe ordinairement nue. Le corsage , retenu par deux ou trois boutons d'argent , accuse les formes. Séparé de la jupe, il laisse bouffer la chemise autour du corps, et les manches, qui sont celles de la chemise, se portent larges et quelquefois relevées. La coiffure se compose d'un grand chapeau de feutre noir, souvent orné de pompons, presque toujours garni d’un mouchoir blanc, dont les plis se répandent sur le cou et les épaules. De longues boucles d’oreilles, et même des colliers et des chaînes en or, complètent le costume pittoresque où le jaune, le rouge et le vert clair dominent.

Les rues de Porto sont animées par l’aspect des paysannes aux costumes variés et éclatants qui crient les oranges, les légumes, les fromages, les fleurs.

La figure 26 représente le costume des marchandes de poisson de Porto.

Italiens. — Aucune partie de l’Europe n'est comparable à l'Italie pour la douceur de son climat tempéré, la limpidité du ciel.

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la fertilité de la terre et la salubrité de l’air. Le sol, très-accidenté, arrosé de nombreux cours d’eau, peut recevoir toutes les cultures ; les montagnes recèlent des minerais précieux et des marbres. Aucun pays n’est mieux défendu par la nature. Au nord s’élève une barrière épaisse de montagnes énormes, et la mer l’environne des trois autres côtés. Le long de ses côtes sont des ports vastes et sûrs; enfin, par un privilège unique, cette partie de l’Europe touche presque à l'Afrique et confine à l’Asie.

La richesse du sol, la douceur de la température, la variété des productions naturelles , qui assure une alimentation salubre , tout indique que l’Italie doit posséder une population belle, vigoureuse et intelligente. En effet , les Italiens répondent à ces qualités.

Nous avons à examiner un peu de près l’origine de cette population et les différences qu’elle présente dans les diverses parties géographiques de la Péninsule.

La famille latine, qui a donné son nom au groupe humain que nous étudions, a eu l’Italie pour patrie. C’est donc en Italie que l’on doit pouvoir la trouver. Mais on se tromperait si l’on croyait reconnaître le type latin pur chez les Italiens modernes. L’invasion des barbares , au nord, le mélange avec le peuple grec et le peuple africain dans le midi, ont singulièrement altéré le type des habitants primitifs de l’Italie. Ce n’est guère qu'à Rome et dans la campagne romaine que se trouve le vrai type de la population latine primitive. Le type grec existe au sud et sur le revers oriental des Apennins, tandis qu’au nord ce sont les figures gauloises qui prédominent. Enfin, on trouve en Toscane et dans les contrées voisines les descendants des anciens Étrusques.

Ce qui nous intéresse le plus, c’est la population latine primitive. On la trouve, avons-nous dit, à Rome et dans les environs de cette capitale : c'est donc là que nous irons la chercher.

Les traits de la population latine peuvent être facilement reconstruits à l’aide des bustes des premiers empereurs romains. On peut en déduire la caractéristique suivante, qui est peut-être celle des plus anciennes races de l’Italie : La tète est large, le front peu élevé, le vertex (sommet du crâne) aplati, la région temporale en saillie, la face proportionnellement courte. Le nez, séparé du front par une dépression prononcée, est aquilin ; la mâchoire inférieure est large, le menton est saillant.

La population actuelle de Rome , sans reproduire absolument

ces linéaments de physionomie , en conserve cependant^les belles et pures lignes (fig. 27).

Dans la ligure 29, qui représente un groupe de paysans romains et de femmes romaines, on reconnaîtra ces types célèbres, illustrés par mille pinceaux. En examinant les paysans romains, qui abandonnent la patrie pour venir en France poser comme] mo-

Fig. 27. Paysanne des environs de Home.

dèles , on n’aura pas de peine à reconnaître les mêmes types de physionomie.

La ligure 28 représente, d'après nature, une famille de paysans des environs de Rome.

C'est assez inutilement que nous chercherions à étudier les

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mœurs des Homains modernes , pour y retrouver les restes, plus ou moins elfacés.du vieux sang romain. Chez une population dé-

Kij;. ‘28. Famille de paysans des environs de nome.

classée, opprimée, abâtardie par des siècles de servitude et d’obscurantisme, on ne pourrait rencontrer que perturbation et chaos. Comment parler de famille là où les couvents multiplient le céli-

Fig. J9. Groupe de paysans sur les maiche» d une église, a Home.

bat, de facultés intellectuelles là où une tyrannie jalouse pèse sur les esprits, et de morale ou d’instruction là où une autorité

Fig. 30. Exaltali.n de Pie IX.

qui n’invoque que les ténèbres fait plier les âmes et les corps ? Il faudrait pénétrer bien profondément pour retrouver le génie romain sous la population amollie et dégénérée de la Rome actuelle.

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Espérons toutefois que Home étant en partie délivrée aujourd’hui de l’autorité papale, et étant devenue, depuis l’année 1871, capitale de l’Italie et résidence du roi Victor-Emmanuel, l’esprit sacerdotal y perdra peu à peu de sa prépondérance.

Dans la figure 31, on a réuni des types de jeunes Romains jouant au jeu favori de l’Italie, la mora, avec l’accompagnement ordinaire de gesticulations et de cris.

Les deux joueurs élèvent en l’air un poing fermé, et le laissent retomber en dépliant, selon leur caprice, un certain nombre de doigts. En même temps, ils crient un nombre quelconque.

Le gagnant est celui qui a, par hasard, crié le même nombre que la somme des doigts dépliés par les deux partenaires. Si par exemple j’ai crié cinq en lâchant deux doigts, tandis que mon adversaire en a lâché trois, ce qui, additionné, représente le nombre cinq que j’ai crié, je suis gagnant. Les bras des deux adversaires s’élèvent et retombent ensemble, les deux nombres sont criés en même temps, et cela très-vite, en cadence, ce qui rend ce jeu fort singulier et incompréhensible pour l’étranger.

La mora se joue d’ailleurs dans toute l’Italie.

Ce n’est pas seulement dans la ville de Rome que l’on retrouve les types caractéristiques de l’ancienne race latine. Le voyageur qui parcourt les environs de la capitale du monde chrétien, Frascati ou Tivoli, découvre encore les vestiges des anciennes races latines cachés sous les tristes vêtements de la misère.

Rome est encore aujourd’hui, on peut le dire, un vaste couvent. *

La population ecclésiastique y tient une place et y joue un rôle considérable. C’est ce qui donne à la ville éternelle son cachet d’austérité, pour ne pas dire de tristesse publique et de langueur morale.

Nous terminerons donc la série des vues pittoresques des habitants de la Rome moderne, par la reproduction d’une toile célèbre, représentant Y Exaltation de Pie IX (lig. 30), et par la représentation d’un haut dignitaire de l’ordre ecclésiastique qui se rend au Vatican (fig. 34).

Le type latin, qui sous le rapport organique, sinon sous le rapport moral, s’est parfaitement conservé à Rome et dans la campagne romaine, est, au contraire, fort altéré dans les pro-

Fig. 31. Humains jouant à U mira.

vinces du nord de Tltalie, aussi bien que dans celles du sud. Parlons d’abord des provinces du Nord.

L’Italie du nord, parfaitement douée sous le rapport des avantages naturels, baignée par deux mers, arrosée par les affluents d’un grand fleuve, et dont la terre est d’une fertilité extraordinaire, nourrit une race dans laquelle sont mêlés le sang latin avec le sang germain et gaulois.

Dans la Toscane et ses environs, sont, avons-nous dit, les descendants des anciens Étrusques ; plus au nord sont les fils des Germains et des Gaulois.

Les dessins qui ornent les couvercles des sarcophages des Étrusques, venus, dit-on, de la Grèce septentrionale, nous ont conservé les formes physiques de ce peuple. Elles sont lourdes et arrondies.

Les hommes sont sans barbe et vêtus d’une tunique, qui est quelquefois ramenée sur la partie postérieure de la tête. Quelques-uns tiennent dans la main gauche une petite coupe, et dans la droite une patère. Ils reposent dans une posture aisée, le corps appuyé sur le coude gauche.

Les femmes sont couchées dans la même posture. Elles portent une tunique, quelquefois serrée au-dessous du sein par une large ceinture, qui est munie d’une agrafe circulaire, et. -un péplum qui, assez souvent, recouvre la partie postérieure de la tète. Elles tiennent dans une main une pomme ou un fruit analogue, et dans l’autre un éventail. Tel est le portrait que l’antiquité nous a laissé des Étrusques.

La Toscane est de toutes les contrées de lTtalie celle qui représente le mieux la douceur, l’ordre et l’industrieuse activité de l’Italie moderne. Là une culture agricole bien entendue fournit au pays une richesse suffisante. Les arts fleurissent en paix dans cette patrie des grands peintres, des grands sculpteurs et des grands architectes. Les mœurs sont douces et paisibles, tant dans les classes supérieures que dans les classes inférieures. Le bienêtre est général, l’instruction assez répandue. Le pauvre ne nourrit pas. comme dans notre pays, une sourde et haineuse hostilité contre le riche; chacun a le sentiment de sa dignité, chacun est affable et poli. La bienveillance générale se manifeste par les paroles et les actes. La piété est douce et tolérante. On aime et on respecte la femme, et ce respect de la femme se retrouve dans la religion avec le culte de la Madone.

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C’est à Florence et dans la Toscane que l’on jouit de cette urbanité italienne que les Français appellent de Y obséquiosité , se méprenant sur une qualité qu’ils ne peuvent comprendre. L’urbanité italienne n’est point servile; elle vient du cœur. Une bienveillance universelle accueille les étrangers, qui se sentent heureux au milieu de cette population prévenante et gracieuse, et qui ne s’arrachent qu’avec peine de cet heureux pays où l’on

semble baigner dans une atmosphère d’art, de sentiment et de bonté.

L’Italie du midi nous offrira un tableau fort différent de celui qui précède. Ici le voisinage de l’Afrique a sensiblement altéré le type physique des habitants, tandis que le joug d’un long despotisme abaissait les âmes en produisant lamisère et l’ignorance.

>. Cardinal entrant au Vatican.

Le sang africain a changé le type organique de l’Italien du midi au point de le rendre absolument distinct de celui du nord ; le

Fig- 35- Un acquajolo à Naples.

climat excitant les sens donne une exubérance toute particulière aux sentiments extérieurs. De là une grande légèreté et peu de consistance dans le caractère.

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C’est dans la ville et les environs de Naples que l'on peut trou-

verréunis les traits que nous venons d’esquisser. Pénétrons donc pour un moment à Naples, et jetons un coup d’œil sur l’étrange population qui , dès l’aube, se répand dans la ville, pour chanter, mendier, ou se livrer au travail.

La ligure 37 nous montre, sur la place du march è(mtrcatello), une boutique de marchands de friture.

C’est dans les fêtes publiques , si nombreuses à Naples , que l’on peut examiner la grande variété de types que réunit la population du midi de l’itnlie. On peut étudier ce mélange curieux dans les foules populaires qui fréquentent la fête de l'iedigrotta . Là on rencontre les échantillons de toutes les races grecques et latines. On y voit des Procidanes (île de Procida, près de Naples ) qui ont gardé la simarre antique, le mouchoir qui pend négligemment de leurs tètes et les profils classiques au nez droit (fig. 37). Des filles

Fig. 36. Marchand du matin, à Naples.

Fi «. 37. Marchands d»> friture et de macaroni à Naples.

de l’ancienne et grande Grèce, c’est-à- dire du midi de l’Italie, ont un diadème d’or et une ceinture d'argent comme les épouses d’Homère. La Capouane enveloppe sa tète d'un voile comme les Sibylles et les antiques Vestales. Les Abruzzaines ont des tresses relevées qui rappellent les coiffures des statues grecques. Les hommes des mêmes contrées s'affublent de peaux de mouton pendant l’hiver, et marchent dans des sandales attachées avec des courroies de cuir. Les Étrusques, les Grecs, les Romains, et même les Normands, ont laissé leur trace dans ce pays, si curieusement mélangé.

Non moins curieux sont les paysans montagnards et les marins de ce beau pays. Les formes les plus bizarres, les plus riches couleurs s’entremêlent, depuis le caleçon en grosse toile et la chemise du pêcheur jusqu’au costume éclatant de certaines parties des Abruzzes, depuis le bonnet phrygien du pécheur de Naples jusqu’au chapeau pointu des Calabrais. Ces derniers sont sveltes, élances, bronzés par le soleil.

Au milieu de ce bizarre assemblage de costumes de toutes sortes et de toute couleur, le gracieux acquajolo (tîg. 35), c’est-à-dire la boutique du marchand d’oranges et d'eau glacée, forme le plus pittoresque ornement.

Valaques. — De l’étude des types humains de l’Italie nous passerons assez naturellement à leurs voisins, c’est-à-dire aux habitants de la Yalachie et de la Moldavie.

On appelle Valaques, ou Moldo-Valaques,\in peuple répandu dans la Yalachie, dans la Moldavie et dans quelques contrées voisines.

Les Yalaques proviennent de la fusion des colonies romaines établies par Trajan, ainsi que des colonies grecques, avec les anciennes populations slaves de ces contrées. La langue de ce pays est en rapport avec cette triple origine, car on y retrouve les caractères du latin, du grec et du slave.

La Yalachie et la Moldavie répondent à la Dacie des anciens.

Les Valaques, d’abord sujets du royaume de Bulgarie et de celui de Hongrie, formèrent, en 1290, un État indépendant, dont le premier prince s’appela Rodolphe le Koir. Vers 1350 , une de leurs colonies occupa la Moldavie sous la conduite d’un prince nommé Dragosch. Mais l’État valaque n’eut jamais une grande solidité, et en 1525 la bataille de Mohacz le soumit définitivement

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au pouvoir musulman. Les Turcs laissèrent aux Valaques leur organisation intérieure ; mais ils obligèrent leur prince (hospodar) à payer à la Porte un tribut annuel, et à recevoir des garnisons turques dans leurs places fortes. Mais placée entre l’empire ottoman d’un côté, la Hongrie, la Pologne et la Russie de l’autre, la Valachie devint le théâtre continuel des luttes à main armée de ses redoutables voisins. Elle était le rendez-vous des troupes ottomanes ou chrétiennes. L’exil et la ruine étaient les conséquences de cette situation pour les malheureux habitants de ce territoire. Les hospodars, qui occupaient les trônes de la Valachie et de la Moldavie, étaient nommés par la cour de Constantinople, qui vendait ce trône au plus offrant. Les hospodars n’étaient donc que des espèces de pachas ; leur cour était modelée sur celle des empereurs byzantins; il ne leur manquait que la puissance militaire des pachas turcs.

Cette situation a changé depuis 1849. A cette époque, un traité fut conclu entre la Porte ottomane et la Russie. Aux termes de ce traité, la dignité d’hospodar fut maintenue pendant toute la vie du possesseur. A la suite d’événements nouveaux, et depuis l’année 1860, la protection politique des principautés danubiennes est répartie entre la Russie, la Porte ottomane, la Prusse et l’ Autriche. Le prince de Hohenzollern , qui occupe aujourd’hui le trône de la Moldo-Valachie, est de famille prussienne.

Les deux principautés de la Moldavie et de la Valachie jouissent de leur nationalité et de leur indépendance, à la condition de payer un tribut annuel à la Porte ottomane. Aucune de leurs forteresses ne peut recevoir de garnison turque. Le prince est assisté d’un conseil composé des principaux boyards, et ce conseil forme une haute cour pour les affaires judiciaires. Couza a été de nos jours le prince de Valachie le plus célèbre, bien que les événements politiques ou le mécontentement populaire aient amené assez promptement sa déchéance.

La sûreté publique est confiée à une sorte de gendarmerie indigène, commandée par le grand spathar .

Les habitants de la Valachie sont remplis de patience et de résignation; sans cela, ils auraient pu difficilement exister au milieu des calamités qui dans tous les temps ont accablé leur pays. Ce sont des hommes doux, religieux et sobres. Seulement, comme le produit de leur travail ne leur reste pas, ils travaillent le moins possible. Le lait de leurs vaches, la chair de leurs porcs, un peu

de maïs, joints à une mauvaise bière, enfin une casaque de laine, suffisent à leurs besoins Aux jours de fête seulement les paysans revêtent de brillants costumes, que nous reproduisons ici (fi g. 38, 39, 40.)

a Les Valaques, dit M. Vaillant, sont généralement de grande taille, bien pris et robustes ; ils ont le visage oblong, les cheveux noirs, les sourcils épais et bien arqués, l’œil vif, les lèvres petites, les dents blanches. Ils sont gais, hospitaliers, sobres, agiles, braves et aptes à faire de bons soldats. Ils professent le christianisme selon le rite grec. Ce peuple, qui habite des contrées longtemps dévastées par la guerre, paraît avoir en ce moment une grande disposition à se développer. »

Les villes sont rares dans la Yalachie, pays encore arriéré sur la civilisation avoisinante, par suite de sa subordination politique à la Turquie, et de sa mauvaise organisation intérieure. Le pays qu'arrose le Danube n’ofîre guère, en fait de très-grande ville, que Bucharest. Il n’y a donc pas dans ce pays de centre d’où les lumières puissent se répandre ; c'est une civilisation incomplète, qui ne pourra s’améliorer que par une révolution intérieure, ou par le choc, inévitable tôt ou tard, des grands empires limitrophes.

« Cependant, dit Malte-Brun, la nature semble attendre à bras ouverts l’industrie humaine ; elle a prodigué h peu de régions autant de bienfaits. Le plus beau fleuve de l’Europe baigne la frontière méridionale de ces provinces; il ouvre un débouché ù la fertile Hongrie, à toute la monarchie autrichienne; il présente une communication entre l’Europe et l’Asie par la mer Noire; c’est en vain : à peine une barque solitaire glisse-t-elle sur ses flots majestueux. On craint les rochers, les bas fonds, les garnisons turques et la peste. D’autres belles rivières descendent du sommet des monts Karpathes pour se jeter dans le Danube; elles ne servent qu’à fournir du poisson dans le carême : abandonnées à elles-mêmes, elles menacent les bords que, mieux réglées, elles pourraient fertiliser. L’Alula, la Jalovilza, l’Ardsebis ne sont naviguées que par des bateaux plats. D'immenses marais empestent la partie basse de la Yalachie, où leurs exhalaisons font régner presque continuellement des fièvres bilieuses, l.cs forêts les plus superbes, où fourmillent les plus beaux chênes à côté de hêtres, de pins, de sapins, couvrent non-seulement les montagnes, mais encore plusieurs grandes îles du Danube. Au lieu de servir îi la construction des flottes, elles ne fournissent que |du bois pour paver les rues et même les chemins; car la paresse et l’ignorance ne savent pas remuer les blocs de granit et de marbre que présente la chaîne des Karpathes. Le sommet du mont Boutchez s’élève à plus de six mille pieds d’élévation, et toutes les richesses minérales de la Transylvanie paraissent commencer à la haute Valachie. Il y a eu des mines de cuivre exploitées à Baya di Borna, ainsi que des mines de fer dans le district de

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Gcrsy, entre autres près de Zigarescht, où une couche de roches présente le phénomène d'une fermentation ignée presque continuelle.

Fig. 38. Costume national de la Valachie.

« L’Aluta et d’autres rivières roulent des paillettes d'or, recueillies par les Bohémiens ou Ziganes, et qui indiquent l'existence de mines aussi

riches que celles de la Transylvanie; mais personne ne pense à les rechercher. On n’exploite que les carrières de sel, parmi lesquelles celle d'Okna

Fig. 39. Costume des femmes valaques.

Teleago donne cent cinquante mille quintaux par an. Le climat, malgré deux mois d’hiver et deux mois de chaleurs excessives, offre à la santé et à l’a*

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griculture une température plus douce qu’aucun pays limitrophe. Les pâturages, remplis de plantes aromatiques, nourrissent jusqu'aux troupeaux des provinces voisines, et peuvent même en nourrir un plus grand nombre. La laine des moutons a déjà naturellement une grande valeur. On compte deux millions et demi de moutons de trois variétés: la zigay , à la laine courte et fine ; la zaskam, à la laine longue et dure; la tatare, qui tient le milieu entre

Fig. '*0. Femme vula<{uc.

les deux autres. On exporte des chevaux et des bœufs. Les champs de niais, de froment et d’orge, les forêts de pommiers, de pruniers, de cerisiers, les me’ons et les choux, excellents quoique énormes, attestent la qualité productive du sol. Les vins pétillent souvent d’un feu généreux et pourraient, moyennant quelques soins, égaler ceux des fameux vignobles de la Hongrie. Mille autres avantages sont offerts par la nature bienfaisante, mais ils sont de peu de ressource pour un peuple sans activité et sans lumière. »

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